INGO. — UN CHEF INDIEN
Ingo^ duc de Carinthie, avait plusieurs de ses parents qui n'étaient pas disposés à renoncer aux idoles. Un jour il fit préparer un grand festin, auquel il invita ses parents encorp païens, ainsi qu'une foule immense d'ouvriers pauvres, mais chrétiens. Les grands furent servis dans la cour avec du pain tout ordinaire, de mauvaise viande, du vin commun, et avec de la vaisselle en terre, tandis que les pauvres furent placés à la table du duc, servis en coupes d'argent et en vins précieux, rassasiés des mets les plus exquis ; en un mot, le duc fit tout ce qui dépendait de lui pour les recevoir d'une manière princière. Les nobles et les grands furent vivement blessés de cette conduite, et, ne pouvant plus contenir les éclats de leur morgue blessée au vif, ils entrèrent furieux dans la salle oii était le prince, et lui demandèrent le motif de cette préférence. Le prince répondit avec calme : « Ne soyez pas trop étonnés de ma conduite. Ces hommes que vous voyez là, quoique pauvres en biens temporels, ont été enrichis, par le Baptême, de grâces divines; ils sont les enfants et les héritiers du Très-Haut, je les reconnais pour mes frères en Jésus-Christ. Vous, au contraire, bien que riches selon le
siècle, vous êtes néanmoins pauvres en trésors spirituels; votre âme est encore souillée de la tache originelle et d une foule d'autres fautes qui vous sont personnelles ; vous êtes encore les esclaves du démon et les adorateurs de stupides divinités. Cela étant, qu'y a-t-il de surprenant si je regarde votre société comme déshonorante, et si, au contraire, je me fais un honneur d'avoir autour de moi mes frères chrétiens?» Ce langage calme, mais ferme et sévère, du duc eut pour résultui d'amener la plupart des grands et des nobles à se convertir au christianisme, car bientôt après ils se firent baptiser par Arno, évêque de Saltzbourg. (Bru>>"Er.)
M. Odin, qui, pendant de nombreuses années, a produit un bien immense dans l'œuvre des missions de TAmérique, nous raconte la touchante histoire qui suit : a Comme je revenais d'un petit voyage que j'avais fait, j'aperçus plusieurs sauvages occupés à chasser. Dès qu'ils m'eurent remarqué, ils accoururent et s'écrièrent en me prenant la main : « Bonjour « robe noire ; que nous sommes heureux de te voir ! Aie la « bonté de venir avec nous ; notre chef est bien malade ; il te « verra avec beaucoup de plaisir. » Je me rendis auprès du vieux sauvage, étendu sur son lit et en proie aux douleurs les plus atroces. Un sauvage qui le détestait avait eu la cruauté de répandre du poison sur son pied, ce qui le lui avait enflé démesurément. Je m'approchai de lui et lui adressai ce langage : «Vous êtes bien malade, mon frère? — Ohî oui, robe a noire, je souffre cruellement! — Vous auriez sans doute « beaucoup de plaisir à entrer, après votre mort, dans la tt maison du Grand-Esprit? Mais vous ne pouvez y être admis « si je ne vous lave la tète (si je ne vous baptise). — Oh ! « alors, robe noire, répondit le chef malade, lavez-moi la « tête ; j'aime de tout mon cœur le Grand-Esprit. » Après que j'eus entendu cette touchante réponse, je commençai à instruire le malade sur les principales vérités de la foi, en lui demandant de temps en temps si réellement il croyait tout ce que je lui disais. « Je le crois, robe noire, parce que tu le « dis.» Ces sauvages ont une telle horreur pour le mensonge, qu'ils ne peuvent pas croire qu'un homme qu'ils respectent
soit capable de les tromper, et ils ont en grande vénération les robes noires ou les missionnaires catholiques.
« Le lendemain je retournai près de lui, je lui rappelai les enseignements que je lui avais donnés la veille, et lui demandai s'il désirait toujours le Baptême. « Oh! robe noire,, s'é- « cria-t-il en soupirant^ hâte-toi, je t'en prie, de me laver la « tête; toujours je pense au Grand-Esprit, et je désire arec demment recevoir le Baptême. » Cependant je différai encore de le baptiser, convaincu que les sauvages ne sont pas si facilement disposés à pardonner une injure. Comme celuici avait été empoisonné par son ennemi, je craignais avec raison de ne pouvoir parvenir à lui faire pardonner entièrement sa faute. C'est pourquoi je pris en main mon crucifix ; je lui exposai les souffrances qu'avait endurées le Grand-Esprit en mourant pour nous sur la croix; je lui représentai que c'étaient les enfants blancs qui lui avaient causé ces terribles tourments, et que malgré cela il leur avait tout pardonné avant sa mort, et était même allé jusqu'à intercéder pour eux auprès de son Père. Je lui fis remarquer que le Grand-Esprit exigeait principalement que tous ses enfants, quelle que fnt d'ailleurs leur couleur, devaient de bon cœur se pardonner mutuellement leurs offenses, et qu'il ne les recevrait pas dans sa maison s'ils refusaient de le faire. « Eh « bien ! répondit le malade, je lui pardonne, puisque telle est « la volonté du Grand-Esprit. » Et, pour prouver qu'il pardonnait avec sincérité, il ordonna à tous ses sauvages de ne point le venger de son ennemi. De semblables dispositions étaient suffisantes pour qu'il fût jugé digne de recevoir le Baptême. Dès qu'il vit que je mettais mes ornements sacrés, il se leva, s'assit sur son lit, prit lui-même mon crucifix dans ses mains, et, pendant tout le temps que dura cette cérémonie, il fixait en pleurant ses regards sur ce signe de notre rédemption, ou les élevait vers le ciel. Quatre jours après, il s'endormait du sommeil des bienheureux. {Catéch. hist.)
VIP INSTRUCTION.
lie Baptême nous fait frères et isienibres de «fésus-Clirist.
Mcmbra sumus corporis ejus, de car ejus et de ossibus ejus.
Nous sommes les membres de s L'orps, (le sa chair cl de ses os.
(Epiies., V, 50.J
Le sacrement de Baptême nous engendre à la vie divine et nous confère le beau titre d'enfants de Dieu ; il nous rend donc aussi frères de Jésus- Christ. Et, en efifet, saint Paul nous dit que Jésus- Christ n'a pas rougi de nous appeler ses frères, et il appelle encore notre aimable Sauveur le premier né entre beaucoup de frères. Ce qu'il y a de plus admirable, c'est que lui-même nous donne le doux nom de frères. Après sa résurrection, il dit à Marie- Madeleine : Allez dire à mes frères : Je monte vers mon Dieu et votre Dieu, vers mon Père et votre Père. Or, les chrétiens peuvent-ils avoir le même Père que Jésus-Christ sans être frères de Jésus- Christ? C'est là sans doute ce qui a inspiré à son tendre cœur ces belles et touchantes paroles qui sont tombées de ses lèvres un instant avant de rendre le dernier soupir sur la croix : Femme, voilà votre fils, dit-il à sa Mère en lui montrant son disciple bien-airaé, le représentant de tout le peuple
chrétien ; puis, s'adressantà son disciple, il lui dit : Fils, voilà votre mère.
Puisque nous sommes les frères de Jésus-Christ, nous sommes les enfants de Marie; car nous vivons de la même vie que Jésus-Christ, et nous pouvons dire que son sang coule dans nos veines. Mais il y a toujours une différence infinie entre lui et nous; car en lui la nature humaine s'est unie à la personne du Verbe divin, tandis que la nature divine s'unit à la personne humaine dans les chrétiens. Cependant, quelle magnifique prérogative! Misérables mortels que nous sommes, nous voilà devenus les frères d'un Dieu, et nous pouvons dire avec vérité : C'est mon frère qui a créé le ciel et la terre. Mon frère est tout puissant; il peut, d'une seule parole, faire sortir du néant des milliers de mondes. C'est mon frère qui a fondé sur la terre cette grande société qu'on appelle l'Eglise. C'est mon frère qui règne au plus haut des cieux et qui jugera un jour les vivants et les morts.
Ce n'est pas tout : il existe entre nous et Jésus- Christ une union plus intime encore ; car nous sommes les membres du corps dont il est le chef.
Vous croyez peut-être, mes frères, que les fidèles forment un corps comme les sujets d'un même empire, ou comme les habitants d'une même ville, ou comme les membres d'une société savante ou commerciale. Vous ne vous trompez pas; mais il y a une union plus intime entre les membres de l'Eglise et son chef. En effet, vous êtes membres de l'Eglise, comme vos bras et vos pieds sont
membres de votre corps, et tous les membres de l'Eglise sont unis entre eux et avec Jésus-Christ, comme les membres de notre corps sont unis entre eux et avec la tête.
Ecoutez saint Paul : « Comme le corps naturel est composé de plusieurs membres qui se rendent un service réciproque, ainsi le corps de Jésus- Christ, qui est l'Eglise, contient plusieurs fidèles qui reçoivent leur action et leur influence de leur chef; et quoiqu'ils ne soient pas partagés aussi avantageusement les uns que les autres, ils s'entr'aident réciproquement, étant membres les uns des autres. » Rom., XII, 4.)
« Comme le corps est unique et qu'il a plusieurs membres, et comme les membres de ce corps qui est un, bien qu'ils soient plusieurs, ne forment qu'un seul corps, il en est ainsi de Jésus-Christ; car nous sommes tous baptisés en un même esprit, pour être un même corps avec lui. »(I Cor., xir, 12.) Et plusieurs fois encore il répète la même chose, tant il désire nous faire bien comprendre que l'Eglise est un corps semblable au corps naturel de l'homme, et non pas au corps d'une communauté.
Au psaume xcviii% qui s'entend du Fils de Dieu, notre divin Sauveur dit : « Mon Dieu, vous connaissez ma folie , et mes péchés ne vous sont point cachés. » Notre Sauveur pouvait-il commettre quelque folie, lui qui est la sagesse éternelle? Pouvait-il faire quelques péchés, lui qui est la sainteté même? Non, sans doute; mais il parle au nom de l'Eglise, qui est son corps, et au nom des fidèles, qui
sont ses membres; et puisque le chef et les membres ont une même chair, pourquoi n'auraient-ils pas une même voix?
Jésus-Christ dit encore : « Personne ne monte au ciel que celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est au ciel. » (Joan., m, 13.) En prenant ces paroles dans toute la rigueur de l'expression, il s'ensuivrait que Jésus-Christ seul doit aller au ciel. Mais est-ce que 1 auguste Mère de Dieu, et les apôtres, et les martyrs, et les prophètes, et tant d'autres saints ne sont pas au ciel? Ils y sont, sans aucun doute ; mais ils sont une même chose avec Jésus-Christ, parce qu'ils sont ses membres.
Cette manière déparier nous fait voir qu'il n'y a pas seulement une union morale entre les membres de l'Eglise, mais une union substantielle, semblable à celle qui existe entre les membres du corps humain. En effet, si un conseiller de la cour faisait une folie, le président ne dirait pas : J'ai fait une folie ; et si un habitant de la commune commettait un crime, le maire ne dirait pas qu'il a lui-même commis ce crime, parce qu'il n'y a là qu'une union morale. Si l'empereur allait à Rome avec un grand nombre de ses sujets, on ne pourrait pas dire qu'il est allé seul à Rome, encore que l'empereur et le peuple soient un corps social. Il n'en est pas ainsi de l'union qui existe entre les membres du corps humain. Si ma main commet un crime, ma tête dit aussitôt : J'ai commis un crime. Si je me rends quelque part avec mes membres, je puis dire que personne ne s'y trouve que moi, parce que mes
membres et ma tête ne sont qu'une seule et même personne. C'est ainsi que notre divin Sauveur a pu dire qu'il a commis des péchés, parce que ce sont ses membres qui les ont commis, et que seul il montera au ciel, parce que les saints sont une môme chose avec lui.
Au dernier jugement, Jésus-Christ dira : « J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire. » Mais le chef d'une communauté ne pourrait pas dire en vérité à celui qui aurait assisté un de ses frères dans la détresse : J'étais malheureux, et vous m'avez soulagé.
Le grand saint Augustin, et après lui saint Léon, comparent l'eau du Baptême au sein immaculé de la très-sainte Vierge Marie, en ce que, si l'un a engendré le chef, l'autre a produit les membres, mais tous deux par la toute-puissance du Très-Haut, par la vertu du Saint-Esprit, par la même fécondité et la même opération divine. » (Serm. 63, de Tempore.)
« Le chrétien doit aux fonts du Baptême ce que Jésus-Christ doit au sein de Marie, puisque ce Verbe divin a donné à cette eau ce qu'il avait donné à sa Mère; car la même vertu du Très-Haut, la même fécondité du Père, la même opération du Saint-Esprit qui a fait que la sainte Vierge est devenue la Mère du Sauveur, la même vertu, la même fécondité, la même opération fait que l'eau du Baptême engendre les fidèles qui sont les membres du Sauveur. » (S. Léo, serm. 5, de Nativitate Domini.)
Saint Augustin a même ajouté : « L'eau baptismale a été en quelque sorte plus richement dotée
que l'auguste Vierge ; car si Marie a mérité pour elle la pureté, l'eau du Baptême opère en nous la sainteté; si Marie a mérité d'être exempte du péché, l'eau du Baptême nous en a délivrés; si Marie a éloigné d'elle toutes sortes de crimes, l'eau du Baptême nous remet, par la grâce de Dieu, ceux que nous avons commis. » Serm. 03, de Tempore.
Saint Léon dit encore que, dans le Baptême, nous sommes engendrés à la vie divine par l'opération du Saint-Esprit de la même manière que le Fils de Dieu a été conçu dans le chaste sein de Marie; et notre régénération si noble, si excellente et si divine, approche et imite de si près la conception de Jésus, elle nous fait si véritablement ses membres, elle nous incorpore si réellement en lui, que saint Grégoire de Nazianze ose la comparer et presque régaler à l'incarnation même; car, comme les autres Pères prouvent la divinité de Jésus-Christ parce qu'il est Fils de Dieu par nature, saint Grégoire, dont l'autorité a toujours été si grande dans TEglise que les anciens l'ont surnommé le Théologien, titre que seul il a partagé avec l'évangélisto saint Jean, saint Grégoire prouve la divinité du Saint-Esprit en ce qu'il nous engendre et nous déifie par le Baptême. Ses paroles sont fort remarquables : « Si le Saint-Esprit ne doit pas être adoré, nous dit-il, comment me fait-il dieu par le Baptême? »S'ieniwac?oranf/w5 non est Spiritus, guomodo me deum per Bapîismnm efficit ? (Orat. 5, de Théo lo g ia.) Si YOVLS lui demandez pourquoi le Fils de Dieu s'est fait homme, il vous répond : « Afin
que je devienne dieu autant que le Christ s'est fait homme. » Ut ipse quoque tantum deus efficiar, quantum Christus est homo. (Ibid., orat. 3.) Saint Augustin n'est pas moins formel : « La grâce par laquelle cet homme est devenu le Christ est la même qui nous rend chrétiens. » Eadem gratia fit quisque christiaiius , qua ille homo factus est Christus. (De Prœdestin. sanctorum, c. v.) INous sommes donc les membres du Fils de Dieu, et nous ne formons avec lui qu'nn seul et même corps, non pas seulement en un sens moral, mais réellement et substantiellement; car nous avons été baptisés en un seul esprit pour former un seul corps. Si nous n'avions qu'une seule et même âme, nous ne serions qu'une seule et même personne. C'est parce que tous les membres de mon corps sont animés et mis en mouvement par une seule et même âme, qu'ils ne forment qu'un seul corps. Or, le même Saint-Esprit qui remplit, vivifie, conduit et anime l'âme et le corps de Jésus, remplit aussi, vivifie, conduit et anime tous les membres de l'Eglise. Ecoutez saint Paul : « Parce que vous êtes ses enfants. Dieu a envoyé l'Esprit de son Fils dans vos cœurs. » [Galat., m, 6.)<( L'Esprit de Dieu habite en vous. » (I Cor., III, 16.) « Vos membres sont le temple du Saint-Esprit. » (ICor., vi, 19.)
De cette vérité si solidement établie découlent naturellement certaines obligations envers Jésus- Christ, envers le prochain et envers nous-mêmes.
1° Les membres ont pour leur chef un amour si grand et si désintéressé, que, si vous êtes sur le
point de recevoir une blessure sur la tête, la main se présente aussitôt, par un mouvement spontané et avant toute réflexion, pour parer les coups, s'il est possible, pour les recevoir elle-même et épargner la tête. Qu'est-ce qui rend les membres aussi affectionnés pour leur chef? C'est qu'ils savent par un instinct naturel que leur conservation, leur vie et leur santé dépendent de la tête ou de leur chef. Tels doivent être les rapports des fidèles avec Jésus-Christ. Sont-ils les vôtres? Etes-vous plus sensibles à sa gloire qu'à votre propre réputation? Hélas! si quelqu'un vous dit une injure, vous en êtes profondément affligés, et vous en demandez quelquefois la réparation en justice. Si l'on vous fait tort, vous n'avez ni paix ni tranquillité jusqu'à ce que vous ayez recouvré les pertes qu'on vous a occasionnées. Mais qu'on insulte Jésus-Christ dans «a religion, dans son culte ou dans ses ministres, vous en êtes moins touchés que de la pluie ou du beau temps. Qu'on ravisse des âmes à Jésus-Christ, et qu'on les entraîne dans l'abîme du péché, votre repos n'en est point troublé, votre sommeil n'est pas moins paisible. Ne serait-ce pas là un signe non équivoque que vous êtes des membres morts, puisque vous êtes si insensibles ?
Les membres défendent la tête, parce que c'est de la tête que dépendent leur conservation et leur vie. Mais il en est de même de vous. Pouvez-vous être bien avec vous-mêmes si vous n'êtes pas bien avec Jésus-Christ ? N'éprouverez-vous pas au fond du cœur une peine, un malaise, un vide qui fera
votre tourment? Si votre épouse ou vos enfants ne sont pas bien avec Jésus, pourront-ils être bien avec vous et les uns avec les autres ? Si votre épouse n'ainoe pas Dieu, comment peut-elle vous aimer ? Si elle vous aime, ne sera-ce pas d'un amour naturel, intéressé et inconstant, sur lequel vous ne devez pas compter? Si elle n'est pas fidèle à Dieu, le serat-elle à vous-même? Le serment qu'elle vous a fait sera-t-il plus sacré à ses yeux que celui qu'elle a fait à Jésus-Christ? Si vos domestiques ne servent pas Dieu, vous serviront-ils bien vous-même? S'ils sont traîtres envers Dieu, croyez bien qu'ils le seront aussi envers vous.
2° Vous devez, en second lieu, respecter votre prochain et vous montrer pleins de déférence pour lui. Soyez candides, ouverts et sincères les uns envers les autres, parlez avec simplicité et sans hypocrisie, parce que vous êtes les membres d'un même corps. Ephes.,iv, 25.)Qu'iln'yaitni schisme ni division entre vous, mais que tous s'entr'aident comme les membres d'un même corps. Si l'un est dans la gloire, tous les autres se réjouissent ; si l'un est dans la souffrance, tous les autres souffrent avec lui. I Cor., xii, 25.)
Si une épine est entrée dans votre pied, dit saint Augustin, tous les membres en sont inquiets; le dos se courbe et les yeux s'appliquent pour la chercher. Si quelqu'un vous dit : Elle est là, les oreilles s'ouvrent pour écouter, et la main s'y porte promptement pour l'arracher. Quelle belle image de la charité qui doit régner parmi les chrétiens '
Si l'un reçoit quelque avantage, s'il est élevé aux emplois, s'il se rend recommandable par sa conduite et par toutes ses œuvres, tous les autres doivent applaudir. Mais si l'un est dans la peine, dans la misère, dans la pauvreté, tous doivent s'empresser de lui tendre la main, de l'assister dans son indigence, de le soutenir dans sa faiblesse, de le consoler dans ses peines. Ne faites-vous pas souvent le contraire? Ne vous affligez-vous pas du bonheur de votre frère, et n'êtes-vous pas bien aises de le voir souffrir?
Lorsqu'un membre souffre, les autres veulent bien souffrir pour le soulager ; l'estomac souffrira la faim, le bras permettra qu'on lui ouvre la veine, le pied se fatiguera pour donner de l'exercice au corps; ainsi devons-nous souffrir pour soulager nos frères. Saint Jean va jusqu'à nous dire que nous devons donner notre vie pour nos frères. Quelque grands et quelque puissants que vous soyez, vous êtes obligés de remplir ce devoir à l'égard du plus pauvre et du plus misérable de vos frères, parce que vous êtes les membres du même corps.
Saint Paul, avant sa conversion, persécutait les chrétiens et se rendait à Damas pour enchaîner ceux qui tomberaient sous sa main. Mais il est terrassé, et il entend une voix qui lui crie : Saul, Smil, pourquoi me persécutes-tu? Et Saul dit : « Qui êtes-vous, Seigneur? » Et on lui répond : Je suis Jésus que tu persécutes. Ce divin Sauveur ne dit point à Saul : Pourquoi persécutes-tu mes amis, mes serviteurs ou mes frères? Mais il lui dit : Pour-
quoi me pcrsécutes-tu? Cependant Jésus-Christ était remonté au ciel; comment saint Paul pouvait-il le persécuter? Il le persécutait dans ses membres; car il y a une union si étroite entre les membres et la tète, que, si le plus petit membre soutire, la tête ressent toute la douleur et s'en plaint. Si donc vous persécutez un chrétien, si vous l'injuriez, si vous ie calomniez, vous persécutez, vous injuriez et vous calomniez Jésus-Christ; car un jour il vous dira : « Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. » Si au contraire vous honorez ou vous secourez votre frère, c'est Jésus-Christ lui-même que vous honorez et que vous secourez.
3*^ Parce que nous sommes les membres de Jésus-Christ, nous devons aussi nous traiter nousmêmes avec un grand respect. « j\e savez-vous pas, dit saint Paul, que vos corps sont les membres de Jésus-Christ? Prendrez-vous les membres de Jésus- Christ pour en faire les membres d'une prostituée? Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple du Saint-Esprit? » (I Cor., vu, 15.) Et sur ces paroles saint Augustin nous dit : « Saint Paul n'a pu rien dire de plus grave et n'a pu nous détourner plus vivement et plus puissamment du vice impur qn'en disant que nous sommes les membres de Jésus-Christ; et si quelqu'un n'a pas horreur de ce vice, il est lui-même en horreur à Dieu... Combien est aimable ce doux Sauveur qui a daigné nous rendre ses frères 1 Et ce n'était pas encore assez pour sa tendresse, il nous a faits ses membres. Une
si haute dignité aurait-elle peu de prix à nos yeux parce qu'elle nous a été accordée avec tant de bienveillance? Si elle n'avait pas été accordée, on la désirerait; et parce qu'elle a été donnée, on la méprise. Mais ce que vous méprisez en vous, n'est-ce pas Jésus-Christ dont vous êtes les membres ? n'estce pas le Saint-Esprit dont vous êtes le temple? » 'Serm. 18, de ApostoL, c. i.)Quoi donc ! vous êtes un membre du corps de Jésus-Christ, et vous permettez que le diable vous foule aux pieds?
Chrétiens, qui que vous soyez, riches ou pauvres, maîtres ou domestiques, reconnaissez l'excellence de votre dignité, la noblesse à laquelle vous avez été élevés, l'alliance divine à laquelle vous participez. Souvenez-vous que vous avez l'honneur d'être les membres du corps de Jésus-Christ, non pas en idée, mais en réalité. Souvenez-vous qu'étant votre chef, vous devez vous conformer à lui ; car on ne saurait lier à une belle tête des membres difformes sans former quelque chose de monstrueux. Prenez donc garde de le déshonorer. Jésus a la douceur de l'agneau, la pureté de la lumière, la simplicité delà colombe; il est patient, dévoué, généreux. Et vous, qui êtes-vous? n'êtes-vous pas des chrétiens irascibles, orgueilleux et égoïstes?
Quand vous entrez dans une maison, votre tète passe-t-elle par une porte et vos membres par une autre? Cela n'est pas possible, dites-vous; il faut que la tête et les membres passent par le même chemin et entrent par la même porte. Ignorez-vous donc par quelle porte Jésus-Christ est entré au
ciel? ]S'est-ce pas par le chemin de la croix et la porte des souiïrances? Sachez donc que c'est aussi le chemin que vous devez suivre; vous ne serez glorifiés avec votre chef qu'autant que vous aurez souffert avec lui. Acceptez donc les travaux, les peines et les souffrances; acceptez-les de bon cœur et avec joie, votre récompense n'en sera que plus glorieuse dans le ciel. Amen.