SAINT AUGLSTIX, APOTRE DE L ANGLETERRE
Le pape saint Grégoire envoya quarante missionnaires dans la Grande-Bretagne pour y prêcher la foi chrétienne. Il mit à leur tête Augustin, supérieur du monastère de Saint-André de Rome.
Aussitôt après son débarquement dans l'île de Tanet, Augustin envoya à Ethelbert, roi de Kent, des interprètes français qu'il avait amenés avec lui, conformément aux ordres de saint Grégoire. Les Francs et les Anglais, qui étaient tous Germains, parlaient la même langue ; mais Augustin ne connaissait que le latin. Ses envoyés, admis auprès du monarque, lui apprirent qu'Augustin venait de Rome pour lui apporter une bonne nouvelle, la promesse d'un royaume éternel, la connaissance du vrai Dieu. Ethelbert, en attendant qu'il pût examiner la nature de leur mission, leur Gt donner tout ce que l'hospitalité lui prescrivait à leur égard, et avec d'autant plus de bonne volonté que la reine sa femtne, Berthe, fille du roi de Paris, l'avait déjà entretenu de la fui chrétienne. Il les attendait en pleine campagne, dans la crainte qu'il avait de
quelque opération magique. Ils arrivèrent en procession, précédés d'une croix d'argent et d'un tableau qui représentait Jésus-Christ, et diamant des litanies. Après que le roi les eut fait asseoir : « Je suis venu, lui dit Augustin, vous enseigner le moyen de régner après votre mort, comme vous régnez maintenant, mais avec plus de gloire, parce qu'ici-bas vous pouvez perdre votre couronne et que vous avez des ennemis, au lieu que dans le ciel vous n'aurez rien à craindre, et que vous jouirez d'un bonheur éternel. — Voilà de beaux discours, répondit le roi, voilà des promesses magnifiques ; mais comme elles sont nouvelles et incertaines, je ne puis m'y fier ni renoncer à tout ce que j'observe depuis si longtemps avec toute la nation anglaise. Cependant, comme vous êtes venus de loin, et qu'il me semble que vous désirez nous faire part de ce qui vous paraît le meilleur et le plus vrai, je ne vous empêcherai point d'attirer à votre religion ceux de mes sujets que vous pourrez persuader, et je veux qu'on vous fournisse tout ce qui vou.> est nécessaire. »
Les missionnaires, ainsi autorisés du consentement d'Ethelbert, s'appliquèrent à imiter la vie des apôtres et des chrétiens de la primitive Eglise; ils pratiquaient tout ce qu'ils enseignaient, disposée à tout souffrir pour les vérités qu'ils annonçaient. Ils entrèrent processionnellement dans la capitale du royaume, aujourd'hui Canlorbéry, en chantant ces paroles : « Nou3 voue prions. Seigneur, de délivrer cette ville des effets de votre colère, car nous avons péché. »
Plusieurs Anglais, touchés de la simplicité et des vertus de ces nouveaux apôtres, crurent à leur parole et demandèrent le Baptême. Le roi lui-même se convertit et fut baptisé : exemple qui rendit les conversions aussi nombreuses que fréquentes. Ce prince, ayant appris des missionnaires que la foi en Jésus-Christ devait être volontaire, ne contraignait personne à l'imiter.
Pour que cette nouvelle Eglise pût subsister, ce prince voulut qu'Augustin en lût le chef. Ce saint missionnaire se rendit donc en France pour se faire ordonner évêque dans la ville d'Arles pour la nation des Anglais. Revêtu de l'épisco-
pat, il retourna en Angleterre, où il baptisa plus de dix mille personnes à la fête de Noël. Le pape saint Grégoire, en lui envovant de nouveaux ouvriers et en le félicitant de la conversion des Anglais, Tencourageait et lui conseillait en même temps de s'humilier à la vue des grands biens que Dieu faisait par son ministère.
Comme cette Eglise naissante augmentait chaque jour, Augustin ordonna deux évêques en G04, et les envoya prêcher en différentes parties de l'Ile. L'un d'eux, nommé Mellit, anno-nça l'Evangile dans la province des Saxons orientaux, séparée de celle de Kent par la Tamise. Londres, qui en était la capitale, faisait dès lors un grand commerce. Elhelbert y fit bâtir l'église de Saint-Paul. L'autre évêque se nommait Just; il établit son siège à Rochester, à vingt milles de Cantorbéry. Le roi Ethelbert fit aussi construire une église dédiée à saint André. Il donna de grands domaines à ces deux églises, ainsi qu'à celle de Cantorbéry. La cathédrale de saint Augustin était une espèce de monastère oii il vivait en communauté avec son clergé, composé de moines comme lui.
Ceux des ancien^ habitants de la Grande-Bretagne qui avaient autrefois embrassé le christianisme, étaient dans le schisme, et observaient plusieurs pratiques contraires à l'esprit de l'Eglise. Augustin fit tous ses efforts pour les faire rentrer dans la bonne voie ; mais les voyant inflexibles, il leur prédit les maux dont les Anglais les accableraient, prédiction qui reçut dans la suite son accomplissement. Ce saint prélat, craignant qu'après sa mort l'état de son Eglise ne fût ébranlé, si la métropole restait un moment sans pasteur, ordonna évêque de Cantorbéry Laurent, un des premiers compagnons de sa mission. On croit qu'il mourut le 6 mai G07.
Voilà ce que sont les ministres des sacrements : ils apprennent aux rois à si bien gouverner les peuples, qu'ils méritent de régner encore dans l'autre monde; ou plutôt ils consacrent rois tous les fidèles, et leur donnent droit de participer à la royauté de Dieu dans le ciel. Et que sont les rois de la terre à côté de ces rois de l'éternité?
IV^ INSTRUCTION
De la matière et de la forme des ^Sacrements.
Christus dilexil Ecclcsiam et seip mm tradidit pro eâ, ut illam sanctificarct, mundans lavacro aquœ in verbo vitœ.
Jésas-Christ a aimé son Eglise et s'est livré pour elle, afin delasanctifler en la purifiant par l'eau et par une parole de vie.
(EpHJfs., V, 25-2U.)
Trois choses constituent les sacrements : les signes extérieurs et sensibles qui en sont comme la matière, les paroles qui en sont la forme, et la personne du ministre qui confectionne le sacrement. Le ministre est choisi parmi les hommes et non parmi les anges, afin qu'il sache compatir aux infirmités de ses frères. Il doit être appelé de Dieu, ordonné et envoyé par ses supérieurs légitimes. Keprésentant de l'Eglise, il doit avoir l'intention de faire ce qu'elle fait elle-même ; mais peu importe qu'il soit juste ou pécheur, parce que, en administrant les sacrements, il agit comme instrument et non comme cause efficiente de la grâce.
Je vais donc vous expliquer ce que l'on entend par la matière et la forme des sacrements.
Nous appelons matière du sacrement le signe ou
Ja chose sensible qui sert à le confectionner: ainsi l'eau dans le Baptême, l'imposition des mains dans la Confirmation, le pain et le vin dans l'Eucharistie, et ainsi des autres sacrements.
Nous appelons forme les paroles sacramentelles que prononce le ministre en appliquant la matière au sujet ou en confectionnant le sacrement.
Ne croyez pas que la matière et la forme des sacrements soient des choses arbitraires qui dépendent de la volonté des hommes ; elles sont d'institution divine. C'est Jésus-Christ lui-même qui les a déterminées d'une manière permanente et définitive. Aussi l'Eglise, quoique revêtue de la toutepuissance de son divin fondateur, ne peut-elle ni les changer, ni les modifier. C'est pourquoi le sacrement est nul si le ministre opère quelque changement essentiel dans la matière ou dans la forme ; mais il est valide si le changement n'est qu'accidentel. Cependant, dans ce dernier cas, le ministre se rend coupable de péché mortel, à moins que, par nécessité, il ne soit obligé de donner le sacrement sans avoir une matière certainement valide.
Voyez, mes frères, comme il connaissait bien la nature de l'homme, Celui qui a institué les sacrements de la loi nouvelle. Il savait que nous avions besoin de choses sensibles pour nous élever aux choses invisibles, pour en comprendre toute la vérité et toute la beauté.
i° Quel est, mes frères, notre principal défaut? N'est-ce pas l'orgueil? N'est-ce point par l'orgueil que Satan a poussé nos premiers parents à se ré-
voiler contre Dieu? N'est-ce pas l'orgueil qui fait les hérétiques et les libres penseurs? N'est-ce pas l'orgueil q'ii fait dire à tant de chrétiens : Je ne servirai point, ??o?i sermam? Nous avons beau combattre cet implacable ennemi et remporter sur lui d'éclatantes victoires, ses nombreuses défaites, loin de le rebuter, ne semblent que l'irriter davantage, et souvent, au moment où nous croyons l'avoir terrassé pour toujours, il nous subjugue et nous broie sous son sceptre de fer. Nous ne pouvons pas comprendre que rien ne nous est plus glorieux que de nous soumettre d'esprit et de cœur au grand Roi du ciel et de la terre, et que servir Dieu, c'est régner. C'est pourquoi, pour nous guérir de l'orgueil, Jésus-Christ nous oblige à nous abaisser jusqu'à la matièrs pour lui demander la vie du corps et de l'âme. L'homme avait dit comme Lucifer : « Je monterai jusqu'au ciel, je m'asseoierai sur le trône de Dieu, et je serai semblable au Très- Haut. » Et Dieu lui a répondu : « J'y consens, je veux bien te faire asseoir avec moi sur mon trône, je veux te rendre semblable à moi, te déifier, mais à condition que tu briseras ton orgueil en te prosternant devant un peu d'eau, de pain, de vin, d'huile, pour reconnaître que tu as mérité d'être placé audessous de la matière, c'est-à-dire anéanti. »
Que l'homme fasse profession d'une grande humilité en recevant les sacrements, vous en avez la preuve au-dedans de vous-mêmes. D'où vient cette répugnance que vous éprouvez de recourir à ces remèdes de vos âmes? Pourquoi tant de chrétiens
les ont-ils abandonnés depuis si longtemps? C'est qu'il en coûte trop à leur orgueil.
2° Ce n'est pas seulement pour nous faire pratiquer l'humilité, mais c'est aussi pour élever plus facilement notre esprit îx l'intelligence des choses divines, que Jésus-Christ a attaché ses grâces à des signes sensibles. « Si vous n'aviez pas de corps, dit saint Chrysostôme, Dieu vous aurait communiqué ses dons par des signes spirituels; mais puisque votre âme est unie à un corps, Dieu se sert des choses sensibles pour vous combler de biens invisibles. » De cette sorte, vous pouvez vous élever plus facilement de la matière à l'esprit. Méditez sérieusement sur les rites des sacrements, et vous y découvrirez bientôt une profonde philosophie. Percez J'écorce et pénétrez le sens de chacune des cérémonies, vous y trouverez une nourriture substanlielle pour votre âme. Ce qui vous avait paru minutieux, absurde peut-être, parlera éloquemment à votre esprit et à votre cœur, et vous touchera jusqu'aux larmes. Que de fois des hérétiques obstinés, des pécheurs endurcis, sont revenus sincèrement à Dieu, pénétrés des plus vifs sentiments de componction, de confiance et d'amour qu'ils avaient éprouvés en assistant à l'administration de quelque sacrement I
3^ Quelle simplicité dans les œuvres de Dieu f Les trois vies qui sont dans le chrétien s'acquièrent, se conservent et se développent par des lois semblables. N'ayant pas la vie en lui-même, puisqu'il est un être contingent, il faut qu'il communique
— G2 — avec lo foyer de la vie. S'agit-il de la vie du corps? Le foyer est dans le sein de la terre ; les ministres sont les cultivateurs et les vignerons, el les signes sensibles sont les substances alimentaires. S'agit-il de la vie de l'âme raisonnable? Le foyer est dans le sein de la société éclairée ; les ministres sont tous ceux qui enseignent, et les signes sensibles sont le langage, la parole ou l'écriture. Ainsi en est-il de la vie de la grâce. Le foyer est dans le sein de Dieu, puisqu'il s'agit de la vie divine; les ministres sont les évêques et les prêtres; les signes sensibles sont la matière et la forme des sacrements.
4° Ces signes sensibles servent aussi admirablement à confirmer et à fortifier notre foi chancelante. Dans l'ancienne loi. Dieu avait fait à son peuple de magnifiques promesses, qu'il avait confirmées par une multitude de rites extérieurs et sensibles. Dans la loi nouvelle, Dieu a promis à tous les fidèles le pardon de leurs péchés, l'effusion de sa grâce, des vertus chrétiennes et des dons du Saint-Esprit, et enfin la vie éternelle. Mais les hommes avaient besoin de garanties pour ajouter foi à la parole de Dieu et mettre leur confiance dans ses promesses. Il fallait donc que Dieu établit des signes sensibles que l'homme pût voir et toucher. Dans la religion, il y a une espèce de contrat passé entre Dieu et les hommes : Dieu promet de se donner lui-même pour récompense dans le ciel, et pour que nous en ayons la certitude, il nous rend déjà participants de sa nature divine par les sacrements. Les sacrements sont donc comme le sceau ou la signature de Dieu,
— G3 — signa Dei, et en les recevant nous appliquons le sceau de Dieu sur notre cœur ; c'est l'acte d'acceptation de notre part et l'acte d'engagement par lequel nous nous donnons nous-mêmes à Dieu.
5° Les sacrements sont encore des témoignages authentiques de notre foi. « Nous croyons de cœur, dit l'Apôtre, pour obtenir notre justification, et nous professons de bouche pour être sauvés. » Or, ce n'est pas seulement par des paroles que nous pouvons confesser notre foi ; il y a des signes qui l'expriment d'une manière plus énergique. Voyezvous ce grand prince si sincèrement aimé de ses sujets? Il parcourt ses états, et la multitude court à sa rencontre pour le bénir et acclamer son nom. Mais les paroles sont impuissantes pour exprimer les sentiments d'amour dont son cœur déborde. Ce ne sont partout que des cris de joie, des arcs de triomphe, des symboles et des emblèmes qui rappellent ses plus beaux faits d'armes, ses victoires et ses bienfaits. Or, mes frères, que sont les rites et les cérémonies des sacrements? Des emblèmes et des symboles qui expriment plus énergiquement la puissance, la sagesse et la bonté de Dieu ; ce sont des hymnes de louanges et d'actions de grâces. Que signifie, par exemple, la cérémonie du Baptême? Elle nous apprend, dit saint Paul, que nous avons été ensevehs avec Jésus-Christ, que nous sommes morts au monde, que nous devons vivre dans l'obscurité comme dans un sépulcre, et vivre d'une vie spirituelle et divine. C'est tout à la fois un acte d'amour, une hymne de reconnaissance, une profession de foi et un engagement solennel.
6"* L'Eglise est une société visible, qui doit combattre sans cesse pour défendre la cause de Dieu. C'est une armée immense, toujours sur le champ de bataille et l'arme au bras. Il lui faut donc des généraux et des capitaines, des armes et des drapeaux ; car à côté d'elle est une autre armée qui a aussi ses chefs et ses étendards. Ne faut-il pas que tous les fidèles reconnaissent sur-le-champ la bannière sacrée qui doit les conduire à la victoire? Et que sont les sacrements? des signes sensibles qui distinguent les fidèles des infidèles, les catholiques des hérétiques, les enfants de Dieu des fils de Satan ; c'est l'oriflamme, l'étendard sacré, sous lequel tous les cœurs généreux doivent se grouper et marcher d'un pas ferme à la victoire. Que faitesvous donc, chrétiens faibles et timides, en abandonnant la pratique dessacrements?Vousdésertezvotre drapeau, vous êtes des transfuges et des traîtres.
7° Enfin Jésus-Christ a voulu nous faire comprendre qu'il est venu réhabiliter toute la création, la purifier et la sanctifier. Il fut un temps où l'idolâtrie s'était répandue dans le monde entier, ou toutes les créatures étaient asservies à Satan. Mais depuis que le Verbe s'est fait chair et a demeuré parmi nous, l'eau n'est plus à Neptune, ni le blé à Cérès, ni l'huile à Minerve, ni le vin au dieu de l'ivrognerie ; toutes ces créatures ont été délivrées du joug de Satan et ont recouvré leurs lettres de noblesse. Par une consécration spéciale, Jésus-Christ en a fait les instruments et les canaux de ses grâces ; les voilà aussi sanctifiées et divinisées.
0 homme du monde, il vous sied mal de tourner en ridicule la piété et le respect des fidèles pour la matière des sacrements. Ne recourez-vous pas chaque jour à celte même matière pour conserver en vous la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable? Ne concevez-vous pas que, comme un habile médecin qui mêle à un remède plein d'amertume un breuvage du goût de son malade pour le lui faire prendre avec moins de répugnance, Jésus-Christ, pour nous arracher aux choses sensibles qui nous passionnent et nous entraînent au péché, s'est servi de ces mêmes choses sensibles pour en détacher notre cœur et le reporter vers le ciel? Il vous sied bien de vous moquer de la simplicité du chrétien qui vénère l'eau bénite et l'huile sainte, vous qui prostituez votre cœur ix la matière et qui adorez la boue I Que vous êtes aveugles et ignorants avec toute votre science !
La forme des sacrements consiste dans certaines paroles que prononce le ministre, en appliquant la matière au sujet ou en confectionnant le sacrement.
Dans le langage commun, on appelle matière ce qui sert à confectionner un objet. Les pierres sont ]a matière pour la construction d'un édifice, une étoffe pour la confection d'un habit, un bois choisi pour la fabrication d'un meuble. On appelle forme ce qui distingue les choses les unes des autres. C'est la forme qui sert à distinguer une plante d'un arbre, une maison d'un palais et un homme d'un animal. La forme donne aussi la vie.
En effet, un sculpteur prend un bloc de marbre, et, saisissant son ciseau, il le travaille et lui donne une forme selon l'idée qu'il a dans l'esprit. Son œuvre terminée, on reconnaît Charlemagne. Ce grand bomme est représenté avec tant d'expression, qu'on le dirait vivant. Avec du génie, un artiste sait donner la vie à une matière infime et fort commune. Ses concitoyens le proclament grand et le disent créateur.
A plus forte raison Dieu sait-il donner la vie à ses œuvres. Dans les sacrements, la matière c'est de l'eau, de l'buile, du pain et du vin ; c'est bien commun. Attendez que le ministre ait prononcé quelques paroles et appliqué la forme à la matière, et vous verrez cette matière s'animer, ou plutôt remplie de vie et répandant partout la vie. L'eau du Baptême est tout imprégnée de la vertu divine ; elle possède la vertu d'opérer dans les âmes ce que le Saint-Esprit a opéré en Marie par l'incarnation du Verbe divin. Le prêtre prononce quelques paroles à l'autel, et le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Jésus-Chpist unis à sa divinité.
Qu'est-ce que Tâme de l'homme? C'est, répond saint Thomas, la forme de ^On corps, parce que le corps est un peu de matière à laquelle l'âme donne une forme en lui communiquant la vie. Qu'est-ce que la grâce sanctifiante? C'est la forme de l'âme, comme l'âme est la forme du corps, parce que c'est la vie de l'âme. Saint Paul donne le nom de forme à la nature d'un être, en disant que le Verbe, étant en la forme de Dieu, s'anéantit, prenant la forme d'es-
clave, pour signifier que le Verbe, étant vrai Dieu ou possédant la nature divine, s'est fait homme ou a pris la nature humaine.
Ecoutez encore ce même apôtre : « Jésus-Christ, dit-il, a purifié son Eglise par l'eau unie à la parole de vie, c'est-à-dire par le Baptême : Mundans cam lavacro aquœ in verbo vitœ. » Comme s'il nous disait que les paroles sacramentelles donnent la vie à ceux qui reçoivent le Baptême. Il appelle donc avec raison la forme du Baptême une parole de vie. Quelle justesse et quelle sublimité de langage !
Quand l'historien sacré nous raconte qu'à l'origine des temps Dieu n'eut besoin que d'une parole pour créer l'univers, nous reconnaissons aussitôt que ce langage n'est pas de ce monde. Il a fallu que l'auteur fût inspiré pour parler d'une manière aussi sublime et aussi digne de Celui dont il célébrait les merveilles : // a dit : Que la lumière soit, et la lumière fut; il a parlé, et tout a été fait. Quelle parole puissante que celle qui fait sortir l'univers du néant et jaillir la lumière du sein de l'Etemel pour inonder le monde de ses flots 1 Nous tombons à genoux, saisis d'étonnement et d'admiration, et nous ne savons plus qu'adorer Dieu dans un profond silence.
Lorsque, plus tard, nous voyons le Fils de Dieu parcourant les villes et les bourgades de la Judée, rendant la santé aux malades et la vie aux morts par une seule parole, nous nous écrions : Celui-là est vraiment le Fils de Dieu. Eh quoi ! mes frères, chaque jour s'opèrent sous vos yeux des œuvres
encore plus merveilleuses, et vous n'y faites nulle attention.
Si vous ôlez les paroles sacramentelles, l'eau, dit saint Augustin, est tout simplement de l'eau, qui n'a plus que ses qualités naturelles; mais ajoutez ces mômes paroles, et cette eau, versée sur la tête d'un enfant qui vient de naître, fait descendre dans son âme la grâce sanctifiante et le fait vivre de la vie même de Dieu ; d'un esclave du démon, elle en fait un ange.
Par l'application de deux éléments, l'eau et le feu, la science moderne a fait des prodiges que vous admirez tous les jours : elle a donné à vos chars des ailes de feu pour vous transporter en un clin d'œil d'un bout du monde à l'autre. Mais ie prêtre ne fait-il pas chaque jour des merveilles beaucoup plus étonnantes? Avec la matière et la forme des sacrements, il purifie les âmes, il les sanctifie et les divinise ; il les fait monter en un clin d'œil de la terre au ciel. Avec un peu de matière et quelques mots sacrés, il fait descendre le Fils de Dieu sur l'autel, il le porte dans ses mains, il le distribue aux fidèles. Avec quelques paroles, il ressuscite, non les corps, mais les âmes mortes à la grâce.
Qu'est-ce donc qui fait la difl'érence de l'homme grossier et de l'homme poli, de l'homme sauvage et de l'homme civilisé? C'est la forme, non pas cette forme qui n'est qu'apparente, mais cette forme qui affecte l'homme tout entier et en fait un homme nouveau. Que fait donc le ministre de Dieu, quand il applique aux fidèles la matière et la forme des
sacrements ? Il en fait des hommes nouveaux, il les rend participants de la force, de l'intelligence, de l'amour et de la beauté de Dieu, il les transforme. Respectez donc, mes frères, et vénérez ces éléments sacrés qui sont pour vous des semences d'immortalité. Vivez de manière qu'on vous en fasse une fréquente application, pour vous donner une plus belle forme, une plus grande abondance de vie divine, afin que vous resplendissiez d'une gloire plus éclatante au grand jour de rélornité.
A l'origine des temps, Dieu crée d'abord la matière; puis il parle, et celte matière s'anime; Dieu en produit les plantes, les animaux et le corps de l'homme, c'est-à-dire ce magnifique univers que nous admirons. Enfin Dieu tire de sa poitrine un souffle de vie, et l'àme de l'homme existe. Or, qu'est-ce que la réhabilitation de l'homme par la grâce? C'est une nouvelle création infiniment plus merveilleuse que la première. Les beautés du monde matériel, les merveilles du monde intellectuel et moral nesont qu'un pâlereflet, qu'une image grossière des beautés et des merveilles du monde surnaturel et divin. Et comment se fait cette merveilleuse création? Par les sacrements. Comme Dieu dont il tient la place, l'homme prend un peu de matière, puis une parole sort de sa bouche et de son cœur, et voilà tout un nouveau monde créé. Quelle admirable harmonie entre ces mondes! Quelle in- Hnité de merveilles que la foi ne se lasse pas d'admirer! Quelle bonté infinie qui se donne elle-même aux hommes! Et nous n'aimons pas Dieu, et nous
l'offensons chaque jour! Pleurons notre insensibilité et notre ingratitude, afin que nos larmes nous obtiennent de Dieu pardon et miséricorde. Amen.