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ÉPREUVES ET CÉRÉMONIES QUI PRÉCÉDAIENT L'ADMINISTRATION DU BAPTÊME

La réception au rang des catéchumènes, c'est-à-dire de ceux qui se préparaient à recevoir le Baptême, était faite par l'évêque ou par des prêtres qui le remplaçaient. L'évêque commençait par faire le signe de la croix sur le front du récipiendaire. Si la réception avait lieu publiquement, les prêtres assistants et les autres clercs faisaient également sur le récipiendaire le signe de la croix ; ensuite l'évêque lui imposait les mains, et pendant ce temps les prêtres et les personnes présentes à la cérémonie priaient avec ferveur, afin que le catéchumène fût reçu sous la protection du Saint-Esprit, dont les effets merveilleux sont figurés par l'imposition

des mains. Les saints Pères attribuaient une grande vertu à c€t acte de consécration. « Par le signe de la croix^ disait saint Augustin aux catéchumènes, l'Eglise vous a reçus dans son sein. » Tertullien dit que les païens paraissaient comme revêtus d'une forme nouvelle dès qu'ils avaient été reçus par le signe de la croix parmi les novices du christianisme. On pouvait à tout âge être admis parmi les catéchumènes. Les enfants des chrétiens qui n'avaient pas été baptisés dans leur enfance y étaient admis à l'âge de Tadolescence ; les enfants mêmes des païens pouvaient y entrer à Tâge de sept ans.

L'évêque instruisait lui-même les catéchumènes ou les faisait instruire par un prêtre ou un diacre qui s'appelait catéchiste. Pendant l'instruction, il s'asseyait, et les catéchumènes restaient debout ; cependant, dans certaines églises, il leur était permis de s'asseoir. L'instruction se faisait ordinairement dans le lieu saint, quelquefois dans la demeure des catéchumènes. Le temps du catéchuménat n'était point déterminé, mais il dépendait de l'application des cathécumènes et de leur empressement à être admis au Baptême. Les anciens Pères insistaient pour qu'il fût de longue durée. Clément d'Alexandrie prescrivait douze années pour les Juifs qui se convertissaient. Les constitutions apostoliques n'exigent que trois années, mais en remarquant qu'il ne faut pas tant avoir égard à la durée du temps qu'au changement de vie. Un catéchumène se rendait-il coupable d'un péché grave, la réception était différée, et il devait faire une pénitence sévère. Les pécheurs d'habitude étaient etïacés de la liste des disciples du christianisme, et ils étaient renvoyés.

Outre le zèle qu'ils devaient montrer à se faire instruire dans les vérités du christianisme, les catéchumènes devaient encore se livrer chez eux à de fréquents exercices de prières, jeûner, examiner leur conscience, se mortifier, pratiquer les œuvres de Tamour du prochain et soigner les malades. Pendant l'office divin, il fallait que leur conduite fût irréprochable et même exemplaire.

Conformément a un antique usage, l'Eglise latine n'avait coutume d'administrer solennellement le Baptême aux caté-

ciiumènes que deux lois Tannée : à Pâques et à la Pentecôte ; l'Eglise grecque l'administrait encore le jour de l'Epiphanie, parce que ce fut en ce jour que notre Sauveur fut baptisé dans le Jourdain. Au reste, ces jours-là n'étaient que pour les adultes et en temps de paix, lorsqu'il n'y avait aucun danger à différer le Baptême. Mais quand les petits enfants étaient en danger, on pouvait les baptiser en tout temps et à toute heure. Le X*' canon du premier concile de Nicée ordonnait expressément de baptiser les enfants nouveaux nés le quatorzième jour après leur naissance , et le pape Simplicius nomma à Rome plusieurs prêtres qui devaient toujours être prêts à baptiser les enfants. Quelquefois on les baptisait le huitième jour, pour honorer la circoncision de l'enfant Jésus.

Quelques siècles plus tard, comme l'usage de baptiser les adultes devenait de plus en plus rare, celui de baptiser à Pâques et à la Pentecôte disparut entièrement, et il ne resta plus que celui de la bénédiction de l'eau, telle que nous l'avons encore aujourd'hui. La loi qui ordonne cette bénédiction est d'origine apostolique. Cependant on réserva encore longtemps pour le Baptême solennel les enfants les plus robustes et qui paraissaient hors de danger de succomber. Néanmoins cet usage disparut insensiblement vers le xi^ siècle.

Au commencement de l'ère chrétieime, l'administration solennelle des sacrements, et par conséquent celle du Baptême, était uniquement réservée aux évêques ; mais le christianisme prenant de jour en jour un développement plus considérable, les évêques ne purent suffire seuls à cette tâche. De plus, comme le Baptême est absolument nécessaire au salut, on permit même aux laïques, à défaut d'un prêtre ou d'un diacre, de baptiser.

Néanmoins Tancienne Eglise faisait aux femmes une défense très-sévère d'administrer le Baptême, hors le cas de nécessité extrême. « On ne permet pas à la femme, dit Terlullien, de parler et d'instruire à l'église, non plus que de baptiser. « (Lib. De VeL virg., c. ix.)

On trouve la même défense consignée dans les constitution? apostoliques. Aussi ne rencontre-t-on dans l'histoire ecclé-

siastique de l'Eglise primitive aucun exemple de Baptême administré par une femme. Dans les siècles postérieurs, plusieurs conciles changèrent cette disposition par mesure de prudence et de nécessité, et recommandèrent instamment aux femmes d'apprendre la formule du Baptême dans leur langue maternelle, ainsi que la manière de baptiser. {CoM- :hisme historique.]

T INSTRUCTION

lie Baptême Justifie le péeliear et lui imprime un earaetère iiiefTaçable.

Sahos nos fecit per lavacrum regenerationis et renovatiouis Spiritûs sancti qucm effudil in nos ahundè per Jesum Chrislitm Sahaloremuostrum,ut justificati gratid ipsius, hœrcdes simus secundùm spem vilœ œternœ.

Il nous a sauvés par l'eau de la renaissante et par. le renouvellement du Saint-Esprit qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion, par Jésus- Christ notre Sauveur, afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions les héritiers de la vie éternelle, selon l'espérance que nous en avons.

(AdTit., ni, 5, G et 7.)

Le sacrement de Baptême est une source de grâces et de trésors spirituels pour les chrétiens. Il est donc nécessaire de vous expliquer, mes frères, les nobles et glorieuses prérogatives qu'il nous confère.

Et d'abord le Baptême justifie le pécheur, en effaçant tous les péchés dont on est coupable, en remettant toutes les peines ducs au péché, et il imprime dans l'âme un caractère ineffaçable.

Le concile de Florence s'exprime ainsi : « L'effet du sacrement de Baptême est la rémission de tout péché, originel ou actuel, comme aussi de toute peine qui est due pour le péché lui-même. C'est pourquoi on ne doit imposer aucune satisfaction aux baptisés ; mais s'ils meurent avant d'avoir commis

— ^99 — aucune faute, ils parviennent aussitôt au royaume des deux et à la vision de Dieu. »

Le saint concile de Trente est encore plus formel : « Si quelqu'un nie que par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est conférée dans le Baptême, l'offense du péché originel soit remise, ou soutient que tout ce qu'il y a proprement et véritablement de péché n'est pas ôté, mais est seulement comme rasé et non imputé, qu'il soit anathème. Car Dieu ne hait rien dans ceux qui sont régénérés, parce qu'il n'y a point de condamnation pour ceux qui sont véritablement ensevelis avec Jésus-Christ pour mourir; qui ne marchent point selon la chair, mais qui, dépouillant le vieil homme et se revêtant du nouveau qui a été créé selon Dieu, sont devenus innocents, sans tache, purs, sans péché, agréables à Dieu, ses héritiers et cohéritiers de Jésus-Christ, en sorte qu'il n'est plus rien qui fasse obstacle à leur entrée dans le ciel. » (Sess. v, can. 5.)

Ecoutez comment s'exprime le Fils de Dieu : « Si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu... Ne vous étonnez pas que je vous aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau ; ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. » C'est pourquo'i on appelle enfants ceux qui sont nouvellement baptisés. « Semblables à des enfants nouveaux nés, dit le prince des apôtres, désirez et recherchez le lait raisonnable sans aucune tromperie. »

Saint Paul nous enseigne qu'il n'y a plus rien de

damnation dans ceux qui sont en Jésus-Christ, parce qu'ils ont été ensevelis avec lui et par là purifiés de leurs péchés. Après avoir rappelé aux chrétiens de Corinthe les divers crimes dont ils s'étaient souillés, il ajoute : ^< Vous avez été tout cela; mais vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés. »(ICor., VI, 11.)

Toutes les fois que l'Esprit saint nous parle du Baptême et de ses effets, il nous le fait considérer comme une renaissance, une régénération et une rénovation de l'homme tout entier, et nous déclare que les péchés sont remis, lavés, effacés, et qu'il n'en reste plus rien.

Ecoutez les Pères de l'Eglise : « Heureux sacrement de Baptême, dit TertuUien, qui nous purifie des péchés de notre ancien aveuglement et nous sauve pour la vie éternelle... Quoi donc! n'est-ce pas une chose digne d'admiration que la mort soit détruite par le Baptême?... L'Esprit saint descend des cieux, se repose sur les eaux, les sanctifie par sa sainteté, et, ainsi sanctifiées, elles ont la vertu de sanctifier. .. Par le Baptême sont remises la coulpe et la peine, l'homme est restitué à Dieu, et il reprend la ressemblance de celui qui fut autrefois créé à l'image de Dieu. » ^Lib. De Baptism., c. i, iv, v.)

« Par le Baptême, dit saint Jérôme, tous nos crimes nous sont pardonnes, et, après avoir reçu ce pardon, nous n'avons plus à craindre la sévérité du Juge. » [Epist. 82 ad Océan.)

Saint Jean Chrysostôme se plaît à énumérer les heureux effets du Baptême : « Voilà, dit-il, que ceux

qui, un peu auparavant, étaient retenus captifs, jouissent du bienfait de la liberté ; et ils sont devenus citoyens de l'Eglise, ceux qui s'égaraient dans l'exil; ils marchent dans le sentier de la justice, ceux qui étaient couverts de la confusion du péché. Ils ne sont pas seulement libres, mais ils sont saints ; non seulement saints, mais justes ; non seulement justes, mais enfants de Dieu; non seulement enfants de Dieu, mais encore héritiers ; non seulement héritiers, mais encore frères de Jésus-Christ; non seulement ses frères, mais encore ses cohéritiers; non seulement ses cohéritiers, mais aussi ses membres ; non seulement ses membres, mais encore des temples; non seulement des temples, mais encore les organes du Saint-Esprit. Voyez combien sont nombreuses les prérogatives du Baptême : beaucoup s'imaginent que la grâce céleste de ce sacrement consiste seulement dans la rémission des péchés, et voilà que nous avons énuméré dix prérogatives. » [Hom. ad Neophytos.)

« Par le Baptême, dit saint Thomas, la passion de Jésus-Christ nous est communiquée, comme si nous avions souffert nous-mêmes, parce que nous mourons avec lui, nous sommes enseveHs avec lui pour revivre de sa vie. » ( Sum., 3 p., q. 69.)

Le sacrement de Baptême efface donc tous les péchés, remet toutes les peines dues au péché et sanctifie le pécheur. De plus, il exprime dans l'âme un caractère ineffaçable. Ecoutez l'Eglise : « Si quelqu'un dit que par les trois sacrements du Baptême, de la Confirmation et de l'Ordre il ne

s'imprime point dans l'âme un caractère, c'est-àdire un certain signe spirituel et ineffaçable qui fait que les sacrements ne peuvent être réitérés, qu'il soit anathème. » (Sess. vu, can. 9.)

En expliquant ces paroles de la sainte Ecriture : « Un seul Seigneur, une seule foi, un seul Baptême ; — Il estimpossible que ceux qui ont été illuminés une fois et qui sont tombés soient renouvelés par la pénitence ; — Celui qui a été lavé n'a plus besoin que de se laver les pieds; » tous les Docteurs les appliquent au Baptême^ et enseignent qu'il n'y en a qu'un seul et qu'on ne peut le recevoir qu'une fois; que ceux qui, après l'avoir reçu, retombent dans le péché, ne sauraient en obtenir la rémission en le recevant de nouveau, et que celui qui a été baptisé, s'il perd la grâce qu'il a reçue, n'a plus besoin que de se purifier par la pénitence.

« Voyez-vous, dit saint Augustin, cette marque qu'on imprime sur le corps du soldat, et l'effigie du prince gravée sur les pièces de monnaie? Ainsi en est-il du caractère imprimé dans l'âme du chrétien par le Baptême. Que le soldat se révolte contre son prince, qu'il lui déclare la guerre en combattant sous l'étendard de ses ennemis, il porte partout et toujours la note qu'on lui a imprimée; que la monnaie ait cours dans tout le pays, ou qu'elle soit remise entre les mains des plus ardents adversaires du prince, elle conserve toujours l'image gravée sur elle ; de même, que le chrétien demeure ferme dans la foi, ou qu'il se range sous l'étendard du démon,

.il conservera toujours le caractère imprimé dans son âme par le sacrement de Baptême. y>

Le Baptême est une renaissance, ou la naissance dans le monde surnaturel et divin. Or, l'homme ne naît qu'une fois, il ne doit donc renaître qu'une seule fois.

Le Baptême est la représentation de la mort et de la résurreclion de Jésus-Christ. Or, Jésus-Christ n'est mort et n'est ressuscité qu'une fois, le Baptême ne doit donc se donner qu'une fois.

La fin principale du sacrement de Baptême est d'effacer le péché originel ; il ne remet les autres que par circonstance. Or, le péché originel une fois effacé ne revit plus.

Parle Baptême, l'homme est consacré à Dieu. Or, quand une église est consacrée, elle l'est pour toujours; si elle est souillée, on la purifie.

Nous avons dit que notre divin Sauveur a été marqué du caractère de son Père en sa qualité de Fils pour lui engendrer des enfants adoptifs. Or, c'est par le Baptême qu'il les engendre, c'est donc par le Baptême qu'il leur imprime son caractère ; et ce caractère est ineffaçable, comme un fils qui porte la ressemblance de son père ne saurait l'effacer quoiqu'ilfasse. Ainsi le chrétien sera toujours marqué du caractère d'enfant de Dieu, et il le portera éternellement sur son front, ou comme un signe d'honneur et de gloire, ou comme une note de honte et d'infamie.

Youlez-vo us mieux comprendre ce qui se passe dans l'homme lorsque Dieu lui remet ses péchés?

Considérez d'abord quelles sont les suites du péché.

Quand un être quelconque viole une loi nécessaire à la conservation de sa vie, il meurt; ainsi, le corps de l'homme esl-il lésé dans une de ses fonctions essentielles, il est frappé de mort. Cette violation de ses lois détruit la vie, et à l'instant tout le corps se corrompt et devient hideux. Supposons qu'il s'agisse d'effacer sur ce corps le péché ou la violation delà loi qui l'a réduit à cet état de mort, de laideur et de pourriture; que faut-il faire? racler ou effacer les taches livides ou hideuses qu'on aperçoit sur ce cadavre? Mais, quand on y parviendrait, le péché subsisterait toujours dans ses principaux effets. Pour qu'il n'en reste plus la moindre trace, il faut que la vie avec toutes ses puissances soit rendue à ce corps déjà corrompu, et alors disparaîtront toutes les taches et toute la laideur.

Or, mes frères, l'âme a ses lois à observer comme le corps ; si elle en viole une seule qui soit essentielle à sa vie, il faut qu'elle meure. Mais en perdant la vie de la grâce, l'âme perd en même temps les biens attachés à cette vie ; elle perd sa force et sa beauté ; elle devient laide et hideuse à sa façon. Il est donc bien clair que, pour effacer entièrement le péché de l'âme, il ne suffit pas de la racler pour faire disparaître sa laideur; car, en supposant qu'on réussisse, cène serait jamais qu'un beau cadavre, et le péché ne serait point clïacé, puisque la vie ne lui serait pas rendue avec toutes ses puissances. Vous comprendrez ainsi facilement que, d'après la

doctrine catholique, la justification n'est pas seulement la rémission des péchés, mais •qu'elle eslaussi la sanctification et la rénovation de l'homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons. (Conc. Trid., sess. vi, c. 7.) L'homme est juste, ami de Dieu et héritier de la vie éternelle. Il est juste parce qu'il a reçu en lui la justice, que l'Esprit saint départit comme il lui plaît et suivant sa coopération et ses dispositions personnelles. En un mot, il vit de la vie de Dieu, et il participe à la nature de Dieu.

Mais il y a trois manières de posséder la nature divine ; la première et la plus parfaite est celle qui est propre au Fils de Dieu et au Saint-Esprit. Ces deux personnes n'ont d'autre nature que celle du Père; c'est pourquoi elles sont tout à fait semblables et égales au Père. Cette manière de posséder la nature divine est incommunicable aux créatures. Il y a contradiction qu'un être créé n'ait d'autre nature qu'une nature incréée et éternelle.

Une seconde manière de posséder la nature divine est celle qui est commune à toutes les créatures. Comme Dieu est présent partout, il pénètre tous les êtres de sa substance ; mais il ne fait que leur communiquer la vie propre à leur nature.

La troisième manière consiste à devenir, par un don tout à fait gratuit, participant des perfections divines, qui sont tellement propres à Dieu, qu'aucun être ne saurait y prétendre par sa propre nature. Il a un mode de se voir, de se connaître, de s'aimer et de jouir de soi qui n'est propre qu'à lui, parce

qu'il le tient de sa nature incréée et éternelle. Or, le mode de se connaître et de s'aimer, Dieu le communique par sa grâce aux anges et aux hommes, et en même temps le mouvement et la vie conformes à la nature divine, de sorte que l'homme connaît Dieu comme Dieu se connaît, qu'il l'aime comme Dieu s'aime lui-même, et qu'il agit comme Dieu agit. Il n'a plus seulement une vie humaine, mais il a une vie divine. De même qu'un fer pénétré du feu ne perd pas sa nature de fer, mais acquiert toutes les propriétés du feu ; ainsi l'âme pénétrée de la nature divine parla grâce participe aux perfections divines d'une manière particulière, et elle vit de la vie même de Dieu ; elle n'est pas Dieu, mais elle est déifiée.

De cette union ineffable de la nature divine avec l'homme résulte une qualité surnaturelle qui donne à l'âme une vie nouvelle, et qui devient le principe de certaines vertus ou facultés surnaturelles surajoutées aux facultés naturelles. Ainsi, dans l'ordre de la nature, vous pouvez connaître Dieu par les créatures et par le raisonnement; vous pouvez espérer en lui et l'aimer. Mais ces vertus sont purement naturelles, parce qu'elles n'ont d'autre principe que votre propre nature. Or , il faut que l'homme, élevé à l'ordre surnaturel, puisse connaître Dieu, espérer en lui et l'aimer d'une manière conforme à cet ordre. C'est pourquoi, avec la grâce sanctifiante. Dieu répand dans l'âme trois vertus surnaturelles : la foi, l'espérance et la charité; ce sont comme trois puissances ou facultés

surnaturelles qui ordonnent l'âme par rapport à Dieu.

C'est une vérité de foi catholique, mes frères, que par le Baptême vous avez reçu les vérités de foi, d'espérance et de charité, et que ces vertus étaient inhérentes à votre âme, quoique vous ne puissiez pas encore en faire des actes ; comme par votre création vous avez reçu avec votre âme ses facultés naturelles, l'intelligence et la volonté, quoique vous n'ayez pu connaître et aimer que du moment où vous êtes parvenus à l'âge de raison.

Mais il ne suffit pas à l'homme de recevoir avec la grâce sanctifiante des puissances ou facultés surnaturelles qui l'ordonnent par rapport à Dieu et le mettent en état d'atteindre sa fin surnaturelle. Comme il doit vivre en société, il a des devoirs à remplir envers les autres hommes, et Dieu lui a donné des vertus naturelles pour remplir ces devoirs : la prudence, la justice, la force et la temperance. Mais aussitôt qu'il est élevé à l'ordre surnaturel, il a besoin de recevoir des vertus surnaturelles analogues, afin que tous ses actes soient conformes à sa nouvelle vie. C'est pourquoi aux vertus théologales Dieu ajoute les vertus morales, la prudence, la justice, la force et la tempérance, pour ordonner l'homme surnaturellement à l'égard des autres hommes.

Ce n'est pas tout : pour faciliter au chrétien l'accomplissement de ses devoirs comme enfant adoptif de Dieu, le Baptême lui confère encore le Saint-Esprit avec tous ses dons. Or, les dons du Saint-Es-

prit sont des perfections surnaturelles qui disposent l'âme à suivre les impressions du Saint-Esprit ; ils sont destinésà perfectionner les vertus chrétiennes, comme nous vous l'expliquerons bientôt.

Adam avait trois vies : la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie divine. Mais il s'est révolté contre Dieu et a mérité sa colère. La juste punition qui lui fut infligée fut l'inimitié de Dieu et l'esclavage du démon ; l'ignorance et le dérèglement des passions, c'est-à-dire l'affaiblissement de la vie intellectuelle et morale; enfin les misères de cette vie et la mort, ou une détérioration de la vie corporelle. Tel est aussi l'état dans lequel nous naissons; mais le Baptême nous restitue la vie surnaturelle et divine en répandant dans notre âme la grâce sanctifiante, les vertus chrétiennes et les dons du Saint-Esprit; il restaure la vie naturelle, mais incomplètement, et nous donne droit à la résurrection glorieuse après que nous aurons passé par les misères de cette vie et la mort.

Mais pourquoi, me direz-vous, le Baptême n'efface-t-il pas tous les effets du péché originel ? L'Eglise vous en donne la raison : « En reconnaissant et en confessant que la concupiscence ou le foyer du péché reste dans les personnes baptisées, laquelle ayant été laissée pour être combattue, ne peut nuire à ceux qui n'y donnent pas leur consentement et qui résistent courageusement par la grâce de Jésus-Christ : au contraire, celui qui aura légitimement combattu sera couronné. Cette concupiscence que l'Apôtre appelle quelquefois péché, le

saint concile déclare qu'elle n'a jamais été regardée par l'Eglise catholique comme un véritable péché, à proprement parler, dans ceux qui sont régénérés ; mais qu'elle n'a été appelée ainsi que parce qu'elle est un effet du péché et qu'elle porte au péché. Si quelqu'un est de sentiment contraire, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. v, can. 5.)

Cette concupiscence qui reste en vous après le Baptême doit faire de vous tous de braves guerriers. Or, les soldats courageux ne craignent ni les fatigues, ni les dangers, quand ils savent qu'il dépend d'eux de remporter la victoire. Leur bonheur est de respirer l'air des camps et d'entendre le bruit terrible des combats.

Dieu a voulu aussi vous rappeler sans cesse l'excellence de la grâce qu'il a accordée à nos premiers parents, et les suites funestes de leur révolte contre Dieu. Il est si difficile de nous faire comprendre combien le péché est odieux à Dieu et funeste à nous-mêmes! Hélas! nous sommes si ingénieux pour nous faire illusion sur la gravité de nos fautes! Mais à la vue de tant de misères et de calamités qui afiQigent tous les hommes, à la vue de ces querelles, de ces injustices, de ces assassinats, de ces cruelles vengeances, de ces maladies plus affreuses les unes que les autres, pouvons-nous encore nous persuader que le péché n'est rien? iXe devons-nous pas trembler dans la crainte des supplices éternels, dont les maux de cette vie ne sont qu'une bien faible image? Ne devons-nous pas redoubler de zèle

et d'efforts pour conserver précieusement la grâce de notre Baptême?

Si le Baptême nous avait rendu toutes les prérogatives accordées à Adam, n'était-il pas à craindre de nous voir servir Dieu par égoïsme, uniquement pour les biens matériels que nous aurions reçus? N'aurions-nous pas demandé le Baptême pour être préservés des maladies et de la mort ^ Et que seraient devenues les plus belles vertus chrétiennes, la foi, Tamour de Dieu, la force, la patience et le dévouement ? Ne fallait-il pas, au contraire, que nous fussions sans cesse dans les peines, dans les travaux et les souffrances, afin d'être plus semblables à notre Chef couronné d'épines et mourant sur une croix? Loin de nous plaindre, rendons à Dieu d'éternelles actions de grâces pour nous avoir rendu la vie divine par le Baptême, et fasse le ciel que nous ne la perdions jamais! Amen.

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