NOTIONS HISTORIQUES SUR LES PARRAINS ET MARRAINES
Les catéchumènes qui espéraient recevoir bientôt le sacrement de Baptême transmettaient leurs noms à l'évêque^ la quatrième semaine du Carême, pour les transcrire sur les registres de TEglise. Le nom païen qu'on avait porté jusqu'alors n'était pas toujours remplacé par le nom d'un saint; ainsi Tertullien, Origène, saint Ambroise, saint Sergius, saint Bacchus^ etc., conservèrent leurs noms. Cependant saint Clirysostôme et Denys d'Alexandrie avertissaient les fidèles de ne point conserver au Baptême les noms qu'ils tenaient du paganisme, quoique venant de leurs ancêtres, mais de leur substituer le nom d'un saint, afm qu'excités par l'exemple
des saints, les catéchumènes s'efforçassent aussi à imiter leurs vertus. Dans les premiers temps, c'était ordinairement l'évêque ou le prêtre qui tenait sa place qui imposait le nom. Ainsi, au Baptême de l'épouse de Théodose le Jeune, l'évêque lui donna le nom d'Eudoxie.
Plus tard ce furent ou les parents ou les parrains qui imposèrent le nouveau nom. Nous trouvons aussi qu'autrefois on donnait au baptisé le nom du saint dont on célébrait la fête ce jour-là. Ainsi Epiphane et Paschasius reçurent ces noms parce qu'ils furent baptisés, Tun le jour de l'Epiphanie, et l'autre à Pâques. On donnait aux filles l'un des noms des trois vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité. Des événements extraordinaires, survenus pendant le Baptême, décidaient aussi souvent du nom qu'on imposait à celui qu'on baptisait. Ainsi la fille d'un tribun nommé Rémésius, qui était aveugle dès sa naissance, ayant recouvré la vue-au baptistère, fut appelée du nom de Lucilla.
Ceux qui avaient initié les catéchumènes aux vérités fondamentales du christianisme et qui les présentaient à l'évêque pour être admis au Baptême, étaient considérés comme les garants des enfants qu'on leur confiait. Us devaient, en effet, attester que leurs catéchumèiies possédaient les connaissances requises et que leur conduite était telle qu'on l'exigeait. C'était sur eux que l'évêque se reposait pour les admettre au Baptême, dans lequel ils figuraient en qualité de témoins. Us portaient le nom de recevants, parce qu'ils recevaient les baptisés lorsqu'on les enlevait des fonts baptismaux ; ils s'appelaient aussi pères spirituels. Ce ne fut que vers le milieu du Yiii^ siècle qu'on les appela x^ci^^^^CLins et marraines. 11 paraît assez vraisemblable que cet usage est d'institution apostolique. Au temps des persécutions, les parrains étaient très-nécessaires, tant pour attester que le Baptême avait réellement eu lieu que pour fortifier les catéchumènes dans la foi. Pour le Baptême des adultes, c'était ordinairement un diacre ou une diaconesse, ou autres pieuses filles, qui remplissaient les fonctions de parrains ou de marraines, comme le prescrivaient d'ailleurs les conslilulions apostoliques. Après avoir
aidé aux catéchumènes à se dépouiller de leurs vêtementS; ils descendaient avec eux, les pieds nus, aux fonts baptismaux, auxquels on parvenait par quelques degrés ; ensuite ils leur passaient la main droite sur la tête ou sur les épaules, et, après le Baptême, les conduisaient hors de Teau, puis de là à Tautel, après les avoir essuyés et aidés à remettre leurs habits.
Instruire leurs néophytes sur les vérités fondamentales de la religion, tel était le principal devoir des parrains ; ils devaient, en outre, veiller à ce qu'ils fussent fidèles aux engagements qu'ils avaient contractés et vécussent conformément aux principes de la foi. C'est pourquoi saint Augustin avertissait tous ceux qui se chargeaient de cette importante fonction de se rappeler chaque année, à l'approche de la fête de Pâques, quel compte ils auraient à rendre à Dieu de ces enfants ; qu'en conséquence ils ne devaient pas cesser de les exhorter avec un amour tout paternel à vivre dans une chasteté inviolable, à s'abstenir de toute imprécation et de tout jurement, à ne point chanter de chansons obscènes, à se préserver de l'orgueil, de l'envie et de la colère, à fréquenter assidûment les églises, à n'y point entretenir de conversations, à aimer et à respecter leurs pasteurs et leurs parents.