‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 11 sur 28 · SAINTE ÉMERÀNCE, SAINTE CATHERINE^ ETC · texte numérisé non relu

SAINTE ÉMERÀNCE, SAINTE CATHERINE^ ETC

Il est raconté dans la vie de sainte Emerance, encore catéchumène, que, pendant qu'elle priait sur le tombeau de sainte Agnès, elle fut surprise par des païens qui lui reprochèrent en termes très-durs de contribuer par ses pratiques superstitieuses à répandre le bruit des prétendues merveilles qu'on attribuait à cette criminelle enterrée. Indignée de ces blas-

phèmes, la jeune tille leur représenta vivement leur corruption et leur incrédulité; mais ces hommes cruels en furent tellement irrités qu'ils assommèrent, sur la place même, cette courageuse héroïne de la foi. C'est ainsi qu'elle reçut le baptême de sang.

L'empereur Maximin, dans le but de faire aposiasier sainte Catherine, née à Alexandrie en Egypte, femme célèbre par ses connaissances, après avoir essayé inutilement par toutes sortes de moyens, résolut de l'amener à l'idolâtrie par des dissertations savantes ; c'est pourquoi il rassembla les philosophes les plus instruits et les chargea de confondre la jeune fille. Mais le résultat ne répondit point à son attente. La plupart d'entre eux, et peut-être tous, furent tellement frappés de l'éloquence de cette jeune fille, de la force des preuves qu'elle apportait pour établir la divinité de la religion chrétienne, qu'ils embrassèrent le christianisme. L'empereur, blessé au vif à la vue d'un pareil spectacle, ordonna aussitôt qu'on les fît mourir par le feu, supplice auquel ils se soumirent de bon cœur. Seulement ils se plaignaient auprès de sainte Catherine de ce qu'ils seraient obUgés de mourir sans baptême. Mais la sainte, faisant le signe de la croix sur eux, les tranquillisa en leur disant : « Ne soyez pas inquiets à ce sujet, car bientôt vous serez baptisés dans votre propre sang. » Encouragés par ces consolantes paroles, ils marchèrent gaîment à la mort, et entrèrent dans la vie en recevant le baptême de sang. (Laurent Surius, 2o nov.)

Pendant que l'on conduisait saint Georges au martyre, un grand nombre d'estropiés se jetaient à ses pieds, et recouvraient la santé dès qu'il avait fait sur eux le >>igne de la croix. Parmi les infirmes se trouvait un homme de la campagne, nommé Clirécius, qui s'écria tout à coup, animé d'un saint transport : « Le Dieu des chrétiens est vraiment grand! » A ce cri, l'empereur le fit aussitôt saisir et ordonna qu'on le conduisît au martyre. Il obéit avec joie, tout en priant le Seigneur d'accepter, en compensation du Baptême, le martyre qu'il allait endurer ; ce qui lui fut accordé.

Le 2 septembre 1792, le massacre des prisons eut lieu à

Pari:;. Un de ces monstres qui se faisaient un jeu de la vie des liommes, après avoir massacré un grand nombre de victimes et avoir touché le salaire de l'homicide, embrassa la profession de boucher et se maria. Sempronia et Lucrèce furent les noms qu'il donna à ses deux filles. Pour célébrer la naissance de ces deux enfants, il réunit ses amis dans un repas, et, au milieu d'une joie accompagnée de blasphèmes contre Dieu et contre la religion, il jure qu'aucun de ses enfants ne recevra Je Baptême, et que si jamais un prêtre s'approchait de sa maison pour les baptiser ou leur parler de religion, il Téventrerait; puis, tirant un couteau, il ajoute : « Avec celui-ci, j'ai tué quatorze prêtres aux Carmes et cinq a Saint-Firmin, sans compter les autres à l'Abbaye. »

En 1813, sa fille Lucrèce tomba malade d'une maladie de langueur et touchait à ses derniers moments. Quelques personnes pieuses engagèrent son père à la faire baptiser ; mais il renouvela ses premiers serments. Dès lors il parut impossible de l'amener à de meilleurs sentiments. Cependant une personne charitable crut devoir parler à un ecclésiastique de cette indigne conduite. Sa charité s'enflamma pour sauver rame de cette fille malheureuse, au risque d'y perdre la vie. Pour arriver près d'elle, il prend des habits étrangers à son état, et s'en va dire au père qu'ayant appris que sa fille se mourait d'une maladie de langueur et était abandonnée des médecins, il venait lui offrir un remède qui pouvait la sauver. Le père est ému ; il verse quelques larmes, remercie et accepte les secours offerts. Il promet même une récompense si on lui rend son enfant. Ce ministre n'en veut aucune, et demande à la voir. On le conduit dans une chambre où il trouve une jeune personne d'environ quatorze ou quinze ans, affaissée par la maladie, et paraissant avoir peu d'heures à vivre. Le père lui dit qu'il lui amenait un brave voisin possesseur d'un excellent remède qui pouvait la guérir. Le prêtre lui donna la moitié de ce que renfermait sa fiole, ce qui parut la soulager; et pendant que le père préparait une tasse de thé, le prêtre dit à la jeune fille : « Mon enfant, vous allez peut-être mourir; votre corps va périr, mais sauvons votre

fîme. Je m'expose à périr pour vous sauver ; mais les instants sont chers, n'en perdons aucun. Voulez-vous être baptisée? — Ah! monsieur, lui dit-elle, oui, je serai heureuse de recevoir le Baptême; je le désire, et puisse Dieu vous récompenser de votre zèle ! w Aussitôt il lui verse de l'eau sur la tête et lui t'onfère le sacrement de Baptême. Le père rentre bientôt, et sa fille lui dit qu'elle est heureuse, qu'il pense à sa conduite passée... puis elle expire. Le père vomit des imprécations, et le prêtre s'esquive.

IIP IiNSTRUGTION.

De la matière et de la forme du Bajitéme.

Dùm irent per viam, veneiunl ad quamdam aqiiam, et ait eunuchus : Ecce aqua, quid prohibct me bapli:ari?

Pendant qu'ils cheminaient, ils arrivèrent prés (l'un endroit où il y avait de l'eau, et l'eunuque dit : Voilà de l'eau, qu'est-ce qui empêche de me baptiser?

(AcT., VIII, 56.)

Quelle est la matière du sacrement de Baptême ? Certains hérétiques ont prétendu que c'était du feu. Luther enseigne que c'est toute liqueur propre à nettoyer le corps, et Calvin, que les paroles du Sauveur doivent être prises dans un sens métaphorique et s'entendre de la contrition du cœur. Majs l'Eglise catholique^nseigne quê^c'estUlgau natu^. relle^ « La matière du sacrement de Baptême, dit le concile de Florence, est l'eau véritable ou naturelle, peu importe qu'elle soit chaude ou froide. » Ecoutez ce que dit le saint concile de Trente : « Si quelqu'un dit que l'eau naturelle et véritable n'est pas de nécessité pour le Baptême, et pour ce sujet détourne à quelques explications métaphoriques cette parole de notre Seigneur Jésus-Christ, qu'il soit anathème. » (Sess. vu, can. 2.^

Le prophète Ezéchiel avait annoncé cette magnifique institution : « Je répandrai sur vous une

eau pure , dit le Seigneur, et vous serez purifiés de toutes vos souillures. » (Ezech., vi, 25.)r<< Approchons-nous donc de Dieu, dit saint PauVavec un cœur vraiment sincère et avec une foi parfaite, ayant les cœurs purifiés des souillures de la mauvaise conscience par une aspersion intérieure, et les corps lavés dans l'eau pure. » {Héb., x, 22.)

II est donc de foi catholique l^ne l'eau naturelle est la matière nécessaire du sacrement de Baptême, peu importent ses qualités, qu'elle soit douce ou salée, bonne ou mauvaise. Si l'on doutait qu'elle fut de l'eau naturelle, on pourrait s'en servir, en cas de nécessité, à défaut d'eau pure ; mais il faudrait réitérer le Baptême le plus tôt possible.

Pour que le Baptême existe, il faut qu'il y ait ablution, soit par infusion, en versant de l'eau sur le corps de la personne; soit par immersion, en le plongeant dans l'eau; Soit par aspersion, en jetant de l'eau sur lui. Dans l'Eglise latine, le Baptême se confère et doit se conférer par infusion.

Pour assurer le Baptême, il ne suffit pas de faire tomber quelques gouttes d'eau, ni de tremper son doigt dans l'eau et de l'appliquer au sujet ; il faut prendre de l'eau dans un vase et la verser sur celui qu'on baptise. Il faut que l'eau touche immédiatement le corps. Il est donc nécessaire que celui qui baptise séprjp les cheveux avec la main et fasse arriver l'eau jusque sur le corps.

Il suffit de verser l'eau une seule fois; mais, pour le Baptême solennel, l'Eglise prescrit, selon l'ancienne discipline, d'en verser trois fois en formant

— 1G9 — le signe de la croix, tandis qu'on prononce les paroles sacramentelles. C'est une profession publique du mystère de la sainte Trinité.

On doit verser l'eau sur la tète de la personne qu'on baptise, non seulement parce que l'Eglise l'ordonne, mais aussi parce qu'il y a quelque doute si le Baptême est valide lorsqu'on verse l'eau sur quelque autre partie du corps. Cependant, en cas de nécessité, il faut baptiser un enfant sur quelque membre que ce soit, quand on ne le peut sur la tète. L'eau est très-convenable pour la matière du sacrement de Baptême, selon la doctrine de saint

T h ornas.

J^JIlje-est^^amme le principe des créatures ; car Dieu créa d'abord les eaux, et l'Esprit de Dieu reposait sur elles pour leur communiquer la fécondité. Dieu prononce ensuite une parole, et la terre et les eaux produisent toutes les créatures. Or, par le Baptême, il s'opère une nouvelle création infiniment plus merveilleuse que la première ; et quand l'ancien monde oublie sa céleste origine. Dieu le

purifie et le régénère par les eaux du déluge.

'î° Comme le Baptême est absolument nécessaire au salut, il fallait une matière facile à trouver, et

(^ l'eau est le plus commun des éléments, le plus aisé

/à se procurer.

/ 3° L'eau exprime très-bien les effets du Baptême. Elle nettoie et purifie le jîCirp;Je Baptème purifie l'âme. L'eau rafraîchit le corps, et le Baptême amortit le feu de la concupiscence. L'eau éclaire, car c'est elle qui nous fournit cette belle

no —

' lumière qui éclaire nos grandes cités pendant la

\nuil; le Baptême chasse les ténèbres de l'intelligence et y fait luire une lumière céleste. ' i° L'eau nous rappelle le sépulcre de Jésus- Christ, avoc lequel nous sommes morts et ensevelis par le Baptême, selon ces paroles de l'Apôtre :

Ç« Ayant été baptisés au nom de Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort, nous avons été en •

1 sevelis avec lui par le Baptême pour mourir au pé ché et vivre d'une vie nouvelle. » C'est ce qu'exprimait bien le Baptême par immersion.

Efforcez-vous donc, mes frères, de pénétrer cette profonde philosophie du grand Apôtre, et contemplez Jésus-Chiist expirant sur la croix : il meurt au péché, au monde, à la chair. Ainsi, en vertu de notre Baptême, devons-nous mourir au péché, c'est-àdire aux blasphèmes, aux profanations du saint jour du dimanche, aux haines, aux querelles, aux dissensions, aux paroles licencieuses, aux impuretés, aux injustices, aux mensonges, aux médisances, aux calomnies. Nous devons mourir au monde, à ses vanités, à ses pompes, aux grandeurs, aux richesses et aux plaisirs du monde, aux spectacles, aux danses, aux amusements criminels, et à tout ce qui pourrait être une occasion de péché. Nous devons pratiquer les vertus chrétiennes, l'humilité, le détachement des biens de la terre, la modestie, la patience, la mortification et la charité chrétiennes. Nous devons mourir à nous-mêmes, aux passions déréglées de la nature corrompue, à l'ambition, à la cupidité et à la volupté.

Cette mort du vieil homme en nous est une condition indispensable de la vie chrétienne, puisque Dieu ne nous a rachetés de la mort éternelle qu'en nous imposant l'obligation de mourir à nos vices. C'est comme l'abrégé de toute la doctrine de saint Paul. « Puisque par le Baptême, nous dit-il (Rom. ,vi) nous sommes morts au péché, comment donc le ferons- rous revivre en nous ? Par le Baptême , nous le savons, notre vieil homme a été crucifié avec Jésus-Christ, afin que la masse du péché soit détruite, et que désormais nous ne soyons plus les esclaves du péché, comme Jésus-Christ une fois ressuscité ne meurt plus. Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel, de manière que vous n'obéissiez plus à ses concupiscences. » Et ailleurs (Gai., v, 24) il dit formellement que ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses convoitises.

Avcz-vous bien entendu cette maxime? Le grand Apôtre ne dit pas que les Chartreux, les Trappistes et les Carmélites qui ne pratiquent pas la mortification n'appartiennent pas à Jésus-Christ, mais il prononce d'une manière absolue et générale que ceux qui ne sont pas mortifiés n'appartiennent pas à Jésus-Christ*

Ecoutez saint Jean Chrysostôrae : « Le Baptême est pour nous ce que la croix et le tombeau ont été pour Jésus-Christ, et il doit produire en nous les mêmes effets. Il doit nous faire mourir, nous crucifier et nous cacher au m.onde. C'est pour cela que la grâce qui nous a été donnée au Baptême est un

esprit de pénitence qui nous oblige à mourir au monde. Or, un homme mort est insensible à ce qui se passe autour de lui; qu'on le place sur un trône et qu'on le comble de louanges, il n'éprouve pas le moindre sentiment d'orgueil; qu'on le jette à la voirie et qu'on l'expose à tous les outrages, il ne se fâche ni ne s'irrite d'aucune façon. »

Permettez-moi donc de vous demander maintenant : Etes-vous chrétiens ?Etes-vous véritablement morts au péché, au monde et à vous-mêmes ? Avezvous crucifié votre chair avec toutes ses convoitises? Avez-vous détruit en vous le vieil homme et celte masse de péché qui vous rend esclaves des mauvaises passions? Etes-vous insensibles à la louange, au blâme ou au mépris des hommes? S'il en est ainsi, réjouissez-vous, et rendez grâces à Dieu : vous êtes véritablement chrétiens, vous appartenez à Jésus-Christ, puisque vous marchez à sa suite dans le chemin royal de la croix; vous êtes crucifiés avec lui, et c'est un gage certain que vous ressusciterez avec lui.

Mais si, au contraire, vous ne vous occupez qu'à flatter vos passions, à obtenir des dignités et des honneurs, à faire fortune, à vous procurer sans cesse de nouveaux plaisirs, à .vous établir dans ce monde comme si vous ne deviez jamais en sortir, tremblez; car vous n'êtes plus chrétiens, puisque vous ne vivez que pour le monde et que vous n'aimez que les choses de ce monde. Vous démentez votre Baptême, et vous êtes en contradiction formelle avec la profession que vous

faites de la doctrine de la croix et du crucitiement.

Jé^ngXhnst^dit. à ses apotre.s : « AlJpy, pnspj-

gnez toutesj£S-Jiaiions, baptisezJes-a«— ftftm--du Père et JjLlii-^-"Çt ii]i..SaijQi:Esj3i^^ ces paroles se trouve la forme du sacrenienl.de EapLcSij

« Voici, dit le concile de Florence, la forme de ce sacrement : Je le baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ^'ous ne nions pas cependant que le Baptême ne soit valide, lorsqu'on le confère par ces paroles : Qu'un tel serviteur de Jésus-Christ soit. __bâptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, puisque, comme la principale cause qui doniM au Baptême sa vertu est la sainte Trinité, et que la cause instrumentale est le ministre qui confère extérieurement le sacrement, si on exprime l'acte qui est fait par le ministre lui-même avec l'invocation de la sainte Trinité, le sacrement est parfait. »

Ecoutez le saint concile de Trente : « Si quelqu'un dit que le Baptême qui est donné même par les hérétiques au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit, avec l'intention de faire ce que fait l'Eglise, n'est pas un vrai Baptême, qu'il soit anathème. »

Tous les Pères de l'Eglise enseignent que cette forme a été instituée par Jésus-Christ lui-même. Quand les évêques catholiques voulaient s'assurer de la validité du Baptême conféré par des hérétiques, ils s'informaient soigneusement s'il avait été donné avec de l'eau naturelle et l'invocation expresse des trois personnes divines. Le ministre ne doit donc rien changer à la formule, ni la modifier

en aucune manière, de peur de rendre le sacrement nul.

Pour la validité du Baptême, il faut que la même personne qui verse l'eau prononce en même temps les paroles sacramentelles.

Cette forme, dit saint Thomas, convient parfaitement, parce qu'elle exprime la cause du sacrement, le ministre qui le confère et la sainte Trinité qui lui communique sa vertu, et son précieux effet ou l'effusion de la grâce divine.

Nous avons déjà vu que saint Paul, parlant de la forme du Baptême, l'appelle une parole de me. Si donc la matière de ce sacrement nous rappelle que nous sommes morts au monde, la forme nous enseigne que nous mourons pour revivre, que nous nous dépouillons avec Jésus-Christ d'une vie mortelle et fragile pour reprendre avec lui une vie glorieuse et immortelle. Nous mourons au péché, au monde et à nous-mêmes, mais pour vivre à Dieu et à sa grâce ; nous sommes crucifiés avec Jésus-Christ pour ressusciter avec lui; nous faisons mourir le vieil homme pour nous revêtir du nouveau.

L'Eglise nous marque ces effets surprenants dans les prières qu'elle récite pour la bénédiction des fonts sacrés. Elle conjure l'Esprit de Dieu de les sanctifier comme il fil à l'origine du monde. Elle prie Dieu de bénir ces eaux, afin qu'elles soient, comme celles du déluge, le tombeau des vices et la source de toutes les vertus ; qu'elles soient une fontaine vivante qui régénère, une onde qui sanctifie; qu'on voie en sortir une génération nouvelle et tout

à fait céleste ; qu'elles ressemblent à ces quatre fleuves qui sortaient du paradis, et qu'elles portent aux quatre coins du monde les trésors de la grâce divine, comme ces eaux du désert qui, d'amères qu'elles étaient, devinrent douces et agréables au goût, comme cette source qui jaillit du Hanc du rocher pour abreuver tout le peuple de Diei'., comme cette eau changée en vin aux noces de Cana pour célébrer la figure de l'union sainte de la nature divine et de la nature humaine.

Yoycz-vous ISaaman le Syrien, tout couvert de la lèpre, allant, par l'ordre du prophète, se laver sept fois dans le Jourdain, et obtenant ainsi sa guérison? C'est la figure de cet autre lépreux qui, pour accomplirtoute justice, s'avance vers Jean-Baplistecomme les autres pécheurs, descend dans le Jourdain, et y fait descendre l'ancien monde avec lui pour s'y purifier; et quand il en sort, c'est un monde nouveau qui parait. Ecoutez cette voix du ciel qui fait entendre ces magnifiques paroles : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » Et saint Jean a vu le Saint-Esprit descendre sur lui et s'y reposer. Ainsi, lorsque l'enfant aura été plongé dans les eaux régénératrices, le Père éternel le proclamera son fils, et le Saint-Esprit descendra en lui pour lui communiquer la vie divine.

C'est donc à juste litre que saint Denys appelle l'eau du Baptême le sein maternel des chrétiens et les entrailles d'adoption. Quelle dignité, quelle admirable prérogative que celle d'être fait enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ, par la communication

et l'effusion du Saint-Esprit! Quand le divin Maître compare la naissance opérée par le Baptême à la naissance du corps de l'homme, il veut nous faire entendre que la vie produite par le Saint-Esprit est divine parce que sa cause est la nature divine, comme la chair du Fils de l'homnMî est chair parce qu'elle provient d'nne cause charnelle. Par le Baptême, nous sommes donc nés du Saint-Esprit, c'està-dire que le Saint-Esprit nous communique de sa vie et nous rend participants de ses propres perfections; il nous pénètre comme le feu pénètre le fer et lui communique ses propriétés.

Mais notre conduite, mes frères, est-elle à la hauteur de notre naissance? La vie d'un prince ne doitelle pas être plus parfaite que celle du simple citoyeflîNe se manquerait-il pas à lui-même, s'il n'avait pas des idées plus élevées et des sentiments plus nobles que les autres hommes? Que dis je? Quand vous avez un domestique, vous exigez avec raison qu'il soit sage et vertueux; vous ne voulez pas qu'il trahisse l'honneur qu'il a de vous appartenir, et vous avez raison. Mais vous qui êtes les enfants de Dieu et les frères de Jésus-Christ, vous qui avez reçu le Saint-Esprit pour être l'esprit et la vie de votre âme, quelle est votre conduite? Est-ce bien la conduite des enfants de Dieu? N'est-ce pas plutôt la conduite des païens, ou peut-être même la conduite de ces êtres sans raison qui ne trouvent leur bonheur que d?.ns la fange?

Saint Denys nous explique la manière dont on conférait le Baptême de son temps. Le pontife or-

donnait au diacre de déchausser et de déshabiller le catéchumène qui se présentait pour être baptisé ; il commandait à celui-ci de se tenir debout, le visage tourné vers le soleil couchant, qu'il devait en quelque sorte repousser en portant les mains de ce côté ; puis il lui ordonnait de souffler par trois fois contre Satan et de prononcer son abjuration. Lorsque le catéchumène avait prononcé son abjuration et promis de garder la foi, le pontife le faisait tourner vers rorient, regarder le ciel, élever les mains pour s'enrôler dans la milice de Jésus-Christ. On lui faisait ensuite des onctions en forme de croix, on le plongeait trois fois dans les fonts sacrés, et il était revêtu de la robe blanche.

En dépouillant et en déchaussant lecatéchumène, on voulait lui faire entendre qu'on le dépouillait de sa première vie, qu'on le détachait de toutes les affections qui pouvaient retenir son cœur, même les plus petites. Par la posture dans laquelle on le faisait tenir, dépouillé et déchaussé, le visage tourné vers le soleil couchant ; par le mouvement des mains qu'il faisait comme pour repousser le soleil, on lui montrait qu'il devait repousser loin de lui toute communication avec le vice qui remplit l'âme de ténèbres. On lui ordonnait de souffler et de chasser avec son haleinetoutes les mauvaises habitudes qu'il avait contractées; enfin il semblait qu'on lui faisait faire profession de renoncer absolument à tout ce qui pouvait l'empêcher de devenir semblable à Dieu. Ainsi débarrassé de toutes les affections vicieuses, n'ayant plus de liaison avec elles, on le faisait tour-

ner vers l'orient pour lui montrer que, par un entier renoncp-ment au vice, il obtiendrait la paix du cœur, et qu'il jouirait d'un regard pur de la lumière divine. Le catéchumène levait les mains, parce que les créatures douées d'entendement ne peuvent arriver à l'habitude immuable de la divine ressemblance qu'en s'élevant continuellement, avec toute l'altenlion et la force de leur esprit, vers la Divinité, et en mortifiant tout ce qui peut y être contraire; car ce n'est pas assez de ne commettre aucun péché, il faut encore résister avec un courage généreux et magnanime à tout ce qui pourrait nous faire retomber dans le vice, ne jamais donner aucun relâche à l'amour sacré de la vérité, mais tendre vers elle avec toute la force de nos désirs, en travaillant tous les jours à faire de nouveaux progrès dans la vertu et l'amour de Dieu. C'est ce que figurent les onctions que fait le pontife, et que font après lui les prêtres, sur le corps du catéchumène, comme s'ils l'oignaient pour le faire entrer dans la lice des saints combats, le faire triompher des ennemis de son salut et de tout ce qui s'oppose à son union avec Dieu; et cette union s'opère par la mort à tout péché selon le modèle de la mort de Jésus-Clirist et de sa sépulture, que représente la triple immersion. On revêt ensuite de nouveau le baptisé d'habits blancs, qui sont le symbole de la lumière, parce que, par celte constante fermeté d'esprit qui nous affranchit de la servitude des passions, par les véhémentes aspirations vers Dieu, ce qui était déréglé en nous est remis dans l'ordre, ce

qui était difforme est embelli par l'éclat d'une vie parfaitement lumineuse. Amen.

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