‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 21 sur 28 · FIN DES GLORIEUX TRAVAUX DE SAINT CLÉMENT · texte numérisé non relu

FIN DES GLORIEUX TRAVAUX DE SAINT CLÉMENT

Domitius, désespérant de vaincre Clément et Agatange, le» renvoya à Maximien, qui se trouvait à Ancyre. Ils étaient gardés par des soldais et suivis par beaucoup de fidèles. Mais comme ils mouraient de soif en traversant un long désert, à la prière de saint Clément, une source jaillit, et tous purent se rafraîchir.

Le bruit de ce miracle se répand de tous côtés, et des malades accourent vers le saint, qui leur rend la santé. Brûlant de l'amour divin et désirant souffrir davantage. Clément fait à Dieu une ardente prière, et notre Seigneur lui répond que sa prière est exaucée et que son martyre durera vingthuit ans.

Aussitôt qu'ils lui furent présentés, l'empereur les fit jeter dans un grand feu, où ils demeurèrent un jour et une nuit sans en recevoir la moindre atteinte. Maximien furieux commande aux bourreaux de les traîner publiquement et de les battre jusqu'à les faire mourir; mais tout est inutile, et les païens témoins de cette constance héroïque reconnaissent la vertu de Dieu et croieni en Jésu^-Christ. L'empereur les condamne ensuite à quatre ans de prison; mais, les quatre ans révolus, ils sortent de la prison plus courageux que jamais. Maximien, ne voulant plus s'en mêler dans la crainte d'être vaincu, les renvoya à d'autres juges qui leur firent endurer tous les tourments imaginables, afin de les faire mourir. L'un d'eux les fit battre de verges au point que toute la chair était emportée et qu'ils n'avaient plus que les nerfs et les os. Ils retournèrent en prison, et les fidèles les suivaient pour ra-

masser les morceaux de chair qui tombaient et le sang qui coulait. Un autre fit préparer un lit garni de clous d'un pied de long, y fit étendre Clément sur le dos, et commanda aux bourreaux de frapper sur son ventre avec de gros bâtons, afin de l'enfoncer dans les pointes des clous, et de verser du plomb fondu sur la tête d'Agatange. Un troisième juge ordonna qu'on leur attachât au cou des meules de moulin et qu'on les roulât dans les rues de la ville, qu'on leur jetât des pierres et qu'on excitât la populace contre eux. Mais ces tourments ne servirent qu'à leur donner plus de force et à convertir un grand nombre d'infidèles. Après cela il les condamna à une perpétuelle prison.

Maximien, ayant appris qu'ils étaient d'Ancyre, les renvoya au président de cette ville, qui les fit mettre en prison après les avoir attachés et comme empalés ; ils ne pouvaient se remuer. Le lendemain, il fit appliquer des poinçons ardents aux oreilles d'Agatange et brûler les côtés avec des torches allumées. Enfin, le S novembre, il lui fit trancher la tète, et Sophie l'enterra à la porte de l'église. Saint Clément remercia Dieu de la fin glorieuse de son compagnon.

Par ordre du tyran, on asséna à saint Clément cent cinquante coups sur le visage, de sorte que tout son corps était couvert de sang; mais les anges le secoururent la nuit suivante et guérirent ses plaies. La pieuse Sophie assembla tous ses domestiques et les hommes qu'elle avait choisis, entra la nuit dans la prison, détacha le martyr et l'emmena dans sa maison. Ensuite elle lui donna une robe blanche, en signe de joie, et en prit une de la même couleur; elle mil l'Evangile entre les mains du martyr, et l'on entra dans l'église avec des flambeaux et des parfums odoriférants.

Saint Clément pria d'abord pour sa mère, puis pour le clergé et tout le peuple, et enfin pour tous ceux qui devaient implorer son intercession après sa mort. Le jour de l'Epiphanie, il célébra les saints mystères, donna la communion à ceux qui se présentèrent, les consola par de douces paroles, et leur prédit la fin de la persécution, a L'empire romain, leur dit-il, jouira de la paix, toules les villes et les provinces connaî-

Iront Jésus-Christ, les églises seront ouvertes et les temples des idoles fermés, n Tout arriva comme il avait dit. Sainte Sophie distribua de grandes aumônes aux pauvres.

Le dimanclie suivant, saint Clément célébra la Messe, et quand il eut donné la communion aux Odèles, un magistrat entra accompagné de soldats et lui fit trancher la tête. Ses deux diacres furent décapités avec lui. Sainte Sophie eut soin de les faire enterrer dans l'église même ; puis elle s'assit au pied de leurs tombeaux et leur adressa une fervente prière en versant un torrent de larmes. (Ribadeneira.)

Cet exemple nous montre quelle force toute divine le Saint-Esprit communique aux âmes pures et généreuses. Saint Clément et s^n compagnon, n'ayant d'autres armes que la prière, délie'"!: toi^te la puissance des empereurs romains pendant vingt-licii uns : quel prodige !

V^ INSTRUCTION

Du don de piété.

Pietas ad omnia utilis est ; promissionem hahens vilœ quœ mine est et fulurœ.

La piété est utile à tous; elle a les promesses de la vie présente et de la vie future.

(I TiM., IV, 8.)

Au seul mot de piété, les gens du monde froncent le sourcil, parce que sans doute il sonne mal à leurs oreilles. Aies entendre, la piété n'est que du fanatisme ou de la folie, et un homme pieux ne peu^ être qu'un fou, un imbécile ou un frénétique. Mais depuis quand donc ont-ils ainsi tntendu la piété? Parce que parfois ils ont rencontré sur leur chemin l'ignorance ou la faiblesse d'esprit qui, sous le masque de la piété, sont tombées dans toutes sortes d'excès ou de scandales, ils n'ont plus que des anathèmes à lancer contre la piété. Que des chrétiens hypocrites cherchent à usurper une réputation qui ne leur appartient pas, et veuillent paa-aître pieux en faisant de longues prières ou en se livrant à de longs exercices religieux, cela ne doit étonner que des sots ou des ignorants; mais que des hommes sensés se scandalisent de certains abus introduits par la corruption de notre nature jusque dans les choses saintes, cela ne se comprend

plus. Prétendent-ils justifier ainsi leur indifférence ou leur éloignement de la religion? Parce qu'ils auront remarque quelques défauts ou quelques imperfections dans les personnes pieuses, croient-ils s'en glorifier comme d'un triomphe pour eux et d'une défaite pour la religion? Ils s'écrieront: Voilà ce que sont les dévols. Ne vaut-il pas mieux être honnête homme, franc, laborieux, charitable, que de cacher sous le masque de la piété la déloyauté et l'injustice? Oui, sans doute, leur répondrons-nous, il vaut mieux se fracturer un membre que se briser la tête ; mais il vaut infiniment mieux ne se faire ni plaie ni blessure.

Par piété l'on entend quelquefois cette inclination naturelle qui nous porte à témoigner de l'affection et du dévouement, de l'amour et de la tendresse à nos parents et aux personnes qui nous sont chères. Elle est aussi cette vertu chrétienne qui fait que nous nous acquittons avec bonheur et fidélité de tous nos devoirs religieux ; et le don de piété est une perfection surnaturelle qui nous unit à Dieu comme au plus tendre des pères, et nous unit en même temps à tout ce qui lui appartient d'une manière plus ou moins étroite. Le Saint-Esprit étant spécialement l'Esprit du Fils de Dieu, entre autres mouvements qu'il nous communique, nous presse vivement à prendre un esprit filial et un cœur d'enfant envers Dieu comme envers notre Père, suivant cette parole : Vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants qui nous fait crier du fond de nos cœurs : iôôa, c'est-à-dire mon Père. Le

don de piété nous prépare à recevoir ce mouvement divin, celte céleste impression, de manière qu'il nous unit d'abord à Dieu par un esprit filial, comme par une chaîne d'or, et il nous unit ensuite par cette même chaîne à toutes les créatures de l'univers en tant qu'elles appartiennent à Dieu. {Sum., p. 2, q. 21,a. 1.)

L'effet principal du don de piété est d'inspirer au chrétien tous les sentiments qu'un bon fils doit avoir pour son père. Or, 1° si vous êtes un enfant bien élevé, vous aimez votre père sans qu'on vous commande de l'aimer ; peu importe que votre père soit riche ou pauvre, vous l'aimez parce qu'il est votre père. Si vous êtes séparé de lui, votre amour n'en est point refroidi; il semble même qu'il croît à raison de la distance des lieux. Les caresses et les biens que vous recevez de lui nourrissent et fortifient votre affection, mais ne la produisent pas. S'il vous châtie, vous ne vous irritez point; vous savez que votre père est si bon qu'il ne vous afflige qu'à regret et pour votre plus grand bien.

Tels sont vos sentiments pour Dieu, si vous avez le don de piété. Vous l'aimez parce qu'il est votre Père, sans vous inquiéter du précepte qui vous fait un devoir de l'aimer. Le Saint-Esprit a déposé cet amour dans votre cœur, vous n'avez qu'à suivre ses inspirations. Les grâces et les bienfaits que vous en recevez attisent le feu de votre amour. Si la douleur ou la peine torture votre corps ou déchire votre âme, loin de murmurer contre la main qui vous irappe, vous trouvez du bonheur dans vos souf-

frances, parce que vous les considérez comme des moyens propres à vous détacher des choses périssables de ce monde pour ne plus vivre que pour Dieu. Vous acceptez tout avec une résignation parfaite, et encore que la nature crie et se révolte, vous la faites taire, et vous dites avec Job : Si nous avons reçu les biens de la main de Dieu, pourquoi n'en recevrions-nous pas les maux? Les peines et les afflictions de cette vie ne sont que de justes châtiments pour l'expiation de nos péchés ou d'utiles épreuves pour affermir notre vertu.

2° Si vous êtes un enfant bien élevé, vous respectez votre père par toutes vos paroles et par toute votre conduite. Chaque jour vous lui exprimez les sentiments d'amour filial et de respectueuse tendresse dont votre cœur est animé pour lui. Malheur à quiconque oserait attaquer en votre présence l'honneur de votre père! il paierait chèrement son audace ou sa haine. Mais aussi quel n'est pas votre bonheur quand vous entendez faire son éloge, publier ses qualités et ses bienfaits!

C'est ainsi que vous honorez votre Père céleste, si vous avez le don de piété; vous ne manquez jamais de le prier, de le remercier et de le bénir; vous lui exposez vos besoins, et vous lui exprimez vos sentiments d'amour et de respectueuse tendreté. Quand vous lui parlez de votre attachement et de votre dévouement sans bornes-, ce ne sont pas des paroles vaines; votre invincible courage à défendre son honneur et voire fidélité à exécuter ses ordres, si difficiles qu'ils soient, en sont des preu-

ves incontestables. Votre plus grand bonheur est de le faire connaître et de le faire aimer de tous les hommes.

3^ Si vous êtes un enfant bien élevé, vous êtes toujours soumis à votre père. Vous ne vous permettez jamais de discuter les ordres qu'il vous donne ; vous n'examinez point s'ils sont difficiles ou non ; vous les trouvez tous faciles, parce qu'ils vous sont donnés par le meilleur des pères. Vous n'attendez pas qu'il vous commande; une intention, un désir est pour vous comme un commandement : vous n'avez de bonheur qu'à faire le bon plaisir de votre père.

Si vous avez le don de piété, vous recevez avec vénération les ordres de votre Père céleste, et vous les exécutez avec promptitude; ils sont toujours pleins de raison et de sagesse, parce qu'ils sont donnés par Celui qui est la raison et la sagesse même. Si l'accomplissement parfait de tous vos devoirs est un joug, c'est pour vous un joug doux et léger, parce que c'est l'amour le plus paternel qui l'impose, et l'amour filial qui le reçoit. Votre seule crainte est de n'avoir pas une obéissance assez parfaite.

4*^ Si vous êtes un enfant bien élevé, vous procurez à votre père tous les secours dont il a besoin. Est-il malade? vous souffrez avec lui, et vous adoucissez ses peines autant que vous le pouvez; vous le consolez dans ses afflictions, vous l'assistez dans sa pauvreté; vous placez votre bonheur à ne le laisser manquer de rien.

Telle est votre conduite envers Dieu, si vous

avez le don de piété ; votre cœur éprouve tous les mouvements du cœur de Dieu : sentiments d'indignation contre les blasphémateurs et ces superbes impies qui se glorifient de leur impiété; sentiments de pitié et de commisération pour les malheureux pécheurs qui se perdent; sentiments de peine à la vue des outrages faits à Dieu par le péché; sentiments de joie pour la gloire que lui rendent les justes par leur persévérance et les pécheurs par leur conversion ; enfin sentiments de charité qui excitent votre compassion pour les pauvres et vous portent à les soulager. C'est ainsi que vous consolez Dieu dans ses peines, que vous le soulagez dans sa douleur, et que vous l'assistez dans sa pauvreté.

Si vous avez le don de piété, vous avez aussi un amour filial pour votre mère la sainte Eglise; elle ne forme qu'un seul corps dont Jésus-Christ est le chef et les saints sont les membres. Vous vous soumettez à ses décisions avec docilité; vous accomphssez ses préceptes avec joie et simplicité; vous vénérez ses cérémonies, lors même que vous n'en comprenez pas le sens; vous souff'rez de ses maux, et vous vous affligez de ses peines ; vous la vengez des calomnies, et vous la défendez contre ses persécuteurs. Si des enfants dénaturés se révoltent et lui déchirent le sein, vous en versez des larmes de douleur, et vous mettez tout en œuvre pour ramener dans le sein de leur mère ces frères qui s'égarent et se perdent.

Pourriez-vous ne pas aimer Marie, l'auguste Mère de Dieu, la créature la plus parfaite, la Fille

du Père, la Mère du Fils et l'Epouse du Saint-Esprit? Avec quel bonheur vous voyez revenir chaque année ces fêtes solennelles consacrées à son honneur et à sa gloire 1 Avec quelle dévotion vous la priez chaque jour! Avec quel empressement vous allez décorer ses éghses et ses autels 1 Ah 1 si seulement vous pouviez parcourir l'univers pour annoncer partout sa bonté et sa tendresse, et pour la faire aimer 1

Et les saints, ces amis de Dieu, ces frères de Jésus-Christ, ces enfants bien-aimés de Marie, vous les aimez aussi comme des frères, des protecteurs, des personnages illustres par la sublimité de leurs vertus et mis en possession de Dieu. Combien ils vous sont chers! Quelle joie n'éprouvezvous pas quand vous les voyez honorés , invoqués et imités 1

Le don de piété vous inspire une grande charité pour tous les hommes, parce qu'ils appartiennent à Dieu par des tires authentiques et merveilleux ; ce sont les images vivantes de Dieu, les chefsd'œuvre de ses mains, ses enfants adoptifs, les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ. On vous voit le visage toujours gai et toujours ouvert, des paroles gracieuses sur les lèvres, prompt à rendre service, indulgent pour excuser les fautes d'autrui et sévère pour vous seul, facile à pardonner à tous excepté à vous-même, plein de compassion pour ceux qui souffrent, affable, honnête, poli envers tout le monde; vous bénissez ceux qui vous maudissent, vous priez pour ceux qui vous calomnient,

et vous faites du bien à ceux qui vous persécutent.

Si vous tombez dans quelque faute grave, vous vous humiliez aussitôt devant cette majesté infinie que vous avez offensée, et, bien que votre péché paraisse impardonnable, vous ne vous désespérez pas néanmoins. Vous savez que Celui que vous avez offensé est le meilleur des pères ; vous allez vous jeter à ses pieds et vous lui dites : Mon Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne mérite plus d'être appelé votre fils, mais traitez-moi comme un de vos mercenaires. Vous redoublez d'ardeur dans l'exercice de la pénitence, et, par un amour plus vif, plus sincère, plus dévoué, vous vous efforcez de dédommager le cœur de Dieu de la peine que vous lui avez causée.

Vous pouvez donc comprendre comment le don de piété perfectionne la vertu de justice ; car il fait que nous rendons à Dieu et à notre prochain tous nos devoirs avec bonheur et avec joie. Il nous inspire une telle ardeur, que, sans calculer jusqu'où s'étend l'obligation, il nous suffit de savoir que nous faisons le bon plaisir de Dieu pour nous porter à la pratique des conseils. Il imprime à toutes nos actions un caractère religieux qui en fait autant d'oeuvres de piété, parce qu'il nous fait considérer les créatures comme représentant Dieu luimême. N'éprouvons-nous pas un certain sentiment de respect à l'égard des domestiques qui portent la livrée d'un prince et d'un roi, et ne les traitonsnous pas comme si nous avions affaire au prince ou au roi dont ils sont les serviteurs? Tels sont

nos sentiments à l'égard des créatures, parce qu'elles portent la livrée du Roi du ciel.

Pour mieux apprécier les avantages du don de piété, considérez ce que devient le chrétien qui en est privé. Ne comprenant plus sa filiation divine, ni ces rapports si doux et si intimes qui existent entre lui et Dieu, il se fait centre de tout, il se fait comme un petit dieu que tout le monde doit adorer. Dieu n'est plus pour lui qu'un étranger et même un tyran, il ne le prie plus, il ne lui rend plus aucun devoir. L'adversité vient-elle le visiter? Dieu n'est plus un bon père qui le châtie pour le rendre meilleur, c'est un ennemi qui le persécute. Ce n'est plus l'effet d'une providence toute paternelle qui veut réveiller un enfant qui s'endort au sein des plaisirs, c'est le hasard ou le sort qui le poursuit. Comme le mauvais serviteur de l'Evangile, il ne voit plus en Dieu qu'un maître dur et inexorable, qui prend où il n'a rien rais, et qui veut récolter où il n'a rien semé. Les exercices de piété sont oubliés et méprisés; le son des cloches, la vue d'une église ou même d'un prêtre le met en fureur. Dites-lui que Dieu nous a imposé tel précepte, ce sera pour lui une raison de l'enfreindre; dites-lui qu'il nous a défendu telle action, il se fera gloire de la faire. Comme Satan , on dirait qu'il éprouve du bonheur dans sa rébellion.

Pour lui, l'Eglise n'est plus qu'une réunion de dupes ou d'hypocrites qui exploitent la crédulité publique, qui obligent à croire des absurdités, qui méconnaissent les droits de la raison et détruisent l'intel-

ligence humaine. Il méprise ses enseignements, son autorité, ses pasteurs et ses cérémonies; il s'en moque elles tourne en ridicule.

Ce n'est pas tout : il brise tous les liens qui l'unissent à ses semblables et méconnaît toute autorité. Le fils ne voit dans son père qu'un maître et un nourricier dont il a besoin dans son enfance; mais attendez l'âge de quinze ans, et l'heure de l'émancipation aura sonné, et il aura secoué tout joug, toute loi, toute autorité. Le chef de l'Etat n'est plus qu'un agent de pûlice dont il peut tromper la surveillance et braver le pouvoir.

Vous lui prouverez sans doute qu'il a tort, qu'on ne vit jamais de peuple sans une autorité respectée, et que, partout où elle est méconnue, il n'y a que désordre, anarchie, révolution, ruines. Que peut la logique contre des passions déchaînées? Les démonstrations les plus claires, les preuves les plus solides ne sauraient éclairer celui qui ferme les yeux à la lumière.

Que sont les autres hommes à son égard? Des tyrans ou des rivaux, et par conséquent des ennemis, et il les traite en ennemis. 11 est de ces hommes dont parle saint Paul, pleins d'amour d'euxmêmes, sans affection pour personne, cupides, dédaigneux, superbes, sans pitié, farouches et cruels. (IITim., III, 2.) Ce portrait vous semble fait à plaisir, mais détrompez-vous ; car le chrétien sans piété est un impie, selon l'énergique signification du mot. Or, un impie n'est-il pas un homme qui ne croit à rien et qui méprise toute croyance? S'il aime, c'^st

par calcul, par intérêt ou amour de lui-même. Il fera dçs sacrifices comme l'avare, quand il aura la certitude que ce sont des avances de fonds qui lui feront réaliser de gros bénéfices.

lie négligez rien, mes frères, pour conserver et perfectionner en vous le don de piété. C'est un fruit divin transporté du ciel sur la terre; c'est un ruisseau qui coule de la miséricorde de Dieu dans nos âmes pour les rafraîchir, les vivifier, y faire germer et croître les vertus chrétiennes. C'est un rayon du Soleil de justice qui nous révèle les trésors immenses de notre filiation divine. C'est une participation à la charité infinie de Dieu qui nous porte à nous communiquer par amour, comme il fait lui-même. C'est comme une émanation du Saint-Esprit, qui nous déifie et nous communique les sentiments de Jésus-Christ pour estimer, honorer et aimer Dieu notre Père, comme il l'honore et l'aime lui-même. Exerçons-nous à la piété, puisqu'elle est utile à tout, qu'elle possède les promesses de la vie présente et celles de la vie future.

Accoutumez-vous à cette belle et noble pensée, que Dieu est votre Père, que vous êtes ses enfants de prédilection ; rendez-vous la si familière qu'elle vous soit comme naturelle, qu'elle vous accompagne partout et soit comme l'âme de toutes vos pensées et de toutes vos actions. Pensez à Dieu et parlez-lui comme à votre Père; adressez-lui vos prières et vos demandes avec cette confiance entière qu'un fils témoigne au meilleur des pères ; traitez toutes vos afl'aires avec lui, comme vous le

feriez avec le père le plus compatissant et le plus généreux; recevez de sa main paternelle les maux comme les biens, parce qu'il ne permet ou ne vous envoie que ce qui doit contribuer le plus efiBcacement à voire bonheur; en un mot, conduisez-vous toujours en toutes choses avec un esprit vraiment filial, comme il vous y engage lui-même par son prophète en disant : « Commencez au moins dès maintenant à m'appeler votre Père, et conduisez-vous avec moi comme un enfant digne de moi. y>

Quand vous traitez avec les hommes, faites-le toujours avec un même esprit de piété qui vous montre en eux les enfants adoptifs de Dieu, les frères de Jésus-Christ et les temples du Saint-Esprit, ou plutôt voyez en eux d'autres Jésus-Christs, puisque Jésus-Christ vit en eux, les anime de son esprit et leur communique sa propre vie. Traitezles, honorez-les, servez-les, comme si vous traitiez, vous honoriez, vous serviez Jésus-Christ luimême en personne, puisque tout ce que vous aurez fait au plus petit d'entre ses frères, c'est à luimême que vous l'aurez fait, et il vous en récompensera. Amen.

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