‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 16 sur 28 · TRAITS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

TRAITS HISTORIQUES

Mgr Rey, évêque d'Annecy, célébrait solennellement toutes les années, avec quelques pieux amis^ la mémoire du jour de son Baptême, en renouvelant les promesses qu'il avait faites, et en remerciant Dieu des grâces qu'il en avait reçues depuis ce jour fortuné. Le 22 avril 1770, il écrivait à l'un de ses amis : « J'ai eu le bonheur de devenir chrétien deux heures après être venu au monde comme homme. Hélas ! à quoi m'eût servi ma première naissance, si par la miséricorde divine je n'avais été régénéré de l'eau et du Saint-Esprit? Cette renaissance, je la célèbre solennellement tous les ans, et en renouvelant les promesses et les vœux que j'ai faits au Seigneur, je lui rends grâces du titre glorieux de chrétien que j'ai obtenu. » Telles sont les pensées salutaires qui doivent aussi nous occuper le jour anniversaire de notre Baptême.

Le dauphin, père de Louis XVI, disait à ses enfants : « La religion ne met aucune distinction entre le riche et le pauvre ; régénérés par le même sacrement^ ils ont droit aux mêmes grâces, et celui-là est le plus grand aux yeux de Dieu qui s'y montre le plus fidèle. » Deux de ses fils avaient été seulement ondoyés au moment de leur naissance. Lorsqu'ils eurent sept à huit ans, on suppléa les cérémonies du Baptême. Ce prince se fit apporter les registres de la paroisse oii leurs noms étaient inscrits, et leur faisant remarquer que celui qui les précédait était le fils d'un pauvre : « Vous voyez, leur

dit-il, aux yeux de Dieu, les conditions sont les mêmes ; il n'y a de distinction que celle que donnent la foi et la vertu. Vous serez un jour plus grands que cet enfant aux yeux du monde; mais il sera lui-même plus g'and que vous devant Dieu, s'il est plus vertueux. »

La pauvreîé et la richesse ne sauraient établir de dilîérerice entre les enfants de Dit^u, qui possèdent d'immenses trésors spiriluel>, et qui doivent tous partager un jour les biens infinis de Dieu.

Un riche et puissant seigneur avait adopté par compassion le tils de l'un de ses débiteurs après la mort de son père. Parvenu à l'âge de raison, ce seigneur le fit comparaître devant lui. Lorsque l'enfant entra dans sa chambre, il remarqua sur une table deux lettres, dont l'une était entourée de bandes noires avec un cachet de la même couleur. L'autre, au contraire, était cachetée avec de la cire brillante comme de l'or, et ses bords étaient garnis de vignettes ornées des plus vives couleurs. Le seigneur présenta d'abord la lettre noire à l'enfant, avcc ordre de l'ouvrir et de la lire. L'enfant lut la lettre et vit les dettes nombreuses que son père avait contractées auprès de son maître, dettes qui n'avaient pas été payées, non plus que les dépenses que ce dernier avait faites pour son entretien. Elîrayé de la lecture qu'il venait de faire, l'orphelin remit la lettre à son maître, attendant avec anxiété de nouvelles explications de sa bouche. « Vous le voyez, lui dit alors ce dernier, ces dettes sont le seul héritage que vous a laissé votre père ; mais, à la demande de mon fils unique, je vous remets toutes vos dettes, ainsi que celles de votre père, et pour gage de la sincérité de mes paroles, je déchire cette lettre de créance. » Et au même moment la lettre fut mise en mille pièces. « Cependant, reprit le maître d'un ton affectueux, bien que vous soyez maintenant entièrement libéré, vous restez toujours pauvre et sans fortune ; c'est pourquoi, dans le but de me conformer entièrement aux intentions de mon fils, je vous remets cette lettre de grâce, par l.iquelle je vous adopte pour mon enfant et vous constitue avec mon fils héritier de tous mes biens. Maintenant vous

voilà non seulement libéré, mais riclie fit ennobli. » Enfin le seigneur lui communiqua encore une portion de son intelligence cl lie son amour^U!»e partie de toutes les belles qualités de son esprit et de hon cœur. Il en avait reçu «le Dieu le [ouvoir, et comme il était très-savant et très vertueux, le jeune orphelin se vit tout à coup transformé en un homme nouveau; il voyait tout un nouveau monde se révéler h ses yeux, et il se sentait lui-même tout à fait changé; il ne vivait plus seulement de sa vie, mais il vivait encore de la vi<> tie son maître ; et le maître ne le coo^dérait pas seulement comme son fils, il le chérissait comme l'un de ses membres, parce qu'il voyait en lui un écoulement de sa vie.

Chacun de nous n*est-il pas ce malheureux orphelin, cet enfant privilégié devenu, d'esclave du démon, véritable enlant de Dieu ?

Vlir INSTRUCTION.

lie Baptême uoiis fs&it le» temple$^ «îia Sasiît-Esprsf.

NescKùi quia lemplnm Dei estif, el Spiritus Dei habitat in vobis?

Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu habile en vous ?

{\ Cou.. IIT, 10.

Ce sont de beaux titres, mes frères, que ceux d'enfants de Dieu, de frères et de membres de Jésus- Christ; car, encore que Dieu soit tout puissant, il ne saurait nous élever plus haut. Cependant une troisième prérogative découle de ces premières et en rehausse le prix.

Au moment où Jean baptisait Jésus, Dieu le Père fit entendre sa voix et dit : « Celui-ci est mon Fils bieu-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. » En même temps le Saint-Esprit descendit sur Jésus et s'y reposa. Ainsi, au moment même où un enfant est baptisé, le Père éternel l'adopte pour son fils bien-aimé, le Saint-Esprit descend dans son âme, en fait sa demeure et son temple.

David ayant triomphé de ses ennemis et jouissant d'une paix profonde, dit à l'un de ses amis : « J'habite un magnifique palais, tandis que l'arche du Seigneur n'a pas de demeure assurée; elle habite sous des pavillons, dans un tabernacle portatif. J'ai formé

le projet de lui bâtir une maison, ou plutôt un temple de la plus grande magnificence. » Le prophète Nathan lui répondit : « C'est Dieu sans doute qui vous a donné cette bonne pensée, et je vous conseille de la mettre à exécution. » Mais le lendemain le prophète vint lui dire de la part de Dieu : « Je n'ai pas besoin d'une maison matérielle de bois et de pierre, puisque je m'en suis bien passé jusqu'cà présent. Mais votre piété m'est si agréable que, bien que je ne veuille pas que vous me bâtissiez un temple, parce que vous avez les mains teintes du sang que vous avez répandu à la guerre, j'accepte néanmoins votre bonne volonté, et en récompense je vous donnerai la victoire sur vos ennemis, une prospérité toujours croissante, une postérité nombreuse, et surtout un fils rempli de sagesse qui accomplira votre dessein ; et de votre race naîtra le Messie, dont le règne subsistera éternellement. »

Quelque temps après, la peste ravageait le peuple d'Israël, et David voyait en l'air, sur une grande place, un ange, ministre de la justice de Dieu, armé d'une épée vengeresse qui répandait celte maladie contagieuse. Ayant appris que rien n'est plus propre à apaiser la colère de Dieu que de s'humilier sous sa main puissante et de reconnaître son souverain domaine sur toutes les créatures, il dressa un autel en ce même lieu pour y ofl'rir un sacrifice ; et ne pouvant plus se procurer la gloire de lui bâtir un temple, il résolut au moins d'acquérir un lieu pour une si louable entreprise. Pour mieux aiïermir sa résolution, il en fit vœu et s'y obligea avec ser-

ment, comme il nous l'apprend au psaume Mémento. « J'ai fait vœu, dit-il, de ne point rentrer à ma maison jusqu'à ce que j'eusse trouvé un lieu propre à bâtir un temple ; je ne m'étendrai point dans mon lit, je ne dormirai point, je ne prendrai aucun repos que je n'aie trouvé une place pour bâtir la maison de Dieu. » Le Seigneur lui fit connaiti e aussitôt que c'était dans le lieu même où il se trouvait, et David en fit l'acquisition, et pendant tout son règne il amassa d'immenses trésors et prépara les matériaux. Des auteurs prétendent que Salomon dépensa pour la construction du temple une somme équivalente à douze milliards de notre monnaie; c'est-à-dire que, si l'on avait dépensé un million par jour, il aurait fallu à peu près trente-deux ans pour le bâtir. 0 grand roi, que vous connaissiez bien la grandeur infinie de la majesté de Dieu ! Vous saviez que, quand toutes les richesses du monde seraient anéanties pour son honneur, ce ne serait rien en comparaison de ce qu'il mérite. Si le Roi des rois, le Créateur des mondes daigne visiter sa créature, quelle maison assez digne peut-on lui préparer? une maison de cèdre, de marbre, de jaspe ou de porphyre? Mais quand toute la terre serait changée en or le plus pur, quand les meilleurs ouvriers en feraient le plus magnifique de tous les palais, cet ouvrage si parfait ne serait pas encore digne d'être l'escabeau de ses pieds.

Admirez donc, mes frères, la bonté de Dieu, qui se fait de l'âme du chrétien, par le sacrement de Baptême, un temple digne de lui. Ecoutez saint Paul :

« Ne savez-YOus pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'Esprit de Dieu demeure en vous? » (I Cor., m, 16.) Il ne cesse de répéter la même chose dans ses Epitres, afin de faire entrer profondément dans l'esprit des chrétiens cette importante vérité. Il voulait les convaincre que par le Baptême ils étaient consacrés à Dieu d'une manière spéciale, et qu'ainsi ils devaient se respecter eux-mêmes comme le temple de Dieu. Il n'est pas rare d'entendre dire aux martyrs qu'ils portent Dieu en eux-mêmes. Le préfet Pasquasius disait à sainte Lucie : « J'ai compris, il n'y a rien à espérer de toi tant qu'il n'est question que de menaces ; mais tes grands mots finiront bientôt, lorsqu'on en viendra aux grands coups. » Lucie lui répondit : « Tu te trompes : les belles et courageuses paroles ne manqueront jamais aux vrais serviteurs de Dieu. Le Seigneur Jésus-Christ a dit ceci : Lorsque vous serez appelés à rendre compte de votre foi en présence des présidents et des rois, ne vous inquiétez pas de ce que vous avez à dire et de la manière de le dire ; car ce n'est pas vous qui pariez alors, mais c'est le Saint-Esprit qui est en vous, qui parle pour vous et par vous. — Tu as donc le Saint-Esprit en toi? reprit Pasquasius. — Oui, certainement, répond la courageuse vierge; car ceux dont la vie est pieuse et pure sont des temples vivants du Saint-Esprit. » L'empereur Marc-Aurèle, dans la lettre qu'il écrivit au sénat romain, dit que lui et son armée se trouvant sur le point de périr de soif par le manque d'eau, les soldais obtinrent de la pluie après s'êlre prosternés à terre ol

avoir invoqué leur Dieu qu'ils portent dans leur conscience, quem in co \scientia gestant.

Quand vous venez à l'église, dit saint Augustin, c'est un temple qui entre dans un autre temple. Et saint Bernard nous montre que, dans l'administration du Baptême, l'Eglise observe à peu près les mêmes cérémonies que dans la consécration d^ine église; elle emploie les cierges allumés, l'eau bénite, les signes de croix et les onctions, parce que baptiser un enfant c'est consacrer au Saint-Esprit une église beaucoup plus sainte, plus auguste, plus digne, plus agréable à Dieu que les temples matériels fabriqués de bois et de pierre, parce qu'> ces derniers ne sont sanctifiés que pour l'amour des chrétiens qui doivent y prier pendant leur vie et y être enterrés après leur mort. Les colonnes et les murs sont sanctifiés par la bénédiction de l'évêque, par la lecture et la prédication de la parole de Dieu, par les prières des âmes innocentes et pures, par les précieuses reliques des saints et la visite des anges qui les fréquentent incessamment. Mais ce n'est pas pour eux que nous sanctifions ces temples matériels, et ce n'est pas pour eux que nous les honorons ; c'est à nous-mêmes que se rapportent la bénédiction de l'évêque, la parole de Dieu, les prières des fidèles, l'intercession des saints et la visite des anges. Ces temples sont donc saints à cause de nos corps, nos corps sont saints à cause de nos âmes, et nos âmes sont saintes parce que le Saint-Esprit demeure en nous pour nous sanctifier. iSerm. I et i, de Dedicat.)

Pourquoi, aux offices solennels, encensc-t-on les fidèles et les autels où reposent les reliques des saints? L'encens n'est-il pas Texpression du culte d'adoration que nous rendons à Dieu? Cependant nous n'adorons ni les reliques des saints, ni les corps des lidèles ; notre adoration a pour objet le Saint-Esprit lui-même dont ils sont les temples et les sanctuaires. Dans l'ancienne loi, Dieu avait ordonné de brûler de l'encens devant l'arcbe d'alliance. Etait-ce pour l'arche elle-même, pour ce temple matériel? Non, certes ; mais Dieu voulait qn'on y adorât sa majesté divine. Or, Dieu ne résidait dans l'arche qu'en ombre et en figure pour rendre ses oracles et pour exaucer les prières de son peuple, tandis qu'il habite substantiellement dans le cœur des fidèles ; il y est pour les sanctifier et les animer de sa propre vie.

Si nous étions vivement pénétrés de ces vérités si sublimes et si consolantes, nous nous garderions bien d'offenser nos frères par nos paroles et par nos actions ; nous leur rendrions, au contraire, toutes sortes d'honneur et de respect comme à des choses saintes. Vous êtes scandalisés à bon droit quand un chrétien profère des paroles de mépris contre une église ou quelque autre objet sanctifié; pourquoi ne l'êtes-vous pas lorsque des chrétiens prononcent des malédictions ou des injures contre leurs femmes, leurs enfants ou leurs ouvriers? Ne sont-ils pas des temples plus augustes et plus saints que nos églises? Quiconque méprise son frère, qui est le temple de Dieu, méprise Dieu, qui y fait sa

demeure. Mais il est vicieux, dites-vous. Qu'importe? Il a été consacré à Dieu par le Baptême. Lorsqu'une église est renversée, on en respecte encore les ruines. Encore qu'un chrétien ait ruiné le temple de Dieu dans son cœur, le corps qui en était la place est toujours digne de respect. Si nous avions une foi plus vive, au lieu de saluer nos amis ou les étrangers par politesse seulement, nous le ferions pour les honorer comme les temples de Dieu, pour adorer en eux le Saint-Esprit qui y réside.

Lorsque Dieu fit construire le tabernacle dans le désert, il voulut que tout le peuple y contribuât selon ses facultés, et il donna le Saint-Esprit aux ouvriers qui devaient le construire. Mais ce tabernacle n'est que la figure du temple. vivant que vous portez tous en vous-mêmes, et Dieu veut que vous travailliez à la construction et à l'ornementation de ce temple par vos paroles et par vos exemples. Mais pour y travailler utilement, vous avez encore plus besoin du Saint-Esprit que les ouvriers du tabernacle. Adressez-vous donc souvent à Dieu, et conjurez-le de vous l'envoyer pour vous apprendre à bien conduire votre famille, à élever saintement vos enfants et vos domestiques. C'est une affaire très-grave et très-importante. Elever saintement vos enfants! mais c'est réprimer en votre fils l'orgueil, l'ambition, l'intempérance, la colère, la paresse ; c'est lui inspirer la modestie, la douceur, la sobriété, l'amour du travail; c'est corriger votre fille de son amour pour la vanité et les plaisirs du

inonde, et imprimer dans son cœur la simplicité, riiumilité, la mortilication et la patience. Or, c'est là une œuvre surnaturelle, et eussiez-vous autant d'esprit que les anges et autant de science que ceux qui en ont le plus, vous ne ferez rien, absolument rien, si Dieu ne vous vient en aide.

Quand vous apprenez qu'un homme riche a consacré une partie dki sa fortune à bâtir ou à orner une église, vous en êtes édifiés, et vous en rendez grâces à Dieu. Mais Dieu n'agrée l'or et l'argent qu'on lai offre qu'à cause de l'amour, qui est le princi})e de la générosité. S'il prend plaisir qu'on lui élève des temples riches et magniâquement ornés, c'est afin que les fidèles y viennent plus volontiers, et que par cette magnificence ils conçoivent une plus haute idée du Dieu qu'on y adore ; c'est afin qu'ils le prient avec plus de respect, plus d'attention et de piété : autrement les temples les plus superbes, les plus riches ornements, les parfums les plus exquis, les cérémonies les plus augustes ne sont rien devant Dieu. Mais si vous édifiez votre prochain, si vous le retirez du vice et l'affermissez dans la vertu, vous faites une œuvre infiniment plus agréable à Dieu que si vous construisiez les plus belles églises qu'on eût jamais vues. N'est-ce pas pour tous un honneur et une gloire incomparables? Le pauvre aussi bien que le riche peut se montrer grand et généreux; car il peut travailler comme le riche à l'édification de son prochain par ses paroles cl par les exemples d'une sainte vie.

Ces temples matériels , quelque sojides qu'ils

soient, ne durent pas toujours : le temps, ce grand destructeur des œuvres humaines, finit par renverser ou détruire les plus fermes basiliques. Ce temple que vous édifiez dans l'âme de votre prochain, et les ornements dont vous l'embellissez, c'est-àdire les vertus chrétiennes, sont, par leur nature, destinés à demeurer toujours : ainsi le beau temple que sainte Monique a bâti par ses instructions et ses bons exemples dans le cœur de saint Augustin son fils, et les vertus dont elle l'a orné, servent encore à la gloire de Dieu et au salut des fidèles, et y serviront jusqu'à la fin du monde.

Puisque votre corps est la maison de Dieu, ce doit être aussi une maison de prière. Comment donc passez-vous des journées entières sans songer à adorer Dieu au-dedans de vous-mêmes, à lui demander pardon de vos ingratitudes, à le remercier de ses bienfaits, à solliciter ses grâces? Pourquoi, dans vos doutes, dans vos anxiétés, ne le consultezvous pas, lui, le conseiller le plus éclairé, le plus généreux et le plus dévoué à vos intérêts? Pourquoi ne lui demandez-vous pas la force dont vous avez besoin, lorsqu'il s'agit d'accomplir quelques devoirs difficiles, ou de combattre des passions, ou de déraciner les habitudes invétérées? Pourquoi n'imitez-vous pas les fervents chrétiens qui, cent fois par jour, s'entretiennent avec Dieu et implorent son secours? ]\'ètes-vous pas mille fois heureux d'avoir si près de vous le bien-aimé de votre cœur, l'Esprit saint qui fait le bonheur du Père et du Fils, qui est le cenlic de leurs affections, l'amour personnel de

Tun et de l'autre? Que diricz-vousd'un seigneur qui aurait dans son palais un oratoire consacré par la présence de Dieu, sans jamais y aller réciter sa prière?

L'église est un lieu saint destiné à offrir à Dieu des sacrifices : immolez-lui donc dans le temple de Totre cœur vos âmes et vos corps et tout ce qui vous appartient. II y a dans votre cœur comme au temple de Jérusalem deux autels, l'un intérieur, où vous devez ofirir f'encens de la prière et le parfum des vertus, et l'autre extérieur, où vous immolerez la victime sanglante, vous sacrifierez vos sens par la mortification. Sacrifiez un bon mot blessant pour la charité; sacrifiez votre mau\aise humeur, votre volonté propre, votre penchant pour la sensualité, et tout désir de vengeance.

C'est un sacrifice très-agréable à Dieu, dit saint Augustin, et un parfum de la plus suave odeur, non seulement quand nous nous élevons vers lui par les soupirs de notre cœur, par de vives aspirations d'amour, mais aussi lorsque nous mortifions les pensées et les alTeclions qui ne sont pas de lui ni pour lui. Dans l'ancienne loi, on n'offrait pas seulement à Dieu en sacrifice des taureaux, des béliers et des génisses, mais aussi des tourterelles, des colombes et des passereaux qui coûtaient fort peu. Faire à Dieu le sacrifice de sa vanité et de son amour-propre, de sa curiosité et du désir de parler sans cesse ; renoncer à ces mille fantaisies qui reviennent si souvent, ce n'est pas, croyez-le bien, pratiquer de petites vertus; elles coûtent souvent plus que d'autres qui sont plus éclatantes.

On va aussi à l'église pour y prêcher ou entendre la parole de Dieu; mais c'est en vain que les prédicateurs l'expliquent, si le Saint-Esprit n'ouvre les oreilles du cœur. Qui annonça jamais mieux cette divine parole que le Sauveur Jésus? Et cependant ses apôtres ne le comprenaient pas toujours. Lui-même leur dit après sa résurrection : « J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les entendre. L'Esprit consolateur que je vous enverrai vous les apprendra. »

Vous l'avez reçu, mes frères, ce céleste Docteur, et il est au milieu de vous; d'où vient donc que vous comprenez si peu le sens des vérités chrétiennes? N'est-ce point parce que vous ne l'écoutez pas, ou parce qu'il se fait trop de bruit dans votre temple, bruit qui vous empêche d'entendre le prédicateur? Si dans ce moment l'on faisait un bruit tel que mes auditeurs ne pussent m'entendre, je descendrais de chaire et je me retirerais. Prenez donc garde que l'Esprit ne vous abandonne et ne se relire.

Deux fois notre aimable Sauveur s'est mis en colère pour chasser les vendeurs du temple, parce qu'ils profanaient la maison de Dieu et troublaient la prière des fidèles. Faites donc taire ces vains bruits du monde qui troublent la tranquillité de votre âme; chassez les vendeurs du temple, ces désirs mondains qui échangeraient les biens du ciel pour les biens de la terre, afin que vous puissiez entendre la voix du Saint-Esprit. Si vous ne prêtez l'oreille à ce qu'il vous dit, il descendra de sa chaire^

(luillera le temple et n'y fera plus retentir la divine parole.

Souvent, quand un prédicateur explique une vérité chrétienne, ses paroles les plus simples touchent et remuent les cœurs; des larmes de repentir coulent en abondance. Cependant, parmi les auditeurs, il en est qui sont insensibles, qui critiquent le prédicateur et relèvent tous ses défauts. D'où vient cette ditlérence? C'est que les uns, tout en entendant la parole qui frappe leurs oreilles, conjurent l'Esprit saint de leur en donner l'intelligence, de toucher leur cœur et de le porter au bien ; les autres, au contraire, s'étourdissent pour ne pas entendre cette vois intérieure, ils se jettent dans le bruit et le tumulte, et, loin de se convertir, ils s'enfoncent de plus en plus dans les ténèbres de l'erreur et la corruption du vice.

Il faut respecter le temple de Dieu et n'y commettre aucune irrévérence ou profanation. Qui ne serait indigné, s'il apprenait qu'on a profané l'église en y commettant des actions honteuses? Et vous n'êtes pas indigné contre vous-même, quand vous profanez le temple de votre corps I Et vous ne tremblez pas à cette menace du Tout-Puissant : Si (juelqu'un viole le temple de iicu. Dieu le perdra! Vous n'oseriez commettre de semblables crimes dans une maison respectable, et vous vous les permettez dans la maison de Dieu qui est en vous! Songez donc qu'elle a été sanctiliée par le saint Baptême et (ju'elle est devenue le temple du Saint-Esprit.

Oue diriez-vou-s à votre domestique, si, malgré

votre défense formelle, il jetait des saletés dans vos appartements et sur le seuil de vos portes? Le châtiment ne se ferait pas attendre, et, s'il ne s<^ corrigeait, vous le chasseriez honteusement. Et vous ne craignez pas de salir la maison de Dieu qui est en vous, de prononcer des paroles déshonnètes, et de souiller ainsi vos lèvres, qui sont comme le seuil du temple du Saint-Esprit! Saint Cyprien disait à un chrétien qui était tombé dans un péché moriel après son Baptême : « Pensez-vous que Dieu s'apaise aisément, après que vous avez violé son temple par un sacrilège aussi détestable? » lib. De Lapsis.)

Pleurez donc, mes frères, priez et gémissez; demandez à Dieu grâce et miséricorde; conjurez-le de vous envoyer de nouveau l'Esprit de lumière et de force pour vous relever de vos chutes et vous afTermir dans le bien; dites-lui avec le prophète : Mon Dieu, créez en moi un cœur pur, et renouvelez dans mes entrailles l'Esprit de droiture et d'équité. Ame7i.

VICTOUIN.

Victorin, orateur Irôs-célèbre, avait été professeur do rhétorique à Rome. Il avait passé sa vie dans l'étude des arts libéraux et s'y était reudu très-habile ; il avait lu, examiné el éclairci presque tout ce que les anciens philosophes ont écrii : il avait été le maître de presque tout ce qu'il y avait de plus considérable parmi les sénateurs romains; enfin il avait exercé sa profession avec tant de succès et d'éclat^ qu'il avait mérité et obtenu une statue qui lui fut dressée dans la place publique de Rome, ce qui passait pour un des plus grands honneurs où un homme put parvenir. Il était cependant en-

core païen et adorateur des idoles; et non seulement il les avait adorées lui-même, mais il avait encore employé son éloquence à engager les autres à les adorer.

Quelle grâce ne fallait-il pas pour touclior et convertir ce cœur ! Voici le moyen dont Dieu se servit. Victorin lisait les saintes Ecritures, et ce fut après s'être appliqué avec soin à cette lecture et à celle des autres livres de la religion chrétienne, qu'il dit en particulier à saint Simplicien : « Je vous apprends une houvelle qui vous intéressera, c'est que je suis chrétien. — Je n'en crois rien, lui répondit saint Simplicien, et je ne vous croirai chrétien que lorsque je vous verrai dans l'église où se tiennent les assemblées des fidèles. — Eh quoi î dit Victorin, est-ce par une enceinte de murailles qu'on est chrétien? » Toutes les fuis qu'il protestait qu'il était chrétien, SimpUcien lui disait la même chose, et Victorin s'en tirait toujours par le même trait de raillerie.

Ce qui le retenait, c'est qu'il craignait d'irriter ses amis idolâtres, dont la haine l'écraserait si elle venait à tomber sur lui; mais enfin le courage et la générosité lui étant venus à force de lire et d'ouvrir son cœur à ce qu'il lisait, il comprit que ce serait un crime énorme de rougir des mystères de Jésus-Christ, et de ne pas rougir des superstitions païennes et sacrilèges. Un jour donc qu'il se sentit plus déterminé, il vint tout à coup dire à Simplicien, dans le temps que ce saint homme y pensait le moins : « Allons à l'église; je suis résolu, non seulement d'être, mais de paraître chrétien. » Simplicien, transporté de joie, l'y mena sur-le-champ et le fit inscrire sur le catalogue de ceux qui demandaient le Baptême. Toute la ville de Rume fut dans l'étonnement et l'admiration ; la joie s'en répandit bienlôt dans toute l'Eglise, à raison de la célébrité et île la réputation de ce grand homme.

Enfin arriva l'heureux jour destiné à la profession de foi qu'on faisait avant le Baptême. La coutume de l'Eglise de Rome était de la faire en des termes qu'on apprenait par cœur, et qu'on prononçait à haute voix en présence de tous les fidèles. Les prêtres, par déférence, offrirent à Victorin de la lui faire prononcer en particulier, ce qu'on n'accordait

d'ordinaire qu'aux personnes timides ; mais Victorin voulut professer hautement, en présence de tout le peuple, la doctrine céleste qui devait le conduire au salut. Dès qu'il parut à la tribune oij il était monté, un soudain transport de joie fit retentir son nom dans la bouche de tout le monde ; et, quoique chacun modérât sa joie par respect pour la sainteté de l'action et du lieu, un léger murmure faisait entendre de toutes parts ces paroles : C'est Victorin ! c'est Victorin I Tout le monde se tut bientôt pour l'entendre, et lui, plein d'une sainte hardiesse, prononça à voix haute et distincte les vérités qui sont l'objet de notre foi. 11 n'y eut personne dans l'as^^embléequi n'eût souhaité l'enlever et le mettre dans son cœur ; chacun l'y mettait en effet par la joie qu'on avait de le voir chrétien. Cette conversion éclatante eut de grandes suites ; et quand saint Augustin l'eut entendu raconter à Simplicien, il avoua qu'il s'était senti un grand désir de suivre l'exemple de Victorin, ce qu'il exécuta plus tard entre les mains de saint Ambroise, à qui saint Simplicien avait servi de père à son Baptême. {Confess. de saint Augustin.)

IX" INSTRUCTION

De la flflélitë hujl eusaKeitients du Baiitéiiie.

Vos autem genus electum, ngalc sdcerdolium. gens sancta, populus acquisitionis: ul virlules annuiUielh ejus qui de lenebris vos vocavit in admirabile Inmen suum.

Quant à vous, vous êtes la race choisie, l'ordre des prétres-rois, la nation sainte, le peuple conquis, aOn que vous publiiez it-s grandeurs de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

(I Pet., Il, 9.)

Le Baptême nous élève si haut devant Dieu et nous comble de si grands bienfaits, que la reconnaissance seule devrait nous attacher tellement au service du Seigneur, quHl nous fût comme impossible de l'abandonner jamais; de même qu'il a été impossible à Jésus-Christ de mourir une seconde fois, après qu'il est sorti victorieux du tombeau. Examinons donc sérieusement les motifs qui nous engagent à demeurer fidèles à Dieu, et à nous montrer toujours dignes de la noblesse toute divine dont le Baptême nous a conféré le titre.

Pour que le Baptême soit valide, il faut le conférer avec l'invocation expresse et distincte des trois personnes divines; il faut dire : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Pour- (juoi cela? l*arce que lo {principal eiïet du Baptême

est de nous rendre participants de la nature divine, de nous mettre en relation directe et immédiate avec les trois personnes de la sainte Trinité, exprimées nommément par ces paroles : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Ecoutez attentivement l'admirable doctrine de saint Ambroise : « On ne doit pas mépriser la nature humaine de la chair, laquelle a mérité d'entrer par notre Seigneur Jésus-Christ en la substance et en le commerce de la sainte Trinité. » In Sijmbol. apostoL, c. Li.) C'est-à-dire que depuis l'incarnation la nature humaine a été tellement ennoblie, qu'elle est entrée dans l'ordre de la sainte Trinité. Nous pouvons dire en toute vérité qu'un homme notre frère est assis sur le trône de Dieu, qu'un homme notre frère est l'une des trois personnes divines. Par son union avec la nature divine dans la personne du Verbe, la nature humaine est associée aux grandeurs et aux perfections de la sainte Trinité. li est donc vrai de dire qu'un homme notre frère est le Verbe divin, le Fils de Dieu par nature, le principe et l'origine du Saint-Esprit.

Or, mes frères, par le Baptême nous sommes incorporés à la sainte humanité de Jésus-Christ, qui nous met dans les rapports les plus intimes avec les trois personnes divines et nous fait contracter une espèce de parenté divine. Le Père nous adopte pour ses enfants, le Fils nous reçoit pour ses frères et pour ses membres, et le Saint-Esprit s'établit en nous comme en des sanctuaires vivants.

Qu'est-ce que la noblesse, sinon une extension

de la royauté? Et plas une famille se rapproche de la royauté, plus sont intimes les liens qui l'unissent aux membres de la famille royale, plus elle est noble, plus elle est élevée. Qu'est-ce donc que la grâce sanctifiante que nous recevons par le Baptême, sinon une extension et une communication de la divinité? Et ce sacrement nous rapproche tellement des trois personnes divines, que nous nous trouvons au premier degré de parenté avec elles. >'ous sommes les enfants adoptifs du Père, les frères du Fils, et les temples du Sainl-Esprit, qui devient comme l'époux de nos âmes. Quelqu'un peut-il avoir des rapports plus étroits, des lions plus serrés avec une famille royale , que d'être fils du roi, frère du roi ou épouse du roi?

Mais comment l'homme, cet être fini et borné, peut-il devenir participant de la nature divine, être associé aux grandeurs et aux perfections de la sainte Trinité? Mais si je laisse tomber une goutte d'eau dans l'océan, elle participe aussitôt à toutes les qualités de l'océan, à son immensité et à sa profondeur. Ainsi l'homme n'est qu'un grain de sable ; mais aussitôt qu'il tombe dans l'océan delà nature divine, il participe à l'intelligence, à la toute-puis- .sance, à la bonté infinie, à l'éternité même de Dieu. Oh ! si nous comprenions le prix de la grâce du Baptême, nous sentirions que la perdre est l'ingratitude la plus monstrueuse qu'on puisse imaginer. Ecoutez saint Paul : « Celui qui violait anciennement la loi de Moïse, nous dit-il, était condamné sans miséricorde à la peine de mort, sur la dépo-

sition de deux ou trois témoins ; à combien plus forte raison celui-là mérite de plus grands châtiments qui aura fouie aux pieds le Fils de Dieu, violé l'ancienne alliance cimentée par le sang du Sauveur, et fait injure au Saint-Esprit. » (Heb., x, 28.) Il brise les rapports si intimes qui l'unissent aux trois personnes divines.

Et d'abord il brise ses rapports avec Dieu le Père, avec lequel il a contracté une alliance solennelle. Or, d'après le consentemeut universel de toutes les nations, qu"y a-t-il de plus sacré et de plus inviolable que la foi publique des traités d'alliance et des contrats affermis par le serment des parties contractantes? Toute alliance est l'établissement et la conservation de la paix, et si ce n'était pas une chose sacrée, les guerres seraient éternelles, les procès sans fin, les ennemis irréconciliables.

Ce qui rend les alliances plus respectables encore et plus sincères, c'est qu'elles sont ordinairement cimentées par le serment, par l'invocation du saint nom de Dieu. Pour les rendre plus inviolables, les anciens offraient un sacrifice à la Divinité, et on arrosait du sang de la victime les deux parties contractantes. La victime étant elle-même séparée en deux parts, ceux qui faisaient alliance passaient au milieu, pour marquer qu'ils invoquaient la vengeance du ciel sur les parjures, et qu'ils consentaient que leur sang fût répandu et leur corps divisé comme celui de celte victime, s'ils rompaient sans raison leur alliance. De là ces ma-

iiièics de parler chez les anciens : ferire oupercuterefœdus, frapper alliance, c'est-à-dire faire alliance en frappant ou en tuant la victime.

Que de fois Dieu n'a-t-il pas puni très-sévèrement, même dès cette vie, ceux qui violent la foi jurée! Saiil rompt Talliance que Josué avait formée avec les Gabaoniles il y avait plus de quatre siècles ; Dieu envoie à son peuple une horrible famine, qui dure trois ans, et qui ne cesse que lorsque les Gabaonites sont satisfaits, qu'on leur a livré les sept enfants de Saûl pour les faire mourir sur d'infâmes gibets. Le roi Sédécias viole l'alliance qu'il a faite avec Nabuchodonosor ; Dieu s'irrite et lui fait dire par son prophète : « Celui qui s'est conduit de cette sorte réussira-t-il dans ses desseins, et y trouvera-t-il sa sûreté? Après avoir violé les conditions qu'il avait jurées, échapperat-il à son sort? Je jure par moi-même, dit le Seigneur Dieu, qu'il sera emmené au pays même de ce prince, qu'il mourra au milieu de Babylone, et tous les déserteurs qui l'ont suivi tomberont par l'épée, et vous saurez que c'est moi qui suis le Seigneur qui ai parlé. » (Ezcch., xvii.)

Les Carthaginois ayant fait prisonniers des soldats romains , Annibal en envoya dix à Rome pour proposer un échange entre eux et les Carthaginois prisonniers à Rome; mais il leur fit jurer de retourner à Carthage, si le sénat n'acceptait pas ses propositions. Deux de ces députés, après être sortis de Rome, y rentrèrent aussitôt, sous prétexte qu'ils avaient oublié quelques objets né-

~ 263 — oessaires à leur voyage, et avec l'inlenlion de s'acquitter ainsi de leur serment. Le sénat n'ayant pas accepté l'échange, les huit autres députés retournèrent à Carthage, et les deux faussaires demeurèrent à Rome ; mais ils furent sans cesse poursuivis par la haine et le mépris de leurs concitoyens, au point que, se faisant horreur à euxmêmes, ils mirent fin à leurs jours.

Or, en recevant le sacrement de Baptême, nous avons contracté avec Dieu une alliance inviolable et perpétuelle, par laquelle Dieu nous a promis de nous traiter comme ses enfants, de nous faire asseoir à sa table, de nous faire vivre de sa vie ; et, de notre côté, nous avons promis de l'honorer, de lui obéir, de le servir comme notre Père. Cette alliance a été confirmée par le sang précieux de Jésus-Christ, qui s'appelle le sang du testament ou de l'alliance. Le Baptême a été pour nous le sceau de Dieu, et en l'acceptant nous lui avons juré obéissance.

Mais si des païens n'ont pu supporter la honte et le mépris qu'ils se sont attirés en violant leur serment, pourrions-nous être assez audacieux pour rompre cette alliance solennelle que nous avons formée avec le Roi des rois, le Créateur et le Maître du monde? Pourrions-nous nous rendre coupables d'une aussi noire et aussi ingrate perfidie? Cela serait-il possible?

Hélas! mes frères, baissons la tête et humilionsnous. Méditons sérieusement sur la gravité de l'injure que nous avons faite à Dieu et sur la perle im-

niense que nous a causée le péché mortel. Alors, louches de repentir et couverts de honte, nous irons nous jeter aux pieds de notre divin Sauveur et le conjurer de nous rendre la vie de la grâce que nous avons perdue. Nous sommes tellement ennemis de nous-mêmes, que nous ne prenons pas le temps de réfléchir sur la malheureuse situation de notre âme. Si un roi faisait chaque année alliance avec un de ses voisins, et que chaque année il rompit celte alliance sans aucun motif, ne serait-il pas l'opprobre des rois, le déshonneur et la honte du genre humain? Et nous, mes frères, nous faisons si souventallianceavecDieu, et nous la violons, et nous la violons sans cesse sans aucun motif, et nous n'en mourrons pas de honte et de regret ! . . .

Notre propre intérêt ne devrait-il pas être un motif assez puissant pour nous faire garder la parole que nous avons donnée à Dieu? Car enfin que désirons-nous? que voulons-nous? que cherchonsnous? Nous désirons la gloire, nous voulons les richesses, nous recherchons les plaisirs. Mais quelle gloire plus grande que celle du Fils de Dieu? Si nous ne la connaissons encore que par la foi, la parole divine ne nous suffit-elle pas? Ne savonsnous pas qu'en entrant dans l'autre vie elle se déploiera dans toute sa magnificence, si notre âme est ornée de la grâce? Mais il faut la mériter, celte gloire, il faut l'acheter par les mépris et les humiliations. Devons-nous nous en plaindre? Ne consentons-nous pas volontiers à nous abaisser pour obtenir les grandeurs de ce monde?

Nous voulons la fortune ; mais par Je Baptême nous sommes les enfants et les héritiers de Dieu, nous sommes par la grâce ce que son Fils unique est par nature, et nous sommes ses cohéritiers. Y a-t-il plus belle fortune que celle de Dieu? Que sont toutes les richesses de l'univers à côté des richesses de Dieu? Mais il faut les mériter en pratiquant la pauvreté. Trouvez-vous la condition trop dure? Mais que ne faites-vous pas pour acquérir la fortune dans le monde? N'accepteriez-vous pas avec empressement de vivre pauvres pendant dix ou quinze ans pour obtenir une fortune de quelques millions? Et que sont les richesses de la terre? Peuvent-elles rendre l'âme heureuse?

Nous poursuivons le bonheur, nous le demandons à tout ce qui nous environne. Demandez au jeune homme qui prend le parti des armes pourquoi il va s'exposer à tous les dangers des batailles ; au négociant, pourquoi ses courses, ses voyages, ses veilles, ses fatigues; au magistrat, pourquoi tant d'études, de méditations sur les lois. Tous vous répondront qu'ils veulent être heureux, et qu'ils prennent la route qui doit les conduire au bonheur. Mais qu'est-ce que le bonheur sur la terre? Y a-t-il quelque chose qui puisse remplir tous les désirs du cœur de l'homme? Qu'est-ce que le bonheur qui dure si peu?

Mais il n'en est pas ainsi du bonheur dont Dieu nous assure la possession : il est éternel et infini, il est assez grand pour contenter le cœur infini de Dieu; que voulez-vous de plus? Mais il faut méri-

— !^66 — ter ce bonheur par une vie de peines, de travaux, de sacrifices et de souffrances. Et que ne souffronsnous pas Irès-volontiers pour nous procurer quelques plaisirs, ou ce que nous appelons quelques moments de bonheur?

Saint Pierre nous dit que nous sommes une nation choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple conquis. Et, en effet, nous sommes tout à la fois rois et prêtres ; mais voyez combien notre royauté l'emporte sur toutes les royautés terrestres ! Les rois possèdent de grandes richesses, portent des habits magnifiques, ont les grands princes pour courtisans, commandent de grandes armées, et se couvrent de gloire dans les combats.

Mais que sont les richesses des rois à côté des richesses du chrétien? Ce n'est pas un grain de sable comparé à des mondes d'or et d'argent. Les trésors du chrétien sont infinis et impérissables ; ce sont les trésors de Dieu.

Les rois sont vêtus avec magnificence; mais le chrétien a Jésus-Christ lui-même pour vêtement, selon cette parole de saint Paul aux chrétiens : « Revêtez -vous de Jésus-Christ. » Mais Jésus-Christ est lui-même la splendeur, ou, si je puis parler de )a sorte, le vêtement de Dieu.

Les rois ont des princes pour courtisans; et le chrétien a pour courtisans les princes de la cour céleste, les anges devenus ses serviteurs et ses sentinelles vigilantes, chargées de monter la garde nuit et jour auprès de son auguste personne. Le Fils de Dieu lui-même ne semble-t-il pas lui faire sa cour?

Il est descendu du ciel, il s'est fait homme, et il demeure à côté de nous, pour obtenir de nous une parole d'affection et d'amour; et, ingrats que nous sommes, nous la lui refusons.

Les rois commandent des armées et se couvrent de gloire par leurs exploits guerriers. Mais le plus grand des orateurs païens, Cicéron, prouve que l'homme est plus grand par les victoires qu'il remporte sur ses passions que par celles qu'il gagne sur le champ de bataille, parce que, dans ce dernier cas, il est plutôt redevable de la victoire au nombre et à la valeur de ses troupes qu'à son habileté et à son courage. Le chrétien ne doit la victoire, après la grâce que Dieu lui accorde, qu'à sa fidélité à y coopérer et à l'énergie de sa volonté.

Les rois ont une table somptueusement servie; mais que sont les mets les plus délicats à côté de la nourriture divine que Dieu a préparée au chrétien?

IN^ous sommes rois et nous sommes prêtres. Ce caractère que nous avons reçu au Baptême est comme une émanation de la divinité de Jésus- Christ, une effusion et un écoulement de la personne même du Verbe divin, une communication de la prêtrise royale de l'Homme-Dieu. Notre corps est un temple consacré par la présence du Saint- Esprit; c'est un sanctuaire vivant, et chaque jour nous devons offrir à Dieu sur l'autel de notre cœur la sainte victime. Et comme chacun de nous peut dire avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi, en nous offrant en sa-

— 2G8 — crilice à Dieu, c'est Jésus-Christ qui est toujours le prêtre et la victime ; nous nous offrons en lui et avec lui.

Quel sublime sacerdoce nous exerçons en vertu de notre titre de chrétien ! Quelle noble et précieuse victime nous pouvons offrir chaque jour à Dieu! 0 prince des apôtres, vous dites bien, nous sommes une nation sainte, toute resplendissante de sainteté. Comme enfants de Dieu le Père, nous vivons de sa vie, nous sommes saints de sa sainteté; comme frères et comme membres de Jésus-Christ, nous ne pouvons pas avoir une autre sainteté que la sienne ; et comme temples du Saint-Esprit, nous sommes encore sanctifiés par sa présence. Que de grâces, que de richesses inestimables et infinies nous procure le saint Baptême!

Quand un homme qui connaît parfaitement la valeur d'un objet le paie à un prix très-élevé, ne fautil pas conclure qu'il est très-précieux et qu'on doit le conserver avec le plus grand soin? Or, savezvous que la formation d'un seul chrétien est une œuvre plus difficile et plus merveilleuse que la création de l'univers? Pour créer le monde, Dieu n'a besoin que d'une parole; mais pour faire un chrétien, il faut bien autre chose. Le Fils de Dieu descend du ciel, il vient au monde dans une étable, et de la crèche au Calvaire, il travaille, il instruit, il prie, il souffre, il meurt pour former le chrétien. Comptez donc les larmes qui ont coulé de ses yeux, les sueurs dont il a arrosé la terre, tout le sang qu'il a répandu; comptez ses peines, ses travaux, ses fa-

ligues, ses tourments ; comptez toutes ses plaies et ses tortuces morales, sondez-en la profondeur, et dites-vous : Voilà ce qu'il en a coûté au Fils de Dieu pour me rendre moi-même enfant de Dieu, son frère et son membre, et pour me faire prêtre et roi.

0 mes bien-aimés frères, fuyez le péché, car le péché briserait en un clin d'œil une œuvre qui a coûté si cher à Jésus-Christ. Vous êtes un peuple conquis, et pour la conquête duquel Jésus-Christ a livré les plus rudes combats pendant trente-trois ans; et vous compteriez pour rien une pareille rançon 1 Pour un plaisir d'un moment, vous retomberiez dans l'esclavage du démon, dont le Sauveur vous a délivrés avec tant de peine! Et vous auriez la barbarie de le crucifier de nouveau 1 iSon sans doute ; mon esprit se refuse à y croire.

Moïse et Josué, sur la fin de leurs jours, faisaient aux Hébreux les plus vives instances pour les engager à demeurer toujours fidèles à Dieu, et ils leur répétaient ces paroles : « Vous avez choisi aujourd'hui le Seigneur, afin qu'il soit votre Dieu; vous lui avez promis de garder ses commandements et de marcher dans toutes ses voies. Cette pierre en sera témoin, » disait Josué en montrant une pierre qui était dans le temple. Et vous, mes frères, vous avez promis de vivre en chrétiens, ou comme Jésus- Christ a vécu en ce monde; vous avez promis de pratiquer les vertus d'humilité, de pauvreté, d'obéissance, de mortification et d'abnégation de vous-mêmes. La pierre des fonts baptismaux et toutes les pierres de cette église, qui ont entendu vos pro-

messes, en seront témoins ; et les anges et les saints, en présence desquels vous avez passé votre contrat avec Dieu, rendront témoignage contre vous.

Le Seigneur vous a choisis et vous a reçus par le sacrement de Baptême, afin que vous fussiez son peuple privilégié, un peuple saint et parfait, comme doivent l'être des personnes consacrées à la majesté divine. « Ne .vous trompez pas, disait Josué, Dieu ne permet pas qu'on se moque de lui, car il est un Dieu jaloux et puissant. Si vous manquez à vos promesses, il ne vous épargnera pas ; mais si vous les observez, il gardera aussi celles qu'il vous a faites : il vou^ rendra célèbres entre toutes les nations, vous serez toujours son peuple chéri; il vous comblera de ses faveurs durant celte vie, et vous accordera le bonheur du ciel pour l'éternité. » Amen.

SAIKTE JDLITTE.

La persécution qui désola TEglise sous Dioclétien obligea Julitte à quitter Jeône pour se retirer à Séleucie avec Cyr, son fils, qui n'avait encore que trois ans, sans rien emporter de ses grandes richesses. Mais elle trouva la persécution aussi violente à Séleucie qu'à Jeône. Alexandre, qui en était gouverneur, était encore plus féroce que Dioclétien, et l'empereur venait de porter un nouvel édit qui ordonnait d'exterminer les chrétiens. Julitte quitta donc encore Séleucie, se mit en chemin pour se réfugier à Tarse en Cilicie; mais il arriva que le tyran Alexandre partit le même jour de Séleucie et prit la même route que Julitte : elle fut donc reconnue et arrêtée avec son fils qu'elle portait entre ses bras. Alexandre lui demanda son nom, son pays et sa condition. Julitte ne répondit autre chose, si ce n'est : « Je suis chrétienne. » Le gouver-

neur en colère ordonna qu'on lui otât son enfant et qu'on la frappât de nerfs de bœuf; il se fit donner le petit Cyr. Rien n'était plus aimable que cet enfant; un certain air qui marquait son illustre origine, joint à son innocence, lui attirait les vœux et les regards de tous ceux qui étaient présents. On eut toutes les peines du monde à Tarracher des bras de sa mère ; il étendait lui-même les siens d'une manière tout à fait touchante, en tournant sans cesse de son côté ses tendres regards. Les bourreaux le portèrent au gouverneur, qui, le prenant par la main, s'efforçait de l'apaiser. Il le mit sur ses genoux, lui souriant et lui faisant des caresses; mais l'enfant, ayant toujours les yeux fixés sur sa mère, se débattait de toutes ses forces, repoussait le gouverneur avec ses petites mains, lui donnait des coups, et se défendait autant qu'il le pouvait avec les faibles armes que la nature lui fournissait. Lorsque sa mère, au milieu des tourments, s'écriait : <i Je suis chrétienne ! T) il redisait aussitôt : « Je suis chrétien ! n ce qui excita tellement la rage du gouverneur, que, sans avoir égard pour un âge qui trouve de la pitié dans les cœurs les plus insensibles, il prit ce tendre enfant par un pied et le jeta contre terre. Le petit martyr, en tombant, se donna de la tête contre les marches du tribunal qu'il arrosa de son sang, et sa cervelle se répandit jusque dans le parquet, où il vint expirer.

Le juge parut tout honteux et ensemble tout épouvanté de son crime envers l'enfant ; mais sa fureur ne devint que plus grande envers la mère. Il la fit étendre, la menaçant de la faire écorcher toute vive ; il lui fit verser de la poix fondue sur les pieds, pendant qu'un des bourreaux lui criait.: « Julitte, sacrifiez ! » mais elle criait encore plus haut : « Je ne sacriGe point aux démons. J'adore Jésus-Christ, Fils de Dieu. J'ai hâte de rejoindre mon fils. » Le gouverneur la condamna à avoir la tête tranchée, et le corps de son fils à être traîné où l'on jette ceux des criminels. Julitte mit les genoux en terre, et ayant demandé quelques moments aux bourreaux, elle fît cette prière : « Je vous rends grâces, ô mon Dieu, de ce que vous avez bien voulu donner à mon fils une place dans votre rovaume: avoz encore la bonté d'v recevoir votre

sen'ante, quelque indigne qu'elle en soit, afin qu'elle vous bénisse à jamais. » Le bourreau lui abattit la tête dans le inoinenl que sa bouche prononça : Amen. Son corps fut jeté dans le mûme endroit oîi l'on avait jeté celui de son fils. [Actes des martyrs.)

Pendant la persécution des Vandales en Afrique, une femme distinguée, nommée Denise, fut arrêtée avec son fils unique, très-jeune encore, et on voulut la contraindre d'abjurer la vraie foi. Lorsque la mère s'aperçut que son petit enfant tremblait à la vue des instruments du martyre, elle l'encouragea avec tant d'éloquence et d'énergie, qu'il déclara avec fermeté qu'il voulait vivre et mourir dans la même croyance que sa mère. A ces paroles, il fut dépouillé de ses vêtements et battu cruellement de verges, spectacle déchirant pour le cœur d'une mère, et pourtant elle lui criait toujours : « Songez, mon fils, que nous avons été baptisés au nom de la sainte Trinité et dans la foi catholique, la seule vraie et véritable religion. Ne permettons pas qu'on nous arrache le vêtement de notre innocence, même par les tourments les plus violents, de peur que, quand le Seigneur viendra au festin nuptial, il ne nous chasse, comme cet hûte dont il est parlé dans l'Evangile, dans les ténèbres extérieures. Soyez donc ferme et inébranlable, ô le bicn-aimé de mon cœur! Après ces supplices d'un moment, vous jouirez d'un bonheur éternel. Souffrez avec constance, et après avoir conservé sans tache le vêtement de votre innocence, vous obtiendrez la palme du martyre. » L'enfant endura tout avec patience, et alla célébrer dans le ciel la victoire qu'il venait de remporter. C'est ainsi qu'une mère chrétienne doit airacr ses enfants. [Catéch. hist.)

X^ LNSTRUGTION.

Ues eérëiiiouies du Baiitêine.

Amen dico vobis : non potest Filins facere quidfuam, nisi quod viderit Pa- Irem facinniem; quœcumqne enim ille feceril, hœc et Filius simililer facit.

En vérité je vous le dis : le Fils ne peut faire que ce qu'il a vu faire à son l'ère; car tout ce que le Père a fait, le Fils \e fait scrablablenient.

(JOAN., v, iy.;

Par ces paroles noire divin Sauveur nous fait voir que, dans tout ce qu'il a fait ou établi sur la terre, il a eu pour but de représenter et d'imiter les actions de son Père. De même que sa personne divine est l'image et la ressemblance parfaite de son Père, ainsi toutes ses œuvres ressemblent aux œuvres de son Père. Vous comprenez par là que les signes sensibles ou extérieurs employés dans l'administration des sacrements sont nécessairement l'expression de vérités sublimes , comme Jésus-Christ lui-même est la manifestation sensible de Dieu le Père, ainsi qu'il l'a dit lui-même : « Celui qui me voit, voit aussi mon Père. » C'est ce que nous allons vous rendre sensible en expliquant les cérémonies du Baptême.

On commence par donner un nom au catéchumène ; jusque là il est censé n'en point avoir, parce qu'il est comme un néant devant Dieu, et on

ne donne pas de nom à ce qui n'est pas. Mais on lui donne un nom à son Baptême, parce que par ce sacrement il devient quelque chose, une sainte et noble créature, capable de porter un nom illustre.

\ient ensuite Texorcismc, par lequel le prêtre chasse le démon, afin qu'il ne s'oppose point aux effets du Baptême, et que le sacrement soit traité avec plus de respect, étant conféré à une créature qui n'est plus sous la puissance du diable.

Le prêtre le chasse par la salive et l'attouchement des doigts, ainsi que fit Jésus-Christ lui-même pour déUvrer un homme possédé d'un démon muet, en lui appliquant de la salive et en lui mettant ses doigts dans les oreilles. Mais c'est surtout par l'insufflation que se fait l'exorcisme ; ce qui nous remet sous les yeux les plus importantes vérités chrétiennes.

Rien n'est plus opposé au démon que le Saint- Esprit, puisqu'il cherche sans cesse à détruire ses œuvres. Or, le Saint-Esprit est représenté par le souffle, parce qu'il est lui-même produit par un soupir d'amour du Père et du Fils, et nous l'appelons la spiration active du Père et du Fils , ainsi que le souffle part du cœur et sort de la poitrine , poussé par la force des poumons. Satan a en horreur le souffle, parce que cela lui rappelle que notre Sauveur souffla sur ses apôtres pour leur communiquer sa toute-puissance et les envoyer par toute la terre, afin d'y détruire l'empire de cet ange révolté et d'y ressusciter les âmes mortes à la grâce. Qu'est-ce que la poitrine du prêtre, sinon un sanc-

- 275 — ' tuaire vivant où demeure l'aimable Jésus comme sur un trône? Le souffle qui en sort est donc terrible au démon; c'est comme un feu qui le dévore, comme la foudre qui l'écrase. Enfin ce souffle marque la faiblesse du démon, puisque l'Eglise peut le mettre en fuite, non pas avec des armées, mais avec un souffle, comme Dieu lui-même n'a besoin que d'un souffle pour tuer l'impie.

Cette cérémonie, très-ancienne et très-respectable, est un monument authentique de la croyance de l'Eglise à la transmission du péché originel; elle vous fait comprendre que vous devez être sur vos gardes pour ne pas laisser rentrer le démon dans votre cœur après qu'il en est sorti. S'il se promène dans des lieux arides, dans les cœurs des infidèles et des pécheurs, ce n'est que pour un temps. Comme il n'aime qu'à ravager et à détruire, il veut retourner en sa première maison, dans l'âme du chrétien qui a reçu le Baptême; il la trouve purifiée et ornée de la grâce. Comme il n'est point assez fort pour y rentrer seul, il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui , il s'en empare et y demeure, et le dernier état de cet homme est pire que le premier. Le chrétien qui pèche après son Baptême est plus malheureux et plus coupable que les païens et les infidèles.

Prenez garde aussi de jamais maudire vos enfants et de les souhaiter en la puissance du démon. Si le patriarche Noé n'a pas osé maudire son fils Cham, qui lui avait si gravement manqué de respect, parce que Dieu l'avait béni au sortir

de l'arche, comment osez-vous maudire vos enfants que Dieu a si généreusement bénis sur les fonts sacrés? Comment osez-vous donner au démon celui que vous avez consacré aux trois personnes divines? Ne devez-vous pas, au contraire, mettre tout en œuvre pour l'empêcher de retomber sous le joug de Satan? Si aujourd'hui Jésus- Christ vous adressait la question qu'il fit à des parents qui lui présentaient leur fils possédé du démon pour l'en dcUvrer , et vous disait : Depuis quel temps est-il dans cet état? vous pourriez lui dire aussi : Depuis son enfance. Depuis quand votre fils est-il jureur et indocile? Depuis son enfance. Depuis quand est-il orgueilleux, emporté, paresseux, libertin? Depuis son enfance. Depuis quand votre fille est-elle si légère, si vaniteuse, si passionnée pour les parures et les plaisirs? Depuis son enfance. Et, au lieu de réprimer ces mauvais penchants, vous n'avez fait que les fortifier dans leurs cœurs.

Le prêtre fait ensuite le signe de la croix sur le front, les yeux, la poitrine, les épaules, les oreilles et la bouche de l'enfant, afin de sanctifier par la vertu de la croix tous ses membres et tous ses sens, pour les disposeràrecevoirlagrâce deDieu,à bien comprendre sa loi et à l'observer toujours. Or, quand un objet a été bénit et consacré à Dieu, OQ ne doit plus l'employer qu'à de saints usages. Ne vous servez donc plus de vos yeux pour voir des choses criminelles , de vos oreilles pour entendre des médisances ou des propos licencieux, de

votre bouche pour proférer des blasphèmes ou des paroles déshonnêtes, de votre cœur pour aimer tout ce qui est défendu.

Le prêtre impose la main sur le catéchumène pour lui montrer qu'il n'est pas seulement un objet consacré au service de Dieu, mais encore une victime qui doit s'immoler chaque jour pour Dieu. Autrefois, avant de frapper la victime, le pontife lui imposait les mains pour marquer qu'elle était substituée aux hommes. Considérez-vous donc comme des hosties vivantes, selon l'énergique expression de saint Paul, comme des victimes saintes et agréables à Dieu, consumées par la charité. Si le soldat est heureux de verser son sang pour sa patrie et de mourir pour sauver son pays, ne devezvous pas vous estimer mille fois plus heureux de vous immoler pour la gloire de Dieu ?

Le prêtre met dans la bouche du catéchumène le sel bénit pour lui dire que, lorsqu'il aura obtenu la grâce du saint Baptême, il devra se garantir de la corruption du péché et goûter tous les charmes de la vertu et de la sagesse divines. Il lui fait sentir que, devenu membre du Verbe divin, toutes ses paroles doivent être assaisonnées de sagesse, de prudence, de douceur, de charité, de pureté et d'innocence. Est-ce là le caractère de vos discours et de vos conversations ? Sont-ils conformes aux règles tracées par l'Esprit saint? Ne respirent-ils pas trop souvent la haine, l'envie, l'orgueil, l'impureté, l'avarice ou l'intempérance? Ont-ils pour but la glorification de Dieu et l'amour du prochain ?

Le prêtre touche avec de la salive les oreilles et les narines du catéchumène en disant : Epàphetha, ouvrez-vous pour Todeur de la suavité; et toi, Satan, prends la fuite, car le jugement de Dieu approche. Puis il conduit le catéchumène aux fonts sacrés. Ainsi notre divin Sauveur toucha autrefois avec de la salive les yeux de l'aveugle qui avait imploré son secours, et lui ordonna d'aller aussitôt se laver dans la piscine de Siloé ; ce qui lui rendit la vue. Il y a aussi dans l'eau du Baptême une vertu divine qui ouvre les yeux de l'intelligence pour voir la céleste vérité. Cette cérémonie vous apprend que vous devez avoir les oreilles ouvertes aux vérités de l'Evangile et en respirer la bonne odeur.

Le catéchumène renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, par lui-même, s'il est adulte, et par ses parrain et marraine, s'il n'a pas l'âge de raison. Or, renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, c'est renoncer à tout ce qui peut vous rendre coupables devant Dieu, méprisables devant les hommes et ignobles à vous-mêmes ; c'est vous engager à ne rien faire que ce qui peut vous rendre grands devant Dieu, honorables aux yeux du monde et estimables à vos propres yeux.

En renonçant à Satan, vous vous engagez à ne jamais le reconnaître pour chef et à ne jamais lui obéir. Vous promettez d'obéir à Dieu comme un fils à son père, un serviteur à son maître, un sujet à son roi. Qu'est-ce qui peut vous rendre coupables .devant Dieu, sinon la désobéissance seule? Qui

empêche un fils de se présenter avec confiance devant son père, un serviteur devant son maître, un sujet devant son roi? n'est-ce pas la désobéissance? Et vous avez beau chercher à vous étourdir, vous ne parviendrez jamais à vous persuader qu'il vous est honorable ou utile de désobéir à Dieu. Quand vous avez violé une de ses lois, vous vous sentez mal à l'aise en sa présence; vous baissez la tête comme un enfant indocile devant son père, un serviteur désobéissant devant son maître, et un sujet révolté devant son prince.

En renonçant à Satan, vous promettez de ne rien faire qui puisse vous compromettre aux yeux du prochain. En effet, ce qui rend l'homme méprisable aux yeux de ses semblables, c'est le vice, quel qu'il soit, et rien que le vice, l'orgueil, l'ambition, la cupidité, l'impureté ou le libertinage, la colère, la paresse et l'intempérance. Et quoique le monde soit entaché de tous ces défauts, il ne laisse pas que de mépriser et souvent haïr les orgueilleux, les avares, les libertins, les ivrognes et les paresseux. Il met tout en œuvre pour vous faire ses complices, il ét^le à vos yeux tout ce qu'il a d'attraits, il vous entraîne dans ses fêtes et dans ses plaisirs, et si malheureusement vous tombez dans ses pièges, il s'empresse de pubUer partout vos faiblesses et vos misères ; malgré votre repentir, il ne vous pardonnera jamais, vous serez toujours méprisables à ses yeux.

Si, au contraire, vous êtes sourds à ses promesses, insensibles à ses critiques, inébranlables con-

tre ses séductions ; si vous attaquez courageusement l'orgueil avec tous les vices dont il est le père, afin de planter sur leurs ruines les belles vertus d'humilité, de désintéressement, de douceur, de chasteté et de tempérance; si l'on voit briller en vous toutes les vertus chrétiennes, vous n'aurez pas l'amitié du monde, parce que le monde ne saurait aimer ceux dont la conduite le condamne ; mais vous aurez son estime. Les hommes les plus orgueilleux et les plus corrompus ont toujours estimé les âmes humbles, chastes et dévouées; et dans les circonstances graves où leurs intérêts seront mis en jeu, c'est encore à vous qu'ils donneront leur confiance.

Renoncer à Satan, c'est prendre l'engagement d'éviter tout ce qui pourrait vous rendre malheureux en vous-mêmes et de faire tout ce qui procure la douce paix de la conscience. Si vous vous laissez séduire par Satan et si vous faites ses œuvres, lors même que vous obtiendriez la réputation la plus brillante, vous ne seriez pas heureux; votre conscience vous répéterait sans cesse que vous n'êtes pas dignes de l'estime dont vous jouissez, que vous n'êtes pas estimables. Au sein de l'abondance et des plaisirs, au faîte des honneurs et au comble de la fortune, il y aurait dans votre cœur un vide immense que rien ne pourrait remplir. Si, au contraire, vous surmontez les tentations, et si vous remplissez exactement tous vos devoirs, quelles que soient vos peines d'ailleurs, vous serez lieureux, parce que vous aurez la paix de la conscience.

Ne vous étonnez pas que l'Eglise exige de vous ee'renoncement : il n'y a pas de société, quelle qu'elle soit, fût-ce la franc-maçonnerie, qui n'impose à ses membres l'obligation de renoncer aux ennemis de cette société et d'accomplir fidèlement ses lois et ses règlements. Pourquoi cette condition? Parce qu'elle est nécessaire pour constituer toute société: car si tous les membres n'épousent pas ses intérêts et ne sont pas disposés à combattre ses adversaires, la société est dissoute avant d'être formée, elle n'existe pas.

Le catéchumène doit donc se disposer au combat. C'est pourquoi le prêtre l'oint de l'huile sainte à la poitrine et entre les épaules, afin de fortifier le cœur et les épaules, et de les mettre en état de porter courageusement la croix de Jésus-Christ. Le Baptême fait de lui un vigoureux athlète pour combattre vaillamment les puissances des ténèbres, les esprits malfaisants répandus dans les airs ; il l'armera de toutes pièces pour demeurer ferme aux jours mauvais.

Le ministre dit au catéchumène : « Croyez-vous en Dieu, le Père tout puissant, Créateur du ciel et de la terre? Croyez-vous en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui est né et qui a souffert pour nous? Croyez-vous au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle? » A chacune de ces questions, il répond : « Je crois. » Cette profession de foi a été imposée par le divin Maître, quand il a dit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » Il faut donc

croire avant de recevoir le Baptême. C'est de toute justice. Personne ne peut être admis dans une société, s'il ne s'engage à observer la charte qui la régit. Il faut donc qu'il la connaisse. Or, le Symbole des apôtres est la charte de l'Eglise catholique, et la loi morale n'en est que le développement et les conséquences.

Vous avez fait ces promesses, mes frères; mais comment les observez-vous? Ne les violez-vous pas tous les jours? Il ne vous reste qu'un moyen de salut, la pénitence. Mais ne différez pas d'un jour: demain ne vous appartient pas.

Le prêtre dit au catéchumène : « Voulez-vous être baptisé? » et celui-ci répond : « Je le veux. » Pourquoi cette question? Parce que l'intention de recevoir le sacrement est une disposition essentielle à sa validité. Pour sauver les hommes. Dieu leur accorde ses grâces ; mais il exige en même temps qu'ils y concourent librement. .Jésus-Christ dit au paralytique : « Voulez-vous être guéri? » et à l'aveugle né il dit encore: « Que voulez-vous que je vous fasse?» N'est-ce pas pour nous montrer qu'il n'accorde ses grâces qu'à ceux qui les désirent et les acceptent librement?

Le Roi des rois ne ressemble point aux princes de la terre, qui ont recours à la contrainte pour lever leurs troupes. Jésus-Christ, notre vaillant capitaine, ne veut que des soldats volontaires, et il crie à tous les hommes : 5* quelqu'un veut venir après moi. Il sait qu'il n'y a que les soldats de bonne volonté qui soient courageux et intrépides, et qui ne

reculent jamais devant les obstacles. Il veut donc des engagés volontaires, afin qu'ils remplissent de grand cœur les promesses qu'ils ont faites en toute liberté.

Le prêtre verse par trois fois de l'eau sur la tête du catéchumène, en faisant le signe de la croix et en disant : Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il verse de l'eau par trois fois pour rappeler le mystère de la sainte Trinité et les trois jours pendant lesquels Jésus-Christ est demeuré dans le tombeau, pour marquer au néophyte que par son Baptême il a été enseveli avec Jésus- Christ pour mourir au monde, à la chair et au péché, et qu'il doit vivre d'une vie nouvelle.

Le prêtre lui fait au sommet de la tête une onction avec le saint chrême pour lui rappeler que, devenu par son Baptême membre de l'Eglise, il est uni à son chef Jésus-Christ et participe à son sacerdoce royal. N'oubliez jamais, mes frères, que, par suite du péché originel, nous étions tellement détestés de Dieu, que sans l'incarnation nous n'eussions pas obtenu miséricorde. Mais le Fils de Dieu, en se revêtant de notre nature, en nous unissant à lui comme les membres au chef, nous a rendus dignes de nous présenter à son Père. Car, pour s'approcher d'une si haute majesté, il faut n'être ni vil ni esclave, mais libre et noble; il faut être prêtre et roi. Notre divin Sauveur a été fait prêtre par une onction divine, par l'application de la personne du Verbe, que saint Paul appelle le caractère et la figure de la substance du Père. Les chrétiens sont donc prêtres et

doivent offrir des sacrifices à Dieu, le sacrifice de la prière, des aumônes, des œuvres de la pénitence et de la mortification. Mais pour qu'ils puissent l'offrir dignement à Dieu, ils sont consacrés par le Baptême et participent au sacerdoce de Jésus-Christ. Ainsi, mes frères, le jour de votre Baptême a été le jour de votre sacre, le jour de votre onction solennelle; c'estencejourqu'on vous a rendus dignes de vous adresser à Dieu de la part de son Fils et comme ses membres pour lui offrir des hosties spirituelles et des actions saintes.

Le ministre revêt le baptisé de l'habit blanc, en lui disant : « Recevez cette robe blanche, et portezla sans cesse devant le tribunal de notre Seigneur Jésus-Christ, pour avoir la vie éternelle. » Cette cérémonie vous rappelle que le Baptême vous donne droit à la gloire de la résurrection du Sauveur, à cette gloire divine dont il laissa échapper quelques rayons sur le Thabor, et pour cela il vous communique la sainteté représentée par l'habit blanc. Car, de même que la couleur blanche est produite par la réflexion de tous les rayons de la lumière créée, ainsi la sainteté se forme dans l'âme par la réflexion de tous les rayons de la lumière divine. Les anges sont souvent apparus aux hommes vêtus d'habits blancs. Chez les Romains, on donnait des robes blanches le jour où ils devenaient libres, comme aux consuls et aux généraux qui jouissaient des honneurs du triomphe.

Pour imprimer plus profondément dans l'esprit des chrétiens la nécessité de conserver l'innocence

— 28o — de leur Baplème, les nouveaux baptisés devaient porter l'habit blanc pendant huit jours; ils le déposaient ensuite et le conservaient précieusement pendant toute leur vie, comme le témoin de leurs promesses.

Le ministre remet entre les mains du baptisé un cierge allumé, pour marquer qu'il doit sans cesse nourrir par la charité la foi qu'il vient de recevoir dans son Baptême, et il lui dit : « Recevez cette lampe ardente, soyez irrépréhensible, et gardez votre Baptême. Observez les commandements de Dieu, afin qu'au jour où le divin Epoux viendra pour célébrer les noces avec les élus, vous puissiez aller au-devant de lui avec tous les saints et obtenir la vie éternelle. » Ce cierge allumé, dit saint Charles, signifie les trois vertus théologales répandues dans l'âme du chrétien, la foi, l'espérance et la charité : la foi, par la clarté de la lumière; l'espérance, par son mouvement d'ascension vers le ciel, et la charité, par sa chaleur. « Autrefois vous étiez ténèbres, vous dit saint Paul, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez donc comme des enfants de lumière; car le fruit de la lumière est dans toute bonté, dans toute justice, dans toute vérité, cherchant à connaître quel est le bon plaisir de Dieu, et ne communiquez pas avec les œuvres infructueuses des ténèbres. »(Ephes.,v.) « Vous êtes tous des enfants de la lumière et des enfants du jour; nous ne sommes point enfants de la nuit ou des ténèbres. Ne nous endormons donc pas comme les autres, mais distin-

guons-nous par notre vigilance et notre sobriété. » (Tbess., V.)

Le ministre rédige ensuite l'acte de Baptême, et au moment où il l'écrit, les anges en font le double dans le ciel, l'enregistrent et le déposent dans les archives de l'éternité. Il ne peut donc pas se perdre, et il vous sera présenté au jour de votre jugement. Heureux serons-nous, mes frères, si nous avons rempli toutes les obligations qu'il renferme; car alors le Seigneur nous dira : Courage, bon et fidèle serviteur; entrez dans la joie de votre Seigneur. Amen.

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