LE SACREMENT DE BAPTÊME
PREMIÈRE INSTRUCTION
lie Baptême est un «acrement.
Nisi qnis renatus fueril ex aqud et Spiritu sancto, non polest introire in regnum Dci.
Si quelqu'un ne renaît de l'eau ei du Saint-Esprit, il ne saurait entrer dans le royaume de Dieu.
(JoAN., m, 5.)
Qaand un voyageur arrive devant le portail d'une magnifique cathédrale, il s'arrête un moment pour en considérer l'ensemble et l'harmonie générale ; puis, lorsqu'il s'est rendu compte de la hardiesse du plan et de la beauté de l'exécution, il en visite l'intérieur, considère et admire successivement la variété, la perfection et les richesses des diverses parties de l'édifice. Or, le Fils de Dieu, comme nous l'avons dit, s'est bâti une maison magnifique qu'on appelle l'Eglise, et il a taillé sept colonnes pour la supporter; il a préparé le vin et disposé la table. Déjà nous avons étudié l'ensemble de ce superbe palais, nous allons en parcourir les détails. Arrê-
tens-nous d'abord à la porte d'entrée, elle est digne de toute noire attention.
La porte donc par laquelle on entre dans la maison de Dieu est le Baptême, le premier de tous les sacrements. Ce mot Baptême a diverses significations dans les saintes Lettres : tantôt il exprime simplement l'action de se nettoyer le corps ou de prendre un bain, et tantôt il signifie les lotions légales dont les Juifs avaient coutume de se servir pour se purifier de quelque péché contre la loi. D'autres fois il marque une grande affliction qui vient inonder l'âme comme les eaux d'un torrent qui déborde et ravage ce qu'il rencontre. Ainsi parle David lorsqu'il dit : « Les eaux sont entrées jusqu'au fond de mon âme; délivrez-moi, Seigneur, de la profondeur de ces eaux. » C'est dans ce sens que la pénitence et la charité parfaite sont appelées Baptême, parce qu'elles purifient l'âme à peu près comme le Baptême. Notre divin Sauveur appelait aussi Baptême sa passion et sa mort. « Pouvezvous, dit-il à ses disciples Jacques et Jean, être baptisés comme je dois être baptisé moi-même?» C'est aussi dans ce sens que le martyre est appelé Baptême. « >'e vous étonnez pas, dit saint Jean Chrysoslôme, que j'appelle Baptême le martyre, car l'Esprit saint s'y trouve avec l'abondance de ses grâces. Les péchés sont effacés et l'àme est purifiée d'une manière étonnante et admirable, et ceux qui souffrent le martyre sont purifiés par leur propre sang, de la même manière que ceux qui sont baptisés sont purifiés avec de l'eau. »
Jésus-Christ emploie aussi ce même mot pour exprimer une abondante effusion de ses grâces dans les âmes; il dit à ses apùtres, en les quittant pour remonter au ciel, que dans quelques jours ils seront baplisés dans le Saint-Esprit, pour leur faire entendre qu'ils recevront le Saint-Esprit avec l'abondance de ses dons. Saint Pierre se sert de la même expression pour rappeler les effets du déluge, qui fut comme un baptême pour le monde. Enfin ce mot exprime aujourd'hui le premier sacrement,qu'on peut définir : un sacrement de la loi nouvelle par lequel les hommes sont régénérés spirituellement dans l'eau par l'invocation des trois personnes de la sainte Trinité, ou bien un sacrement qui efface le péché originel et tous les autres dont on est coupable, qui remet toutes les peines dues au péché et nous fait enfants de Dieu et de l'Eglise.
On a donné à ce sacrement une multitude de noms qui expriment quelques uns de ses merveilleux effets. Il a été appelé le bain de l'eau vitale, le sceau ou le gage de la foi ou de la Ti-inité, le bain de la régénération, la rémission des péchés, la nouveauté de la vie, la sanctification, la sépulture de l'homme avec Jésus-Christ pour mourir au monde, l'illumination ou le sacrement de l'illumination. Saint Grégoire de Nazianzc (Orat. xl iii Baptismo], voulant exprimer les merveilles qu'opère ce sacrement, lui donne les plus beaux et les plus doux noms. « Le Baptême est la splendeur des âmes, dit-il, la réforme de la conduite, la pu-
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reté de conscience devant Dieu, l'appui de noire faiblesse, le mépris de la chair, le témoignage du Saint-Esprit, la participation au Verbe divin, la correction de notre fragilité, le déluge ou la purification du péché, la fuite des ténèbres, la communication de la lumière. Le Baptême est un char qui nous conduit à Dieu, un pèlerinage en compagnie de Jésus-Christ, le soutien de la foi, la perfection de l'esprit, la clef du royaume céleste, la délivrance de la servitude, le brisement de nos chaînes ; enfin c'est le plus beau et le plus précieux de tous les bienfaits de Dieu. »
Le Baptême est un sacrement de la loi nouvelle. « Il est le premier de tous les sacrements, il est la porte de la vie spirituelle ; car c'est par lui que nous devenons membres de Jésus-Christ et que nous appartenons au corps de l'Eglise. Et comme par le premier homme la mort est entrée dans tous les hommes, si nous ne renaissons de l'eau et du Saint-Esprit, a dit la Vérité, nous ne pouvons entrer dans le royaume des cieux. » Telles sont les paroles du concile de Florence, et le saint concile de Trente n'est pas moins explicite, puisqu'il définit expressément que le Baptême est un sacrement de^la loi nouvelle.
/Un docteur de la loi, étant venu pendant la nuit trouver notre divin Sauveur, lui dit : « Maître, nous savons que vous êtes venu pour nous instruire comme un docteur; car personne ne saurait faire les prodiges que vous opérez, si Dieu n'est avec lui. » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je
vous dis que personne ne peut voir le royaume de Dieu, s'il ne naît de nouveau. » Le docteur lui dit : « Mais comment un homme qui est déjà vieux peutil renaître? Est-ce qu'il peut rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois? » Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je vous dis que si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit... » Le docteur lui dit : « Comment cela peut-il se faire? » Jésus lui répondit : « Quoi I vous êtes docteur en Israël, et vous ignorez ces choses?» Ces paroles de Jésus-Christ vous montrent de la manière la plus évidente que le Baptême est un véritable sacrement. En effet, qu'est-ce qu'un sa- /crement? C'est un signe^ensiblc institué par notre seigneur Jésus:illiiialtJ)Our nous sanctifier~oû^ nous coînmuniquer la grâce sanctifiante. Or, il y a ici un signe^sensible, l'ablution de rhomme; car il faut renaître de l'eau et du Saint-Esprit, et ce signe sensible, appliqué à l'homme, produit la grâce sanctifiante. En disant que si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu, Jésus-Christ nous fait clairement entendre que quiconque sera rené ou né de nouveau de l'eau et du Saint-Esprit, entrera dans le royaume de Dieu. Or, pour entrer dans le ciel, ne faut-il pas que l'âme soit ornée de la grâce sanctifiante, qu'elle vive de la vie même de Dieu? Enfin ce signe sensible a été institué par Jésus-Christ d'une manière permanente dans son Eglise; car il
veut le salut de tous les hommes, puisqu'il est venu sauver tout ce qui avait péri. C'est pourquoi, avant de remonter au ciel, Jésus-Christ fait à ses apôtres un commandement spécial de baptiser tous les peuples. <i Allez, leur dit-il, baptisez toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. »
Dans sa seconde apologétique en faveur des chrétiens, après avoir énuméré les principales dispositions qu'on doit apporter à la réception du sacrement de Baptême, saint Justin ajoute : « Nous conduisons les catéchumènes au lieu oii se trouve l'eau, et ils sont régénérés de la même manière que nous l'avons été nous-mêmes, et ils sont baptisés dans l'eau au nom du Seigneur Dieu, Créateur de toutes choses, de Jésus-Christ notre Sauveur et du Saint- Esprit. Car Jésus-Christ a dit : Si vous n'êtes point régénérés, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Les apôtres nous ont fait connaître la raison de cette pratique. Ignorant notre première naissance, et ayant été créés sans notre consentement, nos parents nous ayant engendrés, nous sommes entrés dans ce monde; nous avons été élevés avec des mœurs dépravées, et nous avons grandi dans de mauvaises habitudes, de sorte que nous demeurions assuj'Jlis à la nécessité et à l'ignorance; et nous avons été régénérés pour devenir des enfants de choix et d^ science, et pour obtenir par l'eau la rémission des péchés que nous avions comtois auparavant. »
Savez-vons quelle était la croyance des hommes les plus éclairés d'entre les Juifs et les Gentils? Tous ont reconnu la nécessité d'avoir une vie nouvelle pour entrer en société avec Dieu et obtenir le bonheur promis à la vertu. Ils appelaient cette régénération paiiyigénésie, ou seconde naissance. Philosophes, historiens, professeurs, poètes, tous expliquaient, racontaient ou chantaient celte transformation religieuse qui doit s'opérer dans l'homme pour le rendre digne d'entrer dans la gloire. Aussi Nicodème encourt-il un reproche sévère de la part du divin Maitre, lorsque, prenant ses paroles dans leur sens matériel, il demande : « Comment un homme peut-il naître une seconde fois? — Quoi! lui dit Jésus-Christ, vous êtes docteur en Israël, et vous ignorez ces choses! » Comme s'il eût dit : Vous avez étudié les écrits de Moïse et des prophètes, et vous n'avez pas remarqué qu'ils ordonnent au pécheur de se purifier, s'il veut se réconcilier avec Dieu? vous n'avez pas vu qu'ils parlent sans cesse de la nécessité d'avoir un cœur, un esprit nouveaux pour s'unir à Dieu? Les Gentils ont même reconnu cette vérité, et vous, docteur, vous l'ignorez ! vous ignorez à quelle fin Moïse vous a astreints à des purifications et à des ablutions de toutes sortes? Quoi! vous ignorez cette vérité fondamentale de la religion, qui a été connue et admise dans tous les temps et dans tous les pays !
Il y avait, en effet, chez tous les peuples deë ablutions ou des purifications, non seulement pour les adultes, mais encore pour les jeunes enfants.
- U4 — Cette pratique reposait sur une tradition universelle, le dogme de la dégradation du genre humain dans la personne de son chef. Après avoir considéré les contradictions qui tyrannisent l'homme pendant toute sa vie, ce mélange de grandeur et de bassesse, de force et de faiblesse, de majesté et d'abjection, d'amour du bien et d'inclination au mal, le plus grand des orateurs romains a laissé échapper cette parole si remarquable : « L'homme est une âme en ruine. » En parlant ainsi, il n'était que l'écho de toutes les générations qui se sont succédé sur la terre. Partout l'on était convaincu que l'homme vient au monde souillé et corrompu, et qu'il fallait, pour le rendre agréable à la Divinité, le faire passer par des ablutions et des purifications. Aussi a-t-il existé chez tous les peuples des rites expiatoires pour purifier l'enfant à son entrée dans la vie. Ordinairement cette cérémonie avait lieu le jour où on lui donnait un nom. Ce jour, chez les Romains, était le huitième pour les filles elle neuvième pour les garçons, et on l'appelait lustrait à cause de l'eau lustrale qu'on employait pour purifier le nouveau né. Les Egyptiens, les Perses et les Grecs avaient une coutume semblable. Dans certaines contrées, on apportait l'enfant dans le temple, et le prêtre lui versait de l'eau sur la tête en lui donnant un nom. Aux iles Canaries, c'étaient les femmes qui remplissaient celte fonction à la place des prêtres. Les mêmes expiations étaient prescrites par la loi chez les Mexicains. La sagefemme, en invoquant le Dieu qui vit dans le séjour
des bienheureux, jetait de l'eau sur la tête et la poitrine du nouveau né. Après avoir prononcé différentes prières dans lesquelles l'eau était considérée comme le symbole de la purification de l'âme, la sage-femme faisait approcher des enfants qui avaient étéinvités pour donner un nom au nouveau né. Dans quelques provinces, on allumait en même temps du feu, et l'on faisait semblant de faire passer l'enfant par la flamme, comme pour le purifier par l'eau et par le feu. Il est donc bien prouvé, pour quiconque connaît l'histoire ancienne, qu'un certain baptême était commun à toutes les anciennes nations de l'Orient.
Qui d'entre vous ne serait attendri en lisant le poète latin, lorsqu'il nous représente les âmes des jeunes enfants que la cruelle mort a moissonnés sur le sein de leurs mères, et qui font entendre des cris plaintifs et déchirants sur le seuil de l'autre vie sans pouvoir y entrer? Qui a pu lui inspirer l'idée que ces âmes n'étaient pas dans la gloire ? Car enfin ces enfants n'avaient encore pu se rendre criminels par leur propre volonté. Il avait donc entendu la grande voix du genre humain qui racontait à toutes les générations et le bonheur primitif de l'homme, et sa déchéance justement méritée, et la corruption de tous les enfants des hommes par suite de cette révolte ; elle lui avait dit comme au Prophète-Roi : Ma mère m'a conçu dans l'iniquité.
Le grand Apôtre ne prêchait donc pas une doctrine nouvelle quand il disait : « Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort
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par le péché, et ainsi la mort a passé dans tous les hommes par un seul homme, en qui tous ont péché. » Mais saint Paul et les autres apôtres pouvaient seuls ajouter : « Comme donc c'est par le péché d'un seul que tous les hommes sont tombés dans la damnation, ainsi c'est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification. »
Le Baptême a-t-il subsisté dans tous les temps, ou plutôt les hommes ont-ils toujours eu un moyen d'effacer le péché originel et d'obtenir la vie surnaturelle et divine ? Les Docteurs catholiques répondent que Dieu, qui veut le salut de tous les hommes, leur a donné, dans tous les temps, les moyens de salut nécessaires. Sous la loi et du temps des patriarches, les adultes pouvaient obtenir la rémission de leurs péchés par la foi exprimée par quelques signes, comme la prière ou le sacrifice, et ils pouvaient par ce même moyen effacer le péché originel dans leurs enfants. Tel est l'enseignement de saint Augustin et de saint Thomas.
« Avant l'Evangile, dit le cardinal-archevêque de Reims, les nations avaient des moyens de salut pour les enfants comme pour les adultes. « Tous les fi- « dèles qu'on a pu rencontrer chez les nations, dit « saint Bernard, nous croyons qu'ils le sont de- « venus, les adultes par la foi et les sacrifices, et « les enfants par la foi seule de leurs parents, » exprimée sans doute par quelque signe extérieur. » (Mgr Gousset, Théol. mor., t. II, n° 76.)
Quand Jésus-Christ a-t-il institué le Baptême ?
Suivant la doctrine des saints Pères {Catechism. Conc. Trid.),i\ l'institua lorsqu'il fut baptisé par saint Jean-BaptistedansleJourdain. Il voulutetre baptisé, dit saint Augustin, non parce qu'il en avait besoin, car il était la sainteté même, mais parce qu'il voulait sanctifier l'eau par le contact de sa chair adorable et lui communiquer la vertu de purifier les âmes du péché.
Hélas! mes frères, vous êtes tout émus de pitié à la pensée qu'un seul enfant puisse mourir sans le Baptême, quoiqu'il n'y ait pas de sa faute ; et vous êtes insensibles sur votre propre sort, vous qui perdez si facilement et de votre faute la grâce sanctifiante que vous avez reçue au Baptême. N'avez-vous donc pas entendu saint Paul vous parler de l'extrême difficulté de réparer cette perte? Il est impossible, s'écrie-t-il, que ceux qui sont une fois tombés puissent être renouvelés par la Pénitence. Et saint Ambroise, qui exhortait les pécheurs à la pénitence avec des paroles si vives et si touchantes qu'il les forçait à pleurer avec lui, disait néanmoins : ^( J'ai trouvé plus de chrétiens qui ont conservé la grâce du Baptême, que je n'en ai trouvé qui aient fait une véritable pénitence après avoir perdu cette précieuse grâce. » Et pourquoi cela? C'est parce que la grâce du Baptême se donne par le seul mérite de la passion du Fils de Dieu , et tous peuvent facilement l'obtenir : c'e'st un pur don de Dieu ; mais peu de chrétiens obtiennent le pardon des péchés commis après le Baptême, parce qu'on ne saurait l'obtenir que par les durs travaux de la pénitence.
La pénitence est un second baptême , mais un baptême de larmes, un baptême laborieux, pénible et douloureux, comme parle le saint concile de Trente. Les péchés commis après le Baptême sont sans contredit plus énormes et plus indignes de pardon que les péchés des infidèles. Quel effroyable châtiment ne les attend-il pas ? Les chrétiens ont la connaissance de Dieu; ils savent ou ils doivent savoir ses divins commandements, et quel grand mal ils commettent en offensant une si haute et si puissante majesté 1 Le serviteur qui connaît la volonté de son maître et qui ne la fait pas, sera plus rudement châtié que celui qui ne la connaît pas, a dit Jésus-Christ lui-même. Hâtez-vous donc, mes frères, de revenir à Dieu, de vous repentir sincèrement de toutes les fautes que vous avez commises depuis votre Baptême, de les expier par de dignes fruits de pénitence, afin de recouvrer la grâce sanctifiante que vous avez perdue. Amen.