‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 24 sur 28 · LE BIENHEUREUX BENOÎT LABRE · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX BENOÎT LABRE

Ce saint naquit le 26 mars 1748, dans le village d'Amette, au diocèse de Boulogne, et était Taîné de quinze enfants. Son oncle, l'abbé Labre, curé d'Erin, le prit avec lui à Tâge de douze ans, et lui enseigna le latin, espérant qu'il deviendrait prêtre. Benoît montrait en effet du goût pour la vie religieuse. Il ne se mêlait point aux amusements des jeunes gens de son âge ; il aimait la solitude, la prière, la lecture des livres de piété ; il était charitable, et se privait de son pain pour le donner aux pauvres.

Après la mort de son oncle, il courut à la Trappe, après avoir obtenu avec beaucoup de peine le consentement de ses parents. Mais il n'avait que dix-huit ans, il ne put être reçu. Il fut accueilli à la Chartreuse de Louguenesse, mais il quitta le couvent six semaines après. Rentré chez son père, il se livra à de grandes austérités; il couchait sur une planche. Il entra à la Cliarlreuse de Montreuil,d'où il sortit six semaines après ; on ne lui croyait pas de vocation. Il se présenta de nouveau à la Trappe et en fut renvoyé pour toujours.

Pour ne pas être à charge à ses parents, il prit le chemin de Rome. Au mois de novembre 1770,11 ht un pèlerinage à Notre-Dame de Lorelte, et partit pour Assise. Il visita tous les sanctuaires de cette nouvelle Sion, et se ht agréger à une confrérie de saint François.

D'Assise il se rendit à Rome, et fut reçu à l'hôpital de Saint- Louis-des-Français. L'année suivante, il repartit pour Lorette, et visita tous les sanctuaires du royaume de Xaples. Il revint à Rome pour les fêtes de Pâques i772. Il aimait les grandes solennilés de la semaine sainie, et tenait à vénérer les précieuses reUques qui sont alors exposées. Il passa ainsi le reste de ses jours à faire des pèlerinages en France, en Espagne et en Allemagne. Se rappelant sans cesse que l'homme n'est ici-bas qu'un pauvre pèlerin, il marchait avec bonheur vers l'éternité, méditant les grandeurs de Dieu au milieu des montagnes, son immensité sur les bords de la mer, sa bonté dans les plaines fertiles qu'il traversait, et il vivait d'aumônes.

Malgré son recueillement, sa sohlude, son oubli de la soif et de la faim, il trouvait que les distractions des voyages Téloignaient de Dieu, et il retourna à Rome, d'où il ne sortit plus que pour aller chaque année à Lorette.

Il passa les trois premières années de son séjour à Rome dans une obscurité et une solitude absolues. Nul ne le connaissait, excepté son confesseur. Il vivait le jour dans les églises, la nuit dans une ruine antique, priant et souffrant du froid et de la fdim. Ces austérités et l'habitude de rester à genoux firent enfler la moitié de son corps; il allait périr, lorsqu'un mendiant le fit recevoir de M. Mancini. Le repos, une nourriture meilleure, l'eurent bientôt rétabli. M. ?tîancini lui permit de revenir coucher chaque soir dans son hospice, où il logeait douze pauvres.

Le soir, un peu avant l'ouverture de l'hospice, pendant que les autres pauvres causaient à la porte. Labre se mettait à genoux derrière une colonne du palais Santarelli, et attendait en priant. Après la prière commune, au lieu de se coucher, il restait longtemps à genoux, se relevait la nuit pour prier en-

core. Le malin, quand les pauvres se réveillaient, ils le trouvaient priant déjà. Aussitôt après la prière du matin, il se rendait ordinairement à l'église de Ja Madone des Monts, et s'agenouillait à celle même dalle sous laquelle il fut enterré. H y restait jusqu'à midi, faisant oraison, entendant les messes, récitant l'office divin. A midi, il allait à la porte de quelque couvent recevoir la portion de soupe et de pain qui lui servait d'unique repas. Avant de prendre cette nourriture, il élevait vers le ciel la pauvre écuelle qui la contenait, et priait Dieu avec une ferveur qui touchait jusqu'aux larmes les pauvres ses compagnons. Il passait le reste du jour à l'église, priant ou lisant quelque livre de piété. Le soir, il recevait la bénédiction du Saint-Sacrcmenl, et revenait à l'hospice.

Il ne parlait presque jamais, répondait en peu de mots, ne voyait personne, et vivait uniquement avec Dieu. Son costume répondait à sa pauvreté. Sa vue, au premier aspect, était désagréable et rebutante : les jambes à demi nues, les reins ceints d'un assez mauvais cordon, toute la tête fort négligée, mal couvert, et mal enveloppé d'un manteau usé et déchiré, tout l'extérieur enfin du plus misérable mendiant. Un jour qu'il avait donné à un pauvre une baïoque qu'il venait de recevoir, celui qui avait fait cette aumône crut qu'il la méprisait, se jela sur lui tout furieux, et le battit d'un instrument qu'il tenait à la main. Une autre fois, il reçut à la jambe un palet qui fit jaillir le sang ; il ne se retourna même pas pour voir celui qui l'avait frappé. Au €olysée, il voulut reprendre quelques enfants qui profanaient ce sanctuaire des martyrs. Les enfants, le voyant si misérable, le poursuivirent à coups de pierres. Un passant les arrête : «Laissez-les, dit Labre; si vous me connaissiez, vous feriez comme eux. »

Cependant une douleur profonde dévorait le corps de Labre. Cet amant de Dieu, si insensible à ses propres peines, ressentait toutes les injures que faisaient à Dieu chaque jour les incrédules. Il éprouvait une torture affreuse de voir son Père céleste, son ami, son époux, maltraité, foulé aux pieds par des frères ingrats, mais qu'il aimait, parce qu'ils étaient comme lui les enfants du même Père et rachetés par le même

sang de Jésus-Christ. Il dit un jour à son confesseur : « Mon père^ cette douleur me tue. »

Il mourut le mercredi 16 avril 1783, à l'âge de trente-cinq ans. Le lendemain, on se mit à crier dans toute la ville de Rome : « Le saint est mort! où est la demeure du saint qui vient de mourir?» II fallut placer des gardes pour contenir la multitude. Rome tout entière accompagna le convoi. Ni Louis XIV ni Louis XV n'eurent d'aussi magnifiques funérailles. Une foule immense se porta sur son tombeau, et tous les malades étaient guéris.

Vlir INSTRUCTION.

Du don de seienee.

Hoc oro ut chahlas vcstra magis ac magis abundet in scientia et in omni sensu.

Je prie Jésus-Christ que TOlre charité croisse de plus en plus eu science et en toute intelligence.

(Phil., I, 9.)

Avec le don d'intelligence, vous pénétrez le sens des vérités chrétiennes; mais vous ne les connaissez encore qu'en elles-mêmes. Vous ignorez leurs rapports, ou les liens qui les rattachent les unes aux autres; c'est le don de science qui doit vous les révéler. Connaître une chose, c'est en avoir une idée exacte, de manière à pouvoir la distinguer des autres choses; en avoir la science , c'est connaître encore les rapports qui l'unissent aux autres choses.

Qu'est-ce que l'homme? C'est une créature raisonnable composée d'un corps et d'une âme : voilà la simple connaissance de l'homme. Mais pour en avoir la science, il faut de plus que vous sachiez quels sont les rapports de l'homme avec Dieu, avec ses semblables et toutes les créatures. Vous connaissez le soleil, et vous savez aussi que c'est la lumière et la chaleur du soleil qui donnent la vie à toute la nature ; mais vous ignorez comment cela

— 4^3 — se fait; vous ne connaissez pas les rapports de la lumière et de la chaleur avec les êtres créés, les arbres, les plantes et les animaux; vous avez une certaine connaissance du monde matériel, mais vous n'en avez pas la science. On vous demande si vous connaissez un personnage qu'on vous désigne, et vous répondez affirmativement, parce que ses traits vous sont connus. Mais on vous demande quelles sont ses bonnes et ses mauvaises qualités, et quelle position il occupe dans la société, ou quels sont ses rapports avec les autres hommes ; vous ne répondez pas, parce que vous les ignorez : vous n'avez pas la science. En un mot, la science est la connaissance des choses en elles-mêmes et dans leurs rapports.

Or, dans le monde matériel, quand on connaît les êtres dans leurs rapports, on sait pourquoi et comment ils existent, se conservent et se développent, et l'on parvient ainsi à acquérir ce qu'on appelle les sciences physiques.

Dans le monde intellectuel et moral, onposecertains principes, et l'on en tire des conséquences : par exemple, si, en jetant vos regards sur le monde, et en y voyant éclater une puissance, une sagesse et une bonté qui vous ravissent d'admiration, vous en concluez que Celui qui en est l'auteur est nécessairement un être puissant, sage et bon; et si, en considérant la nature et les opérations de l'âme, vous démontrez qu'elle doit être spirituelle et libre, et que l'homme a nécessairement des devoirs à rempHr envers Dieu, envers le prochain et envers

lui-même, si vous donnez des preuves solides de ces grandes et importantes vérités, vous aurez la science de Dieu et de l'homme dans l'ordre naturel : c'est ce qu'on appelle la philosophie.

Il en est de même de l'ordre surnaturel et divin. Comme les incrédules et les hérétiques ont souvent attaqué la vérité et la divinité du christianisme, les mystères delà sainte Trinité, de l'incarnation, de la rédemption, de la rémission des péchés par le sacrement de Pénitence, de la présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, les docteurs catholiques ont démontré toutes ces vérités et les ont appuyées sur des preuves solides. D'autres ont prouvé de la même manière toutes les autres vérités. C'est ce qui constitue la théologie, ou science de la religion chrétienne, qui s'acquiert par l'étude et le travail, et peut se trouver dans les pécheurs comme dans les justes. Mais ce que Dieu n'accorde qu'aux âmes pures , c'est le don de science, qui fait connaître les choses créées dans leur principe le plus élevé, dans les desseins de Dieu sur le but final de la création, de sorte que l'âme les voit dans leur liaison et leur enchaînement avec l'intention pour laquelle Dieu les a créées. Dirigés par ce don de science, vous rapporterez toutes vos connaissances à ce but final; vous ferez servir toutes les créatures à votre salut, et vous en tirerez les plus pressants motifs d'admirer, de louer, de bénir, de remercier et d'aimer Dieu, Créateur du ciel et de la terre.

Cette science n'est pas le fruit de l'étude et du

raisonnement comme celle des philosophes et des théologiens. C'est une lumière du Saint-Esprit qui éclaire l'âme sur toutes les choses créées, pour vous les faire apprécier à leur juste valeur et vous montrer l'usage que vous devez en faire en votre qualité d'hommes et de chrétiens. Cette lumière vous montre ce que sont les créatures de la part de Dieu et ce qu'elles sont en elles-mêmes, comment Dieu les a tirées du néant par un acte de sa toute-puissance, comment il les conserve et leur communique sans cesse tout ce qu'elles renferment d'être, de vie et de perfection, et vous fait voir que par elles-mêmes elles n'ont ni vie, ni pouvoir, ni valeur, ni mérite; elle vous fait connaître enfin leur dépendance de Dieu, les rapports ou les liens qui les unissent à Dieu.

Quelle est donc la raison première des œuvres de Dieu et le hut final de toute la création ? C'est que Dieu veut vous rendre participants de sa félicité et vous accorder le bonheur suprême comme don et comme récompense. Voilà ce que le don de science vous fait particulièrement connaître, sans que vous soyez obligés de faire tous les raisonnements que font les théologiens ; il vous le montre d'une vue claire et distincte par une lumière divine. Par le don de science, vous savez que toutes les créatures ne doivent être que des moyens qui vous sont donnés pour vous faire connaître, aimer et servir Dieu avec plus de ferveur et de fidélité ; qu'elles doivent former comme une échelle dont le pied est sur la terre et le sommet dans le ciel pour vous faire

monter jusqu'à Dieu ; que l'univers tout entier n'est qu'un livre immense qui vous parle de Dieu, ou bien un miroir où viennent se refléter ses divines perfections. Le soleil est l'image du Dieu que vous adorez : il n'y a qu'un seul Dieu, comme un seul soleil; il y a trois choses bien distinctes dans le soleil : le globe lumineux, la lumière et la chaleur, et CCS trois choses ont existé simultanément; il y a trois personnes en Dieu, aussi anciennes l'une que l'autre. Le soleil fait sentir partout l'influence de sa lumière et de sa chaleur et communique la vie à toute la nature; Dieu est infini, et c'est en lui que tous les êtres ont la vie, le mouvement et l'être. Le soleil, qui luit au firmament avec ses sept rayons, est un pâle reflet de la lumière incréée et des dons du Saint-Esprit. La lumière se divise en sept couleurs différentes pour varier à l'infini le tableau de la nature entière; et le Saint-Esprit, avec ses dons, produit celte variété de vertus qu'on trouve dans tous les saints,

La pauvre servante comprend à merveille ce langage de la nature. La sérénité du ciel est pour elle le symbole de la pureté de son âme et lui fait soupirer après le moment où elle s'y trouvera réunie à son Dieu. Le feu qu'elle attise lui rappelle qu'elle doit alimenter celui delà charité que Dieu a allumé dans son cœur, et elle l'enflamme par le souvenir de l'amabilité infinie de Dieu et des bienfaits qu'elle en a reçus. La pluie qui rafraîchit la nature est l'image de la rosée spirituelle qui doit descendre dans son âme pour y éteindre les ardeurs de la conçu-

piscence. L'eau dont elle se sert pour nettoyer les objets et blanchir le linge lui remet sous les yeux les eaux mystérieuses de la grâce qui purifient sou âme et la rendent belle aux yeux de Dieu. Le pain dont elle nourrit son corps lui dit qu'elle a besoin d'un pain spirituel pour nourrir son âme, et que, pour avoir le bonheur de manger souvent le pain des anges, elle doit éviter tout péché avec le plus grand soin. En faisant sa toilette, elle se souvient qu'elle doit songer surtout à orner son âme. à la parer de la robe nuptiale, afin d'être toujours prête à entrer dans la salle des noces. Si elle sert son maître avec affection, fidélité et dévouement, c'est parce qu'il lui représente Jésus-Chrisl, qu'elle sert et qu'elle honore dans la personne de son mailre.

Si vous avez le don de science, vous savez que les choses qu'on estime le plus en ce monde, les richesses, les honneurs, la brillante renommée, la beauté extérieure, les plaisirs des sens, n'ont rien de réel, ne sont que vanité et mensonge. Aussi, tandis qu'elles séduisent et entraînent tant de cœurs faibles, elles ne font pas la moindre impression sur vous ; vous les avez examinées dans leurs rapports avec votre fin dernière, et elles ne sont à vos yeux que de superbes bagatelles et des hochets d'enfants.

Le don de science vous fait connaître les chemins divers que vous devez suivre pour atteindre plus aisément et plus sûrement le terme de votre voyage , les armes dont vous devez vous servir pour combattre vos vices, les moyens que vous devez

employer pour évites les ruses et les pièges de Satan, pour acquérir les vertus et arrivera la perfection.

Vous comprenez maintenant pourquoi les honnêtes gens (lu monde, si savants qu'ils soient, n'ont jamais rien vu dans cette philosophie chrétienne et ne peuvent y rien voir. Celte haute science est l'apanage des fidèles dont l'âme est ornée de la grâce sanctifiante, lors même qu'ils n'ont aucune connaissance des lettres.

Les gens du monde sont très-habiles dans toutes les sciences humaines; ils ont surpris à la nature ses secrets, ils expliquent avec beaucoup de sagacité les lois du monde sensible, et cependant la plupart ignorent la première et la plus haute raison des choses; ils prennent pour première cause ce qui n'est qu'une cause secondaire, et la nature n'a point de son ni de voix pour eux. Ils ressemblent à des enfants qui voient et admirent la forme et la couleur des beaux caractères imprimés sur un livre, et qui en ignorent la signification. La satisfaction de l'esprit et des sens de l'homme, voilà, disent-ils, la fin dernière de la création. Ils font de leur être un petit dieu, auquel tout doit se rapporter. Orgueilleux de leur science tout humaine, ils se complaisent dans leurs conceptions, ils mendient la louange à la fortune et à l'opinion. Etcomme'le corps a aussi ses besoins et ses jouissances, ils se livrent sans honte et sans retenue aux passions de l'ignominie, et pour calmer les remords delà conscience, ils appellent le mal bien et le vice vertu.

Les gens du monde ne comprennent rien à celle philosophie chrétienne, parce qu'ils veulent tout juger par leur raison, et que cette science est audessus de toute raison humaine. Il n'y a que l'Esprit de Dieu qui puisse l'enseigner, et ils ne veulent pas d'un tel maitre. L'univers est muet pour eux, ou un instrument qui fait du bruit. Mais pour vous c'est une lyre qui, sous le doigt de Dieu, rend la plus douce et la plus suave harmonie ; toutes les créatures sont comme autant de voix mélodieuses qui chantent les éternelles louanges de Celui qui leur a donné l'existence. Vous êtes heureux d y joindre votre faible voix : pourriez-vous garder le silence au milieu de ce concert universel, de cette ineffable harmonie ?

Le don de science vous découvre encore les liens qui unissent tous les êtres et vous montre qu'ils forment une vaste hiérarchie. Etes-vous domestique, ouvrier, enfant ou soldat? vous vous soumettez au pouvoir, et vous obéissez comme Jésus-Christ, parce que vous voyez Dieu dans la personne de votre maitre, de votre capitaine ou de votre père. Etesvous maitre, chef de famille ou magistrat? comme Jésus-Christ, vous vous sacrifiez pour ceux qui sont sous vos ordres, vous les traitez avec bonté, vous les gouvernez avec justice, vous les reprenez avec douceur, vous avez pour eux des entrailles de père, et vous les regardez comme vos enfants.

En est-il ainsi parmi ces honnêtes gens du monde qui ne veulent d'autre guide que la raison ni d'autre lumière que celle de leur intelligence? Ignorant le

but final des œuvres de Dieu, ils rapportent tout à eux-mêmes. Loin de considérer le pouvoir comme un service public qui commande le sacrifice et l'abnégation, ils s'en emparent pour l'exploiter à leur profit : honneurs, emplois, réputation, fortune, tout leur appartient. Impatients de tout joug, ils ne peuvent souffrir de maître ; la subordination est une servitude qui humilie et dégrade l'homme, car il ne relève que de lui-même. L'histoire vous dit ce que produisent ces principes désorganisateurs dans la famille et dans la société. L'insurrection s'est établie en permanence au foyer domestique, sur les places publiques et dans le palais môme qu'habite le pouvoir ; de là ces révolutions sanglantes qui ruinent les peuples et les familles.

Le don de science vous découvre les rapports qui unissent les vérités chrétiennes. Puisque Dieu a poussé la bonté jusqu'à nous rendre participants de ses perfections et de son bonheur, vous croyez volontiers tous les mystères, parce qu'ils ne sont plus pour vous que de hautes et d'éclatantes manifestations de l'amour infini de Dieu pour nous ; et plus il vous paraissent incroyables, plus vous les trouvez dignes de votre croyance, parce qu'il est plus manifeste que la raison humaine ne les a pas inventés.

Les gens du monde privés du don de la science ne voient dans nos mystères que des mots vides de sens, ou des absurdités, des contradictions dans les termes, comme qui dirait des cercles carrés, ou bien encore des pratiques superstitieuses emprun-

lées au paganisme. Et ne discutez pas avec eux, ils ne vous comprendront pas.

Il est donc bien certain que le don de science perfectionne l'espérance. En vous montrant que la gloire de Dieu est le but final de toutes ses œuvres, que toutes les créatures et tous les événements sont des moyens pour nous la faire atteindre , que les biens de ce monde sont faux et trompeurs, il nous inspire un profond mépris pour les honneurs, les richesses et les plaisirs, et une grande estime pour les biens invisibles, les seuîs réels, solides et durables ; il détache notre cœur de tout ce qui n'est pas Dieu, et nous fait aspirer sans cesse au bonheur de le posséder. Il arrive ainsi que nous mettons toute notre espérance en Dieu. Connaissant d'une part notre grande misère, et de l'autre la toute-puissance delà grâce, nous nous défions de nous-mêmes et de notre fragilité, nous ne négligeons aucun moyen d'assurer notre salut, bien convaincus que si nous n'abandonnons point Dieu les premiers, il ne nous abandonnera jamais, et que, si grands pécheurs que nous soyons, sa miséricorde est encore plus grande. Nous évitons ainsi tout à la fois la présomption et le désespoir. Les gens du monde, au contraire, se persuadent que Dieu est trop grand pour qu'ils puissent expier l'injure qu'ils lui ont faite parle péché, ou pour qu'il s'occupe de ce monde, et ils n'ont de confiance qu'en eux-mêmes.

Conservez donc précieusementcedon de science. C'est lui qui purifie, sanctifie et déifie notre esprit,

nos études et nos travaux, et nous les fait rapporter à leur véritable fin ; c'est lui qui nous fait bien apprécier la valeur de toutes choses, parce qu'il nous les montre dans leurs rapports. Qu'est-ce que la science humaine à côté de cet admirable don? Quels avantages peut-elle nous procurer? Quelques jouissances matérielles, un peu d'or ou un peu d'argent, et cependant c'en est assez pour enflammer la plupart des hommes d'une ardeur indomptable pour acquérir la science. On ne trouve pas que les maîtres soient trop exigeants; on accepte leurs conditions, on se soumet à tout, parce qu'on veut s'enrichir. Que serait-ce si l'on pouvait acquérir la science sans débourser un centime? Personne n'en serait privé. Et Dieu nous accorde gratuitement le don de science, ce don qui nous découvre tant de merveilles et qui nous procure des trésors infinis pour le ciel, et nous ne voulons nous imposer aucun sacrifice , soit pour l'obtenir, soit pour le conserver ! Quel aveuglement!

Le Docteur Angélique nous enseigne que le plus petit bien de l'ordre surnaturel l'emporte sur le plus grand bien de l'ordre naturel. Priez donc Dieu avec ferveur qu'il vous accorde le don de science, puisqu'il est infiniment préférable à l'esprit du plus grand des philosophes ; que dis-je? il vaut mieux que l'esprit naturel de tous les hommes et de tous losanges. Dites donc souvent à Dieu, et du plus profond de votre cœur : Esprit saint, Dieu de lumière, accordez-moi le don de science ; donnez-

moi un cœur bon, soumis et éclairé : Bonitalem et discipiinam et scientiam doce me. Amen.

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