‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 23 sur 28 · SAINT FÉLIX DE CAMALICE · texte numérisé non relu

SAINT FÉLIX DE CAMALICE

Félix avait tant d'estime pour l'obéissance qu'il se regarda toute sa vie comme l'âne commun de tout Tordre, et non comme un religieux. Il obéissait non seulement à la voix, mais aux moindres signes de ses supérieurs. Il n'était pas moins zélé pour la pauvreté. Toute sa vie il porta l'habit étroit, court et rempli de pièces en dedans et en dehors. Quand il rencontrait quelques haillons, il les cousait à son habit et disait que c'était son velours et sa pourpre.

Ses abstinences et ses austérités étaient incroyables ; car, non content des jeûnes si fréquents dans son ordre, il s'en imposait d'autres comme son père saint François. Il ne mangeait rien les trois derniers jours de la semaine sainte. Il couchait sur deux ais qu'il couvrait d'une vieille natte, se servait d'un tronc de bois pour coussin ou d'un fagot de sarments. Il ne dormait que deux heures, et encore fort rarement. Il passait le reste de la nuit en prières et se donnait trois fois la discipline, et souvent il en faisait autant le jour.

Sur la fin de ses jours, il souffrit d'atroces douleurs avec une patience admirable. Son médecin ini demanda un jour comment il se porlaif , et il répondit en riant : <( Ce méchant corps ne peut se résoudre à soullrir, et il s'en dispenserait volontiers s'il le pouvait ; mais il faut bien qu'il s'y habitue malgré lui. — Demandez à Dieu qu'il vous guérisse, comme vous faites pour les autres. — Je m'en garderai bien ; les souffrances sont des faveurs que Dieu m'envoie, voulez-vous que je les refuse? » Au plus fort de ses douleurs, il disait : « Voici, mes frères, des fleurs et des roses du paradis. »

Il jeûnait au pain et à l'eau la veille de toules les fêtes de la sainte Vierge, et le carême que jeûnait saint François en son honneur, depuis l'octave de saint Pierre jusqu'à l'Assomption. Il récitait le chapelet tous les jours et le rosaire tous les samedis.

Il avait toujours à la bouche le nom de Jésus, et il exhortait les enfants à le répéter souvent, ainsi que ces mots : Deo

grattas. Aussitôt que les enfants l'apercevaient, ils criaient : (.(Beo gratias, frère Félix; »et lui leur répondait en pleurant de joie : « Beo gratias, mes enfants. »

Les larmes que sa dévotion lui faisait répandre Tempèchaient de répondre au célébrant en servant la Messe. Il composa quelques cantiques pleins du feu de Famour divin. Comme on lui demandait comment il pouvait être toujours uni à Dieu^ il répondit : u Toutes les créatures du monde sont capables de nous élever à Dieu, si nous les regardons d'un bon œil. »

Un jour qu'il priait, il fut saisi d un sentiment d'amour si violent, qu'il s'approcha de l'autel et pria la Mère de Dieu de lui donner son petit Jésus. La sainte Vierge lui apparut et lui mit entre les bras le petit Jésus. Dieu seul sait quelle fut sa joie, de quelles caresses, de quels baisers et amoureux embrassements il le couvrit. Puis il le rendit avec tous les remerciements possibles.

Tout le monde le vénérait à Rome, le clergé et le peuple, les ouvriers, les grands seigneurs, les cardinaux et les papes. Mais il était toujours humble, et repous?ait les honneurs qu'on voulait lui rendre. Il fuyait les singularités et paraissait comme les autres religieux. Mais il se livrait en secret à des austérités incroyables. Il marchait toujours nu-pieds, excepté les dernières années de sa vie ; on lui commanda de porter des sandales. Quand on lui demandait pourquoi il allait pieds nus, il répondait : « Parce que je marclie mieux et avec plus de commodité. »

Quand on le louait en sa présence, il partait sur-le-champ ; et s'il ne pouvait quitter la compagnie, il détournait la conversation. Il souffrait les injures avec un merveilleux contentement.

De bonnes filles s'étant mises à genoux pour lui baiser les mains, il leur permit seulement de baiser ses habits, en leur disant : « Çà, mes filles, contentez votre dévotion, à la bonne heure. Un jour viendra bientôt que cet habit sera regardé comme précieux, et tous courront à l'envi pour en avoir une pièce. i>

Le dernier jour de sa vie, la sainte Vierge lui apparut, après qu'il eut reçu les sacrements avec une grande dévotion. 11 rendit doucement son âme à Dieu le 18 mai 4587, âgé de soixante-duuze ans.

A peine sa mort fut-elle connue dans la ville de Rome, que tous coururent au monastère pour le voir, le toucher ou emporter quelques reliques. On lui enleva, pièce par pièce, tous ses habits jusqu'à trois fois. D'autres lui coupèrent les cheveux et la barbe, et quelques uns lui rognèrent les ongles des pieds et des mains, et lui coupèrent même des morceaux de chair. Après sa mort. Dieu a opéré une infinité de miracles par son intercession.

VIF INSTRUCTION

Un fîosî d'intelligence.

Intellectus tibi dabo et instruam te.

Je TOUS donnerai l'intelligence et je vous instruirai.

(PSAL. XXXI, 8.)

Nous vous avons montré, mes frères, comment le don de crainte de Dieu perfectionne la vertu de tempérance; celui de force, la vertu de force; celui de piété, la vertu de justice; celui de conseil, la vertu de prudence. Il nous reste à vous faire voir que le don d'intelligence perfectionne la vertu de foi; le don de science, l'espérance, et le don de sagesse, la charité.

N'oubliez pas que les dons du Saint-Esprit sont les trésors les plus précieux du chrétien, et pour les apprécier il faut les bien connaître. Si vous en avez une connaissance approfondie, vous les estimerez plus que toutes les richesses du monde, vous les rechercherez avec empressement, vous les demanderez à Dieu avec ferveur, et quand vous les posséderez, vous les conserverez avec le plus grand soin.

Pour vivre de la vie du corps, il faut que l'homme puisse distinguer les objets du monde sensible; et c'est dans ce but que Dieu lui a donné l'œil du

corps, afin qu'il puisse discerner les substances alimentaires du poison.

Pour la vie de l'âme raisonnable, Dieu lui a donné aussi un organe, l'œil de l'âme ou l'intelligence, afin de pouvoir discerner la vérité de l'erreur, le bien du mal, puisque la vérité et le bien sont l'aliment de l'âme, tandis que l'erreur et le mal en sont le poison et la font périr.

Pour la vie surnaturelle et divine, qui surpasse infiniment l'intelligence la plus élevée. Dieu a dû nous donner aussi comme un sens surnaturel pour connaître notre dernière fin et les moyens qui doivent nous y conduire. Or, cet œil de l'âme que Dieu nous a donné dans l'ordre de la grâce, c'est la foi ; car c'est elle qui nous donne la connaissance des vérités chrétiennes, et cependant elle ne nous en fait pas pénétrer le sens profond : c'est le propre du don d'intelligence, car ce mot signifie lire dedans, c'est-à-dire pénétrer le fond d'une vérité. La foi dispose l'entendement et la volonté à croire fermement les vérités qu'elle enseigne; mais pour porter sa vue plus loin et jusqu'au centre même des vérités, pour connaître les secrets des divines Ecritures et les merveilles de nos mystères, le chrétien a besoin que Dieu lui communique une plus grande et une plus forte lumière : c'est ce que nous appelons le don d'intelligence.

Mais on remarque comme trois degrés dans le don d'intelligence. Le premier consiste à montrer à l'âme la vérité de nos mystères par des raisons solides qui nous les rendent certains, indubita-

blés, et digues de notre croyance. Car tout homme fidèle qui possède la grâce sanctifiante est pourvu du don d'intelligence pour savoir et croire toutes les vérités nécessaires au salut. Combien n'y a-t-il pas de chrétiens qui n'ont aucune notion des sciences, qui ne savent pas même lire et qui sont incapables de rendre raison de leur foi, et qui cependant sont si fermement attachés à nos mystères, que rien au monde ne peut les arracher de leur cœur! Et ce n'est pas tant par une lumière distincte que par une impression divine qui les rend fermes comme des rochers dans la foi ; et cette impression leur en donne une si haute estime, que rien ne leur semble approcher de leur vérité et de leur excellence, et que pour rien au monde, ni par l'espoir des richesses, ni par la crainte des supplices, ils ne consentiront à les révoquer en doute ou à les nier.

Le second degré tient le milieu entre cette première effusion de la lumière et le grand jour que produit le troisième ; il ressemble au soleil levant, précédé de l'aurore et suivi des clartés éblouissantes de midi. Vous le comprendrez mieux après que nous vous aurons fait connaître le troisième degré, qui consiste dans cette lumière vive dont parle David : « Seigneur, vous m'avez découvert les merveilles et les secrets cachés de votre sagesse. » (Psal. l, 8.) « Vos mystères sont admirables, mon Dieu, et les beautés qu'ils renferment sont dignes de ravissement : c'est pourquoi je me suis efforcé de les scruter et de les approfondir. La révélation que vous en faites aux petits et aux humbles par le don d'intel-

ligence que vous leur accordez et qui les leur montre dans tout leur jour, les ravit d'étonnement et d'admiration. »>Psal. cxviii, 129.)

Saint Augustin avoue qu'avant sa conversion et son baptême il ne pouvait, avec toute la pénétralion de son esprit et toute la force de sa haute intelligence, concevoir le mystère de l'Incarnation, et il ajoute qu'après avoir reçu le Baptême, qui lui communiqua le don d'intelligence, il fut comme transporté hors de lui-même en contemplant ce même mystère : « Je ne pouvais me lasser d"admirer la profondeur de vos conseils. Seigneur, et les moyens merveilleux que vous avez employés pour sauver le genre humain. »

Sans aucun doute, les mystères de notre foi resteront toujours des mystères pour les chrétiens sur la terre; cependant, avec le don d'intelligence, ils entrevoient les beautés ravissantes et les richesses inestimables qu'ils renferment, ce qui leur donne un avant-goût du bonheur céleste.

Le don d'intelligence élève donc votre âme pour vous montrer l'excellence de l'ordre surnaturel, l'ensemble parfait de toutes les vérités de la religion. Il vous fait voir qu'il n'y a rien qui ne soit saint, auguste et vénérable; que la moindre cérémonie renferme une profonde philosophie ; que le christianisme s'accorde avec la révélation mosaïque comme l'âme avec le corps ; qu'il n'y a rien qui ne soit lié et enchaîné à quelque vérité fondamentale ; que les articles de notre foi, loin de contredire la raison, relèvent et l'agrandissent jusqu'à la

raison de Dieu. Vous ressemblez alors au voyageur placé sur le sommet de la plus haute montagne ; d'un seul regard vous embrassez un vaste et magnifique horizon qui vous jette dans le ravissement.

Le don d'intelligence vous découvre la conduite de Dieu sur les peuples et sur les individus. Vous comprenez pourquoi il vous afflige par des maladies, par la perte de vos biens, de votre honneur, de vos parents et de vos amis; pourquoi vous n'avez pas plus d'esprit, plus de jugement, plus de science ; pourquoi vous ne réussissez pas dans toutes vos entreprises ; pourquoi vous êtes placés dans telle situation plutôt que dans telle autre. Dieu vous avait d'abord caché ces merveilles pour vous donner lieu d'exercer votre foi, votre charité, votre obéissance et votre humilité. Il vous accorde le don d'intelligence pour vous récompenser de votre fidélité et de votre persévérance. Il est dans votre intelligence comme un flambeau d'une lumière pure et étincelante, pour vous révéler la beauté de nos mystères. Si vous renfermiez dans un appartement obscur tout ce que la nature et l'art peuvent produire de plus parfait, vous n'y verriez rien, eussiezvous le regard perçant de l'aigle; mais si vous y introduisez de la lumière, il s'offre à vos regards étonnés un spectacle magnifique. De même, quand le don d'intelligence luit dans votre âme, votre raison découvre dans les mystères des beautés, des harmonies et des merveilles qui la ravissent. Combien d'ouvriers, de domestiques et de servantes qui

connaissent infiniment mieux les véritées chrétiennes que tous les savants de nos jours!

Sans ce divin flambeau, vous ne découvrez rien dans les choses de Dieu ; ce sont pour vous lettres closes, et l'on peut vous dire comme Jésus-Christ à ses apôtres : Et vous aussi vous êtes sans intelligence. Vous ressemblez à des enfants qui assistent à une cérémonie religieuse ; vous ne voyez que la beauté des ornements et les mouvements du clergé, mais vous ignorez la signification des rites sacrés. Au contraire, aidés de cette lumière divine, vous devenez savants, capables de contempler les merveilles de Dieu et de vous entretenir des journées entières dans la méditation de ses œuvres. Vous verrez et vous serez comme environnés de lumière, a dit le prophète ; votre cœur s'élargira, et vous serez dans l'admiration. Voyez-vous le soleil briller au firmament et vivifier toute la nature par sa lumière et par sa chaleur? C'est l'image du soleil des intelligences qui vivifie les âmes. L'éclat des fleurs et la suavité de leurs parfums figurent les vertus chrétiennes, qui sont la plus belle parure de l'âme et le plus agréable parfum pour les chrétiens. Que dis-je? l'univers tout entier avec toutes ses magnificences vous paraîtra d'une laideur extrême comparé au monde surnaturel et divin.

Vous assistez à une superbe soirée ; vous voyez paraître dans tout leur éclat de nobles dames parées des toilettes les plus riches et les plus élégantes ; des lustres et des candélabres tout resplendissants d'or et d'argent réfléchissent les rayons de

mille bougies étincelantes ; des flots d'iiarmonie se répandent dans un salon décoré avec la plus grande magnificence. Ou bien c'est une fête célébrée dans la capitale, où le luxe étale avec orgueil toute sa pompe et toutes ses richesses; les maisons sont pavoisées d'oriflammes, les rues sillonnées de trophées et d'arcs de triomphe. Ou bien c'est l'immense palais de cristal, où sont exposés les chefsd'œuvre de l'industrie et des arts du monde entier. Tout cela est très-beau, et c'est tout ce que l'on peut olTrir déplus beau aux amateurs de ce monde. Cependant vous n'aurez qu'un profond mépris pour toutes ces choses sensibles, si vous avez contemplé un moment les merveilles du monde surnaturel. En voici la raison. Si vous habitiez depuis longtemps les palais des rois, et que vous eussiez contemplé de vos yeux ces fêtes brillantes qu'on y célèbre depuis tant d'années, que répondriez-vous à un paysan qui vous engagerait à assister à une superbe fête qui doit avoir lieu dans son hameau? Rien sans doute, et vous hausseriez les épaules en entendant une telle proposition. Car, si brillante que soit la fête du hameau, peut-elle approcher de celles auxquelles vous avez pris part? Ainsi en estil des chrétiens éclairés du don d'intelligence pour les fêtes de ce monde. Que peuvent être les plus beaux spectacles de la terre pour ceux qui ont contemplé les merveilles et les beautés ravissantes du monde surnaturel et divin? Ce n'est pas même la fête d'un hameau comparée aux fêtes les plus ballantes de la capitale.

En effet, tout ce qu'il y a de bon, de vrai, de beau, de grand, de noble, de brillant et de majestueux dans toute retendue de l'ordre naturel n'est qu'une image imparfaite etgrossière de la bonté, de la beauté, delà grandeur, de la noblesse et de la majesté de Dieu Or, le monde surnaturel et divin est la manifestation des perfections infinies de Dieu, telles qu'elles sont en elles-mêmes, et la vue qu'en ont les saints les jette dans une admiration et un ravissement perpétuels. Encore que vous ne puissiez les contempler qu'à l'aide de la foi et du don d'intelligence, vous en avez déjà une vue si claire et si distincte, que toutes les beautés de c© monde ne vous paraissent que laideur à côté de ces beautés divines, et l'idée, quoique imparfaite, que vous avez de la grâce et de la gloire du ciel, vous donne la conviction que toute la gloire des mondes créés n'est que néant à côté de la beauté des âmes ornées de la grâce.

Suivant saint Bernard, on ne peut rien concevoir de plus beau et de plus admirable que notre Seigneur Jésus-Christ dans toutes les circonstances de sa vie et de sa mort. Mais, pour le voir ainsi, il faut que lui-même ouvre les yeux de notre âme et nous enrichisse du don d'intelligence. Alors nous laisserons tout le reste pour méditer uniquement les mystères de cet aimable Sauveur; ce sera un nouveau monde à contempler qui nous ravira de joie et de bonheur.

Oh ! que vous êtes aveugles et insensés, hommes du monde qui fermez les yeux de votre âme à ce

soleil de justice 1 Voulez-vous avoir une idée de votre folie? Représentez-vous un père de famille doué de la plus haute intelligence et versé dans toutes les sciences humaines. Ce qu'il désire et ce qu'il demande à Dieu sans cesse, c'est d'avoir un fils à qui il puisse communiquer toutes ses richesses intellectuelles. Enfin Dieu lui donne un fils rempli des plus rares qualités de l'esprit et du cœur, qui pénètre toutes les questions et apprend avec une merveilleusefacilitétoutcequesonpèrelui enseigne. On peut concevoir la joie de ce bon père, mais il est impossible de l'exprimer. Cependant le jeune homme révèle des instincts grossiers, et, malgré les avertissements paternels, il se livre à l'intempérance, s'abrutit et tombe dans une espèce d'idiotisme. Quel malheur ! qui pourrait assez le déplorer? Autant ce père avait été heureux des espérances qu'il avait conçues sur l'avenir de son fils, autant est profonde sa peine de le voir réduit à l'état d'imbécillité. Quelle torture!

Voilà votre image, hommes du monde qui avez chassé le Saint-Esprit de votre cœur. Quand vous le possédiez, vous pouviez vous élever jusqu'au monde surnaturel, jusqu'aux plus sublimes vérités de la religion. Mais, depuis que le péché est entré dans votre âme, les ténèbres y sont entrées avec lui; vous avez perdu le don d'intelligence, et votre foi est morte. Le monde de la grâce n'est plus qu'une folie et un scandale, comme le monde intellectuel et moral l'est pour l'ivrogne et le libertin.

Nous avons vu, il y a quelques années, des philosophes qui avaient reçu une éducation chrétienne oublier tellement le sens des mots les plus vulgaires, qu'ils ont prétendu que Dieu est le mal et que la propriété est un vol. Est-il possible de descendre plus bas? Dieu Ta permis sans doute pour nous faire voir ce que deviennent les savants euxmêmes privés des dons du Saint-Esprit.

Mais combien ne serait pas heureux le père de famille dont nous avons parlé, si un médecin pouvait guérir son fils ! Ne donnerait-il pas volontiers toute sa fortune pour obtenir cette guérison? S'il fallait que le jeune homme fût obligé de prendre un remède un peu amer, que ne ferait pas son père pour l'engagera l'accepter et à triompher de sa répugnance?

Ce père malheureux, mes frères, c'est votre pasteur, qui gémit et qui pleure sur la folie et les égarements de ses enfants bien-aimés. Ornés autrefois de la grâce sanctifiante et des dons du Saint-Esprit, vous possédiez la connaissance du monde surnaturel; mais, depuis que le péché a souillé votre cœur, vous avez perdu cette vue de l'âme, vous êtes plongés dans les plus épaisses ténèbres. Combien doit souffrir le cœur de votre père spirituel, qui porte dans ses mains un remède efficace pour guérir ses enfants malades et leur rendre les yeux du cœur qu'ils ont perdus! Avec quel bonheur il donnerait tout ce qu'il possède, son repos, sa santé, sa vie, pour sauver ces malheureux enfants qu'il aime plus que lui-même !

0 vous qui entendez sa voix, montrez-vous dociles à ses paternelles exhortations et acceptez le remède qu'il vous présente. La perte de votre raison ne serait rien en comparaison de la perte du don d'intelligence; car, en mourant dans la folie avec la grâce sanctifiante, vous recouvrerez votre raison, et vous en jouirez pendant toute l'éternité; si au contraire vous mourez privés de la grâce sanctifiante et des dons du Saint-Esprit, vous serez exclus du ciel pour toujours et condamnés à ne jamais voir Dieu, parce que vous aurez perdu l'œil de l'âme qui vous rendait dignes de cette vision. Le don d'intelligence vous est donc infiniment plus précieux que la raison elle-même, puisque c'est une participation à l'intelligence même de Dieu.

Conservez donc avec le plus grand soin cette grâce et cette faculté divine, vous qui avez le bonheur de la posséder, et vous pourrez chanter avec le prophète dans toute la joie de votre âme : Bienheureux est l'homme à qui vous daignez servir de Maître, ô mon Dieu ; heureux celui à qui vous enseignez votre loi. (Psal. xciii, 12.) Pour la bien comprendre, vous lui avez communiqué votre esprit. Donnez-moi, Seigneur, ce don d'intelligence, et je m'appliquerai à la méditation de votre loi, et je l'observerai de tout mon cœur. Eclairez les yeux de mon âme, ou plutôt donnez-moi des yeux tout divins, et je méditerai les merveilles de'votre loi. Je suis votre serviteur; donnez-moi l'intelUgence, afin que je connaisse votre sainte volonté ; donnez-moi l'intelligence, et je vivrai. (Psal. cxviii, 34.)

Je vivrai d'une vie toute nouvelle, de votre propre vie. Dieu le Père, principe et source de toutes les lumières, éclairez-moi ; Dieu le Fils, splendeur et image du Père, instruisez-moi; Dieu le Saint-Esprit, soleil des intelligences, illuminez et échauffez mon cœur, affermissez ma foi : je comprendrai d'autant mieux que je croirai plus fermement. Je vous demande cette grâce au nom et par les mérites de mon Sauveur Jésus. Ayez pitié d'un pauvre aveugle ; rendez-lui la vue de l'âme, afin qu'il contemple ici-bas les merveilles de vos mystères et qu'il vous contemple vous-même pendant l'éternité . A men .

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