‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 17 sur 28 · NOTIONS SDR QUELQUES ANCIENNES CÉRÉMONIES DU BAPTÊME · texte numérisé non relu

NOTIONS SDR QUELQUES ANCIENNES CÉRÉMONIES DU BAPTÊME

Dans les premiers temps du christianisme, il n'y avait pas de lieu spécial pour l'administration du Baptême. Les apôtres et leurs disciples baptisaient où cela leur paraissait plus convenable. Philippe baptisa le trésorier de la reine de Candace avec de l'eau qu'ils rencontrèrent en allant à Gaza. Tertullien dit que saint Pierre baptisait dans le Tibre ceux qui voulaient embrasser le christianisme, et les enfantait ainsi à Jésus-Christ. En Orient, il existait certaines personnes qui pensaient que Teau du Jourdain avait été consacrée par Jésus- Christ, et pour ce motif demandaient à y être baptisées. On baptisait aussi, dans les temps de persécution, dans les catacombes ou dans d'autres endroits cachés et dans les prisons. Mais, après que la paix fut rendue à l'Eglise, les évoques commencèrent à construire des édifices uniquement destinés à cet usage, qu'on appelait cfjlises du Baptême ou baptistères. Ces édifices étaient ordinairement séparés de l'église principale ou épiscopale, ou bien ils s'y rattachaient par une galerie couverte qui les unissait l'un à l'autre. La forme du

baptistère était habituellement ronde comme une tour, quoiqu'il veut des baptistères sexagones et octogones. L'intérieur était souvent tapissé de peintures et de riches décorations. Il n'avait ordinairement qu'un autel sur lequel on célébrait la Messe après l'administration du Baptême, et où l'on donnait la communion aux nouveaux baptisés. Dans le milieu se trouvaient les fonts baptismaux; ils étaient le plus souvent en marbres précieux^ ronds et ayant la forme d'une croix. Trois ou quatre degrés servaient aux catéchumènes pour y monter. Le plus ancien baptistère est celui qui est situé près de l'église de Saint-Jean de Latran, construit par Constantin, sous Tinvocation de saint Jean-Baptiste, ce qui a fait donner à tout l'édifice le nom de Saint-Jean de Latran. C'était une grande salle carrée, dont les murs étaient de marbre et de porphyre, 011 était un grand bassin de porphyre, revêtu d'argent, dans lequel on plongeait les néophytes, selon la coutume de ce temps-là, et au milieu de ce bassin une colonne de porphyre soutenant un vase d'or, pesant cinquante livres, et contenant le saint-chrême dont on oint les nouveaux baptisés. Auprès de cette colonne, il y avait un agneau d'or qui jetait de Teau dans le bassin, et aux deux côtés, deux statues d'argent, celle de notre Seigneur et celle de saint Jean-Baptiste, pesant chacune cent soixante-dix livres, et sur les bords du bassin, sept grands cerfs d'argent, du poids de quatre-vingts livres chacun, qui jetaient de l'eau dans le bassin.

Dans les églises paroissiales de la campagne, où l'on n'avait pas d'églises baptismales, le baptistère se trouvait dans l'église même. Un concile de Saltzbourg statua que les fonts baptismaux seraient enlevés du milieu de l'église et placés au côté gauche. L'administration du Baptême dans les maisons était généralement défendue. Cependant, dans les pays froids, on permit débaptiser hors des éghses, ou dans la sacristie, ou dans d'autres endroits chauds de l'église, et de se servir d'eau tiède.

A Pâques et à la Pentecôte, les catéchumènes se rendaient, vers l'heure de midi, à l'église baptismale pour y subir la dernière épreuve (le dernier scrutin], qui durait ordinaire-

- ^88 — nient une heure; puis ils retournaient chez eux. Vers minuit, ils se réunissaient de nouveau 5 l'église, afin qu'après avoir été arrachés aux ténèbres du péché, semblables à une belle aurore, ils apparussent dès le matin de la résurrection, comme des enfants nouvellement nés à la lumière. Au milieu du silence de la nuit, et après la lecture des prophéties, on faisait la bénédiction solennelle du cierge pascal et de Teau baptismale. Ensuite les catéchumènes réitéraient Tabjuration qu'ils avaient faite les premiers jours d'épreuves, ce qui, cette fois encore, avait lieu par demandes et par réponses. L'évêque posait la question : « Renoncez- vous à Satan? » et le catéchumène répondait : « Je renonce, etc. » L'abjuration était suivie de l'onction avec les saintes huiles. Dans l'Eglise grecque, révêque ou le prêtre, après avoir trempé son doigt dans l'huile, faisait des onctions sur plusieurs parties du corps, tandis que dans l'Eglise latine on n'en faisait que sur la poitrine et sur l'omoplate. Venait ensuite la récitation du Symbole, pendant laquelle, les yeux et les mains dirigés vers le ciel, les catéchumènes répétaient chacun des articles en réponse aux interrogations de l'évêque. Dans quelques églises, il était prescrit à chaque catéchumène de signer sa profession de foi de sa propre main. Saint Ephrem dit à ce sujet que les anges reproduiront au dernier jugement l'écrit sur lequel nous avons tracé, denotre propre main, notre abjuration ou notre profession de foi.

Xr INSTRUCTION.

Iles parrains et des marraines.

Sicut modo genili infantes, rationabile $ine dolo lac concupiscile, ut in eo creicatis in salut em.

Comme des enfants nouvellemeut nés, désirez le lait spirituel et pur, afin qu'il vous fasse croître pour le salut,

(IPet., II, 2.)

C'est pour nous, mes frères, une obligation grave de vous exhorter instamment à ne rien négliger pour qu'aucun enfant ne meure sans avoir reçu le Baptême; et c'est aussi pour vous un devoir rigoureux de le leur faire conférer aussitôt après leur naissance, soit qu'ils viennent au monde avec leur constitution complète, soit que, par suite d'accidents, ils meurent quelques mois ou quelques semaines après leur conception. Pères et mères, vous dit la foi chrétienne, prenez bien garde : dans ce corps à peine formé, ou plutôt dans cette masse informe, se trouve une âme immortelle; hâtezvous de lui conférer le Baptême, s'il présente quelque apparence de vie ; s'il paraît mort, baptisez-le sous condition; s'il est difforme ou monstrueux, baptisez-le de même ; s'il y a danger qu'il meure avant sa naissance, baptisez-le avant sa naissance. Oh ! je vous en supplie, ne négligez rien pour sauver ces âmes rachetées au prix du sang de Jésus -

Christ, et faites qu'au jour du jugement il n'y en ait aucune qui puisse vous reprocher de l'avoir jetée en pâture à des animaux immondes, comme font les Indiens et les Chinois.

Il ne nous reste plus qu'à vous dire un mot de la nécessité, des obHgations et des qualités des parrains et marraines.

La présence des parrains et marraines n'est nullement nécessaire pour rendre le Baptême valide; et l'on peut, en cas de nécessité, le conférer aux enfants sans la présence de parrains et de marraines. Quand donc saint Augustin les requiert pour professer la foi chrétienne au nom de l'enfant, ce n'est pas d'une manière absolue, puisque les enfants, avant l'âge de raison, sont baptisés en la foi de l'Eglise. Mais, dans tous les temps, les saints conciles ont ordonné qu'il y eût des parrains et marraines pour l'administration solennelle du Baptême des enfants. Ecoutez ce que vous dit la sainte Eglise :

Elle « ordonne, suivant les statuts des saints canons, qu'un seul, soit homme, soit femme, ou tout au plus qu'un seul homme et une seule femme tiennent au Baptême celui qui est baptisé, entre lesquels et celui môme qui est baptisé et son père et sa mère, et aussi entre celui qui baptise et celui qui est baptisé, et le père et la mère du baptisé seulement, se contracte la parenté spirituelle.

« Le curé, avant de se disposer à faire le Baptême, aura soin de s'informer de ceux à qui il appartiendra quel est celui ou quels sont ceux qu'ils

ont choisis pour tenir sur les fonts sacrés celui qui leur est présenté, et il ne recevra précisément que lui ou qu'eux. Il écrira leurs noms sur un registre, et les instruira de la parenté qu'ils ont contractée, afin qu'ils ne puissent prétexter aucune cause d'ignorance... Si, par la faute ou la négligence du curé, il se fait autrement, celui-ci en sera puni au jugement de l'évèque. » (Conc. Trid., sess. xxiv, c. 2, de Reform.)

Ainsi un parrain ne peut épouser ni sa filleule, ni la mère de sa filleule, et une marraiue ne peut épouser ni son filleul, ni le père de son filleul, sans avoir obtenu dispense de cet empêchement ; autrement le mariage serait nul et de nul efifet. Le même empêchement existe entre celui qui baptise et le baptisé, et le père et la mère du baptisé.

L'usage des parrains et marraines a toujours été mis en pratique dans l'Eglise. Saint Augustin en parle dans plusieurs endroits de ses ouvrages, Tertullien en fait mention dans son livre Du Baptême, et saint Denys en rapporte l'origine aux apôtres.

Saint Pierre compare ceux qui viennent de recevoir le Baptême à des nouveaux nés à qui l'on doit donner du lait pour nourriture. tDe même qu'un enfant a besoin des soins d'une nourrice et des leçons d'un maître, ainsi celui qui est baptisé réclame la sollicitude d'un précepteur pour lui donner la nourriture spirituelle dont il a besoin. Voilà pourquoi on donne aussi des parrains et des marraines aux adultes, parce qu'ils sont enfants dans la foi et la vie chrétienne.

Les devoirs des parrains et marraines sont 1° d'aimer avec une tendresse toute chrétienne leurs filleuls; 2° de prier pour eux d'une manière spéciale; 3^* de veiller avec le plus grand soin à ce qu'ils soient instruits et élevés dans la foi chrétienne, et, dans le cas oii les parents négligeraient Taccomplissement de cet important devoir ou viendraient à mourir, de les remplacer près des enfants; 4" d'avoir soin qu'ils reçoivent le sacrement de Confirmation en temps opportun; 5° de ne rien négliger pour qu'ils comprennent la gravité et l'étendue des obligations qu'ils ont contractées pour eux au moment de leur Baptême, et surtout pour qu'ils les remplissent avec fidélité. Les parrains et marraines sont tenus d'accomplir ces devoirs sous peine de péché mortel, non seulement à titre de charité, mais encore à titre de justice. Non, non, ils ne remplissent pas seulement l'office de simples témoins d'une cérémonie religieuse quelconque, comme on le croit trop communément, tant on a perdu le sens des vérités chrétiennes.

Ceci vous fait comprendre que tous les chrétiens ne sont point aptes à remplir les fonctions de parrain et de marraine. Les règles de l'Eglise excluent 1" le père et la mère de l'enfant qui doit être baptisé, mais le mari et la femme peuvent tenir ensemble sur les fonts du Baptême un enfant qui ne leur appartient pas ; 2" les religieux et les religieuses; 3^ les évêqucs, les curés et les clercs engagés dans les ordres sacrés ; 4° les infidèles, c'està dire ceux qui ne sont pas encore baptisés ; 5^ les

apostats, les hérétiques et les schismatiques notoires; 6° ceux qui sont publiquement excommuniés ou interdits, les pécheurs publics coupables de quelques crimes et ceux qui sont notés d'infamie : ainsi on n'admettra point ceux qui, ayant été condamnés à des peines infan:iantes, n'ont encore offert aucune satisfaction, aucune réparation; ni ceux qui vivent publiquement dans l'adultère ou dans le concubinage; ni ceux qui ne sont point mariés devant l'Eglise, quoique mariés civilement; ni les femmes publiques, ni les usuriers notoires; ni ceux qui font ouvertement profession d'impiété; ni les bateleurs, ni les danseurs de corde, ni les histrions, dont la profession est justement flétrie par l'opinion publique; 7° enfin ceux qui ne sont pas sains d'esprit, ou qui ignorent les premiers éléments de la foi. (Mgr Gousset, Théol. mor., tome II, n°' H 2 et suiv.)

Il est facile de comprendre les motifs qui ont déterminé l'Eghse à porter ces règlements. Tertullien appelle les parrains et marraines recelants ou répondants, parce qu'ils reçoivent les baptisés au sortir des fonts, et qu'ils ont répondu pour eux; saint Augustin les nomme docteurs de la foi et garants de la foi : ce qui signifie que les parrains et marraines sont de véritables cautions qui deviennent responsables des obligations contractées par les enfants. L'Eglise exclut donc les infidèles, les hérétiques et les schismatiques, ainsi que les juifs, les Turcs et les protestants. Il est évident que ces personnes ne rempliront jamais leurs devoirs de

parrains et de marraines. Ne serait-il pas à craindre , au contraire , qu'ils n'exerçassent leur influence sur leurs filleuls pour les entraîner à l'infidélité, au schisme ou à l'hérésie?

Mais pourquoi exclure les religieux et les ecclésiastiques? Ne sont-ils pas plus capables que personne de soigner l'instruction et l'éducation chrétienne de leurs filleuls? Ce serait sans doute un avantage sous ce rapport , et ce motif engage quelquefois les évoques à lever cette défense. Mais il y aurait à craindre que, dans certaines circonstances, les religieux et les ecclésiastiques ne fussent contraints de négliger les intérêts de leurs filleuls, ou de s'occuper d'affaires purement civiles et contraires à l'esprit et aux règles du saint état qu'ils ont embrassé.

Sont exclus tous ceux qui ne connaissent pas suffisamment la doctrine chrétienne, parce qu'ils sont incapables de comprendre l'importance et l'étendue de leurs obligations , et plus incapables encore de les remplir, de servir de maîtres et de modèles à leurs filleuls. C'est par ce même motif qu'on n'admet point les pécheurs publics.

Il convient aussi de n'accepter aucun enfant qui n'a pas encore fait sa première communion ; et Ton ne doit faire aucune exception à cette règle, à moins que l'enfant que l'on présente pour être parrain ou marraine ne soit le frère ou la sœur de cet enfant, et qu'il n'y ait une personne avec lui qui ait fait sa première communion et qui soit instruite des vérités de la foi.

>'ous ne pouvons vous exhorter trop vivement, mes frères, à ne choisir jamais pour parrains et pour marraines à vos enfants que des personnes vertueuses et véritablement chrétiennes, afin qu'elles puissent vous remplacer près de vos enfants, dans le cas où vous viendriez à mourir et à les laisser orphelins. C'est le but que l'Eglise, toujours pleine de sollicitude el de tendresse pour les enfants, s'est proposé en établissant cette loi si propre à sauvegarder les intérêts religieux et matériels des enfants. Les noms mêmes de parrain et de marraine, qui dérivent de ceux de père et de mère, leur rappellent sans cesse qu'ils doivent regarder leurs filleuls comme leurs propres enfants, les soigner et les aimer comme leurs enfants, surtout s'ils sont orphelins. N'est-ce pas là, parents chrétiens, un puissant motif de vous consoler au lit de la mort, si Dieu vous appelait à lui avant que vos enfants fussent élevés? Yous auriez au moins l'espoir bien fondé qu'ils trouveraient, dans les parrains et les marraines que vous leur aurez choisis, des pères et des mères qui en auraient soin, et les maintiendraient dans le chemin de la vertu par leurs prières, par leurs sages conseils et leurs paternelles exhortations. Prenez si bien vos mesures que nous n'ayons jamais la douleur d'être forcés à refuser ceux que vous nous présenterez pour être parrains el marraines de vos enfants. Maintenant que vous êtes prévenus, vous serez seuls responsables de la peine et de l'affront qui résulteraient de notre refus consciencieux.

Mais que ferons-nous à l'égard des personnes ignorantes ou qui ne satisfont pas au devoir de la confession et de la communion pascales? La prudence, nous dit-on, ne vous permet point de les repousser, s'il n'y a pas d'autre obstacle, soit à raison du trop grand nombre de fidèles qui se trouvent dans ce cas aujourd'hui, soit parce qu'en les admettant vous aurez l'occasion de leur rappeler utilement les obligations qu'ils ont à remplir comme chrétiens. Ces motifs, il faut bien l'avouer, mes frères, trahissent une situation morale bien déplorable et bien douloureuse pour les pasteurs des âmes. Quoi donc 1 nous recevrons comme parrains et marraines des personnes ignorantes ou qui ne sont chrétiennes que de nom et qui sont tout à fait païennes par leur conduite! Et nous devrons les recevoir, parce que le nombre en est trop considérable I Mais dans toutes les administrations, dans toutes les carrières, on n'est point admis à remplir des fonctions quelconques, sans qu'on ne justifie de sa capacité, sans qu'on ne remplisse certaines conditions prescrites par les lois ou les règlements; on repousse impitoyablement tous ceux qui n'offrent pas les garanties voulues; et il nous faudra recevoir, pour les fonctions si honorables de parrain et de marraine, ceux qui en sont absolument incapables! Quelle profonde misère! quelle grande pauvreté !

Mais on nous fait un devoir de mettre à profit cette occasion de leur rappeler leurs droits de chrétiens. Ne soyez donc pas surpris, si nous nous per-

mettons de leur montrer qu'ils se mettent en opposition formelle avec eux-mêmes, et si nous leur disons : Voulez-vous vivre et mourir en la foi de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et nous promettez-vous d'avoir soin que cet enfant y soit nourri et élevé? A celte question, ils répondent aussitôt affirmativement, sans trop savoir pourquoi. En effet, si nous leur disions en détail ce que renferme cette première question, leur réponse serait certainement négative. Voulez- vous vivre en la foi de l'Eglise catholique, c'est-à-dire voulez-vous observer tous les conynandements de Dieu et ceux de l'Eglise? Voulez-vous acquitter le devoir de la prière, respecter le nom adorable de votre Père qui est dans les cieux, sanctifier les jours de dimanche et de fête? Voulez-vous honorer vos parents et leur obéir en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu? Voulez-vous vivre en bonne intelligence avec votre prochain, ne plus souiller vos yeux par des regards indécents, ni vos lèvres par des paroles impures, ni votre cœur par des désirs ou des affections coupables, ni votre corps par des actions criminelles? Voulez-vous ne plus commettre d'injustice, ne plus employer la ruse et le mensonge pour vous enrichir au détriment de votre prochain? Voulez-vous vous abstenir de médisances, de calomnies et de mauvais rapports? Voulez-vous renoncer à vos sentiments d'orgueil, d'ambition, de vanité, d'envie et de jalousie? Voulez-vous éviter la colère, la paresse et l'intempérance?

Si nous parlions ainsi, mes frères, et si nous

adressions toutes ces questions aux parrains et aux marraines, croyez-vous que la plupart répondraient sur-le-champ en toute sincérité : Nous le voulons?

Parrains et marraines, réfléchissez un moment, je vous prie, et sachez bien que vous êtes caution pour cet enfant qui ne peut pas encore répondre par lui-même. Nous allons lui demander s'il renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et vous répondrez pour lui : J'y renonce. Est-ce bien vrai? Quoil vous renoncez à Satan 1 Mais vous lui êtes vendus corps et âme, et wqus n'êtes que ses misérables esclaves. Vous vous vantez d'être d'honnêtes gens et de n'avoir jamais fait tort à personne ; soit: quand cela serait aussi vrai que peut-être cela est faux, vous n'auriez encore observé qu'un seul précepte du Décalogue. Et que faites-vous des neuf autres? Vous passez des semaines et peut-être des mois entiers sans prier Dieu; vous blasphémez son saint nom; vous travaillez et vous faites travailler les jours de dimanche et de fête; vous n'assistez à la Messe et aux offices de la paroisse que lorsque vous n'avez rien de mieux à faire; vous ne remplissez plus le devoir pascal depuis bien des années ; l'orgueil, la volupté, la soif insatiable de l'or et de l'argent, se disputent toutes les aff'ections de votre cœur : qu'est-ce donc que tout cela, sinon les œuvres de Satan? Les plaisirs et les divertissements du monde vous entraînent, son éclat mensonger vous éblouit, ses dignités et ses honneurs sont l'objet de tous vos désirs et de tous vos travaux ; et vous nous

dites que vous renoncez à Satan, à ses pompes et à ses œuvres! Mais y avez-vous pensé?

Nous allons demander à cet enfant : Croyez-vous en Dieu, le Père tout puissant, Créateur du ciel et de la terre? Croyez-vous aussi en Jésus-Christ, son Fils unique? Croyez-vous encore au Saint-Esprit, à la sainte Eglise catholique, à la rémission des péchés, à la vie éternelle? Vous répondrez au nom de l'enfant : Je crois. Mais parlez-vous sérieusement? Vous croyez en Dieu, vous qui vivez comme s'il n'y avait pas de Dieu, vous qui ne croyez qu'en votre sagesse, en votre habileté, en votre crédit! Tous croyez en Jésus-Christ ! Mais êtes-vous son disciple? Pratiquez-vous les vertus dont il a donné l'exemple? Portez-vous votre croix à sa suite? Tous croyez au Saint-Esprit! Et vous ne faites que l'attrister par votre conduite, et vous vous moquez des pasteurs qui sont ses ambassadeurs et ses ministres. Enfants ingrats, vous déchirez sans cesse le sein de votre mère la sainte Eglise catholique.. Votre conduite donne le démenti le plus formel à vos paroles. Ce que vous faites est-il un jeu d'enfants? est-ce une moquerie sacrilège des choses saintes? ou bien venez-vous jouer la comédie dans le temple du Seigneur? Quoi donc! vous ne remplissez pas les engagements que vous avez contractés envers Dieu, et vous osez promettre que cet enfant remplira ceux que vous contractez pour lui ! Vous êtes banqueroutiers, et vous vous portez caution pour d'autres ! Mais s'il s'agissait de la vente d'un objet minime, accepteriez-vous pour caution un

homme criblé de dettes? Si l'on vous en présentait un semblable, ne croiriez-vous pas qu'on se moque de vous? El vous voulez que nous vous acceptions pour garantie du salut d'une âme, vous, homme ruiné spirituellement! Qu'aurez-vous à dire à voire filleul, s'il foule aux pieds ses obligations? Ah ! de grâce, s'il vous reste encore quelque sentiment de pudeur ou d'honnêteté, changez de conduite et mettez-la d'accord avec vos paroles ; alors vous ne mentirez plus ni à Dieu ni aux hommes, quand vous direz : Je renonce à Satan, à ses pompes el à ses œuvres.

Il nous est aussi ordonné de ne pas souffrir qu'on impose aucun nom profane, absurde ou ridicule, mais seulement le nom d'un saint ou d'une sainte qui soit pour l'enfant un avocat dans le ciel et un modèle sur la terre. Il ne convient pas de donner le nom d'une sainte à un garçon et le nom d'un saint à une fille, si ce n'est le nom de Marie et celui de Joseph ou de Joséphine; encore est-il convenable d'en ajouter un autre. Mais laissez, je vous prie, ces noms bizarres ou au moins fort étranges qui ne sont d'aucun saint ni d'aucune sainte connus. Pourquoi rejetez-vous les noms des apôtres, Pierre, Paul, Philippe, Thomas, Jacques et Jean, et ces autres, Basile, Ambroise, Augustin, Nicolas, Martin, Bernard, François ou Dominique? Pourquoi n'acceptez-vous plus ceux-ci, Lucie, Agnès, Cécile, Agathe, Françoise, Jeanne, Catherine, Marguerite? C'est sans doute parce qu'ils sont trop communs, qu'ils sont portés par la plupart des paysans, des

domestiques et des servantes. Il vous faut donc des noms plus rares, des noms d'une consonnance musicale et poétique. Vous ne dites plus Marie, mais Maria. C'est beaucoup mieux sans doute. Hélas 1 quel pitoyable amour-propre I Et vous ne voyez pas que les noms que je vous ai cités ne sont si communs que parce qu'ils sont populaires, et qu'ils ne sont populaires que parce qu'ils ont été portés par les personnages les plus illustres? Qu'y a-t-il donc de plus noble, de plus grand, de plus puissant auprès de Dieu que les apôtres, les martyrs, les Pères et les Docteurs de l'Eglise? Qu'y a-t-il de plus beau et de plus grand que ces vierges et ces saintes femmes dont je vous ai cité les noms? Donnez-les donc à vos enfants, ces noms si populaires et si communs, et apprenez-leur à les porter aussi noblement que leurs patrons. C'est ainsi qu'ils seront votre gloire sur la terre et votre couronne dans le ciel. Amen.

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