QLKLS SONT CEUX QUI SAUVENT LA SOCIÉTÉ
Dans le rapport sur les prix de vertu de 1838, nous lisons : a Ici c'est une simple lingère de Bonnétable, dans laSartlie, qui, depuis son enfance, se dévoue au soulagement des malades. M^^* Lejeune n'a rien que son travail pour secourir les misères et les infirmités les plus affreuses. Mais quand ses ressources sont épuisées, elle va frapper à toutes les portes.
et rarement elle est refusée, parce que tout le monde sait avec quel discernement elle fait usage des aumônes qu'elle sollicite. Ainsi M"^ Lejeune ne fait pas seulement l'aumône, elle la produit encore chez les autres. »
M. le rapporteur cite une multitude de faits semblables; puis il ajoute : « Voici encore M"^ Vian, à Aix, qui est aussi pauvre que les précédentes, et qui faitautant de bien qu'elles, allant, comme elles, de porte en porte pour obtenir des secours pour ses malades et pour ses pauvres. Eli bien î je le demande, où est le plus grand témoignage delà force de l'homme : d'écrire à mille lieues de sa main, ou de toucher le cœur d'un mondain frivole ; de faire passer sa voix de Paris à Saint-Pétersbourg par le télégraphe, ou de faire passer son sentiment d'une âme daus une autre ? Calculez les résistances de la matière et celles d'un monde égoïste ou indifférent : où est la plus grande insensibilité et par conséquent le plus grand triomphe? J'en demande pardon à mes confrères de l'Académie des sciences : la charité est un plus grand porte-voix que le télégraphe électrique. »
M. Saint-Marc-Girardin termine son rapport par ces graves réflexions : « Chaque fois que je lis les rapports que l'Académie fait sur les prix de vertu, je me souviens involontairement des paroles de Dieu au prophète : « Allez dansles rues c( de Jérusalem, cherchez, voyez si vous trouvez quelque part c( un homme qui fasse le bien et qui cherche la foi, et si vous le « trouvez, je serai favorable à cette ville et je la défendrai. » Quelle puissance a donc l'intercession de la vertu ici-bas, puisqu'un seul homme de bien, un seul juste sufQt à sauver toute une ville? Et notez qu'il ne faut pas même que le juste oppose sa prière à la sévérité de Dieu pour que Dieu préfère sa miséricorde à sa justice. La présence du juste dans la ville est une intercession muette qui sauve les pécheurs sans qu'ils le sachent. S'ils le savaient, en seraient-ils plus reconnaissauts? Viendraient-ils rendre hommage à ce juste obscur et le remercier du salut qu'il procure à la société ? Diraient-ils même, le jour de ses funérailles, voyant passer son humble corbillard ; Voilà le cercueil d'un de nos sauveurs ? Non ! Dieu
seul sait, dans sa miséricorde, pourquoi et à cause de qui il sauve Jérusalem ; Jérusalem l'ignore et s'en soucie peu. Ne nous y trompons pas cependant : ce sont les vertus humbles et cachées, ce sont les vertus modestes et persévérantes, qui sauvent les sociétés ici-bas ; ce sont elles qui mettent dans le monde celte dose de bien nécessaire ;i Téquilibre moral du monde. Ces épouses dévouées jusqu'à l'héroïsme, ces frères qui soutiennent et consolent leurs frères et leurs sœurs, ces bons fils, ces bonnes mères, ces bons domestiques, ces consolatrices pauvres de plus pauvres et de plus infirmes qu'ellesmêmes, ces sauveurs qui sont toujours près du péril de leurs semblables, ces ouvriers compatissants, ces honnêtes gens de tous les degrés et de toutes les conditions, qui font obscurément et patiemment le bien, qui le poussent parfois jusqu'au dévouement, sans en être plus fiers et sans croire avoir plus mérité de Dieu et des hommes, voilà les véritables sauveurs de la société, parce qu'ils sont les véritables instruments du bien moral. Otez-les un instant du monde par la pensée, que le mal prévale et l'emporte sur le bien, faites sortir de Jérusalem le juste unique que le Dieu miséricordieux de Jérémie lui disait de chercher dans Jérusalem pour qu'elle fût rachetée de la ruine, à l'instant môme la société périt et disparaît dans l'abîme. Honorons donc, honorons les vertus qui se découvrent chaque année à nos yeux; honorons celles qui se cachent encore et celles qui se cacheront toujours ; vénérons ces servantes fidèles à la pauvreté de leurs maîtres, ces femmes qui s'épuisent de soins et de fatigues au lit des malades les plus abandonnés, une famille oiî tout le monde soutientetoù oui le monde est soutenu, ces pauvres qui sont bons et compatissants, ces petits qui assistentles plus petits qu'eux, au lieu d'envier les plus grands : voilà, croyons-en la parole de Dieu et l'expérience de l'histoire, voilà les rédempteurs quotidiens de la société, voilà le sel de la terre qui l'empêche de se gâter et de périr. »
Ce sont là des réflexions très-justes et d'autant plus remarquables qu'elles nous sont fournies par un savant académicien. Mais il eût été fort utile de rechercher la cause de ces
venus héroïques qu'on rencontre oans les dernières classes de la société. Ce n'est pas l'instruction, puisque la plupart de ces âmes vertueuses sont très-ignorantes; ce n'est pas non plus la contagion du bon exemple, car elles sont rares. Qu'est-ce donc, sinon les merveilleux eiïets des sacrements? 11 n'y a que le sang d'un Dieu sauveur qui puisse produire des sauveurs, des cœurs assez généreux pour tout sacrifier à la charité et au dévouement.
Iir INSTRUCTION.
Du ministre des l^acreiueuts.
Sic nos existimet homo sicut ministros Christi et dispensatores myfteriorum Dei.
Que l'homme nous considère comme les ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu.
(I CORINTH., IV, i.)
Le cœur de Jésus-Christ est le foyer ou la source de la véritable vie, de la vie surnaturelle et divine. Il a donc fallu établir des moyens de communication entre ce divin cœur et tous les habitants de la terre, afin de la faire arriver jusqu'à eux : de là l'institution des sacrements. Mais il faut quelqu'un pour faire ces rites sacrés ; et quel sera-t-il ? Sera-ce Jésus-Christ lui-même? Mais après avoir racheté le genre humain et accompli son œuvre, il a quitté le monde pour retourner à son Père. Sera-ce quelque homme en particulier? Mais, resserré de toutes parts parladuréeetTespace, comment pourrait-il atteindre jusqu'aux extrémités du monde, porter dans tous les lieux et dans tous les siècles ces eaux vivifiantes qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle? Ne faut-il pas qu'elles coulent toujours et dans tous les pays, puisque Jésus-Christ a racheté le monde entier ?
Quel sera-t-il donc? Vous comprenez, mes frères, que ce ne peut être qu'une corporation ou un corps de pasteurs, parce qu'il n'y a qu'une corporation qui puisse se perpétuer et étendre son action partout dans l'univers.
Sans doute Dieu aurait pu communiquer sa grâce aux hommes directement et d'une manière invisible; il pouvait également l'attacher à des signes sensibles pour la conférer aux hommes sans aucun intermédiaire. Mais une pareille institution eût été en désaccord avec le plan divin. Il fallait mettre le tout en harmonie, et par conséquent établir un corps de pasteurs pour exercer les fonctions de ministres de Jésus-Christ et de dispensateurs des mystères de Dieu.
Comme nous l'avons remarqué, l'enfant qui vient au monde ne saurait entretenir et conserver la vie qu'il ne s'est pas donnée, mais qu'il a reçue de Dieu par la médiation de ses parents. Or, les substances alimentaires dont il a besoin sont renfermées dans le sein de la terre comme dans leur foyer naturel. Il faut donc des ouvriers pour les extraire, les préparer et les mettre à la portée de l'enfant; et c'est vous, cultivateurs, vignerons, jardiniers, marchands, vous qui travaillez à préparer toutes les choses nécessaires à la vie, et vous êtes ainsi les ministres de Dieu pour entretenir la vie du corps, ses aides et ses coadjutcurs pour la conservation du monde, et les nobles instruments de sa providence. C'est par là que Dieu vous élève bien au-dessus de la nature, qu'il vous honore et vous ennoblit, en
vous associant à son action créatrice et conservatrice (lu monde. Heureux ctes-vous, si vous savez reconnaître et apprécier cette liante dignité dont Dieu vous a revêtus.
Ainsi en est-il de la vie de l'intelligence : que sont les professeurs, les instituteurs et tous ceux qui enseignent, sinon les ministres de Dieu qui font briller la lumière dans l'intelligence des enfants, nourrissent leur esprit des vérités qu'ils ont eux-mêmes puisées dans le sein d'une société éclairée? Ils parlent, et à leur parole un nouveau monde se révèle à l'enfant, le monde de la pensée et de la vérité; et l'enfant commence à vivre de la vie intellectuelle et morale.
Or, Dieu, qui est l'ordre par essence, ne l'a-t-il pas établi dans toutes ses œuvres? Encore que les trois personnes divines soient aussi parfaites et aussi anciennes l'une que l'autre, ne faut-il pas admettre que Dieu le Père est la première personne, qu'il possède en lui-même la plénitude de la vie, qu'il la communique à son Fils en l'engendrant de toute éternité, et que le Saint-Esprit la reçoit du Père et du Fils? Peut-il en être autrement dans les œuvres extérieures de Dieu ?
Personne ne peut donc se donner à lui-même la vie, il faut qu'il la reçoive d'un autre. C'est pourquoi il est nécessaire qu'il y ait des ministres ou des m.édiateurs entre Dieu et les bommes, et voilà le sacerdoce catholique. Le prêtre est tout à la fois l'homme de Dieu et l'homme du peuple; il élève une de ses mains et la place sur le cœur de Dieu pour y puiser
la vie, et il met l'autre sur le cœur de l'humanité pour la lui communiquer.
Ecoulez le grand Apôtre : « Tout pontife choisi parmi les hommes est établi dans l'intérêt des hommes pour tout ce qui concerne le service de Dieu, pour offrir des dons et des sacrifices pour la rémission des péchés, afin d'avoir pitié des ignorants et des pécheurs, se rappelant sans cesse qu'il est lui-même rempli et environné d'infirmités. Mais que personne ne s'arroge un tel honneur; il faut qu'il soit appelé de Dieu comme Aaron. » (Heb., v, 1 et seq.)
Ce n'est donc pas parmi les anges que Dieu a choisi ses ministres, mais parmi les hommes; car, s'il a fallu, comme le dit saint Paul, que le Fils de Dieu prît lui-même notre nature et éprouvât toutes les infirmités des hommes ses frères pour devenir compatissant, comment les anges, ces esprits si purs, étrangers aux faiblesses de l'humanité, auraient-ils éprouvé quelque sentiment de compassion pour ses misères? Au lieu de consoler le pécheur découragé, de le soutenir et de le fortifier, ne Tauraient-ils pas foudroyé d'un regard décolère ou d'une parole d'indignation? C'est donc un trait de sagesse, de bonté et de miséricorde de la part de Dieu, d'avoir choisi ses ministres parmi les hommes, afin qu'ils apprennent par leurs infirmités personnelles à compatir aux infirmités des autres.
Mais, me direz-vous, est-ce que les chrétiens sont tous appelés à exercer ces sublimes fonctions de dispensateurs des mystères de Dieu? Luther l'a
prétendu ; il a soutenu que tous les fidèles, quels qu'ils soient, en vertu du caractère qu'ils ont reçu au Baptême, sont établis prêtres, ministres de la parole sainte et des sacrements. Mais saint Paul ne cesse de nous répéter que, dans l'Eglise de Dieu, il en est qui doivent la diriger, qui doivent commander, et d'autres qui doivent obéir. L'Eglise de Dieu est un corps; mais si dans un corps, dit-il, tout est œil, où sera l'ouïe? Si tout est ouïe, où sera l'odorat? Or, Jésus-Christ a fait de tous les chrétiens un grand corps, et il a donné aux membres une destination spéciale; il a établi des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs pour maintenir l'ordre et l'unité, et pour empêcher que tous les fidèles ne soient emportés a tout vent de doctrine : c'est-à-dire que Jésus-Christ a donné à ce grand corps des yeux pour voir et une tête pour commander, des mains pour travailler et des pieds pour marcher.
Pour accorder le droit d'exercer une simple profession, le pouvoir civil exige de l'aptitude et des connaissances spéciales de la part de ceux qui veulent l'embrasser. Vous rencontrez des enfants ignorants, et, dans l'élan de votre charité, vous les réunissez pour les instruire. Prenez garde: si vous n'êtes pas muni d'un brevet en bonne et due forme, le pouvoir civil vous condamnera à l'amende et à la prison ; et il sera dans son droit. Et l'on prétendrait que tous les chrétiens sont aptes à exercer le ministère sacré, à conférer les sacrements, à administrer tout ce qu'il y a de plus grave, de plus dif-
ficile et de plus précieux dans l'Eglise ! N'est-ce pas se moquer de la raison divine et de la raison humaine? Le saint concile de Trente a donc défini un dogme de sens commun aussi bien qu'une vérité de foi, en disant : « Si quelqu'un dit que tous les chrétiens ont le pouvoir d'annoncer la parole de Dieu et d'administrer tous les sacrements, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. 7, can.10.) Et encore : « Si quelqu'un dit que ceux, qui n'ont pas été ordonnés et envoyés légitimement par l'autorité ecclésiastique et canonique , mais qui viennent d'ailleurs, sont les ministres légitimes de la prédication et des sacrements, qu'il soit anathème. » (Ibid., sess. 23, can. 7.
Pour administrer les sacrements, si nous exceptons celui du Baptême, qui peut être donné par toute personne, il faut être appelé de Dieu comme Aaron, et avoir été ordonné et institué dans l'Eglise par ceux qui en ont le pouvoir.
Outre le caractère sacerdotal dont le dispensateur des divins mystères doit être revêtu, il faut encore qu'il ait l'intention de faire ce que fait l'Eglise; autrement le sacrement qu'il administre serait nul. Le saint concile de Trente l'a ainsi défini : « Si quelqu'un dit que l'intention au moins de faire ce que fait l'Eglise n'est pas requise dans les ministres pendant qu'ils confectionnent et qu'ils confèrent les sacrements, qu'il soit anathème. »(Sess. 7, can. 11 .)
Le ministre des sacrements doit agir, en effet, comme le dispensateur des mystères de Dieu, c'est-
a-dire sérieusement et comme pertonne publique. Un magistrat ou un notaire, quand il exerce ses fonctions, ne doit-il pas remplir certaines formalités ou certaines conditions pour montrer qu'il n'agit pas en son nom privé, mais au nom du pouvoir qu'il représente? De même le ministre des sacrements doit déterminer par quelque chose de positif qu'il n'agit pas en son nom, mais au nom de Dieu dont il est le représentant, ou, en d'autres termes, il doit avoir au moins l'intention de faire ce que fait l'Eglise.
Mais, me direz-vous, si cette intention est requise, comment pourrons-nous savoir si le ministre l'a formée en administrant les sacrements, car eile est purement intérieure? Nous aurons donc toujours des doutes sur la validité des sacrements que nous recevons? Rassurez-vous, mes frères, cette difficulté est plus apparente que réelle. Quand un ministre agit sciemment et librement, et qu'on n'exerce sur lui ni coaction ni contrainte, il a l'intention nécessaire pour valider le sacrement qu'il confère, en supposant toutefois qu'il agit dans les circonstances voulues et sérieusement, et qu'il ne joue pas la comédie. N'est-il pas manifeste, en effet, que, si vous faites une action avec liberté et connaissance de cause, vous avez l'intention de la faire? et si vous prétendiez que vous ne l'avez pas, vous mentiriez à votre propre conscience. Un ivrogne prend librement et sciemment une assez grande quantité de boissons pour perdre totalement la raison : ajouterez-vous foi à sa parole s'il vous
déclare qu'il n'a pas eu l'intention de s'enivrer? Un notaire passe un acte authentique avec toutes les formalités voulues ; il agit librement et sans y être contraint : s'il vous affirme qu'il n'a pas eu l'intention de faire un acte sérieux et valide, le croirez-vous ? Un juge prononce une sentence d'absolution ou un verdict d'acquittement du haut de son tribunal, sans que personne lui fasse violence ; il vous dit ensuite qu'il n'a pas eu intérieurement l'intention d'acquitter l'accusé, et qu'il faut recommencer son procès : ne lui répondrez-vous pas qu'il se moque de vous ?
Voulez-vous savoir si les sacrements que vous avez reçus sont valides? Il vous suffit de constater deux faits, savoir : que le ministre ou le prêtre a été ordonné ou envoyé par son évêque légitime ; qu'il a exercé ses fonctions avec connaissance de cause et en toute liberté, et qu'il a rempli les con-' ditions essentielles au sacrement. Or, ces faits sont incontestables, et vous devez les regarder comme certains jusqu'à ce qu'on vous ait démontré le contraire.
Est-il nécessaire que le ministre ait, l'intention formelle de faire une chose sacrée ou d'accomplir un acte religieux? Nullement; car un païen peut conférer validement le Baptême. S'il consent à faire ce qu'on lui demande, il a l'intention de faire ce que fait l'Eglise.
Est-il nécessaire que le ministre ait la foi ou soit en état de grâce? Pas davantage ; le saint concile de Trente l'a défini en disant ; « Si quelqu'un dit
que le ministre qui est en état de péché mortel ne confectionne ou ne confère pas le sacrement, pourvu qu'il observe tout ce qui est essentiel pour confectionner ou conférer le sacrement, qu'il soit anathème. » (Sess. 7, can. 12.)
Vous l'avez entendu, mes frères, que le ministre des sacrements soit saint et pur comme un ange, ou coupable comme un démon, les sacrements qu'il administre ne sont pas pour cela invalides.
Mais, me direz-vous, est-il possible qu'un scélérat confère la sainteté? Peut-on donner ce qu'on n'a pas? Un mauvais arbre peut-il produire de bons fruits ?
Remarquez que le ministre des sacrements n'est pas la cause qui produit la grâce ou la sainteté; ce n'est qu'un instrument dont Dieu se sert pour communiquer la vie de la grâce. Saint Paul explique admirablement cette vérité aux chrétiens de Corinthe, qui étaient divisés entre eux, à l'occasion de leurs ministres. Les uns s'attachaient à Paul, les autres préféraient Apollon, et d'autres Céphas. Saint Paul leur fait une sévère réprimande, et leur dit : « jN'est-il pas visible que vous êtres charnels et que vous vous conduisez d'une manière tout humaine? Qu'est donc Paul? Qu'est Apollon? Ce sont les ministres de celui en qui vous avez cru, chacun selon le don qu'il a reçu du Seigneur: c'est moi qui ai planté, c'est Apollon qui a arrosé, mais c'est Dieu qui a donné l'accroissement. Ainsi, celui qui plante n'est rien, celui qui arrose n'est rien, mais tout vient de Dieu qui donne raccroissenïent.
Celui donc qui plante et celui qui arrose ne sont qu'une même chose, parce que nous sommes les coopérateurs de Dieu, et vous êtes le champ que Dieu cultive et l'édifice qu'il bâtit. »(I Cor., m.)
C'est comme s'il leur avait : Peu vous importe le talent ou la sainteté de celui qui exerce le ministère parmi vous ; il n'est qu'un pauvre serviteur qui exécute les ordres du suprême agriculteur qui vous a planté dans son jardin. C'est de ce grand maître que vous recevez la lumière et la chaleur dont vous avez besoin, et la bienfaisante rosée pour vous rafraîchir ; c'est donc à lui seul que vous serez redevables de porter de bons fruits. Que le serviteur du jardinier soit un saint ou un scélérat, ce n'est point votre affaire. Il n'est pour vous qu'un canal destiné à faire descendre la grâce dans vos âmes. Or, qu'un canal soit d'or ou de plomb, l'eau qu'il transporte n'est ni moins limpide, ni moins propre à fertiliser le terrain qu'elle arrose.
Ecoutez saint Augustin expliquante doctrine de l'Apôtre : « Le Baptême donné par saint Paul était le Baptême de Jésus-Christ, comme celui qui était donné par saint Pierre. Si Judas a baptisé, son Baptême était aussi celui de Jésus-Christ, et l'on n'a point baptisé de nouveau ceux qui l'avaient été par Judas. Jean a baptisé aussi, et l'on a baptisé de nouveau ceux qui avaient été baptisés par Jean, parce que le Baptême de Jean n'était pas le Baptême de Jésus-Christ. » (Tract. 5 in Joan.)
N'oubliez pas, mes frères, que, lorsqu'on administre les sacrements de la loi nouvelle, c'est Jésus-
Christ lui-même qui les confère par la main des apôtres, des évêques ou des prêtres, et c'est toujours lui qui produit la grâce dans les âmes. Le ministre, n'agissant plus que comme inslrument. peut donner ce qu'il n'a pas. Un libraire ignorant ne peut-il pas répandre la science par les livres qu'il débite? Un professeur vicieux n'est-il pas capable de donner les plus belles leçons de vertu ? Un médecin malade ne peut-il pas rendre la santé? Un ministre des finances luiné ne peut-il pas enrichir ses concitoyens en puisant dans les trésors de son maître? Ainsi en est-il du ministre des sacrements. Ah ! sans doute il commet un sacrilège s'il les confère en état de péché mortel ; mais rien n'empêche qu'ils ne produisent leurs merveilleux effets dans tous ceux qui les reçoivent avec les dispositions nécessaires. Le malheureux! il ressemble au flambeau allumé dans un lieu obscur ; il se brûle et se consume, tout en éclairant les passants et en leur montrant la bonne voie; il se perd en sauvant les autres.
C'est encore un effet de la grande bonté de Dieu, que les sacrements ne perdent point leur efûcacité lorsqu'ils sont administrés par des prêtres indignes. S'il en était autrement, Dieu ne semblerait-il pas punir le juste au lieu du coupable? Doit-il repousser le pécheur pénétré d'une véritable componction et le priver de ses grâces pour un crime commis par un ministre indigne? Si un prêtre en état de péché mortel ne conférait point validement les sacrements, pourriez-vous savoir si vous avez étc
— oi — baptisés ou absous? Ne sericz-vous pas dans des inquiétudes perpétuelles ?
En établissant les sacrements, vous avez prévu, ô aimable Jésus, que des ministres indignes vous offenseraient en les conférant en état de péché mortel, et vous n'avez pas voulu empêcher cette profanation en les privant dans cette circonstance du pouvoir divin dont vous les avez revêtus. Car alors que seraient devenus les fidèles privés de ces sources abondantes de grâces ? Vous avez tout prévu, tout pesé, et vous avez dit : « Que mon sang soit profané par des mains impures; que ma personne adorable soit outragée et livrée des mil- Uons de fois à mes ennemis ; que des millions de fois je subisse toutes les horreurs et toutes les tortures de ma passion ; pourvu que mon sang purifie les cœurs, réconcilie les pécheurs et rende l'innocence aux coupables repentants , pourvu que je sauve les âmes, je suis content. Oh 1 le salut des âmes, c'est là ce que je veux, ce que je cherche, ce que j'ambitionne. Pour les sauver, je suis disposé à souffrir toujours. » 0 bonté ineffable de mon Sauveur ! ô miséricorde incompréhensible ! auronsnous jamais assez d amour et de reconnaissance pour vous louer, vous bénir et vous remercier à jamais ?
Ne soyez donc pas surpris que l'Eglise ne néghge rien pour avoir des ministres irréprochables et toujours dignes de leur sublime ministère. Voyez avec quelle tendre sollicitude elle les prépare à exercer leurs augustes fonctions. N'est-ce pas ajuste titre?
Si un père de famille refuse de confier l'éducation de son fils à un maître inepte ou vicieux, l'Eglise peut-elle confier les âmes de ses enfants, qui sont les enfants de Dieu, à un ministre ignare ou scandaleux? Priez donc Dieu sans cesse, mes frères, afin qu'il établisse dans sa famille des serviteurs prudents et dévoués qui aient soin de distribuer en son temps la nourriture à tous ceux qui ont faim. Priez, afin que nous-mêmes nous soyons constamment dignes de notre vocation, que nous traitions toujours saintement les choses saintes, et qu'en vous sauvant nous nous sauvions avec vous. Amen.