CARACTÈRE DU PEUPLE IRLANDAIS
« Peuple religieux et ardent, cénobite et guerrier, missionnaire et civilisateur, et lorsque la foi est venue lui demander le grand témoignage de l'amour, le témoignage du sang, peuple martyr! Jamais plus grande selon la forte expression des saints livres, que dans cette longue mort, ou plutôt dans cette vie toujours mourante et toujours résistante : Grandis interitu. lEzéchiel, xxii,6.)
« Le service de la vérité et la régénération des âmes, telle est la vocation des enfants de l'Irlande; tel est, Tun d'eux me le révélait un jour, tel est le but providentiel et comme le sens divin de leurs épreuves. Qu'on me permette ce souvenir personnel : « Ils ont pour mission d'être sur la croix et de souf- « frir pour la propagation de l'Evangile, » me disait à Londres O'Connell en i839. Mais l'Irlande, je le dis avec unredoublement de respect et de tendresse pour elle, l'Irlande partage avec une autre nation, elle partage avec la France celte mission glorieuse. L'Irlande et la France, voilà les deux nations apostoliques donnéespar Dieu au monde chrétien pour le monde infidèle. Seulement, par une conduite différente et bien mystérieuse de Dieu, tandis qu'il a toujours été dans la destinée de la France d'être forte et prospère, l'Irlande depuis longtemps n'a au front que la couronne de ses malheurs. Mais, à leur commun dévouement, ces deux lilles de l'Eglise catholique âc sont toujours reconnues pour sœurs. Le prêtre français a toujours aimé le prêtre d'Irlande, et le prêtre irlandais a toujours trouvé dans la France une seconde patrie. Toujours nous en avons compté dans nos rangs. Il était Irlandais, cet abbé Edgeworth, qui nous a ravi à tous, prêtres français. Thon-
neur d'accompagner Louis XVI à Tlieure suprême, de monter avec lui les degrés de réchafaud sanglant, et de lui dire l'immortelle parole : « Fils de saint Louis, montez au ciel. »
(( Peuple apôtre et peuple martyr I Oui, martyr, car ils out toutsoufl'ert pour leur foi, tout.
« Leur nationalité persiste avec toutes les qualités de leur caractère, et si ces qualités de la race irlandaise ne sont pas de celles qui se mesurent, se comptent et trop souvent se vendent, ce sont celles que chérissent et vénèrent toutes les âmes sympathiques à ce qui honore l'humanité : amour du sol natal, passion sincère et tendre pour les vieilles habitudes, respect ardent pour les choses du passé, et tout cela avec le génie poétique, avec l'éloquence, avec le charme du cœur qui ne gâte rien, et surtout avec cette incroyable faculté de souffrir sans mourir des misères sans nom.
(( Toutes ces qualités de leur race, tous ces traits de leur caractère national, ils les ont gardés.
« Ils ont gardé mieux encore, et avec une fidélité à toute épreuve, la foi de leurs pères ; rien ne les en a pu détacher : indomptables dans la souffrance, ils ont été indomptables dans la foi.
« Non, je ne sache pas une hdélilé plus courageuse, une foi plus noblement gardée et pratiquée que celle du peuple irlandais.
« Vous qui visitez ce noble pays, entrez dans les églises, et voyez ce peuple en prières, ces pauvres hommes, ces pauvres femmes prosternés la face contre terre et se frappant la poitrine : où trouverez- vous une plus vive et plus attendrissante image de Tadoration, de l'anéantissement de l'homme devant Dieu? Pourrez-vous entendre sans un saisissement, au moment de l'élévation de la sainte hostie, leurs gémissements et JÊurs prières à haute voix pour leurs pères, leurs mères, leurs fils, leurs exilés, leurs malades? Et cette foi si vive, ce n'est pas seulement la foi populaire : leurs chefs les plus renommés en donnent l'exemple de père en fils. Permettez-moi de vous en citer un trait touckant, que me racontait il y a peu de jours un Irlandais.
« Cet Irlandais était grand admirateur d'O'Connell, et allait souvent l'entendre à la chambre des communes. Un soir, en liiver, au mois de février, il y eut au parlement un £?rand débat, qui se prolongea jusqu'à deux heures du matin : O'Connell parla le dernier et près de deux heures. L'Irlandais dont je parle avait entendu dire que c'était l'habitude d'O'Connell de communier tous les dimanches et jours de fête, à la messe de six heures, dans une des pauvres petites chapelles catholiques qu'on trouvait alors à Londres. Il se dit : « J'ai là une « excellente occasion de voir quelle est sa fidélité à ses habitt tudes religieuses. » Dans celte pensée, il se rendit, par un temps affreux, ù la petite chapelle; mais sa tristesse fut grande de n'y découvrir que quelques servantes et de pauvres ouvriers. Cependant il se disait à lui-même qu'une journée de si grande fatigue, terminée par un long discours, à une heure si avancée de la nuit, était une excuse suffisante. Puis bientôt ses yeux s'accoutumant à l'obscurité de la pauvre chapelle, il aperçut, appuyé contre un pilier, un homme de haute taille^ enveloppé dans un manteau. Son cœur lui dit quel était cet homme. Au moment de la communion, O'Connell, c'était lui, se débarrassa de son manteau, et alla s'agenouiller à la sainte table, au milieu de ses pauvres compatriotes.
(( Voilà la foi, la piété des Irlandais, des plusgrands comme des plus humbles. »
Mgr Dl'pa>loup, évéque d'Orléans.
Y INSTRUCTION
Iles dispositions requises pour recevoir les Sacreniesits.
Prœparate corda vcstra Domino.
Préparez vos cœurs an Seigneur (I Reg., VII, 3.)
Quoique les sacrements produisent la grâce par eux-mêmes, il est nécessaire cependant que l'homme y apporte certaines dispositions sans lesquelles il les recevrait sans fruit ou même pour son malheur. Mais quelles sont ces dispositions? C'est ce que nous allons vous expliquer, et par là vous comprenez toute l'importance d'un pareil sujet, puisque l'acquisition, la conservation et le développement de la vie surnaturelle et divine dépendent des dispositions avec lesquelles on reçoit les sacrements.
Comme les enfants ont péché par la volonté d'un autre, il est juste, dit saint Augustin, qu'ils puissent être sauvés par la volonté d'autrui. C'est pourquoi Dieu n'exige aucune disposition de leur part, et ils peuvent recevoir validement les sacrements qui impriment un caractère, le Baptême, la Confirmation et l'Ordre.
Quant aux adultes, ils doivent avoir l'intention
de recevoir les sacrements. On ne doit donc jamais user de violence ni de coaction à l'égard de qui que ce soit pour l'obliger à recevoir un sacrement. Mais que penser de celui qui se présenterait librement pour recevoir un sacrement, tout en protestant intérieurement qu'il n'en veut pas? Il est probable qu'il le recevrait valldemcnt, parce que l'action qu'il fait librement est bien plutôt l'expression de sa volonté que la parole intérieure qu'il prononce, et qui ne peut être que mensongère dans cette circonstance.
Un hérétique peut recevoir validement les sacrements, si l'on excepte celui de la Pénitence. Donc tout hérétique qui reçoit le Baptême, la Confirmation, l'Ordre, le Mariage, est réellement baptisé, confirmé, ordonné ou marié ; mais il ne reçoit pas la grâce du sacrement.
Parmi les sacrements, il en est qui sont destinés à augmenter, à perfectionner la grâce dans les âmes, et pour cette raison on les appelle les sacrements des vivants. Il faut que le chrétien vive de la vie de la grâce pour les recevoir. Ce sont la Confirmation, l'Eucharistie, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage. On doit donc les refuser aux pécheurs publics, tels que les excommuniés, les interdits, les infâmes, ceux qui vivent publiquement dans l'adultère ou le concubinage, les magiciens, les blasphémateurs et tous pécheurs notoires.
D'autres sacrements, savoir le Baptême et la Pénitence, ont pour but de conférer la grâce à ceux qui ne l'ont pas encore, ou de la rendre à ceux qui
i'ont perdue. Ponr cette raison, on les appelle les sacrements des morts.
Toute la question est donc celle-ci : Quelles sont les dispositions avec lesquelles les adultes doivent s'approcher du Baptême ou de la Pénitence? Le saint concile de Trente répond : « Les adultes se disposent à la justice, lorsque, excités et aidés par la grâce de Dieu, concevant la foi par l'ouïe, ils se portent librement vers Dieu, croyant et tenant pour véritables les choses que Dieu a révélées et promises, et celle-ci surtout, que c'est Dieu qui justifie le pécheur par sa grâce, en vertu de la rédemption de Jésus-Christ; ensuite, connaissant qu'ils sont pécheurs, et étant utilement ébranlés par la crainte de la justice divine, ils passent de cette crainte à la considération de la miséricorde de Dieu et s'élèvent à l'espérance, se confiant que Dieu les traitera avec miséricorde pour l'amour de Jésus-Christ, et ils commencent à l'aimer comme la source de toute justice; et c'est pourquoi ils sont portés contre leurs péchés par une certaine haine et détestation, c'est-à-dire par cette pénitence qu'il faut porter au Baptême; enfin ils prennent la résolution de recevoir le Baptême, de commencer à mener une vie nouvelle et d'observer les commandements de Dieu.
« Touchant cette disposition, il est écrit : Pour s'approcher de Dieu, il faut premièrement croire qu'il est et qu'il récompense ceux qui le cherchent. Et encore : Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis. Et : La crainte du Seigneur chasse le péché. Et : Faites pénitence, et que chacun de
vous soit baptisé au nom de Jésus-Clirist pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Allez, instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit, leur apprenant à observer toutes les choses que je vous ai prescrites. Et enfin : Préparez vos cœurs au Seigneur. » (Sess. vi, cap. 6.)
Reprenons. \^ Pour se disposer à recevoir la grâce de la justification, il faut d'abord que le pécheur soit aidé de la grâce de Dieu. En effet, le péché, en lui ôtant la vie surnaturelle, l'a mis dans un état de mort. Or, un mort peut-il se rendre la vie? Et d'ailleurs qu'est-ce que la justification? C'est une participation à la vie de Dieu. Or, de l'homme à Dieu, ou de la vie humaine à la vie divine, il y a une distance infinie. Est-il possible, par exemple, que la pierre puisse par elle-même se donner la vie de la plante, ou que la plante se donne la vie de l'animal, ou que l'animal se donne la vie humaine? Non, certes; car il y aurait contradiction dans les termes : on affirmerait qu'un être peut par sa nature s'élever au-dessus de sa nature. Il est donc de toute impossibilité à l'homme de se disposer à la justification ou de tendre à la vie surnaturelle et divine par ses propres forces ou par sa nature. Dieu lui-môme, quoique tout puissant, ne saurait créer un être assez parfait pour pouvoir se donner la vie divine par sa propre nature, puisque sa nature sera toujours la nature humaine, et sa vie une vie humaine, quelque grandes que soient ses perfections. Il faut donc que Dieu lui communique sa grâce par un don purement gratuit.
2"" Mais il faut aussi que l'homme coopère librement à cette grâce. Quand Dieu touche le cœur du pécheur, il le fait avec tant de douceur et de suavité, que l'homme reste toujours libre de suivre l'inspiration d'en haut ou de la repousser, et qu'il demeure constamment maître de ses actions. « Le saint concile de Trente déclare que le commencement de la justification, dans les adultes, doit se prendre de la grâce prévenante de Dieu par Jésus- Christ, c'est-à-dire de sa vocation, par laquelle ils sont appelés, sans qu'il y ait aucun mérite de leur part, afin qu'au lieu que leurs péchés les éloignaient de Dieu, sa grâce, en les excitant et les aidant, les dispose à se convertir à lui, pour leur justification, par un consentement et une coopération hbre à cette même grâce; en sorte que, quand Dieu touche le cœur de l'homme par la lumière du Saint-Esprit, il n'est pas vrai que l'homme soit sans action en recevant cette inspiration, puisqu'il peut même la rejeter, quoiqu'il soit vrai que, sans la la grâce de Dieu, il ne peut se porter, par le libre arbitre de sa volonté, vers la justice. C'est pourquoi, lorsqu'il est dit dans les saintes Lettres : Convertissez-vous à moi, et je me convertirai à vous, nous sommes avertis que nous sommes libres ; et lorsque nous répondons : Seigneur, convertissez-nous à vous, et nous serons convertis, nous reconnaissons que c'est la grâce de Dieu qui nous prévient. » (Sess. vi, c. 5.)
Pourquoi Dieu exige-t-il que l'homme coopère à sa propre justification? Pour deux raisons qui font
]a gloire de Thommc. Et d'abord, c'est là ce qui donne du prix aux hommages qu'il rend à Dieu. S'il était forcé de courber son front devant le Roi des rois, il ne lui rendrait pas plus de gloire que le soleil et les astres, les arbres et les plantes, et il n'aurait pas plus de mérite que les êtres inanimés. En second lieu, en lui accordant la faculté d'acquiescer ou de résister à la grâce, Dieu lui communique quelque chose de sa propre grandeur. Pourquoi, en effet, Dieu est-il si grand? C'est qu'il existe par lui-même, qu'il est l'auteur de son être, de ses perfections, de sa vie, de son bonheur. Dieu a voulu que l'homme pût dire aussi, avec la différence qui existe entre le Créateur et la créature : Je suis l'auteur de ma vie et de mon bonheur, je vis de la vie divine, je jouis du bonheur de Dieu, parce que je l'ai voulu. Voyez-vous quel profond respect le Fils de Dieu témoigne au fils de l'homme f Il le prie, il le supplie de lui donner son cœur, il verse des larmes sur son sort, il le rachète au prix de son sang. Arrière les esclaves I Dieu ne veut, pour le servir, que des cœurs généreux, des âmes nobles et vraiment libres.
3° Le pécheur est donc attiré vers Dieu par la grâce, mais si doucement qu'il demeure toujours libre de résister à son attrait. El la grâce exerce son action sur les puissances de l'âme, sur son intelligence, sa mémoire, sa volonté; elle lui inspire successivement des sentiments de foi, de crainte, de confiance en Dieu, de repentir de ses fautes, d'amour et de ferme propos de servir Dieu à l'ave-
nir; elle lui fait faire des actes de ces différentes vertus, jusqu'à ce qu'il arrive à la plénitude delà vie surnaturelle. Le saint concile de Trente nous apprend même la manière dont s'opère dans l'âme du pécheur sa transformation en homme céleste et divin. Ainsi il commence par croire comme certaines toutes les vérités que Dieu a révélées cà son Eglise, et en particulier qu'il ne peut être sauvé que par la médiation de Jésus-Christ. Se sentant coupahlc et chargé de péchés, il est effrayé au souvenir des jugements de Dieu ; mais reportant son esprit sur la miséricorde et la bonté infinies avec lesquelles Jésus-Christ a toujours accueilli les pécheurs repentants, il espère qu'il aura pitié de lui, et il commence à aimer Dieu comme source de toute justice. Cet amour excite dans son cœur une haine profonde pour le péché, et par conséquent un vif désir d'expier ses fautes par la pénitence et d'observer fidèlement à l'avenir toute la loi de Dieu. C'est ainsi, mes frères, que le pécheur obtient la grâce de la justification, c'est-à-dire devient un homme surnaturel et divin.
Admirez encore ici, mes frères, cette magnifique harmonie entre le monde naturel et le monde surnaturel.
La terre la plus fertile ne produit rien d'ellemême, il faut qu'on dépose une semence dans son sein ; et pour que cette semence germe, qu'elle élève sa lige et porte des fruits, il faut l'action simultanée de deux agents, l'un intérieur et l'autre extérieur. L'agent intérieur est une certaine force
d'attraction renfermée dans la semence, qui attire à soi la nourriture ou les sucs qui lui sont propres. L'agent extérieur est un sol convenable, une certaine humidité, la lumière et la chaleur du soleil. Ainsi la nature humaine la plus parfaite ne peut rien produire pour l'ordre surnaturel sans la grâce, qui est comme une semence que Dieu dépose dans le cœur de l'homme. Cette semence divine donne au libre arbitre la faculté de faire des actes de vertu, et s'il en suit les mouvements, il attirera à lui les aliments dont il aura besoin pour que l'homme surnaturel soit complet. Cependant il faut encore que Dieu répande sur cette semence la rosée divine, la lumière et la chaleur du soleil des intelligences, jusqu'à ce que, par l'action simultanée de ces deux causes, la grâce et la coopération du libre arbitre, la racine soit devenue plante et ait produit les fruits de la charité.
La formation de l'homme physique n'cst-elle pas encore l'image de la formation de l'homme surnaturel? N'en est-il pas de même de la vie de l'intelligence? Telle est donc la loi universelle pour tout ce qui existe, la plante, l'animal, le corps de l'homme. Sa vie raisonnable et sa vie surnaturelle et divine commencent, se fortifient et se développent sous l'empire des mêmes lois. Et de môme qu'à l'origine des choses Dieu créa et constitua Adam avec toute sa nature et toutes ses facultés développées, ainsi encore, par le Baptême, il crée dans les enfants, sur-le-champ et sans aucune disposition de leur part, l'homme surnaturel complet.
Si un enfant vient au monde avec une constitution incomplète pour ce qui concerne les fonctions vitales, il est déclaré non viable, et il est incapable d'hériter. Quelque chose de semblable se passe à la mort des chrétiens; car, s'ils entrent dans l'autre monde sans avoir la plénitude de la vie de la grâce, ou ne la possédant que d'une manière imparfaite, par exemple, la foi, l'espérance seulement, ou peutêtre encore un commencement de charité, ils sont déclarés non viables pour le ciel et sont incapables d'hériter des biens de leur Père céleste.
Certains chrétiens dans le monde prétendent que, s'ils ne sont pas meilleurs, ce n'est pas de leur faute, mais bien de la faute de leur nature corrompue, ou delà faute de la grâce, qui ne leur est pas donnée assez abondamment. Les malheureux ! ils font à Dieu un crime de ses bienfaits. Ils voudraient n'être pas libres, afin d'être dispensés de coopérer à la grâce et de travailler à leur salut. Mais quelle serait donc la gloire du général qui ne devrait la victoire qu'à la valeur et au nombre de ses bataillons? Qu'est-ce donc qui fait son mérite, sinon la sagesse de son plan de campagne et le courage qu'il déploie sur le champ de bataille? Mais s'il ne s'occupe en rien des dispositions qu'il doit prendre, s'il est sans énergie et sans vigueur au moment du combat, au lieu de cueillir glorieusement les lauriers de la victoire, il est honteusement défait et mis en fuite; au lieu d'être porté en triomphe, il sera flétri comme il le mérite et couvert de honte et d'infamie.
Voyez-vous ce négociant qui travaille nuit cl jour pour acquérir la fortune? Malgré toutes les peines qu'il se donne, les légers bénéfices qu'il réalise sont absorbés par son entretien et celui de sa famille. Il a beau déployer toutes les ressources de son intelligence et de son activité, il reste dans la môme situation. Ah! si quelqu'un venait lui révéler le secret d'augmenter ses revenus à volonté, quelles ne seraient pas sa joie et sa reconnaissance! Eh bien ! mes frères, c'est là ce que Dieu a fait à notre égard ; car nous serons d'autant plus riches en grâces que nous apporterons des dispositions plus parfaites à la réception des sacrements. Il ne tient donc qu'à nous d'augmenter nos trésors spirituels.
Considérez cette jeune personne qui se contemple dans un miroir : elle n'est point satisfaite de son lot; elle trouve qu'elle pourrait être moins laide, ce qui lui fait pousser de profonds gémissements et verser des larmes. N'a-t-elle pas une compagne beaucoup plus belle et à laquelle tout le monde rend hommage? Mais voilà qu'un ange paraît à ses côtés et lui dit : Cessez de pleurer; je viens de la part de Dieu vous faire connaître un moyen de corriger tous les défauts de votre nature et de croître en beauté selon votre désir. Surprise, confondue, elle ne peut en croire ni ses yeux, ni ses oreilles ; mais confirmée par des témoignages authentiques de la part de l'envoyé céleste, elle ajoute foi à sa parole et fait part de son bonheur au ciel et à la terre. Or, savezvous ce que c'est que l'obligation d'apporter de saintes dispositions à la réception des sacrements?
C'est le privilège que Dieu nous donne d'augmenter en beauté selon notre bon plaisir, puisque la grâce est une participation à la beauté de Dieu, et que nous obtiendrons d'autant plus de grâces que nos dispositions seront plus parfaites.
Un enfant se livre à l'étude des sciences et des arts; mais, malgré le travail le plus opiniâtre, il n'y fait aucun progrès. Il a l'esprit lourd, la mémoire ingrate, l'imagination calme et froide. Que ne donnerait-il pas pour avoir plus de talents? Fallût-il s'imposer les plus grands sacrifices, il s'y résignerait volontiers. Or, quand Dieu exige notre coopération pour la vie de la grâce, il nous dote du pouvoir d'augmenter à notre gré toutes les facultés de notre âme; car la grâce est une participation à l'intelligence, à la puissance, à la sagesse et à la bonté de Dieu, et il ne tient qu'à nous d'y participer toujours plus largement.
Parcourez toutes les carrières, interrogez tous ceux qui les suivent, vous n'entendrez sortir de leur bouche qu'une seule plainte : Il n'y a pas d'avancement. Tel officier devrait être général, tel substitut procureur général, et tel employé préfet. Que l'Empereur soit assez puissant pour faire tomber toutes les barrières, et qu'il donne à chacun de l'avancement selon sa volonté, quelle joie universelle ! quel cantique d'actions de grâces ! Or, à quoi revient l'obligation de concourir à l'action de Dieu pour répandre sa grâce dans nos âmes? A l'insigne faveur d'obtenir chaque jour de l'avancement, si nous le voulons. C'est la loi du progrès indéfini.
Soyez parfaits, nous dit notre divin Maître, comme votre Père céleste est parfait. Tel est le terme de votre perfection , l'infini ; c'est le modèle que vous devez imiter d'une manière de plus en plus parfaite.
0 mon Dieu, que nous sommes ingrats ! Nous
considérons comme des obligations trop lourdes, comme des charges trop pesantes, ce qui, en réalité , est une faveur insigne et un effet de votre bonté infinie. Etablis rois sur une petite contrée, il ne tient qu'à nous d'élargir incessamment le cercle de nos domaines, d'étendre les limites de notre empire, d'acquérir plus de gloire, plus de noblesse, plus de grandeur, et nous nous plaignons I Quel aveuglement ! quelle folie !
Pécheurs qui m'écoutez, ne dites pas que vous ne vous sentez pas encore assez de force pour vous disposer à recevoir les sacrements, ou que vous n'avez pas une foi assez vive. Il vous est possible, avec la grâce qui ne vous fera jamais défaut , de préparer votre âme à se réconcilier avec Dieu. Priez-le avec ferveur, avec confiance et persévérance. Demandez-lui qu'il change votre cœur, qu'il le remue puissamment, qu'il l'arrache à ses mauvais penchants et le tourne vers le ciel ; qu'il dompte et brise votre orgueil, comme il fit autrefois de saint Paul sur le chemin de Damas. Fortifiez votre foi par la méditation de l'Evangile et l'étude sérieuse de toutes les preuves sur lesquelles la vérité de la doctrine chrétienne est établie. Ré- •fléchissez sur vos fins dernières ; pensez sérieuse-
ment à la mort qui vous enlèvera bientôt à vos parents et à vos amis, et vous jettera au tribunal de Dieu pour y être jugé sévèrement et sur le mal que vous aurez fait et sur le bien que vous auriez dû faire. N'oubliez pas que vous êtes suspendus entre le ciel et l'enfer, et qu'il ne faut qu'un moment pour vous précipiter au fond de ces abîmes de feu, séjour du remords et du désespoir. Puis, tournant vos regards vers la croix, considérez avec quelle ineffable miséricorde Jésus-Cbrist vous tend les bras et vous offre votre pardon. A cette vue, la confiance renaîtra au fond de votre âme ; vous aimerez Dieu, vous voudrez vous réconcilier avec lui. Par ces pieux exercices, vous vous disposerez à recevoir les sacrements qui vous donneront la plénitude de la vie surnaturelle et divine, avec laquelle vous serez admis dans la plénitude du bonheur et de la gloire. Jmen.