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NOTIONS SUR LES CÉRÉMONIES DU BAPTÊME

Les cérémonies préparatoires une fois aclievées, un diacre et une diaconesse conduisaient, chacun les catéchumènes de leur sexe, aux fonts baptismaux. Aussi longtemps que l'immersion fut en usage, les catéchumènes étaient leurs vêtements. Ce sentiment de la pudeur éf ;iit poussé si loin, que les sexes montaient séparément aux fonts baptismaux, après s'être dépouillés de leurs habits derrière un rideau suspeniiu autour des fonts.

Les catéchumènes descendaient dans le baptistère de manière que l'eau leur montait jusqu'aux épaules. L'évêque ou le prêtre mettait la main sur la tête et la plongeaii trois fois dans Teau, en prononçant les paroles sacramentelles.

Dans l'Eglise latine, lorsque le Baptême était accompli, le prêtre qui se trouvait à côté de l'évêque faisnit avec le saint chrême des onctions sur le sommet de la tète du baptisé, qui se tenait debout auprès du baptistère. Cette cérémonie signi- (iait que le nouveau baptisé portait avec raison le nom de chrétien, qui signifie oint. Après l'onction, le prêîre couvrait la tête du nouveau chrétien d'un petit bonnet ti::su de lin épais. Le milieu était traversé par un fil rouge destiné à figurer la passion de Jésus-Christ. Les nouveaux baptisés portaient ce bonnet pendant huit jours, ainsi que la robe blanche du Baptême.

L'onction, là où elle était en usage, était suivie d'un baiser, comme nous l'apprend saint Cyprien. C'était le symbole de la joie qu'éprouvait l'Eglise en voyant entrer un nouvel enfant dans son sein, et l'emblème de la charité vraiment fraternelle qu'on devait avoir pour le nouveau baptisé. La formule : Allez en 'paix, et le baiser lui-même, selon notre ancien rituel, quand le baptisé était un garçon adulte, altestcnt l'usage de cette cérémonie.

A une époque plus reculée, on présentait aussi du lait et ilu miel aux nouveaux baptisés, pour signiûer, suivant Cléuienl d'Alexandrie, que le nouveau baptisé pouvait espérer d'entrer un jour dans la céleste Jérusalem, où coulent des fleuves de Idit et de miel. Saint Jérôme voit dans celte coutume le symbole de l'innocence recouvrée par le Baptême.

Avant d'être conduits devant l'autel, les nouveaux baptisés étaient revêtus d'une longue robe de lin de couleur blanche, qui était très-étroite et réunie par une ceinture. Les saints Pères parlent souvent de cette robe blanche, comme étant la figure de l'innocence baptismale. Saint Cyrille disait : « Vous avez déposé le vieil habit et revêtu la robe blanche, qui est selon l'esprit; marchez constamment revêtu du vêtement blanc. » Eusèbe raconte, dans la vie de Constantin, que quand il eut fait ce qui était nécessaire pour recevoir le Baptême, il se revêtit d'un magnifique vêtement blanc richement brodé et qui brillait comme la lumière. A la robe blanche on ajoutait quelquefois une petite couronne de fleurs, ou autre ornement fait de branches de palmier. Enfin chaque baptisé recevait à la main un cierge de cire blanche, symbole de la lumière de la foi, de la charité ardente et de l'éclat des bonnes œuvres. 11 le portait allumé à tous les offices de l'octave, et le rendait le dimanche après Pâques.

Revêtu d'ornements aussi éclatants et non moins signiGcalifs, le prêtre conduisait les nouveaux baptisés à l'autel de l'église baptismale, où l'évêque leur administrait le sacrement (le Confirmation, et disait pour eux la messe, à laquelle ils communiaient. Origène compare le moment où le nouveau baptisé se rendait des fonts baptismaux à l'autel pour y re<;evoir la sainte Eucharistie à l'entrée dans la Terre-Promise, et Tertullien appelle du nom de bénis les nouveaux baptisés.

A la fin de la Messe, l'évêque leur donnait la bénédiction, et la cérémonie se terminait par le chant du commencement de l'Evangile selon saint Jean. Lorsque les nouveaux baptisés avaient de la fortune, ils distribuaient des aumônes et invitaient à dîner les fonctionnaires de l'Eglise et leurs parrains. A Rome, c'était déjà Tusage, au milieu du V siècle, de don-

ner aux baptisés une image de. cire bénite représenlimt un agneau, en signe de l'esprit de douceur dont ils devaient désormais être animés. Pendant les huit jours qui suivaient leur Baptême, les baptisés recevaient une instruction plus complète des vérités de la religion, et, comme ils étaient incorporés au ciiristianismo, ils parlicipaient alors aux mystères les plus augustes de la religion, et étaient chaque jour nourris du corps et du sang du Dieu fait homme. Le jour du iiaptême était pour les premiers chrétiens un jour si rcmar- (juable, qu'ils en célébraient tous les ans l'anniversaire avec beaucoup de solennité, et renouvelaient les vœux qu'ils avaient faits au Baptême. Cette pratique les fortifiait dans la foi et les prémunissait contre le danger de l'apostasie. Aussi saint Grégoire de Nazianze appelle-t-il ce jour le brillant jour de la lumière. [Catr-chismc historique).

IV' INSTRUCTION

Du ministre et du sujet du sarremeitt de Baptême.

Euules docete omnes gentes, 'baplttantes eos in nomine Patr-is et Filii et Spiritûs sancli.

Allez, enseignez routes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Sainl-Esprit.

(Matth., xxviii, 29.)

Nous allons vous parler dans cette instruction du ministre et du sujet du sacrement de Baptême. Et d'abord quel est le ministre? « En cas de nécessité, dit le concile de Florence, non seulement le prêtre et le diacre, mais encore un laïque, une femme, bien plus, un infidèle ou un hérétique, peut baptiser, pourvu qu'il observe la forme requise et qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Eglise. » Le concile de Trente a défini la même vérité.

Saint Thomas va vous en rendre raison. « Il est de la miséricorde de Dieu, dit-il, qui veut sauver tous les hommes, qu'il leur fournisse, dans les choses nécessaires au salut, un remède qu'ils puissent facilement se pro»;urer. Or, de tous les sacrements le plus nécessaire est .sans contredit le Baptême, qui seul peut communiquer la vie de la grâce aux enfants. Dieu a donc établi que l'eau naturelle, ma-

tière si commune, serait la matière de ce sacrement, et que toute personne serait le ministre, afin que personne ne perde le ciel par le défaut du Baptême. » (Smi., 3 p., q. 67, a. 3.)

Mais comment un païen ou un hérétique peut-il avoir l'intention de faire ce que fait l'Eglise? Parce qu'il a l'intention d'accorder ce qu'on lui demande, et puisqu'on lui demande un vrai Baptême, il veut nécessairement faire ce que fait l'Eglise; ou bien encore parce qu'il croit à refQcacité du Baptême.

Lorsque, en cas de nécessité, il y a concours de plusieurs personnes qui peuvent baptiser, il faut préférer le plus digne, un prêtre à un laïque, un chrétien à un païen, un homme à une femme, à moins que la pudeur ne donne la préférence à celle-ci, ou que la femme ne sache mieux ce qui est nécessaire pour l'administration de ce sacrement.

Après avoir tracé cette règle. Son Eminence le cardinal-archevêque de Reims ajoute : « Puisque toute personne peut et doit baptiser dans le cas de nécessité, il est important que tous les fidèles, et surtout les sages-femmes et les médecins, soient parfaitement instruits de la manière d'administrer le Baptême. Les curés auront soin de la leur faire connaître, principalement aux sages-femmes. Ils répéteront souvent, dans leurs instructions, en termes clairs, que, pour baptiser, il faut que la personne prenne de l'eau naturelle, la verse sur la tête de l'enfant, en sorte qu'elle touche la peau, et qu'elle prononce en même temps ces paroles : Je

— ^184 îc baptise au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. » [Théol. mor., t. IIÏ, n*^ 71.)

Or, nous avons appris que quelques sages-femmes se contentent, pour baptiser, de tremper leur doigt dans l'eau bénite, et de faire ensuite un signe de croix sur l'enfant, en disant : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Parents chrétiens, veillez donc par vous-mêmes au salut de vos enfants, et n'accordez pas une trop grande confiance à l'expérience et à l'instruction des sagesfemmes.

IN'oubliez pas non plus, quand on apporte un enfant à l'église pour le baptiser, de le faire accompagner par une personne portant un vase rempli d'eau, afin que, si, dans le trajet de la maison paternelle à l'église, l'enfant se trouvait en danger de mort, on eût sous la main la matière nécessaire pour lui conférer le Baptême sur-le-champ.

Hors le cas de nécessité, il n'appartient qu'aux évêques et aux prêtres de conférer le sacrement de Baptême. C'est à eux que Jésus-Christ en a donné le pouvoir. Les apôtres et les disciples ont administré ce sacrement.

Saint Thomas nous a donné la raison de cette loi de l'Eglise. « Les prêtres, nous dit-il, sont ordonnés pour confectionner le sacrement du corps de Jésus-Christ, qui est le sacrement de l'unité de l'Eglise, suivant ces paroles de l'Apôtre : « Nous tous « qui mangeons du même pain et qui participons au << même calice, nous formons, quoique plusieurs, un « seul pain et un seul corps. ))I Cor., x.iOr, homme

— iSo — devient participant de l'unité de l'Eglise par le Baptême, qui lui donne droit d'approcher de la table du Seigneur. C'est pourquoi, comme il appartient au prêtre de consacrer TEucliaristie, puisque c'est la principale fonction du sacerdoce, l'adminislralion du Baptême doit lui appartenir également. Il paraît en effet convenable que le même ministre opère le tout, c'est-à-dire ce qui constitue l'unité de l'Eglise et dispose l'homme à en devenir membre. Le Seigneur a donné sans doute aux apôtres l'un et l'autre pouvoir, celui d'enseigner et celui de baptiser, mais non l'un comme l'autre. Il les charge de prêcher par eux-mêmes, la prédication étant la plus importante de leurs fonctions; mais il leur donne le pouvoir de baptiser avec la faculté de le déléguer à d'autres. C'est pourquoi ils ont eux-mêmes baptisé assez rarement. y>{Sum., 3 p., q. 67, a. 2.)

Cette raison nous paraît décisive» Le but même du sacerdoce est d'offrir à Dieu la victime sans tache, et par conséquent de la distribuer aux fidèles. Donc, par la nature même de ses fonctions, le prêtre doit conférer les sacrements de Baptême et de Pénitence, afin de préparer les cœurs à recevoir l'Eucharistie. Dans les premiers temps, les prêtres ne baptisaient que ceux qui étaient en danger de mort; l'évêque s'était réservé l'administration solennelle de ce sacrement, qui n'avait lieu que la veille de Pâques et de la Pentecôte. Quel souvenir ineffaçable devait s'imprimer dans l'âme des néophytes qu'on avait plongés dans les eaux baptismales le samedi saint, le jour où l'Eglise célébrait

la sépulture de Jésus-Christ, pour ressusciter aveclui le jour de Pâques, ou bien la veille de la Pentecôte, de ce jour où les apôtres ont clé baptisés dans le Saint-Esprit et sont devenus des hommes nouveaux !

Cependant les évêques et les prêtres ne peuvent, sans délégation, bapiiser hors de leur diocèse ou de leur paroisse, et ils ne doivent point baptiser les enfants des étrangers, excepté ceux des voyageurs et des vagabonds.

Quel est le sujet du sacrement de Baptême? Tous les hommes, même les enfants. L'Eglise a frappé d'anathème ceux qui prétendent le contraire. « Si quelqu'un dit que les petits enfants, après leur Baptême, ne doivent pas être mis au nombre des fidèles, parce qu'ils ne sont pas en état de faire un acte de foi, et que pour cela ils doivent être rebaptisés lorsqu'ils ont atteint l'âge de discrétion, ou qu'il vaut mieux ne point les bapiiser du tout que de les baptiser dans la seule foi de l'Eglise avant qu'ils produisent eux-mêm.es un acte de foi, qu'il soit anathème. » Conc. Trid., sess. vu, can. 13.)

Pourquoi donc les enfants seraient-ils exclus du précepte général donné aux apôtres de baptiser toutes les nations? Ne font-ils point partie des nations? S'ils ne sont point instruits dans la foi, qui empêchera de les instruire quand ils auront l'âge de raison? Le Baptême ne peut-il être valable sans une instruction préalable? Mais comme personne ne peut entrer dans le ciel sans le Baptême, si les enfants ne pouvaient le recevoir, Jésus-Christ les aurait donc exclus du royaume des cieux? Pouvez-

vous croire qu'il a été aussi impitoyable sur le sort de ces enfants, lui qui les appelait, les embrassait, les bénissait et leur imposait les mains? Iladécîaré que le royaume des cieux leur appartenait, et que nous devions nous rendre semblables à eux pour l'obtenir nous-mêmes; et il les aurait déclares incapables d'être baptisés? Quoi! le Sauveur Jésus, ce Dieu si bon, si miséricordieux pour les plus grands pécheurs, quand il apercevait le repentir au fond de leurs cœurs, il aurait été sans miséricorde pour des enfants coupables du seul péché originel? Le sort des enfants, sous la loi de Moïse, eût donc été préférable à celui des enfants sous la loi de grâce, car ils recevaient la circoncision huit jours après leur naissance. Elle serait donc fausse, cette parole de saint Paul : La grâce a surabondé là où le pèche' avait abondé?

« Le Sauveur est venu sauver tous les hommes, a dit saint Irénée; tous, ajoute-t-il, tous ceux qui renaissent en Dieu par lui, les nouveaux nés, les petits enfants, les enfants, les jeunes gens et les vieillards. C'est pourquoi il a voulu passer par tous les âges : il s'est fait tout petit enfant pour sanctifier les plus jeunes enfants, et il s'estfaitjeunehommepoursanctifier les jeunes gens. » [Lib. Il Advers. hœres., xxii.

« Nous baptisons même les enfants, dit saint Jean Chrysostôme, afin d'effacer en eux le péché et de leur communiquer la sainteté, la justice, l'adoption, l'hérédité, la fraternité de Jésus-Christ, afin qu'ils soient ses membres et la demeure du Saint-Esprit. > [Hom, ad Neophytos.)

-- i88 - « Si par le péché d'un S3ul, dit saint Thomas rappelant les paroles de saint Paul, la mort a régné dans le monde, à plus forte raison, par l'obéissance d'un seul, qui est Jésus-Christ, la grâce régnera en tous. Or, les enfants sont souillés du péché originel, puisqu'ils sont sujets aux maladies et à la mort, qui sont les peines du péché originel. A plus forte raison les enfants peuvent-ils recevoir la grâce par Jésus-Christ pour régner dans la vie éternelle. Mais personne, a dit Jésus-Christ, n'entrera dans le royaume des cieux, s'il ne renaît de l'eau et de l'Esprit saint. Il est donc nécessaire de baptiser les enfants, afin que, comme ils ont encouru la damnation par leur naissance en Adam, ils obtiennent le salut par leur renaissance en Jésus-Christ. Mais comment des enfants peuvent-ils vivre de la vie chrétienne sans connaître cette vie et sans croire en Dieu? La régénération qui se fait par le Baptême ressemble à la naissance corporelle, en ce que les enfantS;, encore dans le sein de leur mère, ne se procurent pas la nourriture par eux-mêmes, mais par leur mère; ainsi les enfants, avant l'usage de raison, sont constitués dans le sein de l'Eglise leur mère, et ils reçoivent le salut non par eux-mêmes, mais par l'Eglise. Saint Augustin nous dit : L'Eglise notre mère offre sa bouche maternelle aux enfants pour recevoir nos mystères, parce qu'ils ne peuvent |.as encore croire dans leur propre cœur pour la justice, ni confesser de bouche pour être sauvés. Ils n'ont pas l'intention par eux-mêmes, puisque souvent ils résistent et pleurent; mais ceux qui les

présentent au Baptême ont pour eux l'intenlion nécessaire. y>[Sum., 3 p., q. 67.)

Les enfants sont capables d'être souillés du péché originel sans avoir l'usage de raison; pourquoi ne pourraient-ils pas être purifiés et sanclifiés?C'est par la volonté d'autrui qu'ils ont encouru la mort; n'est-il pas juste, dit saint Auc;'ustin, qu'ils obtiennent la vie par la volonté d'autrui?

Des hérétiques ont prétendu que les enfants baptisés avant l'âge de raison ne sont tenus d'accomplir les promesses faites en leur nom qu'autant que, parvenus à l'âge de raison, ils les auront ratifiées par eux-mêmes avec connaissance de cause. Le saint concile de Trente les a déclarés hérétiques par ces paroles : « Si quelqu'un dit que les petits enfants ainsi baptisés doivent, quand ils sont grands, être interrogés s'ils veulent ratifier ce que leurs parrains ont promis en leur nom tandis qu'on les baptisait, et que, s'ils répondent que non, il faut les laisser à leur liberté, sans les contraindre à vivre en chrétiens par aucune autre peine que la privation de l'Eucharistie et des autres sacrements jusqu'à ce qu'ils viennent à résipiscence, qu'il soit anathème. » (Sess. VII, can. 14.)

Un riche et puissant seigneur est sur le point de mourir, et il veut laisser sa fortune à un enfant qui n'a que quelques jours. Il fait un testament à son profit avec quelques charges à remplir. Les parents acceptent au nom de l'enfant. Pensez-vous que ce dernier ait le droit de décliner les charges sous prétexte qu'il ne les a point acceptées par lui-même.

et qu'il ne sera obligé de les remplir qu'autant qu'il aura ratifié ce qui aura été fait en son nom? Mais il n'y a pas un seul tribunal au monde qui ne prononce cette sentence : Ou remplissez les charges, ou renoncez à la succession. Par suite de l'acceptation faite en votre nom, vous êtes tenu de remplir les obligations exprimées dans le testament et en toute justice. Si d'un côté vous avez des devoirs, d'un autre côté vous avez des droits précieux. Si vous étiez mort, comme tant d'autres, avant l'âge de raison, en vertu de votre Baptême, vous seriez entré dans le royaume des cieux , sans qu'il vous en coûtât rien. Or, partout où il y a des droits, il y a des devoirs.

Si aujourd'hui vous n'étiez point baptisé, si vous connaissiez l'excellence et la nature du Baptême, il y aurait pour vous une obligation rigoureuse de le recevoir, parce que c'est le moyen voulu de Dieu pour atteindre votre fin. Conlesterez-vous à Dieu le droit de vous assigner une fin surnaturelle, c'est-àdire de vous destiner à jouir de son propre bonheur? N'est-il pas libre de vous dicter ses conditions? Et si vous avez la possibilité de les remplir, pouvezvous encore vous plaindre?

Saint Paul a donc raison de dire que par notre Baptême nous sommes obligés de changer de vie; et quand il nous demande une nouvelle vie, dit saint Chrysostome, il exige de nous un changement total, une conversion entière; et nous avons grand sujet de gémir et de verser d'abondantes larmes, en considérant les grandes obligations que nous avons

contractées en recevant le Baptême et notre négligence à les accomplir.

Saint Denys nous rapporte que de son temps, lorsque quelqu'un voulait recevoir le Baptême, il devait s'adresser à un chrétien, le supplier de le présenter et d'être son parrain. Mais ce chrétien tremblait souvent de tous ses membres et ne savait trop à quoi se résoudre; car, d'un côté, il désirait vivement le salut de cet infidèle; mais, d'un autre côté, il était saisi d'épouvante h la vue de la faiblesse de l'homme mise en regard de l'importance de cette affaire. Toutefois il le présentait à l'évêque, à qui le postulant demandait humblement le Baptême, après s'être accusé d'avoir vécu si longtemps dans l'ignorance de Dieu et de ses devoirs. L'évoque lui faisait sentir que, pour devenir chrétien, une demi-volonté ne suffisait pas, mais qu'il fallait une volonté entière, ferme, généreuse, puisqu'il s'agissait de s'unir à Dieu, qui est infiniment parfait. Il lui expliquait ensuite avec détail toutes les obligations qu'il aurait à remplir pour vivre selon Dieu. Le postulant lui faisait les promesses les plus solennelles de mettre tout en œuvre et de déployer toutes ses forces pour atteindre la perfection qu'on lui proposait. Mais pour qu'il ne fit point de démarches à la légère, l'évêque lui faisait subir deux ou trois ans d'épreuve, pendant lesquelles il devait assister aux instructions, s'exercer au jeûne, à la prière et à la mortification pour essayer s'il pourrait mener la vie pénitente et austère des chrétiens. Cette conduite de l'EgUse doit vous faire comprendre, mes frères, que

les promesses du Baptême ne sont pas des paroles en l'air, mais des engagements sérieux et sacrés que nous sommes obligés de remplir.

Saint Paul nous enseigne que, comme celui qui se circoncit s'engage à observer toute la loi de Moïse, quiconque reçoit le Baptême s'oblige à garder toutes les lois de l'Evangile. Or, la religion chrétienne est une profession de pénitence, de croix, de mortification, de sainteté et de perfection. Quiconque a reçu le Baptême de la loi de grâce, dit saint Basile, est obligé de vivre selon l'Evangile; et il s'est engagé, par un contrat irrévocable, à imiter Jésus-Christ en toutes choses, c'est-à-dire à vivre entièrement et parfaitement en Dieu.

Mais vous ne voulez pas vous compromettre, dites-vous ; car si vous viviez dans l'obscurité et la pauvreté, dans l'observalion de tous vos devoirs religieux, si vous ne vous occupiez pas à faire fortune et à vous avancer dans le monde, l'on se moquerait de vous, l'on vous tournerait en ridicule, l'on dirait que vous n'êtes qu'un hypocrite, un bigot, peut-être même un jésuite. C'est assez probable qu'il en serait ainsi ; car le disciple n'est pas audessus du maître, et il doit s'estimer heureux de n'être pas plus maltraité que son maitre. Mais où est donc votre parole? N'avez-vous pas promis, à votre Baptême, de vous montrer chrétien et disciple de Jésus-Christ? >''avez-vous pas promis de déclarer la guerre au monde, de combattre sans cesse ses maximes corrompues, de mortifier constamment votre chair avec ses vices? Quoi donc ! vous trem-

blez que le monde ne vous donne des qualifications odieuses; mais ce devrait être pour vous un sujet de gloire, car cela signifie que vous êtes un bon chrétien. C'est comme si un soldat disait : Je veux être un brave guerrier; mais je n'irai ni aux exercices militaires ni au combat, parce que les ennemis de ma patrie se moqueraient de moi et m'appelleraient Français. Pourquoi êtes-vous soldat? Pourquoi êtes-vous chrétien? 0 chrétien, s'écrie saint Jean Chrysostôme, vous vous trompez étrangement, si vous croyez triompher sans remporter la victoire, remporter la victoire sans combattre, combattre sans avoir des ennemis, ou avoir des ennemis qui ne vous soient pas contraires. Prenez donc courage; combattez vaillamment; considérez à quelles conditions on vous a fait chrétien, sous quel étendard vous êtes enrôlé. Vous êtes voleur aux yeux de Dieu, si toutes vos pensées, toutes vos affections et toutes vos actions ne sont pas pour lui ; car vous lui appartenez par droit de naissance et par droit de conquête, par votre création et par votre rédemption, et encore par cette donation entière et irrévocable que vous lui avez faite de vous-même au Baptême. Vous êtes en quelque sorte parjure, puisque vous rompez des engagements que vous avez juré d'observer; vous vous rendez coupable d'une espèce de sacrilège, vous profanez une créature consacrée à Dieu par le saint chrême et l'effusion de la grâce; vous êtes incendiaire, vous excitez le feu des passions en vous-même et vous brûlez le temple de Dieu ; vous êtes un misérable trans*

fuge, vous abandonnez le drapeau de Jésus-Chrisl pour vous ranger sous celui du démon.

Rappelez-vous souvent, mes frères, les promesses de votre Baptême, et renouvelez-les chaque année, le jour anniversaire de cette grande solennité. Vous direz à Dieu du fond de votre cœur : Je renonce à Satan, à ses œuvres et à ses pompes ; je renonce au inonde, à ses vanités, à toutes ses folies et à ses maximes corrompues; je renonce à moi-même, au vieil homme ou à l'homme de péché qui est en moi. Je me tourne vers vous, ô mon aimable Jésus, mon Sauveur, mon Rédempteur, l'unique espérance de mon salut; j'approuve, je ratifie les promesses que l'on vous a faites pour moi au saint Baptême ; je me donne tout à vous; je vous donne mon corps, mon cœur et mon âme; je veux être à vous à la vie eli à la mort. Amen.

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