NÉBRIDIUS, CÉDCALLA, LE PRINCE NOIR ET LES INDIENS
Saint Augustin avait un ami nommé Nébridius qui, comme lui, n'avait pas encore trouvé Jésus-Christ. Nébridius tomba dangereusement malade à Milan, comme nous le raconte saint Augustin lui-même, et fut pendant longtemps exposé à un danger extrême de mort. Comme on doutait de sa convalescence, il fut, d'après le conseil de quelques amis, baptisé sans qu'il le bût. Augustin, à celte époque, considérait le Baptême comme uiie pure cérémonie, et lorsque Nébridius eut recouvré la santé et qu'il apprit qu'on lui avait administré le Baptême, il se mit à plaisanter sur cette sainte action et à la tourner en ridicule. Mais quel ne fut pas l'étonnement d'Augustin lorsqu'il entendit Nébridius lui adresser de sévères
reproches, et lui déclarer que s'il ne mettait fin à ses raillerieSj il cesserait désormais de le compter au nombre de ses amis? Augustin, à qui un semblable changement dans son ami paraissait inexplicable, espéra lui faire adopter de nouveau ses sentiments lorsqu'il serait guéri parfaitement, et il se tut. Toutefois ses espérances furent loin de se réaliser, car Nébridius mourut bientôt après en vrai et fervent chrétien. « C'est ainsi, dit saint Augnstin, qu'il fut enlevé à mon égarement, afin que, ce qui maintenant fait ma consolation, il fût élevé jusqu'à vous, ô mon Dieu ! »
Pendant le voyage que fit à Rome Cédualla, reine des Bretons, pour y recevoir le Baptême, elle pria Dieu de toute la ferveur de son cœur qu'il lui plût de Tenlever de ce monde et de la conduire dans la céleste patrie dès qu'elle aurait reçu le Baptême. Arrivée à Rome, elle fut baptisée le samedi saint par le pape Sergius, qui lui imposa le nom de Pierre. Elle portait encore l'habit blanc lorsqu'elle tomba malade et mourut, âgée d'environ trente ans. {Catéchisme historique.)
Le prince noir qui commandait dans les places maritimes du Congo, en 1489, avait un si ardent désir du Baptême, qu'au premier avis de l'arrivée des missionnaires envoyés par le roi de Portugal, il accourut au port, accompagné d'un grand nombre de ses sujets, les reçut au bruit des cymbales et des trompettes, dans des transports de juie incroyables. Vieillard et craignant de perdre cette heureuse occasion que Dieu lui ménageait dans son infinie bonté, il voulut être baptisé au plus tôt avec le plus jeune de ses fils, trop jeune encore pour pouvoir demander lui-même le Baptême. Un temple de rameaux et de feuillages s'élève; tous y travaillent avec ardeur. Trois autels, aussi de feuillages, sont dressés. C'est sous ce temple de verdure qu'on entonna de saints cantiques et qu'on baptisa ce prince africain, qui reçut pour nouveau nom celui d'Emmanuel, et son fils celui d'Antoine.
Ce pieux noir, heureux d'être chrétien, ne se contenta pas d'édifier les 23,000 noirs qui assistèrent à celte pieuse et touchante cérémonie; il assembla encore ses peuples et éleva la voix pour condamner leurs fausses divinités et leurs su-
perslitions criminelles. Il publia un édit par lequel il ordonnait la recherche la plus sévère des idoles. Après les avoir entassées les unes sur les autres, il y fit mettre le feu.
Depuis le jour heureux de son Baptême, Emmanuel, qu'on pourrait surnommer le pieux Africain, adressait à Dieu de continuelles et d'instantes prières pour obtenir de sa bonté la grâce de réparer, dans le peu de temps qu'il pouvait lui rester à vivre, les impiétés et les profanations au milieu desquelles il avait vécu et passé la plus grande partie de ses jours. Avec quelle ardeur il demandait au Seigneur qu'après avoir servi si longtemps le démon, il pût au moins se consacrer à Jésus-Christ et persévérer jusqu'à la mort dans les exercices d'une sainte piété ! (Trésor des Noirs.)
Le P. Sorin, arrivant chez ses néophytes de Notaonassibi, demanda ce qu'ils étaient devenus. « Père, lui réponditon, le changement de cette tribu est devenu le sujet de toutes les conversations du pays. Jusqu'à l'hiver dernier, c'était une bande d'ivrognes et de voleurs, le scandale et l'effroi de tout le voisinage. Depuis leur Baptême, ce ne sont plus les mêmes hommes ; tout le monde admire leur sobriété, leur honnêteté, leur douceur, et surtout leur assiduité à la prière. Leurs cabanes retentissent presque continuellement de pieux cantiques. »
Un vieux chasseur canadien lui dit : « C'est un mystère pour moi que le spectacle de ces Indiens, tels qu'ils sont aujourd'hui. Groiriez-vous que j'ai vu de mes yeux ces mêmes sauvages, en 1813 et 1814, livrant au pillage et aux flammes les habitations des blancs, saisissant les petits enfants par le pied et leur écrasant la tête contre les murailles ou les jetant dans des chaudières bouillantes? Et maintenant, à la vue d'une robe noire, ils tombent à genoux, baisent sa main, comme des enfants celle d'un père ; ils nous font rougir nousmêmes. » [Annales de la Propagation de la Foi, tome XVIL)
Vf INSTRUCTION.
lie Baptême nous fait enfants de Hieu.
Non accepislis spirilum servitulis in timoré, sed accepislis spirilum adoptionis fiUorum, in qiio clnmamus :
Abba, Paler; ipse enim Spirilu$ Icilimonium reddit spirilui nostro, quàd sumus filii Dei.
Vous n'avez pas reçu un esprit d'esclavage pour vivre de nouveau dans la crainle; mais vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants, avec lequel nous nous écrions : Abba, c'est-à-dire mon père; car l'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.
(Rom., VIII, lÙ-16.)
Sur le point de remonter au ciel, notre Sauveur dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » C'est un commandement formel qu'il a fait à ses apôtres, et par là même à toute son Eglise. Nous ne rencontrons rien, ni dans l'Evangile, ni dans les Actes des apôtres, ni dans leurs épîtres, ni dans la tradition, qui indique qu'il ait dispensé, en quelque circonstance, de prononcer ces paroles sacramentelles en conférant le sacrement de Baptême. Quand il est dit que quelques uns furent baptisés au nom de Jésus-Christ, cela signifie qu'ils avaient reçu le Baptême du divin Sauveur, pour le distinguer du Baptême de saint
Jean, el quelques uns l'avaient reçu avant de rece^ voir celui du Fils de Dieu.
Cela devait être ainsi, car l'effet principal de chaque sacrement doit ôlre exprimé par la forme. Vous comprenez que le principal effet de la Confirmation est de fortifier les chrétiens dans la foi, lorsque vous entendez l'évêquc prononcer ces mots : Je te marque du signe de la croix, et te confirme du chrême du salut ; que le sacrement de Pénitence a pour but de remettre les péchés, lorsque vous entendez le prêtre dire au pénitent : Je t'absous de tes péchés. La matière du sacrement de Baptême exprime, il est vrai, un de ses effets, la rémission des péchés et la purification de l'âme ; mais ce n'est ni le plus noble, ni le plus excellent : car le plus précieux est de nous consacrer au nom des trois personnes divines, du Père et du Fils et du Saint-Esprit, c'est-à-dire de nous faire enfants adoptifs de Dieu, frères et membres de Jésus-Christ et temples du Saint-Esprit.
Saint Jean l'évangéliste, qui eut le bonheur de reposer sur le cœur de Jésus et de puiser dans ce cœur sacré les secrets des plus profonds mystères de la religion chrétienne, commence son Evangile par nous raconter les opérations intérieures de Dieu, la génération du Verbe. Comme l'aigle qui l'a figuré, il s'élance d'un vol rapide jusque dans le sein de Dieu, et ose le contempler d'un regard ferme et assuré. Et cependant il commence son Evangile comme s'il racontait une chose fort commune el très-ordinaire : « Au commencement étaitle
Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.» Il ne dit pas un mot pour exciter notre attention ou notre étonnement. Mais nous parle-t-il du mystère de notre adoption? Il ne peut plus contenir son admiration. Voyez donc, nous dit-il, regardez bien, examinez avec attention quelle charité Dieu a eue pour nous, puisque nous sommes appelés enfants de Dieu, et que nous le sommes en effet. Si c'est une gloire d'être le fils d'un homme illustre par sa science ou ses exploits guerriers, d'un prince, d'un roi ou d'un empereur , quel honneur et quelle gloire incomparable d'être enfants de Dieu, les fils du Roi des rois ! Saint Jean en est ravi d'admiration, et il désire nous inspirer ses sentiments : Voyez, s'écrie-t-il, quelle charité Dieu le Père a eue pour nous: Videte qualem charitatem dédit 7io bis Pater. » (I Joan., III, 1.)
Au premier chapitre de son Evangile, le même apôtre nous apprend que le Verbe était Dieu, que c'est par lui que toutes choses ont été faites... « Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne l'a pas connu ; il est venu chez les siens, et les siens ne l'ont pas reçu. » Sur ces paroles, saint Jean Chrysostôme se demande : Comment l'évangéliste ne parle-t-il pas des châtiments dont Dieu a frappé les Juifs, pour avoir répondu par le mépris à cet honneur infini que le Fils de Dieu leur avait fait? Comment ne rapporte-t-il pas les malheurs et les calamités dont ils ont été accablés au siège de Jérusalem? Comment ne dit-il pas un mot de la destruction de cette ville, de la ruine du tem-
pie, de la dispersion et de la désolation du peuple juif? C'est, répond ce grand Docteur, qu'il rapporte la plus grande punition qu'ils aient reçue et qu'ils pouvaient recevoir : ils ont été privés de l'honneur incomparable d'être faits enfants de Dieu. Il dit donc : « A tous ceux qui l'ont reçu il a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à tous ceux qui croient en son nom, qui sont nés de Dieu, et non du sang ni de la volonté de l'homme, ni de la volonté de la chair. » (Joan., i.)
Dans le Symbole des apôtres, il est dit que nous croyons en Jésus-Christ, Fils unique du Père, et cependant, en récitant la divine prière que notre Seigneur nous a enseignée, nous disons : Notre Père qui êtes dans les cieux. Nous appelons Dieu notre Père; nous sommes donc aussi ses enfants. Comment donc pouvons-nous dire que Dieu n'a qu'un Fils unique? Distinguons différentes manières d'être père et d'être fils. Vous êtes père par nature, quand vous donnez à quelqu'un l'être de votre substance et que vous lui communiquez votre nature ; sa chair vient de votre chair et son sang de votre sang. Vous êtes père par adoption, lorsque, par amour pour un étranger, vous le traitez comme s'il était votre fils, et vous lui donnez le droit d'hériter de tous vos biens, comme s'il était votre fils. Vous êtes père par office, lorsque vous rendez à quelqu'un les mêmes devoirs et les mêmes services que s'il était votre fils. Ainsi l'Evangile appelle saint Joseph le père de Jésus, parce qu'il l'a vêtu, nourri, élevé, comme s'il eût été son fils.
Or, mes frères, la foi nous enseigne que Dieu est Père par nature de notre Sauveur, et Jésus- Christ seul est Fils de Dieu par nature, parce que seul il est engendré de la propre substance de Dieu, et il est vrai Dieu de vrai Dieu; il possède toute la nature divine et toutes les perfections divines comme Dieu son Père. Il a pris dans le temps un corps de la substance même du corps de l'auguste Vierge Marie, et son âme a été créée de rien comme les nôtres, en sorte qu'il est tout à la fois vrai Dieu et vrai homme, vrai Fils de Dieu par nature, parce qu'il n'y a en lui qu'une personne engendrée de la subtance même de Dieu son Père.
Tous ceux qui ont reçu le Baptême sont enfants de Dieu par adoption ou enfants adoptifs de Dieu. Nous avons reçu l'Esprit d'adoption de Dieu, dit saint Paul, par lequel nous appelons Dieu notre Père, et l'Esprit de Dieu rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Vous venez d'entendre les paroles de saint Jean.
Mais Dieu n'est pour ainsi dire que Père par office à l'égard de tous ceux qui ne sont pas chrétiens. Il leur donne ce qui leur est nécessaire pour la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable ; et quoiqu'il leur ait préparé les grâces nécessaires au salut, de fait ils ne sont pas encore ses enfants adoptifs.
Considérez surtout, mon frère, l'excellence de cette adoption divine par laquelle vous êtes devenu enfant de Dieu. C'est elle qui vous donne droit d'être l'héritier de votre père d'adoption, comme si
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— 2\H — -^ous étiez son fils par nature. C'est la conséquence que tire saint Paul, et elle est très-juste; elle est admise par toutes les législations du monde. Si nous sommes les enfants de Dieu, nous sommes donc ses héritiers, les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ. Or, les richesses de Dieu ne consistent pas en des campagnes immenses, de vastes forêts, des palais magnifiques ou des coffres remplis d'or ou d'argent : c'est la possession de la nature divine et des perfections divines.
Saint Paul nous enseigne que nous devons posséder ces richesses de Dieu comme si nous étions fils de Dieu par nature. Si nous sommes enfants de Dieu, dit-il, nous sommes donc ses héritiers et les cohéritiers de Jésus-Christ. Nous partagerons donc les biens de Dieu et nous en jouirons comme Jésus- Christ. Or, le corps et l'âme de Jésus-Christ sont pénétrés de la nature et des perfections de Dieu, comme le fer rougi au feu est pénétre de la nature et des propriétés du feu. L'âme de Jésus-Christ connaît Dieu comme Dieu se connaît, puisqu'elle connaît Dieu avec l'intelligence divine qui la pénètre; elle aime Dieu comme Dieu s'aime, puisqu'elle l'aime avec le cœur même de Dieu qui pénètre son cœur. C'est ainsi que tous les enfants adoptifs de Dieu sont appelés à jouir de ses biens.
Croyez bien que ce n'est pas là une pieuse exagération. Ecoutez l'apôtre saint Jean : « Considérez, nous dit-il, quelle charité Dieu le Père a eue pour nous, de vouloir que nous soyons appelés et que nous soyons en effet enfants de Dieu. C'est pour
cela que le monde ne nous connaît pas, parce qu'il ne connaît pas Dieu. Mes bien-aimés, nous sommes déjà enfants de Dieu ; mais ce que nous serons un jour ne paraît pas encore. Nous savons que lorsque Jésus-Christ se montrera dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. » Or, voir Dieu tel qu'il est, dans sa propre essence, n'est-ce pas le voir par lui-même et sans aucun intermédiaire? N'est-ce pas lui être uni substantiellement pour le voir avec son intelligence? Pour le voir tel qu'il est, il faut donc lui être semblable, être déifié et divinisé comme Jésus-Christ.
Souvent, dans le monde, un père n'adopte d'enfants que parce qu'il n'en a point lui-même ou parce que les siens sont morts. Pourquoi donc Dieu ayant un Fils par nature en a-t-il adopté d'étrangers? Saint Thomas nous en donne la raison. Le Père éternel adopte par excès d'abondance et d'amour, parce qu'il est le souverain bien et qu'il trouve son bonheur à se communiquer même à de pures créatures. Les hommes, au contraire, adoptent par pauvreté, parce qu'ils ont besoin d'un objet d'affection. Les enfants adoptifs de Dieu, si nombreux qu'ils soient, seront aussi riches et aussi heureux que si chacun d'eux était seul, parce que les biens de Dieu sont infinis. Tous les habitants de la terre jouissent de la lumière du soleil, comme si chacun d'eux était seul au monde. Il n'en est pas ainsi des enfants des hommes : ils sont d'autant moins riches qu'ils sont plus nombreux.
Les enfants adoptifs des hommes demeurent dans
— 21^0 — ia maison de leur père d'adoption, qui les nourrit et les élève comme s'ils étaient ses propres enfants. Cependant ils n'ont pas le même sang que leur père d'adoption, ni par conséquent la même vie. Au contraire, les enfants adoptifs de Dieu participent à la nature et à la vie même de Dieu; car, par la grâce sanctifiante, Dieu donnant à nos âmes une vie surnaturelle et divine, il devient notre Père et nous devenons ses enfants, nous vivons de la vie même de Dieu. De même qu'une goutte d'eau qui tombejait dans un océan d'une liqueur divine en serait pénétrée et partagerait toutes les propriétés de cette liqueur, ou comme un petit lingot de cuivre qui serait fondu et mêlé avec une montagne d'or serait brillant et précieux à peu près comme l'or, ainsi les enfants adoptifs de Dieu sont tout remplis de la substance même de Dieu et sont déifiés.
L'adoption divine est donc un bienfait si grand, que Dieu lui-même ne peut en accorder de plus grand. Peut-il élever un être plus haut que luimême, et peut-il lui rien donner de mieux que sa propre substance? Et, après cela, nous n'aimerions pas Dieu! Ne serions-nous pas les plus ingrats des enfants des hommes?
On compte aujourd'hui à peu près deux cent cinquante millions de chrétiens, c'est-à-dire à peu près la quatrième partie du genre humain. Chacun de nous ne doit-il pas se dire : Pourquoi suis-je venu au monde en France, et non pas en Afrique ou en Chine? Pourquoi suis-je né de parents catholiques, et non de schismatiques grecs, de Turcs ou de pro-
testants? Pourquoi suis-je né au xix*^ siècle de Tère chrétienne, et non pas cinq ou six siècles avant Jésas-Christ ? Pourquoi Dieu m'a-t-il fait la grâce de me comprendre dans celle quatrième partie qui a reçu le Baptême, et ne m'a-t-il pas laissé avec les sept cent cinquanle millions qui ne l'ont pas reçu? Je n'ai certes pas mérité cette faveur, et Dieu ne me i'a accordée que par un amour de prédilection et de préférence. Y aura-t-il jamais assez de reconnaissance dans mon cœur pour le remercier d'un semblable bienfait?
Dieu ne pouvait donc pousser plus loin sa tendresse paternelle pour ses enfants adoptifs, car il dit aussi de chacun d'eux : Celui-ci est mon fils bienaimé, en qui j'ai mis mes complaisances. Il veut pour eux tous le bien qu'il se veut à lui-même et le bonheur dont il est en possession . Devons-nous après cela nous étonner qu'il accorde si facilement des grâces extraordinaires aux âmes sanctifiées parla grâce? Il préserve de l'embrasement de Sodome la petite ville de Ségor pour l'amour de Lolh, et la ville de Samarie du siège et de l'extrême famine pour l'amour du prophète Elisée. Il répand ses bénédictions sur la maison de Laban, à cause de Jacob ; sur celle de Putiphar, à cause de Joseph; sur celle d'Assuérus, à cause de Mardochée. Il donne à saint Paul la vie de tous ceux qui sont dans un vaisseau avec lui et les préserve du naufrage. Saint Thomas nous dit même que si Dieu ne remplissait le ciel et la terre de son immensité, il quitterait le ciel pour venir demeurer dans une âme ornée de la grâce
sanctifiante, tant elle a de charmes pour lui, et tant il a (l'affection pour elle.
Un jeune homme nommé Raphaël s'en va dans le >'ouveau-Monde pour y faire fortune; tout lui réussit, et bientôt il devient fort riche. Il reçoit la visite d'un de ses parents, pauvre et mal élevé, qui lui demande quelques secours ; mais craignant d'en être déshonoré, il le congédie. Cependant Raphaël tombe malade et meurt, après avoir constitué son légataire universel ce pauvre cousin qu'il a renvoyé si honteusement. Le notaire qui a le testament entre ses mains lui expédie un courrier; mais celuici le trouve en prison pour dettes, accablé d'infirmités et de maladies. Alors il lui dit : « Que feriezvous si je vous échangeais votre prison contre un palais, vos vêtements tout usés contre des habits brodés d'or et d'argent, et si je vous donnais le moyen de recouvrer la santé et de ^^vre en prince? — Monsieur, lui répond le prisonnier, ne vous moquez pas de moi ; mais si vous me voulez quelque bien, payez mes dettes et faites-moi sortir de prison. » Ce courrier paie les dettes en effet, lui procure des habits magnifiques, de superbes équipages, des domestiques nombreux, puis le conduit dans le Nouveau-Monde, où le notaire le met en possession de son immense fortune. Jugez quel dut être son ravissement!
Et tout cela, mes frères, n'est pas un grain de poussière, si nous le comparons à la fortune que Jésus-Christ nous a acquise par sa mort, et que nous obtiendrons sûrement, si nous observons fid(^
îement les commandements de Dieu. Oh ! combien serez-vous surpris, ravis et transportés liors de vousmêmes, vous surtout qui vivez dans la pauvreté, la souffrance et le mépris, lorsque la mort viendra vous mettre en possession de tous les biens de votre Père céleste, sans craindre d'en être jamais dépossédés !
Mais sou venez- vous de cette maxime : y o blesse oblige. Votre titre d'enfants de Dieu vous impose des devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers vous-mêmes.
Rendez-vous à Dieu votre Père tout le respect que vous lui devez? ^'e peut-il pas dire aussi de vous : Si je suis votre Père, où est l'honneur que vous me devez? Si ego Pater, ubi honor meus? L'Esprit saint vous dit : Honorez votre père dans toutes vos œuvres, par votre parole et votre patience. In omni opère et sermone et patientia honora patrem. (Eccli., m, 9.) Un fils bien élevé parle à son père avec un profond respect, et ne parle de lui qu'avec un vif sentiment d'estime et d'affection; il se garde bien de critiquer ce qu'il dit ou ce qu'il fait; il reçoit ses conseils et ses réprimandes avec docilité, et partout il prend la défense de son honneur, quand il est attaqué. Estce ainsi que vous vous conduisez envers Dieu? Vous montrez-vous les dignes enfants du Père céleste, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants? Aimez-vous vos ennemis? Faitesvous du bien à ceux qui vous persécutent?
L'histoire nous dit que le fils de Crésus, muet de
naissance, voyant un soldat, au siège d'une ville, sur le point de tuer son père sans le connaître, fit de tels efforts que sa langue se délia et prononça ces mots : « Garde-loi de tuer mon père, c'est le roi. » Quand vous seriez le plus timide des hommes, ne devez-vous pas prendre en main la cause de Dieu, et défendre sa religion ou sa gloire, si elle est attaquée devant vous? Souvenez-vous que vous êtes son fils, et que sa gloire est votre patrimoine confié à votre bravoure et à votre fidélité. Ne murmurez pas, s'il vous visite par la pauvreté, les maladies ou les afflictions; il vous traite comme un enfant chéri qu'il veut corriger de l'orgueil, de l'envie, de l'intempérance, de la colère et de la paresse ; il veut vous former à la pratique des vertus d'humilité, de douceur, de patience, d'obéissance et de charité. Ne punissez-vous pas vous-mêmes vos enfants, quand ils le méritent, afin d'en faire des hommes vertueux?
Quel respect avez- vous pour votre prochain? Prenez garde, vous dit Jésus-Christ, de scandaliser un de ces petits enfants, dont les anges voient sans cesse la face de Dieu. Prenez garde qu'ils ne contractent de mauvaises habitudes. Vos enfants sont plus que des enfants de France, ce sont les enfants de Dieu comme vous.
Vous êtes enfants de Dieu : ne soyez pas indignes d'une si haute noblesse, et ne vous avilissez pas par des passions basses et honteuses. Vous êtes enfants de Dieu : jouissez donc de la liberté des enfants de Dieu, et ne soyez jamais les esclaves des
hommes, du respect humain ou de vos mauvais penchants. Saint Cromace, préfet de Rome, s'étant converti à la foi, reçut le Baptême avec toute sa famille, et donna la liberté à ses esclaves, en leur disant : « Vous êtes maintenant les enfants de Dieu, vous ne devez plus être les esclaves d'un homme. > Et vous aussi, mes frères, vous avez reçu le Baptême, et vous êtes les enfants de Dieu. Honorez votre Père qui est dans le ciel et votre Mère la sainte Eglise qui est sur la terre. Respectez vos frères, ce sont des princes du sang ; respectez votre éminente dignité, et vous serez bénis de Dieu. Amen.