SAINT GENES, MARTYR
On faisait des réjouissances à Rome, et l'empereur Diociétien s'y était rendu. Le comédien Genès crut ne pouvoir mieux divertir la cour impie qu'en contrefaisant par dérision les cérémonies du Baptême. 11 parut coudié sur le théâtre comme s'il eût été malade, et demanda à être baptisé pour mourir tranquille. On lit paraître deux autres comédiens travestis, l'un en prêtre, et l'autre en exorciste. Ils s'approclièrenl du lit et dirent à Genès : « Mon enfant, pourquoi me faites-vous venir? » A l'instant le cœur de Genès fut entièrement changé, et il répondit sérieusement : « Parce que je veux recevoir la grâce de Jésus-Ghrisl> et, par sa sainte régé-
uération, obtenir la délivrance de mes péchés. » On crut qu'il ne faisait que continuer son rôle. Ou accomplit les cérémonies du sacrement, et quand on l'eut revêtu de ses habits blancs, des soldats le prirent en continuant la pièce, et le présentèrent à l'empereur pour être interrogé comme les jnartyrs. Genès, proûlant de la facilité naturelle qu'il avait pour la parole, d'un air et d'un ion inspirés, fit ce discours du lieu élevé où il était ; « Ecoutez, empereur et courtisans, sénateurs, plébéiens, tous les ordres de la superbe Rome, écoutez-moi. Naguère, lorsque j'enlendais seulement prononcer le nom de Jésus-Christ, je frissonnais d'horreur, et j'outrageais, autant qu'il était en moi, ceux qui professaient sa doctrine ; j'ai pris en haine même plusieurs de mes proches et de mes alliés, à cause du nom chrétien, et j'ai détesté cette religion, au point de m'inslruire exactement de ses mystères, comme vous l'avez pu voir, afin d'en faire une dérision publique. Mais au moment oii l'eau du Baptême a touché mon corps, mon cœur s'est changé, et à l'interrogation qu'on m'a faite, j'ai répondu sincèrement que je croyais. Je voyais une main s'étendre du haut des cieux, et des anges étincelantsde lumière planer au-dessus de moi. Us ont lu dans un livre terrible tous les péchés que j'ai commis dès mon enfance, les ont effacés aussitôt après; ils m'ont ensuite montré le livre plus blanc que la neige. Vous donc maintenant, grand empereur, et vous, spectateurs de toutes conditions, que nos jeux sacrilèges ont fait rire de tous ces mystères, croyez, avec moi qui suis plus coupable que vous, que Jésus-Christ est le Seigneur, le digne objet de nos adorations, et tâchez d'en obtenir aussi miséricorde. »
L'empereur Dioclélien, également irrité et surpris, fit d'abord frapper Genès à coups de bâton ; puis il le remit au préfet Plautin, afin de le contraindre à adorer les idoles. Le préfet employa toutes les tortures en pure perte ; il le fit étendre et disloquer sur le chevalet, déchirer les côtes avec des ongles de fer, et lui appliquer sur le corps des flambeaux ardents. Genès souffrit tout avec un courage et une constance qui ne se démentirent pas un seul instant, et il disait haute-
ment : « Il n'est point de maître comparable à celui qui vient 'lem'apparaître; je Tadore et le chéris de toute mon âme. Quand j'aurais mille vies à perdre^ rien ne me séparera de lui y jamais les tourments ne m'ôteront Jésus-Christ de la bouche et du cœur. Je sens la plus vive horreur de tous mes égarements passés, et je regrette d'avoir commencé si tard ù le servir. »
Quelles belles paroles! quels sentiments nobles et élevés ! Mais ce qui est encore plus admirable, quelle patience ! quel courage héroïque à supporter les plus affreux tourments! Imitons ce saint martyr et répétons avec lui dans toute la sincérité de notre cœur : Il n'est point d'autre Dieu que Jésus- Christ; quand on me ferait nourir mille fois, on ne l'arrachera pas de mon cœur, on ne l'ôtera pas de ma bouche. Oui, mon Sauveur, vous seul êtes Dieu avec le Père et le Saint- Esprit. Faites-nous la grâce de souffrir les plus cruels supplices plutôt que de reconnaître jamais d'autre Dieu que vous, de mourir par le fer et par le feu plutôt que de démentir jamais les promesses que nous vous avons faites au Baptême, d'employer notre esprit, notre cœur, notre bouche, toute notre vie à vous adorer, à vous aimer, à vous louer et à vous servir dans le temps, pour régner avec vous durant l'é^ lernité.
ir INSTRUCTION.
^'ëee^isité du Baptême.
Nisi quis renatus fuerit ex aquà. et Spiritu saucto, non potest inlroire in regnum Dei.
Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-tsprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
(JoAN., m, 5.)
Nous ne sommes pas chrétiens par notre naissance, dit saint Jérôme, nous le devenons par notre Baptême. Ce sacremen Leiil donc le premier de touSj puisque c'est par lui que nous naissons à la oraf^p^ qiip. nous cnmnipnrnnsj gYktpr dans l'ordre
surnatureLeLdivin C'est anssile plus nécessaire de tqus les sacremenls. puisque sans lui, ou au moins sans le désir djLlc recevoir,^ joint à la contrition parfaite, il..£st-4mpo8&it>le d'entrer dans l& ciel. Ecoutez avecrespect^e^e rEglise DO"< pngpjgno à çe si4eL'.
« Si quelqu'un soutient que le péché d'Adam n'a été nuisible qu'à lui-même et non à sa postérité, et que la justice et la sainteté qu'il avait reçues de Dieu, il les a perdues pour lui seul et non point pour nous en même temps; ou que, souillé par le péché de désobéissance, il n'a transmis à tout le genre humain que la mort et les peines corporelles.
et non le péché qui est la mort de l'âme; qu'il soit anathème : car il contredit l'Apôtre, qui dit que le péché est entré dans le monde par un seul homme et la mort par le péché, et qu'ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui dans lequel tous ont péché.
« Si quelqu'un soutient que ce péché d'Adam, qui est un dans sa source, et qui, étant transmis à tous par propagation et non par imitation, se trouve en chacun propre à chacun, est effacé ou par les forces de la nature humaine, ou par d'autres remèdes que les mérites du Médiateur unique, notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a réconciliés dans son sang, en devenant notre justice, notre sanctification et notre rédemption ; ou s'il nie que les mérites mêmes de Jésus-Christ sont appliqués aux enfants et aux adultes par le sacrement de Baptême conféré suivant es formes usitées dans l'EgUse; qu'il soit anathème : car nul autre nom sous le ciel n'a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. Ce qui a donné lieu à cette parole : Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde. Et cette autre : Vous tous qui avez été baptisés, vous avez été revêtus de Jésus- Christ.
« Si quelqu'un nie que les enfants nouvellement sortis du sein de leurs mères, même ceux qui sont nés de parents baptisés, aient besoin de recevoir le Baptême, ou s'il dit qu'ils sont à la vérité baptisés pour la rémission des pochés, mais qu'ils ne tirent d'Adam aucune faute originelle qui ait besoin d'être
expiée par l'eau de la régénération pour obtenir la vie éternelle, d'où il s'ensuivrait qu'en eux la forme du Baptême pour la rémission des péchés serait fausse et non véritable ; qu'il soit anathème : car il ne faut pas entendre autrement que l'Eglise catholique répandue partout ne les a toujours entendues ces paroles de l'Apôtre : Le péché est entré dans ce monde par un seul homme, et la mort par le péché, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes par celui dans lequel tous ont péché. C'est en vertu de cette règle de foi, suivant la tradition des apôtres, que les petits enfants mêmes qui n'ont encore pu commettre aucun péché personnel sont véritablement baptisés pour la rémission des péchés, afin que la régénération efface en eux ce qu'ils ont contracté de souillure par la génération : car quiconque ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit ne peut entrer dans Je royaume de Dieu. » (Conc. Trid., sess. V, can. 2, 3 et 4.)
Il est donc de foi catholique que tous les hommes, même les enfants des chrétiens, sont coupables de péché originel, et qu'ils ne peuvent obtenir le salut que par le saint Baptême. La transmission de cette tache originelle sera toujours un grand mystère, sans doute ; mais c'est un fait certain, un fait dogmatique incontestable, appuyé sur la parole de Dieu et l'autorité infailUble de l'Eglise, sur la doctrine de tous les Docteurs, l'enseignement de tous les pasteurs, la tradition universelle de tous les peuples. D'un autre côté, nous savons que Dieu est juste. Que voulons-nous de plus? En nous re-
présenlaiil le père du genre humain comme l'agent responsable d'une grande société commerciale qui agit au nom de tous les sociétaires ou du genre humain, il nous sera facile de comprendre qu'il bénéficie ou qu'il perd pour tous les membres de cette société. Ainsi en sera-t-il du second Adam, Jésus-Christ, qui est devenu le Sauveur de tous les hommes en vertu du même principe de solidarité. Nous ne nous plaignons pas quand il s'agit des bé-> néQces; nos plaintes sont-elles justes quand il s'agit des pertes?
Mais, me direz-vous, comment des enfants nés de parents chrétiens et vertueux peuvent-ils être souillés du péché originel? Est-ce qu'une eau bourbeuse peut sortir d'une source claire et limpide? Est-ce que la lumière peut engendrer les ténèbres? Ou bien encore, si nous contractons ce péché de nos premiers parents quoique à soixante siècles de distance, à plus forte raison devons-nous contracter es péchés do ceux qui nous ont créés et mis au monde. Saint Augustin vous répond : Les enfants sont conçus et engendrés selon la nature et non selon la grâce ; et quoique les parents soient d'une sainteté éminente, leurs enfants viennent au monde souillés et coupables du péché dont la nature humaine tout entière a été souillée dans son chef ou dans sa source. Ainsi nos parents nous communiquent le péché d'Adam dont ils ont été purifiés, et ils ne nous communiquent ni la grâce dont leur âme est ornée, ni les péchés qui pèsent sur leur conscience , parce que ce ne sont que les quaUtés
ou les défauts de la nature qui se transmettent de génération en génération, et non les qualités ou les défauts des individus. Un homme savant engendre un fils ignorant; il ne saurait lui communiquer la science qu'il possède, et il lui donne l'ignorance qu'il n'a pas , parce que la science est une perfection de la personne, et que l'ignorance est une imperfection de la nature.
Ce grand Docteur dit encore : Vous semez dans votre champ un froment pur et séparé de la paille ; mais le froment qui en proviendra ne sera pas purifié comme le premier, il viendra toujours enveloppé de sa paille. Si vous jetez en terre la semence d'un fruit délicieux, l'arbre qui en sortira ne produira que des fruits sauvages. Pour qu'il donne des fruits savoureux et agréables au goût, il faut le greffer, y insérer la branche dun arbre franc. Pourquoi cela? Qui pourra vous rendre compte de ce mystère de la nature ? Il n'a d'autre raison que la volonté de Dieu, qui a voulu, par cette loi si étonnante, nous rendre sensible et palpable la transmission du péché originel et la nécessité du Baptême, et nous faire voir que l'enfant né de parents chrétiens vient au monde avec le péché originel, et qu'il est absolument nécessaire que Jésus-Christ soit inséré en lui ou qu'il soit greffé en Jésus-Christ.
Remarquez encore que quand nous ne naîtrions pas coupables du péché originel, le Baptême nous serait nécessaire, non pour nous purifier, mais pour nous communiquer la vie de la grâce.
Et que deviennent les enfants qui meurent sans
Baptême? Ils sont exclus du royaume des cieux, puisqu'ils ne possèdent pas la grâce sanctifiante : c'est une vérité de foi catholique ; et il n'y a pas de milieu entre le ciel et l'enfer. Cependant l'Eglise vous permet de croire qu'ils ne souffrent pas la peine des sens, et qu'ils jouissent même d'un certain bonheur naturel, de sorte qu'ils considèrent leur existence comme un bienfait et qu'ils en remercient Dieu. La privation du ciel n'est pas pour eux une peine, parce qu'ils sont morts sans la grâce et qu'ils n'ont aucune idée de l'ordre surnaturel.
Mais pourquoi Dieu permet-il qne ces enfants soient exclus du ciel sans qu'il y ait de leur faute? Pourquoi permet-il que l'enfant d'une mère chrétienne meure sans Baptême, et que celui d'une fille débauchée le reçoive avant de mourir? C'est que Dieu a créé l'homme libre, et que la liberté devient la cause d'accidents fâcheux. Mais la justice de Dieu li'est pas en défaut, puisqu'il rend à chacun ce qui lui est dû, et que les enfants morts sans Baptême n'ont aucun droit de posséder le royaume de Dieu. Nous devons croire que tous les jugements de Dieu sont pleins d'équité, et ne point chercher à connaître ce qu'il a voulu nous cacher. Sa conduite sera justifiée au grand jour des révélations. Concluons de là que nous devons travailler à notre salut avec crainte et tremblement, puisque les jugements de Dieu sont si impénétrables. Combien de chrétiens seront sauvés après avoir mené une vie libertine et scandaleuse ! Combien d'autres seront damnés après avoir vécu longtemps dans l'innocence 1 Les pre-
miers se seront convertis avant de mourir, et les seconds seront morts en état de péché mortel. De quel côté serons-nous? 0 profondeur de la sagesse et de la science de Dieu, quevos jugements sont incompréhensibles!
Mais revenons à la nécessité du Baptême. Le saint concile de Trente a défini cette vérité : « Si quelqu'un dit que le Baptême est libre, c'est-à-dire qu'il n'est pas nécessaire pour le salut, qu'il soit anathème. » Déjà il avait défini que la justification, depuis la promulgation de l'Evangile, ne peut se faire sans l'eau de la régénération ou sans son désir.
« Si vous voulez être catholique, s'écrie saint Augustin, ne croyez pas, ne dites pas, n'enseignez pas que les enfants qui meurent sans Baptême peuvent obtenir la rémission de leur péché originel. » [De Orig. animm, lib. III, cap. xix.'
Considérez avec quelle tendre sollicitude l'Eglise veille au salut des enfants des hommes. Elle presse de toutes manières, par ses prières, par ses larmes, par ses menaces, par ses châtiments, les prêtres et les fidèles de prendre de telles précautions, qu'aucun enfant ne meure sans avoir reçu le Baptême. Tantôt elle frappe d'analbème les hérétiques qui nient la nécessité de ce sacrement, et tantôt elle châtie sévèrement les adultes qui ne veulent le recevoir qu'à l'article de la mort.
Cependant le Baptême peut être suppléé par le martyre, selon ces paroles de Jésus-Christ : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi, ou à cause de l'Evangile, sera sauvé. » 3ïarc, viii, 33.) Il dit en gé-
lierai : Celui qui donnera sa vie, qu'il ait ou qu'il n'ait pas la conscience de son acte, peu importe, il la sauvera. Ainsi les enfants avant l'usage de raison peuvent être martyrs. « Nous avons encore un second Baptême, dit Tertullien, savoir le Baptême de sang, dont le Seigneur a dit : J'ai un Baptême dont je dois être baptisé. Ce Baptême de sang supplée au Baptême d'eau, et il le restitue quand on Taperdu. » (Lib. De Bapîism.y cap. xvi.)
« Pour nous, dit saint Cyprien, qui, avec la permission de Dieu, conférons le Baptême d'eau à ceux qui croient, nous préparons tous ceux qui l'ont reçu à un autre Baptême qui est plus grand en grâce, plus sublime en puissance, plus excellent en gloire. C'est un Baptême par lequel les anges baptisent, qui fait tressaillir de joie le Seigneur et son Christ. Après ce Baptême, personne ne pèche plus; c'est ce Baptême qui porte notre foi à sa dernière perfection; c'est ce Baptême qui, en nous retirant de ce monde, nous unit immédiatement à Dieu. Si nous recevons la rémission de nos péchés par le Baptême d'eau, nous recevons par le Baptême de sang la couronne de nos vertus. » (Praefat. in lib. De Exhortât, mai'îyrii.)
Ecoutez encore le Docteur Angélique : « L'efîusion du sang pour Jésus-Christ et l'opération intérieure du Saint-Esprit sont appelées Baptême, parce qu'elles produisent son effet; car le Baptême d'eau n'est efficace que par la passion de Jésus-Christ et la vertu du Saint-Esprit. Or, ces deux causes opèrent dans chacun de ces trois Baptêmes, et d'une
manière très-excellente dans le Baptême de sang. En effet, la passion de Jésus-Christ opère dans le Baptême d'eau, par une certaine représentation figurative; dans le Baptême de charité, par une certaine affection qu'elle excite dans l'âme, et dans le Baptême de sang, par l'imitation véritable et réelle de la passion. La vertu du Saint-Esprit opère également dans le Baptême d'eau, par une certaine vertu cachée; dans le Baptême de charité, par un mouvement du cœur, et dans le Baptême de sang, par la plus ardente ferveur de la charité, selon cette parole du Sauveur : « Personne n'a une plus grande « charité que celui qui donne sa vie pour ses amis. »
Pourquoi l'Eglise a-t-elle défendu de prier pour les martyrs? Parce que le Baptême de sang efface tous les péchés et remet toutes les peines dues au péché. Il fait injure au martyr, celui qui prie pour lui, dit le pape Innocent III. L'Eglise accordait môme la rémission des pénitences canoniques à la recommandation des martyrs.
Pour faire périr l'enfant Jésus, Hérode fait massacrer les enfants âgés de deux ans et au-dessous, et l'Eglise les honore comme martyrs, parce qu'ils ont perdu leur vie à cause de Jésus. L'empereur a voulu être le parrain de tous les enfants qui sont nés le même jour que l'enfant impérial; Dieu fait plus : il élève à la plus haute gloire tous les enfants qui sont venus au monde à l'époque où est né Jésus; il en fait des princes du sang, qui formeront la cour du Roi du ciel pendant l'éternité.
Cependant, pour que le martyre efface les pé-
chés et ouvre la porte du ciel à l'aduite qui le souffre, il faut qu'il se repente de ses péchés et qu'il ait l'amour de Dieu dans le cœur; car saint Paul a dit : « Si je livre mon corps au tourment du feu et si je n'ai pas la charité, je ne suis rien. Aussi voyez-vous avec quel empressement l'Eglise confère le Baptême aux catéchumènes bien disposés, réconcilie les pécheurs vraiment contrits, et munit tous los fidèles du pain des forts à l'approche des persécutions? C'est le motif et non la peine qui fait le martyr. Que les hérétiques etlesschismatiqucs meurent pour le nom chrétien, ils ne sont pas martyrs, parce qu'ils n'ont pas la charité chrétienne. Mais TEglise honore comme martyrs les prêtres et les fidèles qui, sous l'empereur Valérien, sont morts en soignant les pestiférés, pour l'amour de Dieu, dans la ville d'Alexandrie. N'oubliez donc pas que si la mort vous surprend dans l'exercice de la charité envers des pestiférés, l'Eglise chantera sur vos dépouilles mortelles : 0 heureux chrétiens, si l'épée de la persécution vous a fait défaut, l'amour du prochain a fait de vous de saintes victimes et vous a égalés en quelque sorte aux martyrs.
Le Baptême peut encore être suppléé par un acte de charité parfaite joint au désir de recevoir le sacrement.
« Celui qui m'aime, dit Jésus, sera aimé de mon Père, et nous viendrons en lui, et nous ferons en lui notre demeure. » (Jean, xiv, 21 .) « L'impie qui aura fait pénitence de ses péchés vivra de la vie et ne mourra point. » (Ezéch., xxiii, 21. )« Quiconque
croira en Jésus-Christ nesera pas con fondu . » (Rom . , X, 11 .) Ces promesses sont formelles et ne souffrent point d'exception.
Dans son oraison funèbre de l'empereur Yalentinien, saint Ambroise s'exprime ainsi : « Je vous entends regretter qu'il n'ait pas reçu le sacrement de Baptême. Mais, dites-moi, qu'y a-t-il autre chose en notre pouvoir que la bonne volonté et la prière ? Or, il y a longtemps qu'il avait cette volonté de recevoir le Baptême de mes mains, et c'est pour cela qu'il m'a mandé avant tous les autres. N'a-t-il donc pas reçu la grâce qu'il a demandée, qu'il a désirée? Assurément, puisqu'il l'a demandée, il l'a reçue. Comment le savons-nous? Par cette parole du Saint- Esprit : « Quelle que soit la mort qui vienne frapper « le juste, son âme sera dans le rafraîchissement. » Si les martyrs sont purifiés par le sang, Valentinien l'a été par sa piété et sa bonne volonté. »
Vous avez entendu les paroles de saint Thomas. Dieu n'a-t-il pas dit qu'il veut le salut de tous les hommes; que nous devons mettre toute notre confiance en lui; qu'il nous accordera tout ce que nous lui demanderons ; que la volonté de pécher est réputée pour le fait? Mais si, dans l'impossibilité de recevoir le sacrement, la charité parfaite ne suffisait pas pour justifier le pécheur, pourrait-on dire que Dieu veut le salut de tous les hommes, que la prière est toute puissante, et qu'on ne doit jamais désespérer? Quoi donc ! la seule volonté du mal suffit pour mériter l'enfer, et la charité parfaite ne suffirait pas pour mériter le cieH
Cependant on ne peut pas dire qu'il y a trois Baptêmes ; car il n'y a que le seul Baptême d'eau qui imprime un caractère. Les deux autres lui suppléent en justifiant le pécheur.
Ecoutez maintenant ces paroles de Son Erainence le cardinal-archevêque de Reims : « Le Baptême étant absolument nécessaire au salut pour les enfants comme pour les adultes, les parents sont obligés de les faire baptiser le plus tôt possible, moralement parlant. Ils se rendraient coupables d'une faute grave , s'ils retardaient pendant un temps considérable, un mois par exemple, à leur procurer le Baptême. Il suffirait même, pour qu'il y eût péché mortel, que ce retard fût de quinze jours, si l'on n'avait pas de raison légitime de différer aussi longtemps. Il est des Docteurs plus sévères encore, qui pensent qu'on ne peut, sanspéché mortel, différer le Baptême d'un enfant au-delà de huit jours, et même de cinq ou six jours. C'est donc un devoir pour les curés d'exhorter et de presser les parents à faire baptiser leurs enfants le jour même ou au plus tard le lendemain ou le surlendemain de leur naissance. » [Théol. mor.j tom. II, n° 79.)
Comprenez donc, mes frères, combien sont aveugles et coupables tout à la fois les parents qui, sous le moindre prétexte, diffèrent de plusieurs jours et quelquefois de plusieurs semaines de faire administrer le Baptême à leurs enfants. Si le chef de l'Etat assurait une pension à votre fils, et que vous eussiez de graves raisons de craindre qu'il pût en être frustré, dans le cas où vous différeriez de quelques
jours de le présenter au magistrat civil, aucun de vous ne serait négligent et ne manGjuerait de remplir la condition imposée le jour même de la naissance de l'enfant. Oubliez-vous qu'il s'agit d'assurer à vos fils et à vos filles le droit à un bonheur éternel et infini, et que le moindre délai peut les en priver? Quoi! la France envoie chaque jour des missionnaires dans les pays sauvages et barbares pour conférer le Baptême aux enfants et aux adultes, ces prêtres sacrifient tout pour envoyer au ciel les âmes de ces infidèles, et des parents chrétiens négligent de procurer ce même bienfait à leurs enfants ! Où est donc leur foi ? où est leur amour paternel? Le moindre accident peut occasionner la mort à ces frêles créatures et les exclure à jamais dn royaume des cieux, et leurs parents sont sans souci et sans inquiétude ! et ils dorment tranquilles 1 0 mon Dieu, quelle insensibihté ! quelle cruauté !
Réveillez donc votre foi, mes frères, et soyez plus exacts à remplir les obligations que vous impose votre dignité de père et de mère. Vos enfants euxmêmes vous en béniront pendant toute l'éternité. Jmen.