SACREMENT DE CONFIRMATION
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PREMIERE INSTRUCTION
Da ministre et du sujet du sacrement de Couiiriuatioii.
Tune imponehant maints super illos,ct accipiebanl Spirilum sancUim.
Les apôtres leur imposaient les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.
(AcT., VIII, 17.)
Par le Baptême vous êtes devenus les enfants adoptifs du Père éternel, les frères et les membres de son Fils unique, et les temples du Saint-Esprit. Quels beaux titres de noblesse! Est-il possible qu'il y ait des chrétiens assez ingrats et assez aveugles pour ne pas les apprécier? Mais sans le Baptême que seraient-ils devenus? Pour se débarrasser du soin de les nourrir, leurs parents n'auraientils pas fait comme les barbares et les sauvages? ne les auraient-ils pas jetés dans quelque rivière ou donnés en pâture aux animaux immondes? ou, s'ils les avaient élevés, ne seraient-ils pas aujourd'hui les misérables esclaves de quelque maître
dur et cruel? Qui donc a rendu sacré le petit enfant qui vient de naître? Qui en a fait un ange aux yeux de ses parents? N'est-ce pas Jésus-Christ par le sacrement de Baptême? N'est-ce pas lui aussi qui nous a rendus libres en nous faisant ses frères? Rendons-lui d'immortelles actions de grâces pour un tel bienfait.
Mais c'est assez sur le Baptême, et il est temps de vous expliquer la Confirmation, que les Docteurs appellent imposition des mains, chrême du, salut, sceau du Seigneur , sceau du Saint-Esprit y sacrement du saint chrême , sacrement de la perfection ou de la consommation ; mais on l'appelle plus communément Confirmation, parce qu'il nous affermit dans la foi et qu'il fortifie la grâce que nous avons reçue au Baptême, que nous y confirmons les promesses que nous avons faites à Dieu, et que Dieu, par une nouvelle et plus abondante effusion de son Esprit, nous y confirme les dons qu'il nous a faits.
La Confirmation est un sacrement de la loi nouvelle qui confère le Saint-Esprit aux chrétiens pour confesser avec courage et intrépidité la foi de Jésus-Christ.
Les hérétiques des derniers temps ont prétendu que la Confirmation n'était qu'une simple cérémonie, une espèce d'examen que l'évêque faisait subir aux jeunes gens parvenus à l'adolescence. L'Eglise les a frappés d'analhème par ces paroles : H. Si quelqu'un dit que la Confirmation, dans ceux qui sont baptisés, n'est qu'une vaine cérémonie et
non pas un sacrement véritable et proprement dit, ou qu'autrefois ce n'était qu'une espèce de catéchisme où ceux qui approchaient de l'adolescence rendaient compte de leur foi en présence de l'évêque, qu'il soit anathèrae. » fConc. Trid., sess. vu, de Conf., can. 1.)
Ecoutez ce que dit l'Ecriture : « Ayant appris que la ville de Samarie avait reçu la parole de Dieu, les apôtres qui étaient à Jérusalem y envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant venus, prièrent pour eux pour qu'ils reçussent le Saint-Esprit, car il n'était encore descendu sur aucun d'eux; mais ils avaient été seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposaient les mains sur eux, et ils recevaient le Saint-Esprit. » Et plus loin il est dit encore : « Ayant entendu ces choses, ils furent bapsés au nom duSeigneur Jésus; et lorsque saint Paul leur eut imposé les mains, le Saint-Esprit descendit sur eux, et ils parlaient diverses langues, et ils prophétisaient. » (Act., viii, 44, et xix, 5.)
Ne voyez-vous pas là un véritable sacrement, le signe sensible ou l'imposition des mains qui produit la grâce? Car le Saint-Esprit ne demeure dans l'âme que de celui qui reçoit en même temps la grâce. Et ce signe sensible a été institué d'une manière permanente dans l'Eglise , puisque dans tous les temps l'Eglise a fait aux fidèles un devoir rigoureux de recevoir la Confirmation.
En recevant le Saint-Esprit, les premiers chrétiens recevaient aussi le don des langues ou des miracles ; et quoique la Confirmation ne produise
plus aujourd'hui ces merveilleux effets, elle ne communique pas moins le Saint-Esprit aux fidèles. Le don des miracles était nécessaire à l'Eglise à son berceau. Le jardinier arrose le jeune arbre qu'il vient de planter, et il cesse de l'arroser quand il a poussé de profondes racines : ainsi Jésus-Christ a fortifié son Eglise naissante par les miracles ; mais il lui a retiré cette faveur après qu'elle a poussé des racines assez vigoureuses pour résister aux plus furieuses tempêtes.
Il est inutile de vous citer les nombreux passages des saints Pères. Ils enseignent constamment que les disciples de Jésus-Christ baptisaient , mais qu'ils ne donnaient pas le Saint-Esprit, parce qu'ils n'en avaient pas le pouvoir ; c'était le droit des seuls apôtres; c'est pour cela que ce sont les évêques et non les prêtres qui donnent le Saint- Esprit.
A la doctrine des saints Pèresjoignez la pratique constante de toutes les Eglises, dans tous les temps et dans tous les lieux. Tantôt on administre la Confirmaiion aux enfants avec le Baptême et l'Eucharistie; tantôt on la confère à ceux qui sont parvenus à l'âge de discrétion. Il est expressément défendu aux prêtres et aux diacres de l'administrer; il n'y a que les évêques qui en aient le droit. Ce n'est donc pas une pure cérémonie ni un simple examen, mais un sacrement proprement dit.
L'évêque seul est le ministre ordinaire du sacrement de Confirmation ; mais un simple prêtre peut aussi l'administrer lorsqu'il en reçoit le pouvoir
du Souverain Pontife ; et, dans ce cas, il doit se servir de saint chrême bénit par un évêque.
Ecoutez saint Thomas : « Dans une œuvre quelconque, c'est toujours le chef supérieur qui y met la dernière main. S'agit-il d'un édifice? les ouvriers inférieurs préparent les matériaux et les mettent à leur place ; mais l'architecte, qui connaît la destination de l'édifice, peut l'achever. S'agit-il de l'expédition des affaires? le secrétaire écrit les lettres, et le magistrat les signe et y met son sceau. Or, d'après la doctrine de saint Paul, les chrétiens sont des édifices spirituels ; les prêtres les construisent par le Baptême, mais les évêques en font la dédicace et les consacrent à Dieu par la Confirmation. Les chrétiens sont comme une épitre que les prêtres écrivent et que les évêques signent en conférant le sacrement de Confirmation. C'est pourquoi l'administration de la Confirmation est réservée aux seuls évêques, qui ont la plénitude du pouvoir dans l'Eglise, étant les successeurs des apôtres. Nous lisons en eflet dans le livre des Actes que les apôires seuls imposaient les mains pour conférer le Saint-Esprit. » (Sum., 3. p., q. 32, art. 1 1 .)
L'évêque ne peut conférer licitement la Confirmation qu'à ses diocésains, et il pécherait gravement s'il la donnait à d'autres sans le consentement exprès ou tacite de l'évêque sous la juridiction duquel ils sont placés.
C'est un devoir rigoureux et qui obhge sous peine de péché grave, pour tout évêque chargé du
soin des âmes, de parcourir son diocèse assez fréquemment pour administrer aux fidèles le sacrement de Confirmation.
Comprenez-vous, mes frères, la beauté et tous les avantages de cette doctrine? Le Souverain Pontife peut accorder, et il accorde en effet dans des temps de persécution, à de simples prêtres le pouvoir de conférer le sacrement de Confirmation. S'il n'avait point ce pouvoir, il arriverait souvent qu'une multitude de fidèles seraient privés de ce sacrement dans le moment môme où ils en auraient le plus besoin pour les fortifier dans la foi et leur donner la force de confesser Jésus-Christ même au péril de leur vie. Quand l'enfer se déchaîne contre l'Eglise de Dieu, il porte d'abord ses coups sur le chef ou sur l'évèque, afin d'avoir plus facilement raison du troupeau privé du pasteur. Il faut donc que l'évèque, pour échapper à la fureur des tyrans, se tienne caché dans quelque retraite ignorée, d'où il donne ses ordres et ses pouvoirs pour le bon gouvernement de son diocèse. Vous voyez par là, nàcs frères, que ce privilège, accordé quelquefois à de simples prêtres, n'est pas une distinction honorifique qui flatte leur amour-propre, mais une mission délicate et périlleuse, toute au profit des fidèles. Ceux qui en seront revêtus auront la gloire du marlyrc peut-être, ou s'exposeront du moins à être persécutés pour l'amour et le nom de Jésus-Christ.
Le Souverain Pontife fait assez souvent usage de cette faculté de délégation en faveur des mission-
naires qui vont porter la lumière de l'Evangile chez des nations infidèles ou barbares. L'histoire ne nous montre-t-elle pas que ceux qui embrassent les premiers la foi catholique chez un peuple sont toujours soumis à de cruelles et à de sanglantes épreuves? Il est donc nécessaire qu'ils soient revêtus de la force d'en haut, du sacrement qui fait les héros chrétiens ou les martyrs ; et parce que la plupart ne verront pas l'évèque une fois dans leur vie, il est nécessaire que de simples prêtres puissent leur donner le Saint-Esprit.
Pourquoi un évêque ne peut-il pas déléguer un simple prêtre pour administrer la Confirmation? Parce que, s'il avait cette faculté, il sérail peut-être tenté de se décharger du devoir si important de la visite de son diocèse; et il priverait ainsi les âmes confiées à sa sollicitude d'une grande abondance de grâces et de bénédictions.
En effet, sans compter les avantages matériels qui résultent nécessairement des visites épiscopales, il vous est facile de comprendre que sa présence communique la vie et le mouvement partout. En examinant les choses de près, vous pourriez vous convaincre que chaque année une somme de plus de cent mille francs est mise en circulation, à l'occasion de la visite de l'évèque dans son diocèse, soit pour la décoration des églises, soit pour l'achat des habits des confirmands, soit pour d'autres dépenses qu'il est plus facile de prévoir que d'exprimer. Et certes, mes frères, ce n'est pas à dédaigner pour un siècle qui n'apprécie les
choses qu'à prix d'argent; car, d'après ce calcul, ce sont huit millions utilement dépensés chaque année en France par suite de l'administration d'un sacrement.
Au point de vue religieux et moral, la visite de l'évêque exerce la plus salutaire influence sur le clergé et les fidèles. Il s'assure par lui-même delà situation morale de chaque paroisse; il voit de ses propres yeux si la discipline est observée, si les églises sont tenues avec décence et propreté, si les fidèles sont instruits, si la foi règne dans les cœurs, si les sacrements sont fréquentés. Il distribue le blâme et l'éloge à ceux qui le méritent; il relève les cœurs abattus, encourage la bonne volonté, et fait connaître les moyens propres à corriger les abus, à raviver la piété chrétienne, à faire marcher tous les fidèles d'un pas plus ferme et plus rapide dans le chemin de la vertu.
La visite de l'évêque est toujours un grand jour de fête pour une paroisse. Que dis-je? c'est un événement qui fait époque dans la vie des générations qui se succèdent. Voyez comme la joie est peinte sur tous les visages, et comme tous, grands et petits, courent à sa rencontre au moment de son arrivée. Aux yeux de la foi qui les anime, ce n'est pas seulement la visite d'un grand personnage, mais celle du représentant même de Jésus-Christ, d'un successeur des apôtres. Son air de bonté, de douceur et d'afl'abiUté les touche et les attendrit jusqu'aux larmes. Bientôt ils se rassemblent à l'église; l'homme de Dieu leur adresse des paroles
d'édification. Aux parents, il recommande la piété, la vertu, le bon exemple; aux enfants, le respect, l'amour, l'obéissance; aux maîtres, l'affection, la justice, la vigilance; aux domestiques, 1 amour du travail, le dévouement, la fidélité; aux riches, la charité et la compassion; aux pauvres, la patience et la résignation. Il compatit à toutes les souffrances, il console toutes les peines, il adoucit toutes les douleurs. Des larmes de bonheur coulent de tous les yeux. Ses bienfaits, comme ses paroles, seront gravés dans tous les cœurs. Qui pourra jamais apprécier les heureux résultats des encouragements donnés par le premier pasteur d'un diocèse dans les visites qu'il fait chaque année?
Tout chrétien est obligé de recevoir le sacrement de Confirmation quand il le peut. Nous disons quand il le peut, parce que ce sacrement n'est pas nécessaire au salut comme le Baptême. Le chrétien qui n'aura pu le recevoir ne sera pas exclu du ciel pour ce motif.
Suivant la doctrine du saint concile de Trente, l'Eglise désire avec ardeur que tous ceux qu'elle a régénérés par le Baptême deviennent parfaits par la Confirmation. Le savant pape Benoît XIV, en parlant des personnes qui n'ont pas reçu validement le sacrement de Confirmation, dit que les évêques doivent les avertir qu'elles commettraient une faute grave, si elles négligeaient ou si elles refusaient de le recevoir lorsqu'elles en auront l'occasion. Les fidèles sont donc obligés, sous peine de péché mortel, de recevoir ce sacrement lorsqu'ils le peuvent.
Ecoulez saint Thomas : « C'est l'intention de la nature, nous dit-il, que quiconque naît corporel- Icmenl atteigne son développement complet; mais c'est encore bien plus l'intention de Dieu que tout arrive à sa perfection ; car c'est de lui que la nature elh-même a reçu ce désir, suivant cette parole : Les œuvres de Dieu sont parfaites. Or, l'âme, dont la nature est de naître et de croître spirituellement, est immortelle; et de même qu'elle peut naître à la grâce quand l'homme est déjà vieux, elle peut aussi atteindre à sa perfection quand il est jeune encore, parce que l'âge du corps ne saurait nuire à l'âme. On est donc obligé de recevoir la Confirmation à tout âge.
« Dans l'état militaire, on n'admet pas des personnes de tout âge, de toute forme, de toute condition; on en exclut les esclaves, les femmes, les vieillards et les enfants. Il n'en est pas ainsi quand il s'agit des combats de Dieu : la carrière est ouverte à tout âge, à tout sexe, à toute condition. Il est même permis aux femmes de combattre; et il en est qui se sont distinguées par un courage vraiment viril ; d'autres ne l'ont cédé en rien aux hommes, et d'autres enfin se sont montrées plus vaillantes et plus courageuses que des hommes, comme on peut s'en convaincre par les Actes des Martyrs. Donc on doit donner le sacrement de Confirmation à tous les fidèles, même aux malades et aux moribonds, afin qu'ils ressuscitent dans la perfection de la vie spirituelle. Hugues de Saint- Victor enseigne qu'il est tout à fait dangereux de sortir de ce monde
sans avoir reçu le sacrement de Confirmation, non pas qu'on serait exclu du ciel, à moins qu'on ne l'ait refusé par mépris, mais à cause de la perte spirituelle qu'on fait. »
Les fidèles sont donc obligés de recevoir le sacrement de Confirmation par cette loi fondamentale de leur nature que vous invoquez si souvent, par la loi du progrès, puisqu'il est destiné à donner la plénitude de la vie divine. Semblable au soleil qui resplendit d'une lumière plus vive à mesure qu'il avance dans sa course, le chrétien doit croître et grandir chaque jour en perfection.
La Confirmation a aussi pour but de fortifier le chrétien, de lui donner des armes puissantes pour combattre ses ennemis si nombreux et si redoutables. Ecoutez le prince des apôtres : « Le diable, votre adversaire, tourne sans cesse autour de vous comme un lion rugissant, cherchant quelqu'un pour le dévorer; résistez-lui, forts dans la foi. » N'est-ce pas de la Confirmation que veut parler saint Paul quand il jette ce cri de guerre : « Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez demeurer fermes contre hs embûches du diable. »
Quand nous vous exhortons à la pratique de la vertu, mes frères, vous prétextez qu'elle est au-dessus de vos forces; si vous tombez dans le désordre, vous en accusez votre faiblesse. N'est-ce pas une preuve assez convaincante que vous devez recourir au sacrement que Dieu a préparé pour donner de la vigueur à vos âmes? Le repousser serait lui jeter l'insulte et lui dire : Je ne me soucie de ta grâce et
— 3i6 — de ton secours; je suis faible, il est vrai, et mes passions m'entraînent au mal ; mais peu importe que je perde mon âme et que tu sois offensé! Voyez quelle dérision, quel mépris de Dieu et de ses bienfaits !
Vous me direz sans doute : Ce qui manque aux hommes, c'est l'instruction; montrez-leur tout ce qu'il y a de beau et de noble, inspirez aux jeunes gens le désir de se distinguer par des actions grandes et généreuses, et vous aurez bientôt réformé la société. L'âme de l'homme est un champ fertile de sa nature ; il suffit de le bien cultiver pour lui faire produire les plus beaux fruits. C'est là ce que les honnêtes gens répètent sur tous les tons, comme si l'instruction seule pouvait rendre l'homme vertueux. Mais est-ce que des faits malheureusement trop nombreux ne donnent pas le démenti le plus formel à cette belle théorie? Que sont donc, je vous le demande, ces grands criminels que vos cours d'assises jettent sur l'échafaud ou dans les bagnes? Si vos principes sont vrais, ces scélérats doivent être des ignorants, et les prix de vertu ne peuvent être accordés qu'aux lettrés et aux savants. Mais vos statistiques établissent tout le contraire. Ces hommes que frappe le glaive de la loi sont pour la plupart versés dans toutes les connaissances humaines. L'instruction n'a servi qu'à développer les instincts dépravés de leur nature et à leur faire mieux connaître les moyens de les satisfaire.
Mais un seul fait suffit pour vous convaincre que la vertu n'est pas une conséquence nécessaire de
l'instruction. Il y a dix-huit siècles que parut dans le monde, dans un coin de la Judée, le plus savant, le plus habile et le plus vertueux de tous les maîtres. Pendant trois ans il donna à quelques disciples les plus sublimes leçons de vertu en les fortifiant par la puissance de l'exemple. Cependant arrivent des jours d'épreuves : les plus intrépides lâchent pied et prennent honteusement la fuite; ils se rendent coupables de la plus noire ingratitude. Ce n'est qu'après avoir reçu le Saint-Esprit, c'est-à dire le sacrement de Confirmation, qu'ils deviennent des hommes tout nouveaux, fermes dans la foi et dans la vertu.
Concluons. Tout fidèle qui néglige l'occasion de recevoir le sacrement de Confirmation, ou qui, par mépris ou par respect humain, refuse de le recevoir, pèche gravement, surtout à notre époque, où l'on rencontre tant de difficultés de persévérer dans la vertu. D'où il suit que les parents, les tuteurs, les maîtres et les supérieurs qui ne se mettent pas en mesure pour préparer leurs enfants, leurs domestiques et leurs ouvriers à recevoir le sacrement de Confirmation en temps opportun, se rendent coupables de péché mortel.
Maintenant que vous connaissez vos obligations, remphssez-les, je vous en conjure. Si quelqu'un d'entre vous n'a pas encore reçu le sacrement de Confirmation, qu'il se dispose à le recevoir à la première occasion. Si d'autres l'ont reçu en état de péché mortel, je leur dirai : Ne vous désespérez pas; vous avez commis un grand crime, il est vrai, mais
— 348 -^ Dieu vous offre votre pardon. Ne le refusez pas; et au moment même où le prêtre prononcera sur vous la sentence d'absolution, vous recevrez la rémission de vos péchés et en même temps la grâce de la Confirmation. Amen.
SAINT CLÉMENT, ÉVÊQUE D'aNCYRE.
Saint Clément naquit en la ville d'Ancyrede parents nobles et riches. Il perdit son père quelques jours après sa naissance ; mais sa mère, qui s'appelait Sophie, l'éleva avec le plus grand soin. Sentant sa fin approcher, elle lui dit : « Mon fils, je t'ai donné le corps que tu as^ mais Jésus-Christ t'a engendré par son esprit; reconnais-le pour ton père, et tâche de n'avoir pas en vain ce nom de fils; ne sers que Jésus-Christ et mets en lui toute ton espérance. Quiconque obéit à ce Seigneur surmontera toutes choses , et ne triomphera pas seulement des rois et des tyrans qui adorent les idoles, mais aussi des démons qui parlent en elles. » Elle lui annonce ensuite qu'il sera martyr et lui dit : « C'est à ce coup, mon fils, que je me sépare de toi. Je ne te demande d'autre récompense, pour t'avoir mis au monde et nourri avec tant de soin, que d'être glorifiée en tes membres. Je te prie, ma lumière, ma vie, mes entrailles, que je ne sois point frustrée de mon espérance. Une femme de la nation des Hébreux engendra sept martyrs, mais j'aurai assez de toi pour ma gloire et pour tenir le rang de bienheureuse parmi les autres mères. Je serai séparée de toi de corps, mais mon âme sera unie à la tienne et je me glorifierai en tes travaux. » Puis elle l'embrasse tendrement et lui dit : « Que je suis heureuse de baiser les membres d'un martyr, qui doivent être offerts en sacrifice à Jésus-Christ! »
Après avoir enterré honorablement sa mère. Clément embrassa la vie monastique, prenant Dieu pour père. Une femme nommée Sophie, aussi sainte et aussi noble que sa mère, voulut la remplacer près de lui, et elle en prit soin comme s'il eût été son fils.
il arriva enGalalie une grande stérilité, pendant laquelle Clément recueillait tous les pauvres, les orphelins et les enfants qui se traînaient par les rues tout nus et affamés. Il les habillait et les instruisait, afm de les fortifier dans la foi et l'amour de Jésus-Christ, et la plupart d'entre eux devinrent martyrs. Sophie les traitait tous comme ses enfants. Clément ne vivait que de légume!^; et croissait de jour en jour en sainteté, si bien qu^il fut chargé d'annoncer la parole de Dieu ; puis il fut fait diacre et prêtre.
Elu évêque à l'âge de vingt-deux ans, il prit encore un plus grand soin des orphelins, leur administrait le Baptême et leur enseignait la doctrine céleste, il prenait encore un soin plus particulier des enfants que leurs parents lui amenaient pour les instruire.
L'empereur Maximien le fait comparaître devant lui et essaie de le faire apostasier; mais ses promesses et ses menaces sont inutiles. Il le fait donc attacher à un pieu, et on lui déchire le corps avec des peignes de fer. Les bourreaux lui arrachent beaucoup de chair de ses plaies, de sorte qu'on voyait ses entrailles. Il est si déflguré et si couvert de sang qu'on ne peut le regarder sans compassion. Mais le saint martyr ne s'étonne point, il ne fait entendre ni cri ni plainte, mais il loue constamment notre Seigneur qui le soutient.
De nouveaux bourreaux prennent la place de ceux qui sont épuisés et lui font souffrir de plus cruels tourments; mais il s'y montre insensible. Le tyran s'étonne de sa constance et se trouve vaincu. Il le fait détacher du poteau. On lui a tant emporté de chair qu'il n*a plus la figure d'un homme. Le juge essaie encore une fois de le gagner par de belles promesses. Le saint lui répond qu'il peut éprouver sur lui tout ce qui lui paraît insupportable. Le juge furieux le fait frapper rudement à coups de pierres sur les joues et sur le visage, et saint Clément se réjouit et remercie notre Seigneur. Maximien le renvoie en prison et se détermine à l'envoyer à l'empereur Dioclétien, qui était à Rome, en lui faisant le récit de ce qui s'est passé.
Clément est conduit à Rome et présenté à l'empereur. Ce-
lui-ci, voyant le visage riant du prisonnier et sachant les supplices atroces qu'il a déjà endurés, s'étonne de le voir vivant, et lui fait apporter, d'un côté, de l'or, de l'argent, de riches vêtements et les marques des dignités qu'il lui promet, et d'autre part, des charbons, des lits, des roues et des peignes de fer, avec tous ies autres instruments dont on tourmentait les martyrs; puis, regardant le saint martyr d'un visage doux et riant, il lui offre toutes ces richesses et tous ces biens, s'il veut adorer ses dieux. Clément, jetant un profond soupir, lui répond : « Que vos dieux puissent être confondus et vous avec eux ! » Alors l'empereur lui montre les instruments d^ supplice et lui dit : « Voilà ce que j'ai préparé pour ceux qui blasphèment contre nos dieux. » Clément lui répond : « Si vos tourments sont insupportables, comme vous pensez, et vos dons si précieux et si magnifiques, que sera-ce des dons de Dieu et des châtiments qu'il a préparés pour punir les méchants? » (RiBADENEFRA,)
ir INSTRUCTION.
De la matière et de la forme du sacrement de Coiifiriiiation.
Qui confirmai nos in Christo, et qui unxit nos Deus, et dédit pigmis Spiritu.' in cordibus nostris.
Dieu nous a confirmés en Jésus-Chrisl.
et nous a oints, et nous a donné le gage lia Saint-Esprit dans nos cœurs
(II Cor.. I, 21.;
Ce que nous avons dit sur les dispositions nécessaires pour recevoir les sacrements nous dispense d'entrer dans de longs détails. Outre l'intention, une seule disposition est requise pour recevoir validement la Confirmation, savoir le caractère du Baptême; car c'est par le Baptême que les hommes naissent à la vie surnaturelle et divine, et c'est par la Confirmation qu'ils atteignent la perfection et la plénitude de cette vie : or, ne faut-il pas exister avant de croître? ne faut-il pas être au monde pour grandir?
Tous ceux qui ont été baptisés peuvent donc recevoir la Confirmation, même les enfants et les idiots. Cependant l'Eglise nous avertit qu'il ne convient pas de l'administrer à ceux qui n'ont pas encore l'usage de raison ; car le but principal de ce sacrement est de mettre les fidèles en état de confesser courageusement leur foi, de triompher du
respect humain, des scandales et des railleries du monde. Mais ce n'est qu'à l'âge de raison que ce devoir oblige. On reçoit d'ailleurs ce sacrement avec plus de fruit quand on en connaît l'excellence et les précieux effets.
Les adultes doivent être en état de grâce pour recevoir la Confirmation, puisque c'est un sacrement des vivants, et ils doivent s'y préparer par le jeûne et d'autres œuvres de piété, comme les apôtres se disposèrent à recevoir le Saint-Esprit.
Ce sacrement se confectionne et se confère par l'imposition des mains que l'évêque fait sur le chrétien et par l'onction du saint chrême sur le front, en prononçant les paroles sacramentelles : telle est la matière et la forme de la Confirmation.
L'évêque commence la cérémonie en imposant les mains sur ceux qu'il doit coufirmer, et en récitant en même temps une prière. Si quelqu'un arrivait après cette cérémonie, il ne devrait pas se présenter pour recevoir le sacrement ; mais il faudrait prévenir l'évêque, afin qu'il réitérât cette première imposition pour lui , ou qu'il lui administrât le sacrement en particulier. Il est cependant très-probable que l'imposition essentielle au sacrement est celle que fait l'évêque avec la main sur la tête du confirmand au moment où il fait l'onction.
Cette imposition des mains signifie que Dieu prend possession do sa créature ou du fidèle, qu'il le tient comme dans sa main pour en faire l'instrument de son adorable volonté. Le chrétien doit
— â23 — se regarder comme une victime olïerte à Dieu, et en même temps comme un pontife ou un prêtre qui s'offre lui-même en sacrifice, comme le représentant du Très-Haut, revêtu d'un pouvoir divin, et sur lequel Dieu étend sa protection particulière. Vous tous qui avez reçu le sacrement de Confirmation, soyez donc saints et irréprochables, et conduisez-vous dans le monde aussi dignement que fait dans une cour étrangère l'ambassadeur d'un puissant monarque. La main de Dieu sera continuellement suspendue sur votre tête et vous défendra contre vos adversaires; elle sera pour vous un bouclier impénétrable contre lequel viendront se briser tous les traits de vos ennemis.
Rentrez en vous-mêmes, mes frères, et voyez si vous êtes de véritables victimes offertes à Dieu pour lui rendre le culte qui lui est dû. Dans l'ancienne loi, lorsque le prêtre offrait un sacrifice, il égorgeait d'abord la victime, et la plaçait ensuite sur des charbons ardents pour la consumer. Voyez donc, êtes-vous morts à vous-mêmes , morts au monde et à ses vanités? êtes-vous consumés par le feu de la charité divine? Les forces de votre corps et les puissances de votre âme sont-elles mises en mouvement par la charité? L'oblation de vous-mêmes est-elle entière et complète? Ne restet-il rien de la victime? Toutes vos pensées, toutes vos affections, toutes vos œuvres ont-elles pour but la gloire de Dieu? Avez-vous dans toute votre conduite la gravité du prêtre, la sainteté du pontife, la dignité ou la majesté de l'ambassadeur?
L'onction du saint chrême fait aussi partie de la matière du sacrement de Confirmation. Or, le saint chrême est un mélange d'huile et de baume qui se fait avec la bénédiction de l'évêque. Ces deux choses sensibles et mêlées ensemble montrent la diversité des dons du Saint-Esprit qui nous sont communiqués par la Confirmation. Et certes il eût été difficile de trouver une autre matière plus propre que celle du saint chrême à représenter les effets de ce sacrement. L'huile, qui de sa nature est grasse, coule et se répand facilement, exprime la plénitude de la grâce qui par le Saint-Esprit se répand de Jésus-Christ notre chef sur ses membres, semblable au parfum qui coula sur la barbe d'Aaron et jusque sur ses vêtements; car Dieu a versé l'huile de joie sur son Fils avec plus d'abondance que sur tous les autres, et nous avons tous reçu de sa plénitude.
Le baume, dont l'odeur est très-agréable, signifie la bonne odeur de toutes les vertus que les fidèles doivent répandre partout, après qu'ils sont devenus parfaits par la Confirmation ; ce qui leur permet de dire avec saint Paul : Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ devant Dieu. Une autre propriété du baume est d'empêcher de se corrompre les choses qui en ont été enduites; ce qui explique admirablement la vertu de la Confirmation, dont la grâce préserve aisément les cœurs de ceux qui la reçoivent dignement.
Le saint chrême est consacré par l'évêque, le représentant le plus direct de Jésus-Christ, pour
nous faire comprendre que le saint chrême tire toute sa vertu de cet aimable Sauveur; et saint Cyrille de Jérusalem lui en attribue une si grande, qu'il compare le saint chrême, après sa consécration, au pain eucharistique , et il assure qu'il opère par la présence de la Divinité. « INe vous imaginez pas, dit-il, que ce parfum soit une chose commune. Car de même que le pain de l'Eucharistie, après l'invocation du Saint-Esprit, n'est plus un pain ordinaire, mais le corps de Jésus-Christ même; ainsi le saint chrême n'est plus quelque chose de simple, ou, si vous voulez, de profane, mais un don de Jésus-Christ et du Saint-Esprit, qui est devenu efficace par la présence de la Divinité. »
L'évêque consacre le saint chrême le jeudi saint, le jour anniversaire de l'institution de l'Eucharistie, pour nous rappeler que le sacrement de Confirmation a pour but de nous faire parfaits chrétiens, afin que nous soyons fermes et stables dans la vertu et en état de communier souvent. Ne faut-il pas en effet, pour s'approcher fréquemment de la table sainte, être exempt de péché mortel et de toute affection au péché véniel? Or, comment pourrions-nous, si remplis de misères, si enclins au mal que nous sommes, nous maintenir constamment dans un état aussi parfait, sans être revêtus, comme les apôtres, de la force d'en haut, de la vertu toute puissante du Saint- Esprit?
L'huile, dont l'effet ordinaire est d'adoucir et de fortifier, signifie que le sacrement de Confirma-
lion produit une grâce particulière qui adoucit ce que la loi de Dieu peut avoir de trop pénible, et fortifie la volonté pour l'observer avec courage. Désirez-vous savoir, mes frères, si le Saint-Esprit que vous avez reçu au moment de la Confirmation habite en vous? Examinez s'il produit ces deux heureux effets. Ne trouvez-vous pas trop pénibles l'observation du jeûne et de l'abstinence et la mortification des sens? Ne trouvez-vous pas trop parfaites les vertus prescrites par l'Evangile, le renoncement à sa volonté, le pardon des injures et le crucifiement de la chair? S'il en est ainsi, il est fort à craindre que vous n'ayez chassé le Saint- Esprit de votre cœur.
Cependant Dieu ne vous demande pas ce qui est impossible, c'est-à-dire que vous aimiez à vivre pauvrement et à être accablés d'infirmités ou d'affliclions; car la grâce ne détruit pas la nature. Mais il exige que le courage ne vous fasse pas défaut, quand il s'agit d'observer ces lois si contraires à notre nature dégradée, et que vous sachiez vous élever au-dessus de ses mauvaises tendances. Si vous triomphez de ses répugnances , c'est une preuve que le Saint-Esprit demeure en vous et qu'il vous fortifie par sa présence.
On se sert d'huile d'olive pour faire le saint chrême, autant parce qu'elle est la meilleure que parce que l'olivier, étant toujours vert, exprime mieux la vigueur toujours nouvelle du chrétien confirmé et la miséricorde du Saint-Esprit. L'olivier est aussi le symbole de la paix, et il nous fait
~ 327 — comprendre que le chrétien doit jouir d'une pais profonde, mais en combattant sans relâche ses nombreux ennemis. Or, mes frères, en est-il ainsi de vous? Votre courage est-il constant et votre vigueur toujours nouvelle? Avez -vous combattu avec assez d'énergie vos passions désordonnées pour qu'elles vous laissent jouir aujourd'hui d'une tranquillité parfaite ? Pouvez-vous porter toujours à la main le rameau d'olivier comme symbole de la paix de votre âme ?
Comme le baume empêche la corruption, le saint chrême signifie que le Saint-Esprit nous préserve du péché par sa grâce et nous fait répandre la bonne odeur de Jésus-Christ. Or, cette grâce nous a-t-elle préservés de la corruption du péché '^ Hélas I que de chutes lamentables depuis l'époque où nous avons reçu la Confirmation! Cette grâce n'est-elle pas la même que celle qui a changé les apôtres et en a fait des hommes tout nouveaux, qui leur a fait aimer la pauvreté, le mépris et les souffrances? >''est~ce pas cette même grâce qui a fait les martyrs et leur a donné cette grandeur d'âme qui consternait les bourreaux et convertissait les geôliers? D'oii vient qu'elle n'a point produit en nous les mêmes fruits de vie? Mais en nous elle est tombée dans des cœurs orgueilleux, attachés aux choses de la terre, ou passionnés pour les plaisirs ; les apôtres et les martyrs étaient humbles, pleins de mépris pour les biens de ce monde, zélés pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Au lieu de coopérer à la grâce et de combattre jus-
qu'au sang, nous avons cédé au premier choc, et nous avons rendu les armes.
Quelles n'ont pas été les suites déplorables de notre résistance aux grâces de Dieu? Au lieu d'avoir été la bonne odeur de Jésus-Christ, nous avons répandu une odeur de corruption; au lieu d'être une odeur de vie, nous avons été une odeur de mort. Lorsque les premiers chrétiens répandaient leur sang pour Jésus-Christ, le courage surhumain dont ils étaient animés donnait du cœur aux plus lâches, et le sang des martyrs devenait une semence de chrétiens. Que d'âmes n'aurions-nous pas sauvées, si nous nous fussions montrés supérieurs au respect humain, à la calomnie ou à la peur! Mais, en nous voyant fuir, les autres ont fui avec nous. Reprenons nos armes, et vengeons-nous de nos nombreuses défaites en remportant de glorieuses victoires.
La forme du sacrement de Confirmation consiste dans ces paroles qui accompagnent l'onction : Je te marque du signe de la croix, et je te confirme par le chrême du salut, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Cette forme explique parfaitement la nature et la substance du sacrement; car la puissance de Dieu qui y opère comme cause principale, la force de l'esprit et du cœur qui, par l'onction sainte, est donnée aux fidèles pour leur salut, et le signe dont est marqué celui qui va entrer dans la milice chrétienne, sont clairement exprimés par les paroles que nous venons de rapporter.
L'évêque prend du saint chrême avec son pouce
de la main droite, et, appelant le confirmand par son nom de baptême, il lui fait l'onction sur le front en forme de croix en prononçant les paroles de la forme. Il applique le saint chrême avec le pouce de la main droite pour nous marquer que c'est le Saint- Esprit surtout qui opère dans le sacrement de Confirmation ; car, dans la sainte Ecriture et dans la liturgie, il est appelé le Doigt de la main droite du Père, Digitus paternœ derterœ. Il est ainsi nommé, dit saint Thomas, parce que, comme le pouce est le doigt le plus fort de la main droite de l'homme, ainsi le Saint-Esprit est la plus grande force de la main droite de Dieu, et il ne la déploie que quand il s'agit de communiquer aux chrétiens ce qu'il a de plus précieux, de les protéger et de les défendre d'une manière toute spéciale ; ce qui veut dire que dans le sacrement de Confirmation Dieu déploie sa toute-puissance pour remplir notre âme de l'abondance de ses grâces, pour l'environner de sa protection comme d'un rempart inexpugnable.
L'évêque fait Tonction en forme de croix pour nous rappeler que toutes les grâces que nous recevons de Dieu nous ont été méritées par notre Seigneur Jésus-Christ en mourant sur la croix. Le voyez-vous élevé entre le ciel et la terre, et les bras étendus pour embrasser tous les peuples dans la tendresse de sa miséricorde? De son cœur ouvert par une lance il coule de l'eau et du sang pour purifier le monde. Ce divin cœur est comme un océan sans fond ni rives qui renferme la plénitude des
grâces, et par cette large plaie elles coulent sur toute l'Eglise, au moyen des sacrements, qui en sont les mystérieux canaux.
L'évêque fait cette onction sur le front et en forme de croix pour nous avertir que nous devons nous glorifier dans la croix de Jésus-Christ, professer ouvertement notre foi, nous armer d'une sainte hardiesse contre tout ce qui pourrait nous détourner du service de Dieu, et ne jamais rougir de vivre en chrétiens. Vous faites un acte de piété; l'on se moque de vous, et le rouge vous monte au front, parce que c'est sur le front que se reflète la lâcheté et la faiblesse. Il convenait donc, dit saint Thomas, de faire l'onction sur le front, puisque le but de la Confirmation est de communiquer au chrétien le courage qui l'empêche de rougir de sa foi. Enfin, le signe de la croix étant pour lui un bouclier et un signe de ralliement, il devait être visible à tous, par conséquent imprimé sur le front.
L'onction étant faite, l'évêque donne un léger soufflet au confirmé en lui disant : La paix soit avec vous, pour lui rappeler qu'il doit être prêt à souffrir toutes sortes de mépris, d'outrages et d'humiliations pour Jésus-Christ, et que ce n'est qu'à cette condition qu'il jouira de la véritable paix.
Les Romains affranchissaient leurs esclaves en leur donnant un léger soufflet. Le soufflet donné par l'évêque au confirmé lui rappelle qu'il deviendra libre en recevant une abondance de lumière et de force. D'où vient l'esclavage, sinon de la faiblesse d'intelligence et de volonté? Le chrétien qui
meurt pour ne pas renier sa foi est supérieur au tyran qui le torture ; car il ne relève que de Dieu, et le tyran est l'esclave de ses passions.
Pourquoi ètes-vous si souvent les esclaves du respect humain? Par faiblesse d'intelligence et de volonté. Vous n'avez pas ces convictions fortes et inébranlables, fruit d'une étude approfondie de la religion, d'une connaissance solide des preuves qui démontrent sa divinité; la moindre objection vous déconcerte. Le courage vous fait défaut, parce que vous n'avez pas conservé la grâce du sacrement de Confirmation. L'évêque vous avait affranchis, et vous êtes retombés dans l'esclavage, et vous portez le châtiment de votre apostasie; au lieu de cette paix qui faisait les délices de votre cœur, le remords le tourmente et le déchire sans relâche.
Les confirmés portaient autrefois pendant huit jours un bandeau de toile blanche placé sur leurs fronts; le huitième jour, ils se rendaient à l'église, les prêtres le leur étaient et leur essuyaient ensuite le front. C'était pour les avertir de conserver avec le plus grand soin l'onction intérieure de la grâce.
On donnait aussi aux confirmés des parrains et des marraines pour rendre témoignage de leur foi et de leur conduite, pour les former comme de nouveaux athlètes à la milice de Jésus-Christ; car on donne des maîtres d'armes à ceux qui apprennent le métier de la guerre.
Enfin l'évêque termine la cérémonie en récitant une prière pour les confirmés et en leur donnant sa bénédiction .
Vous souvenez-vous, mes frères, d'avoir reçu un léger soufflet de l'évêque quand il vous a confirmés? Il ne le semble pas. Quand nous vous exhortons à vous montrer fidèles à tous vos devoirs de chrétiens, à faire partie d'une association ou d'une pieuse confrérie, vous nous répondez aussitôt que vous vous compromettriez, qu'on se moquerait de vous, et vous tremblez d'effroi. Mais pourquoi donc avez-vous reçu un soufflet à la Confirmation?
Quand nous exhortons vivement les filles et les femmes chrétiennes à observer les règles de la simplicité et de la modestie dansleurs vêtements, elles avouent que nous avons raison ; mais elles ajoutent aussitôt qu'elles sont obligées de suivre les modes, sous peine de passer pour ridicules : c'est-à-dire qu'elles consentent à pratiquer la vertu lorsqu'elle ne leur coûtera rien. Qu'auriez-vous donc fait dans les premiers siècles de l'Eglise, à cette époque où être chrétien et être martyr était une même chose? Est-ce ainsi qu'ont raisonné saint Justin, saint Laurent, saint Maurice et ses compagnons, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Cécile, sainte Catherine, sainte Agathe, et tant d'autres? Avez-vous oublié ce que Jésus-Christ répondit à saint Pierre qui le détournait d'aller à Jérusalem, de peur d'y être mis à mort? « Retire-toi, Satan; tu ne goûtes point les choses de Dieu, mais les choses du monde. » Voulez-vous qu'il vous applique un reproche aussi sanglant? Quand Pierre l'Ermite et saint Bernard exhortaient nos pieux ancêtres à prendre les armes et à voler au secours des chrétiens d'Orient, ont-ils
répondu : Mais c'est un voyage trop long et trop pénible ; nous allons compromettre notre santé, notre bourse, notre vie même. Les entendez-vous s'écrier tous d'une voix : Dieu le veut! Dieu le veut! N'étes-vous donc pas, mes frères, les descendants des martyrs et les fils des croisés? Elevez donc vos pensées au-dessus des misérables intérêts de cette vie; montrez au monde que vous avez reçu le sacrement de Confirmation, et que vos poitrines renferment des cœurs généreux et intrépides qui savent mourir et ne se rendent jamais. Amen.
GLORIEUX COMBATS DE SAINT CLÉMENT D'aNCYRE
Dioclélien, indigné de la réponse de Clément, le fit attacher à une roue que les bourreaux tournaient impitoyableraentj et ils le battaient avec des verges. Quand la roue le traînait par terre, elle lui brisait les os, et lorsqu'elle le relevait en haut, les bourreaux le fouettaient sans pitié. Ce saint évêque eut recours à notre Seigneur et le supplia de le fortifier pour sa gloire et la confession de son saint nom et pour la confusion de ses ennemis, et de le rendre capable de souffrir encore de plus grandes douleurs pour l'amour de lui. Aussitôt le mouvement de la roue cesse, les cordages se délient, et le martyr se trouve en parfaite santé. Frappés de ce prodige, plusieurs Romains se convertissent. Le saint remercie Jésus- Christ, prophétise la fin de riclolàtrie et annonce que les empereurs iront faire la révérence à ceux qui sont morts pour Jésus-Christ.
Dioclétien, plein de ra^'e, ordonne qu'on lui déchire la bouche avec des pointes de fer ; on lui casse les mâchoires et l'on ébranle toutes ses dents. Mais le martyr continue à parler avec la même liberté, et les bourreaux ont beau lui dire de se taire, il parle toujours et même plus fort. L'empereur le
renvoie en prison, et tous ceux qui se sont convertis et qui s'y trouvent viennent le trouver, se prosternent à ses pieds et lui dennandent le Baptême. Il les baptise, ainsi que leurs enfanis.
Bientôt une clarté divine apparaît, et un homme au milieu avec un visage riant et une robe brillante. Il s'approche de saint Clément et lui met entre les mains un pain et un calice ; puis il disparaît, laissant les spectateurs dans l'étonnement. Clément célèbre la sainte Messe et donne la sainte communion à tous ceux qu'il a baptisés. Tout le peuple court à la prison, et le nombre des fidèles s'augmente au point d'en faire une église. Les geôliers avertissent l'empereur de ce qui se passe, et Dioclétien fait saisir et exécuter tous ces chrétiens avec leurs enfants. Il n'en reste qu'un seul, nommé Agatange, qui sera désormais le compagnon inséparable de saint Clément.
Le tyran fait appUquer le saint à un autre tourment : il le fait tirer par plusieurs hommes, chacun de son côté, tandis que quatre bourreaux le frappent avec des nerfs de bœuf. Clément endure ce tourment avec une admirable constance, et l'empereur ordonne qu'on cesse de le frapper, qu'on l'attache à un poteau et qu'on déchire sa peau avec des griffes de fer, jusqu'à ce qu'il ne reste que les os. Après ce supplice, le martyr, regardant son corps, dit au tyran : a Ce n'est pas là mon corps que tu déchires, car je ne souffre pas quand on le tourmente ; le corps que la nature m'a donné est consommé par les supplices ; ce corps neuf que tu tortures m'a été donné par Jésus-Christ, et quand il sera détruit, il m'en donnera un autre. »
A ces paroles, l'empereur ordonne qu'on le brûle avec des torches ardentes, et elles sont si agréables au martyr qu'elles l'éclairent sans le brûler. Dioclétien admire sa force; mais, pour ne point s'avouer vaincu, il l'envoie à Maximien pour le tourmenter de nouveau et voir s'il le vaincra. De Rome Clément part pour Nicomédie, où demeure Maximien, et tous les fidèles qui peuvent le suivre l'accompagnent en pleurant, se prosternent à ses pieds, lui demandent sa bénédiction, se
frotlenl avec son sang, le touchent avec une grande dévotion, et ne peuvent se séparer de cet homme admirable qui est plus dur que le fer dans les tourments.
Le saint s'embarque, et Agatange entre secrètement et se cache dans le navire; puis, quand il en trouve l'occasion, il se jette aux pieds du martyr, lui fait connaître qui il est. comment le saint l'a baptisé dans la prison, et lui dit que, poussé par une inspiration divine, il vient pour l'accompagner en son martyre. Le saint est vivement touché ; il remercie notre Seigneur de lui avoir envoyé ce compagnon, et le supplie de le fortifier pour supporter les travaux qui l'attendent. Ils font tous deux une longue prière, étant encore à jeun ; car ils nourrissent leurs âmes du pain vivant et de l'eau de la grâce. Les soldats et les matelots, pleins de compassion pour eux, leur offrent à manger; m.ais ils ne veulent rien prendre, et ils leur disent qu'ils attendent des vivres de DieU; qui les leur fournit abondamment parle ministère des anges.
Ils prennent terre dans Pile de Rhodes, et Tévêque, nommé Photin, vient les trouver avec plusieurs fidèles, leur offre des vivres et supplie le martyr de célébrer les saints mystères. Pendant le sacrifice, on voit un brasier ardent sur l'autel et des anges qui voltigent autour. Les assistants se prosternent la face contre terre ; ils ne peuvent soutenir l'éclat de cette splendeur. Ce miracle attire plusieurs infidèles avec leurs enfants et beaucoup d'infirmes. Clément les guérit par l'imposition des mains, et ouvre les yeux à beaucoup d'infidèles qui se convertissent.
Iir INSTRUCTION.
Du clou de crainte de Dieu.
Initium sapienliœ limor Doniitu .
La crainte du Seigneur esi le commencement de la sagesse.
(PSAL. CI, 10.)
Ce qui est propre au sacrement de Confirmation, mes frères, c'est de perfectionner la grâce du Baptême; car ceux qui sont devenus chrétiens par le Baptême ressemblent à des enfants nouveaux nés, et ils ont la légèreté et la faiblesse de cet âge ; mais par le sacrement du saint chrême ils deviennent plus robustes contre les suggestions de la chair, du monde et du démon, et leur âme est confirmée tout à fait dans la foi pour confesser et glorifier le nom de notre Seigneur Jésus-Christ ; car c'est de ce sacrement qu'ils tirent leur propre nom de chrétiens.
Il ne confirme pas seulement la grâce, mais il l'augmenlc encore. Le Saint-Esprit, qui descend sur les eaux du Baptême pour leur communiquer une vertu vivifiante, donne la plénitude de la grâce pour l'innocence dans le Baptême; mais dans la Confirmation il donne l'augmentation par la grâce, et il ne l'augmente pas seulement, mais il l'augmente d'une manière admirable; ce qui est trèsbien exprimé dans l'Ecriture par le terme de vête-
ment dont se sert Jésus-Christ en disant à ses apôtres : Demeurez ici jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut; c'est-à-dire que la grâce de la Confirmation est tellement abondante qu'elle environne le fidèle de toutes parts et l'enveloppe comme d'un large vêtement.
Pour en comprendre toute l'efficacité, il faut considérer ses merveilleux effets sur les apôtres. Avant la passion et au moment même de la passion, ils sont tellement faibles et lâches, qu'ils prennent tous la fuite lorsque les Juifs se saisissent de Jésus-Christ. Pierre lui-même, qui avait été désigné pour être la pierre et le fondement de l'Eglise, et qui avait donné si souvent des preuves non équivoques de la fermeté et de la grandeur de son âme, épouvanté à la voix d'une pauvre servante, il nie, non pas une fois ou deux, mais il nie trois fois qu'il soit le disciple de Jésus-Christ ; et, après la résurrection, tous se tiennent cachés par crainte des Juifs. Mais, le jour de laPentecôte, ils sont tous remplis d'une si grande force, qu'ils s'en vont courageusement et librement prêcher la doctrine de l'Evangile qui leur avait été confiée, non pas seulement dans la Judée, mais dans le monde entier, bien persuadés qu'ils ne peuvent avoir de plus grand bonheur que d'être trouvés dignes de souffrir les mépris, les prisons, les tourments et la mort même pour le nom de Jésus-Christ. [Catéchisme du concile de Trente.)
La Confirmation communique le Saint-Esprit avec l'abondance de ses dons. Or, le prophète Isaïe
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naus fait connaître ses dons en l'appelant l'Esprit de sagesse et d'intelligence, l'Esprit deconseiletde force, l'Esprit de science et de piété , et l'Esprit de la crainte du Seigneur.
Z' Les sept dons du Saint-Esprit sont appelés rayons de feu, parce que le Saint-Esprit d'où ils rayonnent s'en sert comme d'un foyer d'amour pour faire ses diverses opérations dans les âmes : il abaisse les esprits orgueilleux par le don de crainte; il amollit les endurcis par le don de piété ; il éclaire les ténébreux par le don de science; il donne la fermeté aux esprits faibles et flottants par le don de force ; il redresse ceux qui s'égarent par le don de conseil ; il polit les grossiers et les bruts par le don d'intelligence, et enflamme ceux qui sont froids par le don de sagesse : de sorte que le Saint-Esprit nous communique par ces dons la lumière des vraies connaissances et les ardeurs de la charité divine ; et ce sont là les deux plus grands biens et les deux plus riches dons qu'il lui soit possible de nous accorder ici-bas, pour nous faire goûter par avance la félicité de Dieu, qui nous est promise. (S. Bonav., lib. De Septem DoniSt c. 2.) '" Les dons du Saint-Esprit sont des perfections surnaturelles destinées à nous faire pratiquer plus facilement et plus parfaitement les vertus chrétiennes. Mais dans quel ordre correspondent-ils à ces vertus? Nous n'avons rien de certain à cet égard ; il nous semble néanmoins qu'il existe des rapports assez frappants entre les dons et les vertus, do la manière suivante : le don de crainte de
Dieu perfectionne la tempérance; celui de force, la vertu de force ; celui de piété, la justice ;celuide conseil, la prudence; celui d'intelligence, la foi; celui de science, l'espérance, et celui de sagesse, la charité.
Commençons par le don de crainte. Il ne s'agit pas ici, vous le comprenez, mes frères, de la crainte servile qui nous fait éviter le péché par la seule crainte du châtiment. D'où viennent les rapports du serviteur à son maître? De l'autorité du maître sur son serviteur, parce qu'il le tient pour ainsi dire sous sa main et en dispose à son gré. Mais les rapports du fils au père suivent l'ordre contraire, et vont du fils au père, auquel le fils se soumet par un amour vraiment filial ; et c'est de là que vient la crainte filiale, la plus parfaite de toutes. Cependant toute crainte, il faut bien l'avouer, vient de quelque amour, puisque nous ne craignons le mal que parce qu'il est contraire à ce que nous aimons. Nous craignons la pauvreté parce que nous aimons les richesses ; nous craignons les mépris parce que nous aimons la gloire. Un père craint tout ce qui peut nuire à son fils, parce qu'il aime son fils. « Quiconque est arrivé à la perfection de l'amour de Dieu, doit avoir atteint le degré le plus parfait de la crainte que produit, non la peur du châtiment ni le désir de la récompense, mais la grandeur de l'amour, comme celui qu'un bon fils éprouve pour le plus tendre des pères, un frère pour son frère, un ami pour son ami, une épouse aimante et chaste pour un époux plein d'amabilité ;
— 3i0 — li lui inspire la plus vive crainte, non des cbâlimenls ni des reproches, mais de l'offense la plu& légère qu'il pourrait commettre contre l'objet aimé ; et dans toutes ses actions et dans toutes ses paroles, il est toujours sur ses gardes pour conserver aussi vive la flamme de son amour. » (Cassien, Collât., XI, c. 13.)
C'est cette crainte filiale que nous considérons comme un des sepldons du Saint-Espril,parcequ elle est inséparable de la charité qui en est le principe et la vie. Elle communique à Tâme la soumission, en lui inspirant une grande vénération pour Dieu, en lui faisant craindrede l'offenser et de se soustraire à son obéissance. La crainte filiale est donc le premier don du Saint-Esprit, puisque les autres le supposent et que c'est par lui qu'on arrive aux autres. /^ La crainte de Dieu est le commencement de la ' sagesse ; ainsi le premier échelon pour monter jusqu'à la hauteur de la sagesse est le don de crainte de Dieu. « L'âme commence à goûter Dieu, dit saint Bernard; quand elle commence à le craindre. Vous craignez la justice de Dieu, vous redoutez son pouvoir ; le Dieu juste et puissant vous est donc savoureux, caria crainte est une espèce de saveur. <Jue si la crainte est une espèce de saveur, elle ébauche assurément la sagesse dans l'homme, parce que, comme la science rend l'homme savant, et comme les richesses le font riche, ainsi la connaissance savoureuse le rend sage. La connaissance prépare nos esprits aux grandes affaires ; mais comme la vanité se ghsse aisément dans nos con-
naissances, si la crainte ne s'y oppose, la crainte «stle commencement de la sagesse, parce qu'elle s'oppose à la sottise. » (Serm. 23 in Canticum.) -
La crainte filiale est le premier des dons du Saint- Esprit, la première des grâces de Dieu, la mère et la gardienne de toutes les vertus, parce que rien ne peut nous séparer de Dieu que le péché. Or, la crainte nous rend soumis à la majesté infinie de Dieu et bannit loin de nous le péché; elle nous dispose ensuite à la réception des dons célestes et à l'acquisition de toutes les vertus. La crainte chasse l'orgueil, le premier de tous les vices, la cause de tous nos maux, et plante sur ses ruines la vertu d'humilité, la source de tous les biens et de toutes les faveurs divines. La crainte est la première à s'armer contre la négligence; elle prend le bouclier et l'épée pour se défendre contre elle et la jeter par terre ; c'est elle qui donne à l'âme ses terreurs salutaires, qui la font rentrer en elle-même pour examiner attentivement ce qui s'y passe ; c'est elle qui la réveille de son assoupissement, lui fait ouvrir les yeux et se mettre en devoir d'exécuter tout et de ne manquer à rien.
La crainte de déplaire à Dieu vous servira, mes frères, de ceinture pour arrêterles pensées de votre cœur, de frein pour modérer et diriger votre langue, d'éperon pour aiguillonner votre volonté et de règle pour ne vous écarter en rien de la ligne de vos devoirs. Celui qui craint Dieu ne néglige rien, mais il accomplit sa volonté même dans les petits détails. Craindre Dieu est la racine de la sagesse. « Si vous
vous tenez constamment dans la craiatedu Seigneur, votre maison ne tombera pas de sitôt en ruines. » (Eccli., I, 27.) « La crainte du Seigneur est la gloire, l'honneur, la joie et la couronne de l'allégresse. »(Ibid., VII, 19.)
Si vous possédez la crainte de Dieu, elle produira en vous trois principaux effets.
P Elle vous inspirera une retenue parfaite et une composition très-modeste, qui tiendra votre âme devant Dieu dans un profond respect et un saint tremblement, comme les séraphins qui s'inclinent avec une sainte frayeur devant l'infinie majesté de Dieu. Telle était la disposition de l'âme de Jésus- Christ quand il se prosternait devant son Père. C'est ainsi qu'elle s'humilie encore dans un grand respect en présence de la Divinité. Voyez-le au jardin des Oliviers, le divin Sauveur, prosterné la face contre terre; il voudrait s'anéantir, parce que, infiniment plus éclairé que nous, il avait de la majesté de Dieu la plus haute idée.
Abraham était pénétré de ce respect religieux lorsqu'il reçut la visite de trois anges qui lui apparurent sous la figure de trois jeunes hommes ; il prépare lui-même tout ce qui est nécessaire pour les bien recevoir, et il se tient debout sous un arbre pour les servir. Un si grand personnage, un patriarche si illustre, si recommandable par tant d'actions héroïques, un si vénérable vieillard, âgé de près de cent ans, .se tenir debout comme un domestique pour servir trois jeunes gens assis et mangeant à sa table, quel merveilleux respect !
— 3i3 — Et, après le repas, il adresse la parole à l'un d'eux en disant : « Je prendrai la hardiesse de parler à mon Seigneur, bien que je ne sois que cendre et poussière. »
Saint François de Sales était si respectueux envers Dieu, qu'il ne récitait jamais ses prières assis ou appuyé à quoi que ce fût, mais toujours à genoux ou debout et la tète découverte. S'il était en voyage, il s'arrêtait, il descendait de sa monture, quand la faiblesse de sa santé l'obligeait à s'en servir; et un jour que la pluie le surprit dans ce saint exercice, il resta immobile et continua sa prière avec la même gravité, sans s'inquiéter que ses vêtements étaient tout détrempés d'eau qui pénétrait tout son corps.
Le Seigneur a dit : « Sur qui arrèterai-je un regard favorable, si ce n'est sur celui qui s'humilie devant moi, qui connaît sa misère et sa pauvreté, qui tremble de respect en ma présence et entend mes paroles avec un saint frémissement? » (Isaïe,
LXYI, 20.)
Le don de crainte inspire aussi un grand respect pour l'homme, parce qu'il est l'image de Dieu, et qu'on voit reluire sur son front les traits de la gloire ftde la majesté de Dieu. D'ailleurs, Dieu lui-même ne traite-t-il pas l'homme avec le plus grand respect?
2° Si vous possédez le don de crainte de Dieu, vous aurez une viveappréhension de l'offenser, une extrême aversion pour tout péché, et le plus grand soin de fuir toutes les occasions du péché. Vous
ne craindrez rien tant que le péché, vous l'aurez en horreur ; vous aimerez mieux vous jeter dans les flammes et dans tous les tourments de l'enfer que de commettre un seul péché. Combien de femmes et de filles chrétiennes se sont exposées aux plus cruels supplices plutôt que de se rendre coupables d'un seul péché ! Combien d'entre elles, exposées dans l'amphithéâtre à la fureur des tigres et des lions, étaient moins occupées des souffrances horribles que leur faisaient endurer les bêtes féroces que du soin de se couvrir de leurs robes en lambeaux, pour ne pas blesser la pudeur même in; volontairement?
3° Si vous avez ce don du Saint-Esprit, vous concevrez le plus vif regret des fautes les plus légères; vous serez honteux d'avoir offensé Dieu, vous ne comprendrez pas comment vous avez pu vous oublier jusqu'à ce point, et vous voudriez expier vos fautes par l'effusion de votre sang. C'est à peine si vous oserez encore lever les yeux; il vous semblera voir toutes les créatures vous reprocher votre ingratitude. Supposons qu'une dame de qualité se rend coupable d'infidélité envers son mari; celuici, irrité d'un pareil outrage, la bannit de sa présence et la renferme dans un lieu obscur de son château pour y passer le reste de ses jours dans les regrets et les larmes. De temps à autre il l'eu fait sortir pour venir s'asseoir à sa table, manger avec lui et boire dans une coupe qui lui rappelle son crime. Qui pourrait peindre sa douleur, exprimer sa confusion en présence de son mari, et le regret
d'avoir si mal répondu à sa vive affection? C'est l'image du chrétien qui craint Dieu ; et tels étaient ces admirables pénitents de la Thébaïde, brisés de repentir, accablés sous le poids de leur douleur, demandant sans cesse pardon à Dieu avec des soupirs, des sanglots et des cris si lamentables qu'ils auraient attendri des rochers. Ils ne se nourrissaient que d'un peu de pain noir et grossier, mêlé avec de la cendre et de la poussière, et un peu d'eau mêlée à leurs larmes ; ils n'avaient plus que la peau sur les os.
Le don de crainte perfectionne la vertu de tempérance. En eifet, la tempérance est une vertu chrétienne qui nous fait renoncer aux plaisirs défendus et user avec modération des choses permises. Or, si vous avez le don de crainte, vous considérerez les créatures comme appartenant à Dieu seul ; vous vous persuaderez que vous ne devez en user qu'autant qu'elles vous sont nécessaires pour atteindre votre fin. Aller au-delà vous semblerait une injustice, d'autant plus qu'ayant offensé Dieu, vous ne vous regarderez plus que comme de grands coupables indignes de vivre, comme des galériens qui doivent se contenter d'une nourriture grossière, et en si petite quantité qu'il n'y ait tout juste que ce qu'il faut pour ne pas les laisser mourir de faim.
Voyez au contraire les chrétiens qui ont perdu le don de crainte de Dieu; voyez-les réciter leurs prières ou assister aux offices divins : ils sont légers et dissipés ; ils regardent de tous côtés et conversent avec les premiers venus. Vous croiriez qu'ils
s'occupent d'affaires sur une place pubHque ; ils parlent à Dieu avec moins de respect qu'à des acheteurs ou à des vendeurs, à leurs parents ou à leurs amis. Leur familiarité envers Dieu les conduit insensiblement à l'insolence et au mépris. Ils ont peur de Dieu et de tout ce qui leur rappelle la pensée de Dieu; ils ont peur de ses jugements; ils détournent leurs regards du ciel pour les reporter sur la terre ; ils évitent tout ce qui serait de nature à les faire rentrer en eux-mêmes. Pour s'arracher à cette pensée de Dieu qui les tourmente, les trouble et les épouvante, quoiqu'ils aient l'air de ne rien craindre, ils se livrent corps et âme aux affaires matérielles, à la dissipation et aux plaisirs.
^ Bientôt ils méprisent aussi les hommes, qui ne sont plus pour eux des frères bien-aimés, mais des compétiteurs et des rivaux. Leur unique soin est de les dominer, d'exercer sur eux une tyrannie d'autant plus injuste et révoltante qu'ils sont plus petits par l'intelligence et par le cœur. Ils les regardent avec dédain, leur parlent avec hauteur et les traitent comme des esclaves. Malheur à ceux qui vivent sous leur dépendance! L'épouse est humiliée et avilie, les enfants maltraités ou mal élevés, les domestiques abrutis ou indignement exploités, les ouvriers injustement trompés ou dupes de leur bonne foi. En un mot, ils se font dieux, et il faut brûler de l'encens devant l'idole. " Aux yeux de tels chrétiens, le péché est tout au plus un accident, une faiblesse, une imperfection.
Us se jettent dans tous les désordres et ne savent plus rougir. Quelquefois même ils se glorifient de leurs crimes et de leurs turpitudes; ils sont tombés au fond du précipice. Au lieu de respecter les créatures, ils les déshonorent en les faisant servir à leurs caprices ou à leurs passions criminelles. Ils ressemblent à ces insectes qui souillent tout ce qu'ils touchent, et qui laissent partout des traces de leur passage.
Pour concevoir de Dieu une crainte filiale, ayez d'abord recours à l'esprit de méditation. Dites-vous souvent : Me voilà en présence de ce grand lieu qui d'une parole, d'un signe de sa volonté, a tiré l'univers du néant, lequel y retomberait à l'instant si la main toute puissante qui le soutient se retirait; tous les anges se prosternent devant lui et se couvrent de leurs ailes, ne pouvant soutenir l'éclat de sa majesté. Ecoutez le Roi-Prophète : « Dans ma tribulation, j'ai crié vers mon Dieu, et il a entendu ma voix. Alors la terre a été ébranlée et a tremblé : les fondements des montagnes ont été épouvantés, parce que le Seigneur était en colère contre eux. La fumée s'est élevée dans sa colère, le feu s'est allumé en sa présence, les charbons ont été embrasés. » [Psal. XVII.)
N'oubliez jamais que Dieu est infiniment saint et souverainement juste. Comment pourrez-vous soutenir son regard plus terrible que la foudre, quand il faudra paraître devant lui, vous, misérables pécheurs, qui vivez dans l'oubU de tous vos devoirs de chrétiens? Tous souvenez-vous avec quelle se-
vérité il a traité les anges rebelles, coupables d'un seul péché d'orgueil; comment il a chassé de l'Eden nos premiers parents pour lui avoir désobéi? Dépouillés de la grâce et de tous les dons surnaturels, ils furent condamnés à tous les maux. Considérez tous les désordres, toutes lés peines, toutes les souffrances, tous les crimes, toutes les guerres qui ont affligé le genre humain; ce sont les suites du péché. Contemplez le Sauveur Jésus portant sa croix, épuisé par la flagellation, le front ensanglanté par la couronne d'épines, et méditez ses paroles : « Femmes, pleurez sur vous et sur vos enfants; car si l'on traite ainsi le bois vert, que ferat-on du bois sec? » Si celui qui est la sainteté même subit des tourments aussi cruels, parce qu'il a les apparences du péché, que seront les supplices des pécheurs eux-mêmes? Considérez ce grand jour où toutes les générations paraîtront devant le souverain Juge pour y entendre prononcer leur sentence, leur jugement définitif, et portant écrites sur leur front toutes leurs œuvres et toutes leurs pensées. Considérez souvent ce lieu d'horreur où seront tourmentés à jamais les ennemis de Dieu. Pénétrés de ces grandes vérités, vous servirez Dieu dans un respectueux tremblement.
N'oubliez pas surtout de demander à Dieu cette crainte salutaire : c'est un don du Saint-Esprit; lui seul peut vous le communiquer. Dites-lui donc souvent avec le prophète : « Pénétrez ma chair et mes os de votre crainte, afin que je garde toujours le respect que je vous dois. Faites qu'elle m'environne
comme d'un vêtement, afin que le péché ne puisse entrer dans mon âme. » Amen.