SAINT BENOÎT LE MORE
Ce saint naquit vers l'an lo26. Son père était esclave et en même temps fervent chrétien, et il prit le plus grand soin de l'éducation de son fils. Il ne lui apprit point les lettres humaines : il ne savait ni lire ni écrire, et Benoit n'en ^ut jamais plus que lui. Il gardait les troupeaux, et quand les enfants allaient le trouver, ils le surprenaient toujours à genoux et absorhé dans la prière ; aussi ne Tappelaient-ils que le saint More ou le saint Nègre. D'autres fois ils l'accablaient de railleries et d'injures; ils se moquaient de sa naissance, de la noirceur de sa peau, de l'esclavage de ses parents. Saint Benoît endurait avec patience toutes ces moqueries. A l'âge de dix-huit ans, à force de peines et de privations, il parvint à ramasser le prix d'une paire de bœufs. Dès lors il travailla seul, priant et méditant en conduisant sa charrue.
Trois ans après, il vendit tout et se mit sous la conduite d'un saint homme nommé Lanza, et entra dans la congrégation des Ermites de saint François. Il se livra dès lors à de très-grandes austérités^ ne buvant jamais de vin, ne mangeant qu'une seule fois chaque jour, et châtiant son corps par de rudes disciplines. Mais sa congrégation ayant été dissoute, il entra dans un couvent de Franciscains réformés, situé en Sicile, etrempUt les fonctions de cuisinier du monastère.
Un jour d'hiver, il ne se trouva plus rien au couvent, et il y avait de la neige en telle abondance qu'on ne pouvait aller quêter à la ville. Le soir, Benoît prit avec lui le frère qui l'aidait à la cuisine, et ils remplirent d'eau plusieurs grands vases qui étaient là. La nuit se passa en prières, et le matin les vases se trouvèrent remplis de poissons encore palpitants, et en si grand nombre, qu'ils suffirent pour les besoins de la communauté.
Le jour de Noël, l'inquisiteur de Sicile, qui fut archevêque de Palerme, vint célébrer cette fête au couvent de Sainte-
Marie, avec les religieux réformés. Le bienheureux ne songeait guère au dîner de l'inquisiteur, il ne pensait qu'à fêler la venue de noire Seigneur; aussi passa-l-il celle nuit en prières et même toute la matinée caciié derrière une tapisserie. On le cherchait partout pour préparer le dîner. Aux reproches qu'on lui fit quand on l'eut trouvé, il se contenta de répondre qu'on pouvait sonner le dîner. Dans le même moment, deux jeunes hommes vêtus de blanc se présentèrent dans la cuisine en présence de tous les religieux ; relevantles manches de leurs tuniques, ils commencèrent à préparer le repas. A peine les religieux furent-ils à table que les mets furent servis par les anges.
Il fut choisi pour être supérieur du couveni, et ce fut pour lui une grande douleur. Il supplia qu'on le dispensât de porter ce pesant fardeau, mais il fallut céder. Il commanda avec une douceur et une humilité admirables, reprenant avec une charité si ingénieuse qu'on tombait à ses pieds pour le remercier de ses paternels avis. Il était respectueux envers les religieux prêtres, charitable avec les laïcs, condescendant pour k-s novices, patient avec les hommes de service, affable pour tous. Les religieux menaient la vie la plus austère. Une oraison presque perpétuelle formait leur principale occupalion. Ils employaient deux heures chaque jour à la méditation, outre la pieuse récitation de l'office divin, suivi de roffice des morts, de celui de la très-sainte Vierge et des sept psaumes de la pénitence. Leur abstinence était admirable : le dimanche et le jeudi seulement ils mangeaient des mets cuils ,• ils se contentaient les autres jours de pain, de fruits et d'herbes crues. Outre les jeûnes de l'Eglise, ils observaient rigoureusement le carême de quarante jours à partir de l'Epiphanie, ceux de l'Ascension à la Pentecôte, de l'octave du prince des apôtres à l'Assomption, et du 20 août au 29 septembre. Ils réprimaient la révolte de leurs sens par divers genres de mortification : les uns dormaient sur la terre nue, les autres sur de rudes planches ; d'autres portaient aux cuisses des cercles de fer, d'autres de rudes cilices et des chemises également en fer.
Saint Benoît avançait de jour en jour dans la voie de la sainteté, et Dieu se plaisait à opérer par son serviteur des prodiges éclatants, en sorte que partout où il passait les peuples accouraient pour le voir, toucher ses vêtements et recevoir sa bénédiction. Il rendait la vue aux aveu;:les, Touïe aux sourds; à sa parole, les boiteux marcb.aient, les paralytiques se levaient, les morts ressuscitaient. H semblait que notre Seigneur eût donné à ce pauvre nègre tou!e sa puissance sur la vie et sur la mort.
Un homme de la campagne lui offrit un panier de raisins; le saint en prit quelques uns, et lui rendant le reste : «Je garde seulement, lui dit-il, ce qui vient de votre vigne. » Les autres grappes avaient été prises en efiet dans la vi^ine du
voisin. (RiBADCNEIRA.)
Saint Benoît avait le don de science : il appréciait les choses dans leurs rapports avec la fin dernière. Nous le verrons encore mieux par la fin de sa vie après l'instruclion suivante.
W INSTRUCTION
Du tlou de sagesse.
Propterhoc optavi, et datus est mihi sensus: elinvocavi, elvcnil in me Sp'irilus sapientiœ ; et prwposui illam regnis et sedibus, et divitias nihil esse duxiin comparatione illius.
C'est pourquoi j'ai désiré l'inielligence, et elle m'a été donnée: j'ai invoqué le Seigneur, et l'Esprit de sagesse est venu en moi; je l'ai préféré aux royaumes et aux trônes, et j'ai pensé que les richesses n'étaient rien au prix de la sagesse.
Ce sont là, mes frères, de bien belles paroles et qui doivent nous donner une haute idée et une grande estime de la sagesse. L'écrivain sacré ajoute : « Je ne lui ai point comparé les pierres précieuses, parce que tout l'or du monde est un grain de sable à côté de la sagesse, et l'argent en sa présence sera considéré comme delà boue. Elleestplus belle que le soleil, plus brillante que les étoiles, plus éclatante et plus pure que la lumière. »
Qu'est-ce donc que la sagesse? C'est une espèce de saveur, dit saint Bernard, parce qu'elle est pour la vertu un assaisonnement qui la rend agréable, d'amèrc et d'insipide qu'elle était auparavant. On pourrait donc la définir le goût du bien.
La sagesse est un goût savoureux et un délicieux plaisir que l'on éprouve, comme nous l'en-
seigne le Saint-Esprit par ces paroles : « Goûtez et voyez comme leSeigneur est doux. » C'est une affection bonne etsainte, forte, suave et pleine d'onction, qui fait que Tàme trouve ses délices dans les choses de Dieu parce qu'elle est assaisonnée du sel de la , sagesse. C'est pour l'âme une lumière, à cause des splendeurs dont elle la remplit; c'est du miel, à cause des douceurs ineffables qu'elle lui fait sentir; c'est un soleil qui chasse les ténèbres et change la nuit en un grand jour dans l'âme; c'est l'œil du cœur et le fruit le plus délicieux ; c'est le paradis qui transforme l'homme terrestre, mortel et misérable en un homme céleste, immorte! et divin : de sorte que l'âme est toute lumière, tout œil, semblable à ces animaux mystérieux d'Ezéchiel qui avaient quatre visages et étaient parsemés d'yeux; il n'y a plus rien en elle qui ne soit éclairé de cette divine lumière.
L'objet de la sagesse comprend toutes les choses de Dieu, et par conséquent les choses de la nature, de la grâce et de la gloire, entant qu'elles viennent de Dieu et nous conduisent à Dieu. Elle nous les fait voir dans leurs profondes raisons et dans leurs premiers principes, ce qui procure à l'âme une douceur incomparable. Son premier acte consiste à nous montrer les choses divines avec une grande clarté ; le second, à nous en faire porter un jugement sain ; le troisième, à les goûter et à les savourer. Or, dit saint Thomas, nous pouvons juger sainement d'une chose de deux manières : par la connaissance et par le sentiment. Le médecin juge
d'une maladie par la connaissance de son art; le malade en juge par ce qu'il en éprouve. Un philosophe libertin sait par la science que la chasteté est une vertu excellente; et le chrétien vertueux en porte le même jugement par le sentiment du bonheur qn'il éprouve en la pratiquant. Le don de sagesse est donc pour l'âme un vif sentiment qui lui fait connaître qu'une chose est bonne ou mauvaise par le plaisir ou la peine qu'elle lui fait sentir, à peu près comme la sensation que le goût lui fait éprouver, et par laquelle il distingue ce qui est doux de ce qui est amer.
Si un homme riche vous conduit dans ses vastes domaines et vous montre d'immenses campagnes couvertes des plus riches moissons, de beaux jardins, un superbe palais, cette vue vous réjouit; mais s'il ajoute que tout cela peut vous appartenir, en vous montrant le testament qui vous en assure la possession dans un avenir prochain, votre bonheur devient plus grand et plus vif; cependant il ne sera complet que lorsque vous jouirez de tous ces biens. La jouissance est donc le dernier degré de la perfection du bonheur matériel. Or, le don d'intelligence vous donne une vue magnifique du monde surnaturel ; le don de science vous fait voir par quels moyens vous pourrez entrer en possession de ces biens infinis, et le don de sagesse vous les fait goûter et savourer avec délices.
Si vous le possédez, ce don de sagesse, vous goûtez dans le service de Dieu un bonheur si grand qu'il surpasse tout ce que le monde peut vous of-
frir de plus agréable. Sainte Thérèse nous apprend que dans les commencements de sa vie religieuse elle se trouvait infiniment plus heureuse de remplir les plus modestes fonctions, comme de balayer, de nettoyer ou défaire toute autre chose semblable, que de porter un sceptre d'or et de ceindre son front de la plus belle couronne du monde. Toutes les grandeurs et toutes les gloires de la terre, toutes les jouissances de l'esprit et tous les plaisirs des sens n'inspirent plus que du mépris. Saint Augustin s'abandonne d'abord à ses instincts grossiers, et le sens dépravé lie son âme comme une chaîne de fer, de telle sorte qu'il ne croit pas pouvoir la briser. Mais quand le don de sagesse est descendu dans son cœur, il trouve une douceur infinie à pratiquer l'angélique vertu de pureté. Saint François d'Assise, ce noble chevalier de la sainte pauvreté, trouve plus de douceur à servir sa fiancée que ne peut en donner à l'avare la possession des plus riches trésors; les souffrances et les mortifications sont pour lui une satisfaction plus vive que la volupté pour le libertin; enfin il est plus glorieux des mépris et des humiliations que les ambitieux ne le sont des premières dignités de l'empire.
Les fruits de la sagesse sont admirables : tous les biens l'accompagnent et entrent avec elle dans les cœurs; c'est un trésor infini pour ceux qui la possèdent. Honnêtes gens du monde, vantez-nous tant qu'il vous plaira voire philosophie que vous décorez vainement du nom de sagesse; dites-nous si elle vous empêche de tomber dans le vice, si elle
vous fortifie dans les luttes de la chair contre l'esprit et vous console dans vos peines. N'est-ce pas lorsque vous avez plus besoin de ses lumières qu'elle vous abandonne? Vous nous donnez de belles leçons de vertu : où en est la pratique?
Humbles serviteurs de Dieu, saint Antoine, saint Jérôme, saint François, saint Vincent de Paul, racontez-nous le bonheur que vous éprouviez à prier et à méditer des nuits entières, lorsque vous vous plaigniez de ce que le soleil levant venait vous distraire et vous arracher à l'oraison qui faisait les chastes délices de votre âme. Vous aimiez d'unir ainsi votre âme à Dieu, delà coller à son cœur comme l'enfant au sein de sa mère pour y puiser la vie divine, source de toute consolation et de toute félicité.
Le don de sagesse, qui remplit les saints et anime leurs pensées, leurs sentiments et leurs actions, les rend doux et affables envers tous, si violents et emportés qu'ils soient, charitables et compatissants sur les misères et les souffrances de leurs frères, courageux dans les afflictions, invincibles dans les combats. « La sagesse, dit l'apôtre saint Jacques, est chaste, pacifique, modeste, facile, traitable, pleine de miséricorde et de bonnes œuvres. » (Jacob., ni, 17.) Elle est chaste, parce que, en savourant les délices de l'âme, elle dédaigne les plaisirs des sens; elle est pacifique, parce qu'elle aime la justice ; elle est modeste, parce que, étant la mère de l'ordre, elle règle tous les mouvements, toutes les paroles, toutes les actions; trai-
table el facile à persuader, parce qu'elle rend le cœur flexible à tous les mouvements du Saint-Esprit; elle est pleine de miséricorde, parce qu'elle est la splendeur de Dieu, son image et :-■■ osemblance, et que Dieu est tout amour; enfin eiie est abondante en bonnes œuvres et en fruits délicieux, parce qu'elle est remplie de charité et qu'elle veut se communiquer.
Les honnêtes gens du monde se soucient peu des grâces et des dons du Saint-Esprit; ils ne connaissent point les choses de Dieu et ne les apprécient point; ils n'éprouvent que du dégoût et de l'ennui dans les exercices de la piété chrétienne; les cérémonies les plus pompeuses et les plus touchantes, les chants les plus harmonieux et les plus doux, les lectures les plus intéressantes, les instructions les plus solides et les plus pressantes, tout enfin les laisse dans une complète indifférence. Parlez-leur de fêtes, de banquets, de parties de plaisir : à la bonne heure! ils vous prêtent une oreille attentive. Il est vrai qu'ils se promettent d'abord de ne jamais franchir la limite qui sépare le bien du mal ; mais quelle volonté humaine peut arrêter les passions indomptées de notre nature corrompue? A peine ont-ils porté à leurs lèvres la coupe qui contient la liqueur enivrante, qu'ils boivent à longs traits, sans pouvoir jamais étancher la soif qui les dévore ; puis ils chancellent et tombent. Ils courent d'un plaisir à un autre plaisir, d'une fête à une autre fête, jusqu'à ce qu'ils deviennent cadavres.
D'autres, poussés par Je démon de l'orgueil et de
l'ambition, poursuivent les emplois et leshonnours. ils ont d'immenses propriétés et des coffres remplis d'or; ne sont-ils pas dignes des postes les plus élevés dans la magistrature ou l'administration? Que de bassesses pour obtenir ce qu'ils sollicitent, car il faut monter et monter toujours ! Quel est le capitaine qui ne se croie capable d'être ministre de la guerre, le juge qui n'aspire à être premier président, le professeur qui ne convoite la dignité de grand-maître de l'Université? Ils passent ainsi leur vie à poursuivre des fantômes. Pour contenter toutes les ambitions, ne faudrait-il pas autant de dignités que d'individus? Ne serait-il pas possible de créer des régiments où tous les soldats seraient capitaines ou colonels , de fonder des établissements d'instruction où il yauraitautantde professeurs que d'élèves? Dans ce long voyage qu'ils entreprennent à la recherche des dignités, la plupart meurent en route. Ils se consolent en criant à l'injustice. C'est la faveur seule qui distribue les emplois, et on ne peut les obtenir que par protection. Le mérite est oublié, parce qu'il est modeste.
Mais les gens du monde ont autant besoin de plaisirs que de dignités : n'ont-ils pas un corps et un cœur que rien ne saurait rassasier? Chaque jour ne demandent-ils pas des fêtes et des spectacles? Il y a sans doute, parmi les chrétiens, des âmes généreuses qui ferment l'oreille aux cris de la volupté, qui châtient leur corps et crucifient leur chair ; mais, hélas ! ce n'est pas le grand nombre ; et parmi ceux qui marchent dans cette voie étroite
et difficile, combien n'y en a-t-il pas qui rebroussent chemin ? Vous les croyez élevés au dernier degré de la perfection, aussi saints que David, aussi sages queSalomon, aussi forts"que Samson ; semblables au cèdre du Liban, ils portent leur tête jusqu'au ciel, etils semblent être à l'abri des orages, mais une tempête s'élève et les jette dans la fange. C'est une affection un peu vive, une conversation trop familière, un regard indiscret, voilà l'arme dont le démon s'est servi pour renverser le géant.
Mais où s'arrêteront-ils ces voluptueux qui courent après les plaisirs? Au tombeau. Après quelques années leur santé est ruinée; ils sont vieux à vingt ou à trente ans. Le vice a pénétré jusqu'à la moelle de leurs os, et il dormira avec eux dans leur sépulcre.
Puis ces voluptueux, ces avares, ces ambitieux n'ont que du dégoût pour les choses de Dieu. Gardez-vous bien de leur parler d'une autre vie ou de les engager à purifier leur âme dans les eaux salutaires de la pénitence ; vous ne ferez que provoquer leur colère. Quoi! vous leur parlez de Dieu! Mais ils voudraient qu'il n'existât pas, ou que ce fût un Dieu aveugle qui n'eût aucun souci des choses humaines, afin de se livrer impunément aux passions les plus grossières ; comme l'enfant prodigue, ils se contenteraient de la condition de ces animaux immondes que la faim l'avaitréduit à garder et dont il enviait le sort. Ils haïssent Dieu et tout ce qui peut leur rappeler l'idée de Dieu. Entendent-ils le son harmonieux des cloches qui annoncent une fêteso-
Icnnelle de l'Eglise? Assistent-ils à une instruction solide faite par un homme de talent et de génie? Reçoivent-ils la visite d'un pasteur zélé? Leur contenance trahit de la gêne, de la mauvaise humeur, et, malgré leurs efforts, leur colère éclate. La vue d'une église, d'une croix, d'une procession, d'une sœur de charité ou d'un homme de bien les exaspère et les met quelquefois en fureur.
Ces excès ne sont pas aussi rares que vous pourriez le penser ; ce sont les suites ordinaires de l'orgueil, de l'ambition et du libertinage. Quand on a lâché la bride aux passions, elles ne connaissent plus de frein. Quel est l'homme qui a sondé les honteux mystères de Satan? Qui sait les goûts dépravés qu'il inspire à ses adeptes? Interrogez ces malheureuses victimes de leurs passions, et elles vous répondront qu'elles ne sauraient, sans rougir et sans se couvrir la figure de leurs mains, penser aux turpitudes dont elles se sont déshonorées dans le secret des ténèbres.
iVallez pas croire qu'il vous est libre de repousser l'esprit de Satan en secouant le joug que vous impose l'Esprit de Dieu. Non, non, il vous faut accepter l'un ou l'autre pour guide , il vous faut subir l'empire de l'un ou de l'autre. En présence des honteux excès dans lesquels l'esprit du monde entraîne ses partisans, pourriez-vous encore vous livrer à lui? Si, au contraire, vous considérez que la sagesse n'entre jamais dans un cœur sans que tous les biens ne l'accompagnent, la modestie, la joie, la paix de l'âme, comment ne pas l'aimer par des-
sus lout? « La sagesse, dit saint Bernard, réprime les mauvaises inclinations de la chair, affaiblit la délectation des sens, purifie l'entendement, guérit le palais du cœur et lui rend le goût des choses célestes. » (Serra. 80, in Cant.)
Quoi donc! mes frères, nous nous passionnons pour la vanité et le mensonge, et nous ne serions pas vivement touchés des divins attraits de la sagesse , et nous ne mettrions pas tout en œuvre pour l'acquérir et la posséder ? Il faut qu'arrivés sur le bord de notre tombe, nous puissions dire avec Salomon : « J'ai aimé passionnément la sagesse, et tout mon bonheur était de l'avoir pour épouse, tant ses perfections et ses charmes ont fait d'impression sur mon cœur et m'ont rendu amoureux de sa beauté. » (Sap., viii, 2.)
Considérez Madeleine près du tombeau du Sauveur Jésus. Elle sait bien qu'il n'y est plus, car elle a regardé plusieurs fois pour s'en assurer. Cependant elle le cherche toujours. Le désir si véhément de le voir, de lui exprimer l'ardeur de la charité qui la consume ne lui laisse pas un seul moment de repos ; elle ne peut pas même s'éloigner. La constance de sa charité est récompensée ; Jésus s'approche d'elle, il lui parle, il la console, il la charge même d'une importante mission près de ses apôtres. Imitons Madeleine; désirons instamment voir la sagesse de Dieu, cherchons-la loin du tumulte du monde, dans la solitude, près des tombeaux, et Jésus, la sagesse incarnée de Dieu, viendra à notre rencontre, il nous suivra et nous ac-
compagnera dans toutes nos voies. Dieu aura égard à nos vœux ; invoquons-le, et la sagesse descendra sur nous. « Si quelqu'un d'entre vous, dit l'apôtre saint Jacques, a besoin de la sagesse, qu'il la demande à Dieu, car il la donne abondamment à tous. » (Jacob., I, 5.)
Sachez bien que sans elle vous ne ferez rien de bon, vous ne saurez pas même ce que vous devez faire. Vous ignorez comment Dieu distribue la lumière et la chaleur dans la nature, comment votre âme est unie à votre corps, et comment votre corps lui-même subsiste et se conserve. Dans les affaires matérielles et sensibles, vous ne savez souvent quel parti prendre ; comment donc pourriez-vous connaître par vous-mêmes la conduite à tenir dans l'ordre surnaturel et divin, où toute la sagesse humaine n'est plus que folie?
Adressez souvent à Dieu cette prière : « Dieu de miséricorde, donnez-moi cette sagesse qui est assise auprès de vous dans votre trône, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants, parce que je suis votre serviteur et le fils de votre servante. Vous m'avez choisi pour être roi, car vous m'avez sacré le jour de mon Baptême; je dois régner sur moi et sur le monde. Vous m'avez commandé de vous bâtir un temple en moi-même et devons dresser un autel au fond de mon cœur. Envoyez-moi votre sagesse, afin qu'elle soit avec moi et qu'elle travaille avec moi, et que je sache ce qui vous est agréable; elle a l'intelligence et la science de toutes choses; elle me conduira dans mes œuvres avec
circonspection et me protégera par sa puissance. >» (Sap., IX.)
Il est inutile de vous faire voir quels sont les rapports du don de sagesse avec la charité, car il vous est impossible de ne pas les remarquer. Par la charité, nous aimons Dieu et les choses divines ; et par le don de sagesse, nous goûtons et nous savourons Dieu et les choses divines. Ainsi le don de sagesse perfectionne la vertu de charité.
Humilions-nous sous la puissante main de Dieu, et reconnaissons devant lui notre misère et notre pauvreté. Reconnaissons qu'il nous est impossible, dans tout ce qui concerne notre salut, d'avoir une sainte pensée ou un pieux désir sans le secours du Saint-Esprit. Mais surtout purifions notre cœur, car le Saint-Esprit n'entre pas dans une âme méchante et ne demeure point dans un corps souillé par le péché. Alors nous pourrons l'invoquer avec confiance ; il viendra en nous et demeurera avec nous jusqu'à notre dernier soupir. Amen.