SAINTE ROSE DE VITERBE. — SON ENFANCE
Après avoir longtemps persécuté l'Eglise, Tempereur Frédéric P*" lui avait confié on mourant son fils au berceau. Toujours généreuse, la papauté se montra digne de cette sublime confiance du père, et adopta l'enfant de son ennemi. Innocent III employa tout son génie, toute l'énergie de sa grande âme, à lui conserver la couronne de Sicile que sa mère lui avait laissée. Pupille de TEglise, à laquelle il devait tout, il semble que Frédéric II, quand l'élection Teut fait à son tour empereur d'Allemagne, eût dû se souvenir de son enfance et ne pas tourner ses armes contre celle qui lui avait servi de mère. Mais l'orgueil du pouvoir, l'amour des voluptés païennes et les séductions de l'hérésie l'entraînèrent bientôt dans
la révolte. 11 était jeune, énergique et puissant, et il aimait les lettres : il devint la tête et les bras de tout ce qui combattait et raisonnait contre l'Eglise. Sous sa protection, l'hérésie et rimpiélé se répandirent à l'aise dans ses vastes domaines. Les évoques qui lui résistèrent, il les brisa ; les religieux qui élevèrent la voix, il les cliassa ; il dépouilla les églises, vendit leurs biens, abolit les immunités, étouffa toute liberté, toute justice sous son joug de fer. Les jurisconsultes applaudissaient, les hérétiques se réjouissaient, les savants admiraient. Après avoir joué la papauté qui voulait diriger cette énergie puissante conire les infidèles, après s'être réconcilié une fois avec elle pour la mieux détruire en la trompant, il leva enfin le masque, et résolut de s'emparer de toute l'Italie. L'Italie soumise, il voulait faire du Pape un simple évoque de son empire, qu'il eût nommé, changé, déposé selon ses caprices. La papauté, représentée alors par un vieillard presque centenaire, semblait humainement perdue. Mais Dieu avait donné à ce vieillard un courage invincible. A la vue de ce grand péril, son cœur ne trembla pas; il ne fléchit pas ; il ne chercha pas à transigner, à sauver au moins les débris de sa fortune : au nom de Jésus-Christ qu'il représente, il parle en maître à cet empereur si puissant, et prononce contre lui la sentence d'excommunication qui allait rendre les derniers jours du pontife errants, fugitifs, incertains d'un abri, d'un vêtement et du pain. Le cœur bat de joie en rappelant celte glorieuse fermeté séculaire, en nommant Grégoire IX.
Frédéric II était dans le nord de l'Italie quand il apprit Texcommunicationque le Pape avait lancée contre lui. Impatient de se venger, il part à la tête de son armée. Il descend dans la Toscane, qu'il soumet. Il entre dans le duché de Spolète, au centre des possessions de l'Eglise, et toutes les villes lui ouvrent leurs portes.
Le cardinal Colonna, qui commandait les forces du Pape, trahit son maître pour se donner à l'empereur. Au mois de mars de l'année 1240, Frédéric II entrait à Viterbe, qui était alors une des plus fortes villes de l'Etat romain. Du haut des montagnes qui l'entourent, il pouvait apercevoir cette Rome,
dernier rempart où s'abritait la papauté. Déjà sa cavalerie parcourait la campagne romaine et allait insulter Grégoire IX jusqu'aux portes de sa capitale, où elle le tenait enfermé.
C'est en ce moment que naquit à Viterbe, au pied même du palais qu'habitait Frédéric II, une jeune fille dont la parole elles miracles devaient réveiller la foi de Tllalie et renverser le puissant empereur qui se croyait déjà maître de l'Eglise.
Derrière le couvent des religieuses de Sainte-Marie des Roses vivait une pauvre et noble famille toute dévouée au service du couvent. Le père s'appelait Jean et était déjà vieux, et sa femme, nommée Catherine, était stérile. Tous deux servaient Dieu avec crainte et gémissaient sur les maux de l'Eglise et la corruption de leur temps. Dieu abaissa ses regards sur cette pieuse famille, et Catherine mit au monde, au printemps de 1240, cette Rose qui devait réjouir la papauté au milieu des épines qui la déchiraient.
Dès sa première enfance, notre Seigneur montra, par un étonnant prodige, la puissance dont il l'avait investie et la mission à laquelle il la destinait. Elle n'avait encore que trois ans, lorsque mourut une de ses tantes, sœur de sa mère. Le cadavre était déjà exposé dans le cercueil ; la famille en pleurs se disposait à l'accompagner à l'église, lorsque la sainte enfant s'approche de sa tante et l'appelle à haute voix. A cet ordre, la mort obéissante rend sa proie, et cette femme se lève au milieu des assistants épouvantés. En un moment le bruit de ce miracle se répand dans Viterbe ; le peuple accourt pour être témoin de cette résurrection. La foi se ranime dans ces cœurs égarés par les séductions des hérétiques, et avec la foi le courage. Enhardie par ce témoignage de la puissance divine, la foule prend les armes, s'empare du palais du gouverneur nommé par Frédéric II, et le force de se retirer dans la partie de la ville où est aujourd'hui la cathédrale. L'empereur revint avec son armée assiéger Viterbe ; mais il ne put triompher alors de la résistance héroïque des habitants. Ce ne fut que quatre ans après que ses troupes parvinrent à rentrer dans la ville.
Cependant la sainte enfant, pour échapper à l'admiration
de ses concitoyens, s'était renfermée dans une petite chambre de la maison de son père. Elle y passa six années dans la prière et la pénitence, ne sortant que pour aller à Téglise ou pour secourir les pauvres. Elle jeûnait presque continuellement, ne vivant que d'un peu de pain et d'eau, et restant quelquefois une semaine entière sans manger. Elle n'avait d'autre vêtement qu'un cilice, marchait la tête et les pieds nus, et dormait sur la terre. La nuit, elle se donnait la discipline, rougissant de son sang les murs de sa cellule, afin d'apaiser la colère de Dieu appesantie sur son Eglise. Dans cette vie de retraite et de silence, quelques miracles venaient seuls la rappeler à ses concitoyens. Un jour son père, effrayé de ses aumônes, voulant la forcer de lui montrer ce qu'elle portait aux pauvres. Dieu changea en des roses magnifiques le pain de sa charité, comme il avait déjà fait pour plusieurs de ses servantes. (Ribadeneira.)
Cet exemple doit nous confondre, nous qui [avons tant de peine à faire quelques actes de mortification pour nous préparer à recevoir les sacrements.
VF INSTRUCTION.
Iles effets gëBiérau:iL êtes ^aeremeiits.
Venite ad me omnes qui laboralts et onerati estis, et ego reficiam tos.
Venez à moi, vous tous qui travaillez et qui êies chargés, et je vous referai.
,Mattu.,xi,28.]
Le Fils de Dieu s'est fait homme, mes frères, pour racheter le genre humain, le refaire, le recréer en l'élevant à l'ordre surnaturel. Mais afin de rendre l'homme plus semblahle à Dieu, il a voulu qu'il coopérât à cette mystérieuse transformation par laquelle il devient participant de la nature divine. Pourvu donc qu'il dispose son âme, et qu'il ne mette aucun obstacle à l'effusion de la grâce, il la reçoit certainement, parce que les sacrements la contiennent et la produisent par leur propre vertu.
Ne croyez donc pas que les dispositions soient la cause qui produit la grâce dans les âmes. La fenêtre que vous ouvrez dans un appartement n'est nullement la cause de la projection de la lumière ; c'est seulement une condition nécessaire pour que la lumière pénètre dans l'appartement : de même les dispositions de l'âme ne sont qu'une condition sans laquelle la grâce ne coulerait pas dans les âmes. Comme le feu contient et produit la chaleur, ainsi
les sacrements de la loi nouvelle contiennent et produisent la grâce par eux-mêmes ; c'est ce qui les distingue des sacrements de la loi ancienne. Ceuxci, en effet, ne produisaient pas la grâce, mais ils la figuraient et excitaient dans le cœur de vifs sentiments de loi, de confiance et d'amour, en vertu desquels Dieu répandait sa grâce dans les âmes. Saint Paul les appelle, dans son langage énergique, des éléments vides et sans force. Au contraire, les sacrements de la loi nouvelle signifient, contiennent et communiquent la grâce, à peu près comme des charbons ardents signifient, contiennent et communiquent le feu, pourvu que la matière à laquelle on les applique soit inflammable. Cette qualité de la matière d'elre inflammable, qui marque les dispositions de l'âme, n'est pas la cause qui produit le feu, mais une condition nécessaire pour que le feu renfermé dans les charbons lui soit communiqué. Ecoutez maintenant la grande voix de l'Eglise avec tout le respect qu'elle mérite :
« Si quelqu'un dit que les sacrements de la loi nouvelle ne contiennent pas la grâce qu'ils signifient, ou qu'ils ne confèrent pas la grâce elle-même à ceux qui n'y mettent point d'obstacle, comme s'ils étaient seulement des signes extérieurs de la justice ou de la grâce qui a été reçue par la foi, ou de simples marques de la profession du christianisme, par lesquelles on discerne aux yeux des hommes les fidèles d'avec les infidèles, qu'il soit anathèmc.
« Si quelqu'un dit que la grâce, autant qu'il est
du dessein de Dieu, n'est pas donnée toujours et à tous par ces sacrements, quoiqu'ils soient reçus avec les conditions requises, mais que celte grâce n'est donnée que quelquefois et à quelques uns, qu'il soit anathème.
« Si quelqu'un dit que les mêmes sacrements de la loi nouvelle ne confèrent pas la grâce par leur propre vertu, mais que la seule foi aux promesses de Dieu suffit pour obtenir la grâce, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. vu, can. 6, 7 et 8.)
Il est donc de foi catholique que les sacrements de la loi nouvelle contiennent et confèrent la grâce, qu'ils la communiquent toujours et à tous ceux qui n'y mettent point obstacle, qu'ils la communiquent par eux-mêmes et par leur propre vertu.
Voulez-vous vous convaincre encore mieux de cette vérité ? méditez attentivement les paroles de leur institution : ^< Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit saint, nous dit Jésus-Christ, il ne peut entrer dans le royaume des cieux. » Donc quiconque est né de l'eau et du Saint-Esprit peut entrer dans le royaume des cieux, et par conséquent il a reçu la grâce sanctifiante, puisqu'on ne saurait y entrer sans elle.
Les apôtres imposaient les mains à ceux qui avaient été baptisés, et ils recevaient le Saint-Esprit. Mais le Saint-Esprit ne demeure que dans les âmes ornées de la grâce sanctifiante.
Parlant de l'Eucharistie, Jésus-Christ nous dit : « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sanc^, a
Ja vie éternelle. » Or, la vie éternelle est la possession de Dieu ; c'est donc aussi la possession de la grâce sancliliante.
lien est de même de tous les autres sacrements.
Ecoutez Tertullien : « Le corps est lavé, nous dit-il, afin que lame soit purifiée; le corps reçoit l'onction, afin que l'âme soit consacrée; le corps est marqué du signe de la croix, afin que l'âme soit fortifiée ; le corps reçoit l'imposition des mains, afin que l'âme soit éclairée; le corps se nourrit de la chair et du sang de Jésus-Christ, afin que l'âme soit engraissée de Dieu. »
Considérez ce qui se passe dans la nature, nous disent les Docteurs de l'Eglise. Comme la terre produit ses fruits d'elle-même, comme le feu engendre par lui-même la chaleur, comme le soleil répand sa lumière, ainsi les sacrements produisent des fruits divins , une chaleur divine et une lumière toute céleste. Cependant nous ne saurons jamais comment cela se fait, parce que tout est mystère, même dans la nature.
Expliquez-moi, dit saint Grégoire de Nysse, le mystère de la naissance de l'homme selon la chair, et je vous expliquerai le secret de sa renaissance selon l'esprit. De part et d'autre, c'est une vertu divine, une efficacité incompréhensible, dont aucune science ni aucune raison ne sauraient rendre compte.
Et comment se fait-il qu'il n'y ait que les substances alimentaires qui nourrissent l'homme ? C'est, répondent les savants, parce que ces subs-
tances seules renferment des sucs nutritifs propres à soutenir la vie physique de Thomme. Mais pourquoi les autres substances n'en renfermentelles pas ? Parce que tel.'e est la volonté de Dieu.
Comment se fait -il que le langage soit le seul moyen propre à la formation de la vie de l'intelligence? Tel est le bon plaisir de Dieu.
Si donc vous me demandez : Comment les sacrements produisent-ils ou augmentent-ils la grâce dans les âmes? Telle est la volonté de Dieu, vous répondrai-je. Vous êtes bien convaincus que sans la nourriture vous ne pouvez conserver la vie de votre corps, et vous avez grand soin de prendre vos repas chaque jour. Vous savez apprécier les avantages de l'instruction, et vous ne reculez devant aucun sacrifice pour vous instruire et pour faire instruire vos enfants , sans vous inquiéter des profonds mystères que renferment les lois de la vie humaine. Pourquoi donc vouloir approfondir les mystères bien plus insondables de la vie divine? Avez-vous l'entière certitude que les sacrements sont les moyens que Dieu a établis pour nous communiquer cette vie? Cela doit vous suffire, et vous ne devez plus avoir qu'un soin, celui de vivre saintement, afin de pouvoir vous en approcher tous les jours. Or, pourriez-vous avoir le moindre doute à ce sujet? Votre croyance ne repose-t-elle pas sur l'autorité infaillible de l'Eglise, sur la parole de Dieu, sur l'enseignement de tous les Pères et de tous les Docteurs de l'Eglise, de tous les évoques du monde catholique? Que vous faut-il de
plus? Dans la pratique de la vie, rexpérlence seule suffit pour vous déterminer. Eli bien ! l'expérience constate journellement les merveilleux effets des sacrements.
En effet, d'où vient au chrétien qui fréquente les sacrements avec les dispositions exigées celte paix et celtetranquillitéd'àmc qui faitsajoieetson bonheur? C'est un homme du monde, en possession d'une belle fortune qui lui permet de satisfaire ses goûts et ses caprices; il peut, comme Salomon, ne rien refuser à son cœur. C'est Guillaume, duc d'Aquitaine, qui regorge d'honneurs et de richesses. Il est bien fait de sa personne; il est versé dans toutes les sciences humaines; il est très-habile dans l'art de la guerre et dans l'administration, et, par ses rares qualités, il est devenu l'ami intime de Charlemagne. Que peut-il désirer de plus? Il avoue cependant qu'il n'est pas heureux, et qu'il y a dans son cœur un vide immense que rien ne saurait combler. Il s'arrache donc au monde et à toutes ses jouissances pour vivre pauvrement dans la solitude. Son unique bonheur est de communier souvent, et chaque fois qu'il se relire de la table sainte, il verse d'abondantes larmes de joie.
Mais chaque jour des milliers de faits semblables se révèlent au milieu de vous, au sein même de vos familles. Interrogez vos mères, vos épouses, vos sœurs, vos filles, qui s'approchent souvent des sacrements, et demandez-leur si ce n'est pas là qu'elles vont puiser le bonheur. .Mais à quoi bon les interroger? La joie de leur âme qui se reflète sur
~ 9o — leur visage, dans leur maintien et dans toute leur conduite, vous dit assez qu'elles sont heureuses. Plus d'une fois vous vous êtes dit, en les considérant : Que ne puis-je goûter le même bonheur !
Considérez aussi ces chrétiens de tous les temps, en butte à la haine implacable des païens, des infidèles, des hérétiques et des philosophes ; car dans tous les temps l'Eglise a souffert d'horribles persécutions. Ignorez -vous que, pour les faire apostasier, il n'y a pas de supplice qu'on n'ait inventé, pas de tourment qu'on ne leur ait fait subir? Tout a été mis en œuvre, et le feu et le glaive, et les croix et les chevalets, et le plomb fondu et les brasiers ardents ; et au milieu de ces affreux tourments, dont le seul souvenir nous fait encore frissonner d'horreur, pas une plainte, pas un murmure, pas la moindre résistance : tous meurent calmes et résignés, priant pour leurs persécuteurs et leurs bourreaux. D'où leur est donc venu ce courage héroïque? Martyrs de Jésus-Christ, secouez la poussière du tombeau et paraissez ; dites-nous donc le secret de cette force vraiment divine qui vous a fait braver les plus cruels supplices. J'entends vos maîtres qui vous ont formés à ces terribles combats, saint Chrysoslôme, saint Basile, saint Ambroise, saint Cyprien ; et ils me disent que les sacrements ont été pour vous l'armure de Dieu qui vous a rendus invincibles, et que, lorsque vous en étiez munis, vous paraissiez dans l'arène plus terribles que des lions par votre courage magnanime et votre inaltérable patience.
Honnêtes gens du monde, philosophes ou hbres penseurs, vous n'ajoutez pas foi à l'affirmation de ces hommes si savants et si désintéressés, vous niez même qu'il en soit ainsi; mais votre négation ne rend pas raison des faits que je vous signale. Tnc négation ou un doute n'explique rien. Cependant ce fait, qui se produit sans cesse dans l'Eglise catholique, a une cause. Or, quelle peut être cette cause, sinon l'efficacité des sacrements?
]Se voyez-vous pas encore une foule de fervents catholiques, prêtres, évêques, religieux, religieuses, qui pratiquent les conseils évangéhques dans toute leur perfection? Les uns se retirent dans la solitude, pour expier, par d'austères pénitences, leurspropres péchés et les péchés de leurs frères ; les autres se consacrent à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse, et d'autres enfin au soulagement des pauvres et des malades.
Est-il besoin de vous dire ce que font les Chartreux, les Trappistes, les Capucins, les Frères de Saint-Jean de Dieu, les Frères de la Doctrine chrétienne, les Trappistines, les Carmélites, les Clarisses, les Sœurs de la Charité et de la Doctrine chrétienne, les Petites Sœurs des Pauvres? Chaque jour vous êtes témoins de leurs mortifications, de leurs travaux, de leur héroïque dévouement. Et parmi ces simples laïques, ces chrétiens à la foi robuste qui composenl les conférences de Saint-Vincent de Paul, et ces dames généreuses qui font partie de toutes les associations de charité et de bienfaisance; qui les forme? qui les soutient et les pro-
page? N'est-ce pas l'esprit de Jésus-Christ? Et où vont-ils se remplir de l'esprit de Jésus-Christ, sinon dans la pratique des sacrements?
Dans l'Eglise catholique seule, vous rencontrez des chrétiens qui se montrent semblables à Jésus- Christ : ils font des miracles comme lui ; comme lui, ils pratiquent parfaitement les vertus de pauvreté, d'humilité, de chasteté, d'obéissance, de charité, de patience, de dévouement; comme lui, ils sacrifient leur repos, leur santé, leur honneur, leur vie pour la gloire de Dieu et le salut du prochain , comme lui, ils meurent, pour sauver leurs frères, au milieu des plus cruels supplices. 'Ils ont donc le même esprit et la même vie surnaturelle, puisqu'ils font les mêmes œuvres.
Mais si ces étonnants phénomènes ne sont pas les merveilleux effets des sacrements, nous devons les retrouver dans les sectes religieuses ou philosophiques. Or, je vous défie de nous citer quelque chose de semblable en dehors du catholicisme. Protestants ou philosophes, montrez-nous, je ne dis pas des milliers de chrétiens semblables à ceux dont je viens de parler, mais un seul saint Laurent, un seul Charles Borromée, un seul François Xavier, un seul Vincent de Paul; montrez-nous un seul chartreux, un seul missionnaire, une seule fille de la Charité.
Direz-vous que ce courage héroïque, ce dévouement personnel, cette immolation de soi-même, sont l'effet de l'imagination, du fanatisme, de la superstition? Mais comment se fait-il que ces faits
merveilleux ne se produisent que parmi les catholiques qui fréquentent les sacrements? L'imaginalion, le fanatisme et la superstition seraient-ils donc le fait des seuls catholiques? Et comment ne les retrouvons-nous pas partout ailleurs? Ce n'est pas tout : dites-nous encore comment l'imagination, le fanatisme et la superstition poussent à la pratique des plus suhlimcs vertus des personnes de tout âge, de toute condition, et cela chez tous les peuples catholiques, chez les peuples les plus polis, les plus éclairés et les plus civilisés.
Prétendez-vous, au contraire, que c'est là le résultat de l'instruction, du progrès dans les sciences et dans les arts? Mais alors rien ne devrait èlre plus commun que l'héroïsme chez les philosophes, eux qui se croient les seuls savants et les seuls éclairés, et rien ne devrait être plus rare que le dévouement et l'héroïsme chez les catholiques, eux qui, s'il faut vous en croire, sont les plus grossiers et les plus ignorants des hommes.
Partagez toute cette ville en deux camps : l'un sera composé de ceux qui fréquentent les sacrements, et l'autre de ceux qui ne les fréquentent pas. De quel côté trouverez-vous non seulement la probité et la justice, mais l'amour du travail, l'humilité, le mépris des biens de la terre, le dévouement personnel, ou la charité qui se sacrifie? Jamais nous ne craindrons de subir une semblable épreuve, car elle sera tout entière en faveur des sacrements.
Deux hommes cultivent deux champs voisins
l'un de l'autre et de même nature. Tous deux les cultivent à peu près de la même manière. L'un n'y mct aucun engrais et ne recueille que quelques rares épis ; l'autre y met de l'engrais et récolte chaque année une abondante moisson. Si l'on vous demande quelle est la cause qui produit dans le champ de ce dernier des épis si beaux, si pleins et si serrés, vous répondrez aussitôt que c'est l'engrais qu'il y répand, et vous direz vrai. De même l'Eglise catholique cultive le cœur humain; l'hérésie et la philosophie le cultivent aussi. La philosophie et l'hérésie ne donnent que la culture, c'està-dire l'instruction, et np recueillent que quelques rares fruits de vertu. L'Eglise catholique, outre la culture ou l'instruction, met de l'engrais sur son champ, c'est-à-dire confère les sacrements aux fidèles, et le cœur humain, qu'elle a ainsi engraissé de la grâce divine, produit une abondante moisson d'œuvres admirables et d'actions héroïques. Quelle en peut être la cause? >''est-ce pas évidemment la réception des sacrements de la loi nouvelle?
Mais, me direz-vous, n'y a-t-il pas aussi beaucoup de chrétiens qui fréquentent les sacrements et qui sont loin d'être vertueux? >'ous ne le nions pas, mes frères; nous reconnaissons le fait et nous le déplorons. Mais à qui la faute? N'y a-t-il pas aussi des personnes qui sont toujours malades, quoiqu'elles soient bien nourries? Cela vous empêchc-t-il de prendre vos repas tous les jours? >''y a-t-il pas des hommes qui demeurent ignorants toute leur vie, quoiqu'ils aient reçu des leçons de
maîtres très-habiles? D'où vient leur ignorance? iS'est-ce pas de leur incapacité ou de leur paresse? Ainsi en est-il des chrétiens qui s'approchent souvent des sacrements sans en devenir meilleurs; ils les reçoivent sans les dispositions exigées, sans foi vive, sans piété et sans dévotion.
Pourquoi donc, mes frères, montrez-vous tant d'indifférence pour les sacrements? Si vous n'en connaissez pas le prix, vous êtes dans une ignorance bien profonde, et un jour vous paierez chèrement votre négligence à vous instruire. Si vous les appréciez, d'où vient que vous ne vous disposez point à les recevoir? Ne serez-vous jamais passionnés que pour les choses sensibles et périssables de ce monde? Quel profond regret n'éprouverez-vous pas un jour, quand vous paraîtrez devant Dieu les mains vides, tandis que vous auriez pu si facilement vous enrichir pour le ciel !
Quand les empereurs romains faisaient leur entrée triomphante à Rome, ils jetaient, dit-on, des pièces d'or et d'argent au peuple assemblé sur leur passage. L'un d'eux, au heu de pièces d'or et d'argent, fit jeter des billets. Le peuple, n'en connaissant pas la valeur, s'indigna contre l'empereur et foula aux pieds les billets. Cependant quelques uns mieux avisés en ramassèrent autant qu'ils purent, les présentèrent à l'intendant des finances, et en reçurent le montant. Vous pouvez vous faire une idée du désappointement et du regret de ceux qui avaient méprisé ces billets, et qui auraient pu si aisément amasser de grands trésors. Or, mes frè-
res, les sacrements sont des billets d'une valeur infinie, puisqu'ils contiennent la vie divine. Le Fils de Dieu les a marqués de son sceau, y a imprimé son image et les a mis en circulation. >'e perdez donc pas votre temps, mais hâtez-vous et amassez la plus grande quantité de billets qu'il vous sera possible. Heureux screz-vous lorsque vous les présenterez au sortir de cette vie et que Dieu lui-même vous les soldera. Amen.