‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 20 sur 28 · SUITE DES GLORIEUX COMBATS DE SAINT CLÉME5T · texte numérisé non relu

SUITE DES GLORIEUX COMBATS DE SAINT CLÉME5T

Clément et Agatange poursuivirent leur navigation jusqu'à Nicomédie, où était Maxiraien. Saciiant ce que le martyr a déjà souffert et regardant son maintien, sa force et sa gaîté, le tyran n'ose rien entreprendre seul, de peur d'être vaincu; il s'excuse sur les occupations de la guerre et remet l'affaire au président Agrippin, qui lui demande s'il s'appelle Clément. Le martyr lui répond qu'oui^, et il ajoute qu'il est serviteur de Jésus-Christ. Agrippin ordonne aux soldats de le souffleter, et lui dit qu'il s'appelle serviteur des empereurs et non pas de Jésus-Christ.

Il interroge aussi Agatange, qui lui répond : « Je suis chrétien par la grâce de Dieu, et par le ministère de Clément, serviteur de Jésus-Christ, j'ai acquis ce bienheureux nom. » Le juge commande qu'on élève Clément en l'air pour le battre et lui couper les membres, et qu'Agatange soit cruellement fouetté de nerfs de bœuf. Après ces tourments, il les renvoie en prison, et fait préparer au théâtre, pour le lendemain, différentes espèces de bêtes féroces pour les dévorer.

Mais dans la prison ils ne cessent de prier; les anges leur apparaissent, les consolent et les encouragent au martyre. A cette vue, les autres prisonniers se jettent aux pieds des saints et les prient de leur faire connaître Jésus-Christ et de trouver bon qu'ils le confessent aussi. Ils les instruisent donc jusqu'à minuit, les purifient par le Baptême et les confirment dans ia foi; puis Clément, par sa prière^ ouvre la porte de la prison et renvoie tous les prisonniers, qui s'en vont pleins de joie ; il demeure seul avec son compagnon.

Le jour venu, on les expose aux bêtes, mais elles ne leur font aucun mal; elles les regardent amicalement et leur lèchent les mains et les pieds. Le tyran, plus cruel que ces bêtes féroces, fait apporter de longues alênes ardentes qu'il

leur fait enfoncer eulre les doigts jusqu'au poignet de la main, et d'autres sous les aisselles qui traversent jusqu'aux épaules. Le peuple, voyant cette cruauté et admirant la vertu des saints, lance des pierres contre le tyran et s'écrie ; a Que le Dieu des chrétiens est grand ! » Le juge s'en fuit, et les martyrs se retirent en un lieu de sûreté, sur une montagne ; mais le tyran finit par les trouver. Il les fait étendre sur une table de pierre, leur fait briser les os avec des leviers, et, après les avoir ainsi moulus et brisés, il les fait mettre dans des sacs et attacher à une grosse pierre, puis ou les roule jusque dans la mer qui battait au pied de la montagne.

Les martyrs restent longtemps sous l'eau, puis on les voit reparaître et flotter vers le bord. Là, on les détache, et leurs membres et leurs corps sont sains et entiers. Vers minuit, notre Seigneur leur envoie ses anges pour les rafraîchir de leurs travaux et leur porter des vivres. De là ils retournent à la ville, racontant les merveilles de Dieu, qu^ils remercient de tout leur cœur.

Maximien, ayant appris tout ce qui s'est passé, les renvoie à Ancyre, et charge Curie, son président, de les tourmenter plus que jamais. Celui-ci fait rougir une broche au feu et la leur enfonce dans le corps par-dessous les aisselles; puis on les attache à des pieux et on les frappe cruellement de tous côtés. Le tyran fait encore chauffer un casque tout rouge et le fait poser sur la tête de saint Clément. Aussitôt la fumée de la chair grillée sort par la visière, et le saint, jetant un soupir, fait à Dieu cette prière : « Envoyez-moi, Seigneur, une goutte de votre rosée, et, puisque vous nous avez retirés de l'eau, délivrez-nous encore du feu et nous rafraîchissez. » Le fer se refroidit peu à peu, et ceux qui frappent Agatange n'en peuvent plus. Epouvanté de tout ce qu'il voit, le tyran les renvoie en prison, et sainte Sophie, qui avait adopté Clément pour son fils, vient le trouver ; elle l'embrasse et arrose de ses larmes son visage, ses mains et ses membres sacrés qui ont tant souffert pour l'amour de Jésus-Christ. Elle le prie de lui raconter ses combats et les victoires qu'il a remportées. Pendant qu'il lui en fait le récit, elle nettoie avec des linges

le sang et les plaies du saint; puis elle lui présente quelque nourriture.

Le juge, désespérant de pouvoir vaincre les martyrs, charge Domitius d'achever leur procès. Mais Sophie ne peut se séparer de ceux qu'elle tient embrassés dans son cœur, et elle vient gaîment avec tous ceux qui ont été instruits et baptisés par saint Clément. Maximien, Tayant appris, ordonne que, si ces Ijommes quittent Clément, on les laisse aller en liberté et on ne leur fasse aucun mal. Mais les soldats ne peuvent les arracher d'auprès du martyr ; ils se jettent par terre, ils se tiennent aux pieds du saint, et ils aiment mieux mourir que de quitter leur maître ; et la pieuse Sophie les fait tous enterrer.

Le nouveau juge fait séparer Clé.ment d'Agatange, afin qu'ils ne puissent plus s'encourager l'un l'autre. Il fait remplir une citerne de chaux vive et y fait jeter les saints; il place deux soldats à l'entrée pour empêcher que les chrétiens ne les retirent. Ils y demeurent un jour tout entier, le vendredi saint^ sans ressentir aucun mal. La jiuit suivante, les deux soldats voient briller sur eux une lumière du ciel, et, comme la grâce les éclaire intérieurement, ils se jettent dans la même citerne pour se joindre aux saints.

Le tyran, ayant appris le lendemain que les deux martyrs n'avaient aucun mal et que les deux soldats s'étaient unis à eux, ordonne que les deux soldats soient crucifiés, qu'on enlève la peau de dessus les épaules de Clément et de son compagnon, et qu'ils soient ensuite battus de verges. Tout cela est inutile. Alors il fait apporter deux lits de fer, y fait étendre les martyrs, tandis qu'on allume un grand feu pardessous et qu'on jette sur eux de l'huile bouillante et de la poix fondue avec du soufre. Croyant qu'ils sont morts, il fait jeter leurs corps dans la rivière ; mais ils ont dormi d'un doux sommeil sur ces lits. Jésus-Christ leur apparaît environné d'anges, et leur dit de ne pas craindre, parce qu'il est avec eux. (Ribadeneira.)

IV^ INSTRUCTION

Du dou de force,

Dominus illuminatio mea cl salus mea, qvem limebo ? Dominus protector vitœ meœ, à quo Irepidabo ?

Le Seigneur est ma lumière et mon salul, que craindraije? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, devant qui tremblerai-je?

(PSAL. XXVI, i.)

Le don de force a pour but de perfectionner la vertu qui porte le même nom. Or, la vertu de force est une certaine fermeté d'âme capable de résister aux attraits du vice , de réprimer les mauvais penchants, de dompter les passions pour les soumettre à la raison. Elle fortifie l'âme dans la pratique du bien et dans la fuite du mal. Semblable à ces vaillants soldats auxquels on remettait une épée et un bouclier : l'épée pour attaquer l'ennemi ou le repousser, le bouclier pour se garantir contre ses attaques, le chrétien muni de la vertu de force est capable d'entreprendre de grandes choses et de faire des actions éclatantes , et il peut en même temps supporter avec constance tous les coups de l'adversité; et c'est dans cette dernière circonstance que la force se montre dans toute sa beauté et sa perfection. Si les martyrs ont été invincibles dans leurs combats, c'est par leur grandeur d'âme,

qui n'a jamais ployé ni sous la volonté des tyrans, ni sous la cruauté des supplices ; mais non par l'énergie du corps, puisqu'il a été broyé sous la pression des instruments de supplice, ou sous la dent, des lions et des tigres. Ceux qui sont fermes et constants dans l'adversité ou les supplices, dit saint Thomas, sont plus forts que tous les autres, et on doit les estimer les plus vaillants, selon cette parole de l'Ecriture : « Mille boucliers sont suspendus à la citadelle de David, les principales armures des braves. »

Nous ne parlons pas de la force, vertu purement humaine que nous rencontrons chez les païens et les honnêtes gens du monde, mais de la force, vertu chrétienne qui est communiquée à l'âme avec la grâce sanctifiante, et qui a pour but la gloire de Dieu, l'accomplissement de sa sainte volonté. Or, le don de force est plus précieux encore ; car il porte l'âme à entreprendre hardiment des actions héroïques sans être rebutée par les obstacles , et il lui donne une constance à toute épreuve au milieu des circonstances les plus difficiles. Le don de force produit donc des actes plus parfaits que la vertu de force, parce qu'ils viennent d'un principe plus élevé et d'un bras plus puissant, du doigt de Dieu ou de sa toute-puissance.

Dieu doua Samson d'une force prodigieuse ; car, un jour qu'il rencontra un lion furieux, il le saisit et le mit en pièces, et un autre jour il rompit de gros câbles qui lui liaient les mains, avec autant de facilité qu'un fil de soie. Avec une mâchoire d'âne,

— 36'if *il tua mille Philistins; et enfin il s'empara des portes de la ville de Gaza, où ses ennemis l'avaient renfermé, et il les transporta sur le sommet d'une montagne voisine. C'est l'image du don de force dans les âmes. Si vous le possédez, vous vous riez des rugissements de ce lion qui rôde autour de vous pour vous dévorer. S'il veut mettre obstacle à ce que vous entreprenez pour la gloire de Dieu et la sanctification des âmes, s'il semble vous lier les mains, vous brisez ses liens sans beaucoup d'efforts; avec une médaille de Marie, un chapelet ou un scapulaire, vous mettez en fuite des légions d'ennemis; et quand ils ont construit autour de vous de solides remparts, d'un souffle vous les jetez par terre. Dieu remplit de vigueur celui qui est fatigué, dit le prophète Isaïe ; il multiplie le courage et la force dans ceux qui paraissent anéantis. Transformés en des hommes nouveaux, ils prendront leur essor d'un vol rapide, comme l'aigle ; ils courront sans se fatiguer, et marcheront à pas de géants dans le chemin de la perfection. « Le don de la force, dit saint Bernard, rend un homme fort, invincible, imperturbable, intrépide dans toutes les adversités : ce qui a fait dire à Salomon que le juste est ferme comme un lion, et qu'il sera sans peur. Ils étaient doués tous de cet esprit de force, ceux dont le grand Apôtre nous dit: Les saints ont souffert avec un courage invincible les moqueries, les outrages, les fouets, les chaînes, les prisons et toutes sortes de supplices. (Serm. De Bonis Sp.s., c. 4.) LeSaint-Esprit donne

— 3oo — à rame à laquelle il se communique une vigueur intérieure et un courage divin, en sorte que ce qui lui paraissait impossible lui devient facile et agréable; elle éprouve plus de bonheur et de joie qu'un avare qui a trouvé des trésors, quand elle supporte des travaux, des veilles, des jeûnes, et toutes les autres observances qui seraient plus amères que la mort même, si Dieu ne les adoucissait par l'onction du Saint-Esprit. »(Serm. 2 in fest. Peut.]

C'est une grande merveille de Dieu, mes frères, qu'un homme si faible par lui-même, si accablé d'infirmités, se dépouille de toutes les craintes et de toutes les affections de la pauvre nature humaine, pour demeurer ferme et inébranlable dans l'adversité. C'est avec raison que ce saint vieillard d'Alexandrie répondit aux païens qui lui reprochaient d'adorer Jésus-Christ, sans qu'il fit des miracles : « Le miracle qu'il a fait est la force qu'il me donne de ne point m'offenser ni m'émouvoir des injures que vous me dites et des peines que vous me faites ; et cette force est assez grande pour supporter de plus grandes peines encore. »

Il ne faut pas une vertu moins grande pour demeurer calme et intrépide au milieu des afflictions, des souffrances et des tourments que pour rendre la vue aux aveugles, la santé aux malades et la vie aux morts. N'est-ce pas quelque chose de prodigieux que des hommes si faibles, si présomptueux et si vains ne se laissent point enfler dans la prospérité ni abattre par l'adversité? Munis du don de force, ils reçoivent les injures, les outrages, les af-

— 33G — fronts avec tranquillité d'esprit; ils se vengent par des bienfaits. Ils n'entreprennent rien sans y avoir beaucoup réfléchi ; ils ne mettent la main à l'œuvre que quand ils la croient voulue de Dieu, et une fois entreprise, rien ne saurait les arrêter. S'ils réussissent, ils en attribuent à Dieu la gloire; s'ils échouent, ils ne s'en prennent qu'à leurs péchés et ne sont nullement troublés; ils supportent tous les maux sans chagrin et sans murmure.

C'est le don de force, mes frères, qui vous empêchera de tomber dans quelque excès. Bannissant toute légèreté et toute précipitation, vous réprimerez les impétuosités de la nature, vous mettrez un frein à vos sens, et vous ne défendrez pas même votre vertu et votre réputation attaquées. Vous aurez un maintien grave, une démarche mesurée, un regard humble et modeste, une grande simplicité dans vos vêtements, un ordre parfait dans votre conduite. Vous serez tellement maîtres de votre cœur, que vous resterez calmes au milieu des contrariétés et des difficultés de tous genres, et même des plus grandes afflictions. Vous ne serez étonnés de rien, ni impressionnés en rien.

Le don de force est une espèce de cuirasse qui vous enveloppe de tous côtés et vous rend invulnérables et capables de supporter les plus effroyables calamités, la perte de l'honneur, des biens, de la santé et de la vie même. Le courage héroïque des martyrs n'en est-il pas une preuve convaincante? Voyez-vous ces femmes délicates, ces jeunes veuves, ces vierges timides, ces enfants qui

ont à peine l'âge de raison? Les voyez-vous toujours fermes, toujours inébranlables, ne cédant jamais aux promesses ou aux menaces des tyrans, ni aux larmes et aux prières de leurs parents, de leurs époux, de leurs enfants ou de leurs amis? On leur fait souffrir les plus horribles tourments que la fureur des hommes et la rage des démons aient jamais pu inventer, et ils supportent tout avec calme, avec fermeté, avec joie; pas une plainte, pas une parole d'injure ou de malédiction contre leurs persécuteurs ou leurs bourreaux. Ils se rendaient au lieu du supplice comme à quelque fête solennelle ou au festin de leurs noces. Semblables au diamant qui, au lieu de se briser sous les coups du marteau, n'en devient que plus poli et plus brillant, l'adversité ne sert qu'à donner plus d'éclat à leurs vertus. Le jour où Jésus-Christ vous communique le don de force, il vous dit comme au prophète Jérémie : « N'aie pas peur de ces gens-là, parce que je t'armerai de force, et t\i n'auras aucun sujet de les craindre ; car je te rendrai comme une ville imprenable qu'on attaque inutilement, comme une colonne d'acier qui émousse tous les traits lancés contre elle, comme un mur d'airain qui rend inutiles toutes les batteries. C'est ainsi que je te présenterai aux rois de Juda, à ses princes et à ses prêtres, et à tous les peuples de la terre. Tous te déclareront la guerre et combattront contre toi; mais ils ne prévaudront pas, parce que je suis avec toi, dit le Seigneur, pour te délivrer de leurs mains. » (Jérém., i, IT.'

~ 358 — Si nous n'avons pas vu ces précieux effets du don de force se révéler dans les temps de persécution, nous les voyons se manifester chez des chrétiens qui souOVent cruellement. Combien de fois n'avons-nous pas été touchés jusqu'aux larmes en voyant ces âmes courageuses conserver toute leur liberté d'esprit au milieu des douleurs les plus atroces, et disposées à souffrir encore dix, vingt ou trente ans, selon le bon plaisir de Dieu? Ce n'est pas là, il faut bien le reconnaître, le résultat de l'énergie naturelle de l'homme, mais l'effet d'une grâce particulière que Dieu lui donne pour s'élever au-dessus de sa nature.

Voulez-vous quelque chose de plus merveilleux encore? La bienheureuse Angèle de Foligny raconte que, par une grâce particulière, Dieu lui avait communiqué une force toute divine, de sorte qu'elle souhaitait ardemment de mourir de la mort la plus cruelle, de souffrir toutes les douleurs rassemblées sur elle, d'éprouver toutes les rigueurs dans chacun de ses membres. Elle n'était nullement surprise de tout ce que les martyrs ont souffert, puisqu'elle était disposée à en endurer encore plus; elle eût été ravie qne tout le monde l'eût chargée d'injures, d'affronts et de coups : c'eût été pour elle un grand bonheur de prier pour tous ceux qui l'auraient ainsi maltraitée. Elle pensait que les martyrs qui ont prié pour leurs bourreaux n'ont pas fait quelque chose de bien extraordinaire; il lui semblait même qu'ils devaient prier avec plus de ferveur et leur obtenir quelque grâce signalée.

Si vous considérez la faiblesse de la nature humaine et son opposition contre tout ce qui l'humilie, la contrarie ou la fait souffrir, poiivcz-vous ne pas reconnaître le doigt de Dieu dans ce courage héroïque, dans celte [constance des martyrs au milieu des plus cruels supplices, dans cette fermeté de caractère des chrétiens brisés par l'adversité, dans cette grandeur d'âme de certains malades qui supportent si patiemment des souffrances inouïes? L'homme peut-il s'élever ainsi au-dessus de sa nature parles seules forces de sa nature?

C'est le don de force qui vous élèvera au-dessus de la pauvreté et de ses privations, au-dessus des honneurs et des mépris, au-dessus des richesses et de la misère, au-dessus des plaisirs et de la douleur, au-dessus de la vie et de la mort. Gardez-vous doncbiende vous en attribuer la gloire. Semblables à un enfant qui aurait remporté une victoire éclatante sur un géant et ne songerait nullement à la rapporter à ses propres forces, voyant bien quelle immense disproportion existe entre les siennes et celles de son ennemi, rendez de continuelles actions de grâces à Dieu, s'il daigne vous accorder un aussi grand courage. Un jeune martyr, nommé Pierre, fut arrêté à Lampsaque, sous l'empereur Dèce. Interrogé par le proconsul s'il était chrétien, il répondit sur-le-champ : « Je suis tout à fait chrétien. » Comme on lui rompait tous les membres et qu'on lui brisait tous les os sur la roue, plus ses tourments étaient cruels et ses douleurs violentes, plus il sentait son courage se fortifier; et après

avoir jeté sur son juge un regard d'indifférence et de mépris, il leva ses yeux au ciel en disant : « Je vous remercie de tout mon cœur, Seigneur Jésus- Christ, de ce que vous avez daigné m'accorder le bonheur de souffrir ces tourments et me donner assez de patience et assez de force pour triompher de ce tyran rempli d'injustices et d'iniquités. »

Avec le don de force, vous serez courageux et invincibles ; rien ne pourra vous ébranler ni vous étonner. Mais si vous en êtes privés, vous serez nécessairement faibles et lâches; vous rencontrerez des difficultés partout, un rien vous jettera dans le trouble et l'épouvante. Avec le don de force, les roseaux ont la force du chêne séculaire, et sans lui, les chênes plient comme des roseaux. Avec lui, des vierges timides et délicates, les Agnès, les Agathe, les Lucie, les Catherine et tant d'autres sont fortes et indomptables comme des lions; sans lui, les cœurs les plus intrépides tremblent au moindre bruit et s'enfuient comme la colombe ou l'hirondelle; sans lui, David etSamson succombent à une légère tentation, les apôtres abandonnent Jésus- Christ à l'heure du danger, saint Pierre le renie trois fois à la parole d'une servante. Avec lui, vous n'aurez rien à craindre; vous ne brûlerez pas au milieu des flammes ; vous ne ferez point naufrage, quoique agités par les plus furieuses tempêtes ; vous ne vous laisserez point abattre ni par la violence des vents, ni par la crainte des écueils cachés sous les flots; au milieu de la corruption, vous ne serez point souillés; marchant sur un terrrain glissant,

vous ne tomberez pas. Mais sans ce don, tout en respirant l'air le plus pur, vous languirez et vous mourrez ; vous tomberez surune belle route ou dans une prairie; les rayons du soleil ne vous récbaufiferont pas, ils vous brûleront ; la pureté de la lumière vous souillera ; vous ferez naufrage au port, et une étincelle produira le plus désastreux incendie.

Avec le don de force, vous prierez Dieu avec piété et recueillement, quoique absorbés par mille occupations ou jetés sur les places publiques, et sans lui, vous serez dissipés dans la retraite et au fond des solitudes. Avec lui, vous conserverez la chasteté, quoique exposés à toutes les tentations, et sans lui, vous éprouverez des révoltes de la chair, même dans la compagnie des anges. Avec lui, vous serez pleins de modestie et d'humilité au milieu des succès les plus éclatants et avec la pratique des plus hautes vertus, et sans lui, vous vous glorifierez de vos défauts et de vos vices. Enfin, avec lui, les enfants deviennent de courageux guerriers, et sans lui, les plus vaillants sont vaincus.

Mais que faire pour obtenir et conserver en vous le don de force ? 1"* Demandez-le à Dieu comme le prophète et dites-lui : « 0 mon Dieu, fortifiez mon bras de la vigueur du vôtre et remplissez-moi de courage. Heureux celui dont le Dieu de Jacob est le soutien, et qui met son espérance dans le Seigneur son Dieu; car il garde pour toujours la vérité et la fidélité à ses promesses, il rend justice à ceux qui sont opprimés. Le Seigneur donne la nourriture à ceux qui ont faim, il délivre ceux qui sont dans les fers,

il ouvre les yeux des aveugles, il relève ceux qui sont courbés, il aime les justes. » (Psal. cxlv.)

Pour prier Dieu avec ferveur, pour assister aux offices avec piété, pour élever vos enfants dans la pratique de la vertu, pour pardonner à vos ennemis, pour triompher des passions mauvaises, pour réprimer les désirs enfantés par l'ambition, la cupidité et la volupté, il vous faut certainement une grande force d'âme que vous n'avez pas en vousmêmes. Demandez à Dieu de vous venir en aide et de prendre en pitié votre grande pauvreté.

2° Approchez-vous souvent et dignement du sacrement de l'Eucharistie, appelée si justement le pain des forts. Vous vous incorporerez le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ, celui qui est appelé le bras du Tout-Puissant et le lion de Juda. Pour expliquer la force extraordinaire d'Achille, les païens supposaient qu'on l'avait nourri de la moelle de lions. Que serez-vous donc, si vous vous nourrissez fréquemment de la chair et du sang, de la moelle et de la vie même d'un Dieu? Quelle vigueur ne communiquera pas à votre âme la substance même de Dieu? Nous sortons de "la table sainte, dit saint Chrysostôme, jetantfeu et flammes, comme des lions, intrépides et redoutables au démon lui-même. Aussi l'Eglise avait-elle grand soin de munir de cette divine armure les chrétiens qui devaient souffrir le martyre. Pourquoi ne se laissaient-ils pas attendrir aux plaintes si touchantes de leurs parents éplorés, ni aux cris des enfants qu'ils laissaient orphelins? C'est qu'ils s'étaient

enivrés de ce vin mystérieux, dit saint Augustin, et ils en ressentaient les célestes fumées. Voyezvous saint Laurent, cet invincible athlète de la foi? Il est calme et tranquille tandis que les flammes dévorent son corps et tous ses membres ; il semble avoir perdu le sentiment de la douleur, parce qu'il a reçu le corps et le sang de Jésus-Christ ; il s'est engraissé de cette viande sacrée, et il s'est enivré de ce vin précieux.

3° De même que le corps acquiert de la force par l'exercice, rien n'est plus propre à fortifier i'âme que la pratique de la vertu. Voulez-vous avoir une âme énergique et fortement trempée? Accoutumez-vous à vous vaincre chaque jour, même dans les petites choses ; mettez plus de régularité et de gravité dans votre maintien ; déracinez vos vices : réprimez votre vivacité ; soyez plus attentifs et plus recueillis dans vos devoirs de piété ; soyez plus réservés dans vos paroles ; faites expirer sur vos lèvres le mot que l'amour-propre ou le défaut de charité y avait amené ; montrez-vous plus fidèles à exécuter vos bonnes résolutions; réprimez votre curiosité; supportez plus patiemment la faim et la soif, le froid et le chaud ; endurez la mauvaise humeur du prochain; recevez avec calme ses injures et ses mépris ; souffrez la contradiction : c'est par de tels exercices que vous acquerrez une grande force d'âme. Dans la milice chrétienne, vous ne serez jamais capitaines ni colonels si vous n'êtes brisés dans les exercices et la stratégie. Avant de renverser Goliath, David avait terrassé des ours et des lions. Quand donc

vous aurez vaincu vos passions, qui sont comme des ours et des lions qui dévastent la propriété de votre âme, Dieu vous donnera plus de courage et plus de force, afin que vous remportiez des victoires encore plus éclatantes. Amen.

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