‹ Instructions sur les sacrements en généralChapitre 7 sur 28 · SAINTE ROSE DE VITERBE- — SES TRAVAUX ADMIRABLES · texte numérisé non relu

SAINTE ROSE DE VITERBE- — SES TRAVAUX ADMIRABLES

A l'âge de huit ans, sainte Rose tomba malade par suite de ses austérités. Cette infirmité dura une année, qu'elle passa dans la prière et dans la patience. La veille de la Saint-Jean de Tan 1247, quelques dames étant venues la visiter, la bienheureuse enfant eut une extase, pendant laquelle notre Seigneur lui montra l'armée chrétienne, commandée par saint Louis, sur le point d'attaquer Damietle. Elle dit aux personnes qui l'entouraient : « Prions Dieu de donner au roi de France la force de dissiper ses ennemis. » Elle se mit en effet en prières, et l'on vit les larmes couler en abondance le long de ses joues. Ce ne fut qu'un mois après que l'on apprit en Italie la prise de Damielte.

Ce même jour de la vigile de Saint-Jean, vers le soir, la très-sainte Vierge lui apparut environnée d'un nombreux cortège. « Ma fille, lui dit-elle, je veux que demain tu visites dévotement les églises du précurseur saint Jean-Baptiste et du pauvre confesseur François ; tu iras ensuite, au milieu de tes compagnes, à mon église de Sainte-Marie, où tu prendras rhabit de saint François. Il te faudra combattre alors avec courage les ennemis de mon Fils et endurer beaucoup de persécutions; mais aie confiance dans la protection divine. Ceux qui l'écouleront seront récompensés de Dieu, tandis que ceux qui te mépriseront en seront sévèrement punis. »

La très-sainte Vierge disparut, et il tardait à sainte llusc que le jour arrivât pour accomplir sa parole. Des le matin, elle envoya sa mère réveiller ses compagnes; puis, ayant pris un habit du tiers-ordre qu'elle trouva au chevet de son lit, avec une corde grossière, elle visita les églises de Saint-Jean, de Saint-François et de Sainte Marie du Poggio, dans la dernière desquelles elle reçut l'habit et prononça ses vœux. En s'en retournant, elle prêchait la pénitence au peuple, un crucifix à la main. La foule la suivait, écoulant avec respect cette voi.K enfantine, et admirant les merveilles que Dieu opérait en elle.

Quelque temps apiès, un jour qu'elle méditait la passion de notre Seigneur, il lui apparut étendu sur la croix, couronné d'épines, le corps tout sanglant. A cette vue, la sainte enfant tomba comme morte, et s'écria : «. Ah ! mon Seigneur, ah ! mon Père, qui vous a réduit à cet état? — C'est l'amour, répondit notre Seigneur. — Et qui a eu la barbarie de vous faire mourir sur cette dure croix? — Ce sont les péchés des hommes. » reprit son bon Maître. Alors elle se mit à crier miséricorde, et sortant de sa maison avec son crucifix, elle parcourut les rues de Viterbe, en disant : a Frères et sœurs, faisonstous pénitence, apaisons la c jlère divine, car de grands malheurs nous menacent. » Le peuple s'assembla autour d'elle, pleurant et criant aussi miséricorde ; ce fut une émotion générale dans toute la ville, oii les pécheurs commencèrent à rentrer en eux-mêmes.

De ce jour, elle ne cessa plus de prêcher la pénitence sur les places et dans les rues de Viterbe. Dieu donnait à sa parole une éloquence et une sagesse qui frappaient d'admiration tous ceux qui l'entendaient. Encore qu'elle n'eût reçu aucune instruction humaine, elle connaissait parfaitement l'Ecriture, et citait dans ses discours de nombreux passages de l'Evangile et des prophètes. Elle prouvait les vérités de la foi et la nécessité de la soumission à la papauté avec une force et une logique invincibles. Elle confondit tous les hérétiques qui voulurent entrer en lutte avec elle, et les réduisit bientôt au silence.

Notre Seigneur augmentait encore l'autorité de ses prédications par les miracles qu'elle opérait. Elle guérissait les malades qu'on lui offrait, et rendit la vue à un aveugle au milieu de tout le peuple. Un jour qu'elle prêchait l'obéissance à la papauté en présence d'une foule immense, comme sa petite taille l'empêchait d'être vue, la pierre sur laquelle elle était fut miraculeusement élevée dans les airs, et resta suspendue jusqu'à la fm de son discours. Alors elle s'abaissa doucement et reposa la sainte enfant sur le sol. Ce prodige, renouvelé plusieurs fois, fut constaté par des milliers de témoins.

Le bruit de ces merveilles se répandit bientôt par tout»l'Italie ; des contrées voisines de Viterbe et des provinces les plus éloignées, on accourait pour la voir et pour l'entendre. Elle prêcha constamment pendant près de dix-huit mois, convertissant les hérétiques et ramenant les révoltés aux sentiments d'obéissance dus au Souverain Pontife. A peine avaitelle fini de parler, que des cris formidables s'élevaient du sein de la foule : Vive la sainte Eglise! vive le Pape! vive notre Seigneur Jésus-Christ ' Viterbe changea entièrement d'aspect. Au lieu de la licence que les hérétiques y avaient apportée, on ne voyait plus régner que la sainte austérité des mœurs chrétiennes. On n'entendait plus chanter dans les rues que de divins cantiques. Souvent sainte Rose les parcourait au milieu de ses compagnes, faisant retentir dans les airs les louanges de notre Seigneur et de sa très-sainte Mère.

Cependant les hérétiques et tous les partisans de Frédéric II frémissaient de rage à la vue des conversions que sainte Rose opérait dans leurs rangs. Leur nombre diminuait de jour en jour, et leur puissance s'affaiblissait. Us avaient essayé de la dégoûter de sa mission par leurs outrages. Un jour l'un d'eux l'avait heurtée violemment comme par mégarde; mais la sainte enfant, se retournant, lui dit avec l'autorité d'un prophète : « Dans trois jours Dieu te frappera à son tour, et tous les hommes te montreront au doigt. » En effet, au bout de trois jours, sa barbe et ses cheveux tombèrent, et il ne pouvait sortir sans que les passants se montrassent ce visage si défiguré .

Furieux de cette nouvelle défaite, les iiérétiques allèrent trouver le gouverneur, afin qu'il empêchât sainte Rose de séduire le peuple. Le gouverneur la lit venir et lui défendit de prêcher désormais. Mais levant son crucifix, la sainte enfant répondit courageusement que, tant qu'elle aurait un soufde de vie, elle ne cesserait d'annoncer la parole de Dieu et d'exalter sa foi et sa loi. Le gouverneur lui fit souîTrir alors mille outrages et la renvoya. Mais ces injures, loin de la refroidir, enflammèrent son zèle, en sorte qu'elle continua de prêcher avec plus de hardiesse que jamais. (Ribadeneira.)

Montrez-nous, en dehors du catholicisme, un personnoge semblable à sainte Rose de Viterbe.

Vir INSTRUCTION.

Des effets particuliers des l^iaereiiieiits.

Sapienlia œdificavil sibi domum; cxcidit colnmuas septi-m : immolavit viclimas suas: miscuit vinum et proposuil mensam suam.

La sagesse s'est bâti une maison; elle a taillé sept colonnes; elle a immolé ses victimes: elle a préparé le vin et disposé sa table.

(Prov., IX. 1 et 2.)

Jésus-Christ nous a recommandé de ne pas avoir trop d'inquiétude pour la nourriture et le vêtement. « Voyez, nous dit-il, les oiseaux du ciel : ils ne sèment point et ne moissonnent point ; mais votre Père céleste les nourrit. N'ôles-vous pas plus que des oiseaux? Voyez les lis des champs : ils ne travaillent point et ne filent point; et je vous dis que Salomon, dans toute sa gloire, n'a jamais été vêtu avec autant de magnificence que l'un d'eux. Si Dieu prend tant de soin d'une herbe qui est aujourd'hui et qui demain serajetée au four, à combien plus forte raison aura-t-il soin de vous ! »

Et, en effet, Dieu ne se contente pas de nous donner les choses nécessaires à la vie, mais il commande à la terre de produire toutes sortes de fruits et des fruits de toutes les saisons, et la nature obéissante nous prodigue ses trésors.

Mais si Dieu se montre si libéral envers nous

pour tout ce qui concerne celte misérable vie du corps, pouvons-nous croire qu'il lésera moin^ pour ce qui regarde la vie surnaturelle? N'est-ce pas pour nous la communiquer qu'il nous a envoyé son Fils unique et qu'il l'a livré à la mort de la croix? N'est-ce pas pour sauver les âmes qu'il fait la paix et la guerre, qu'il arme les peuples les uns contre les autres, qu'il bouleverse les royaumes et les empires? Omnia propter electos. Profondément touchés de sa bonté infinie, remercions-le, mes frères, de nous avoir ménagé tant de moyens pour produire, conserver et développer en nous la vie de la grâce, et de nous avoir donné à tous, selon les divers états que nous pouvons embrasser et les différentes circonstances dans lesquelles nous pouvons nous trouver, des secours nombreux et proportionnés aux besoins de nos âmes.

Le sacrement de Baptême est destiné à donner la vie de la grâce pour la première fois, et le sacrement de Pénitence à la rendre quand on l'a perdue. L'Extrème-Onction peut aussi dans certains cas, et par sa destination secondaire, suppléer au sacrement de Pénitence. Cependant, si déjà la première grâce existe, ces sacrements l'augmentent : par exemple, si un adulte qui, avant de recevoir le Baptême ou le sacrement de Pénitence, a obtenu la grâce de la justification par un acte de parfait amour de Dieu, ou qui reçoit le sacrement de Pénitence sans être retombé dans le péché mortel, reçoit l'un ou l'autre de ces sacrements, il augmente en lui la ^rrâce.

Les autres sacrements ont pour but d'entretenir et de perfectionner la vie de la grâc3 déjà reçue. Ils peuvent cependant produire accidentellement la première grâce. Ainsi, d'après la doctrine de saint Thomas, le chrétien qui confesse des fautes graves dont il croit recevoir l'absolution, quoique en réalité il ne la reçoive pas, soit parce que le prè- Ire auquel il s'est adressé n'a pas le pouvoir nécessaire, ou parce qu'il a oublié de l'absoudre, ce chrétien obtiendra la rémission de ses péchés en recevant le sacrement d'Eucharistie avec les sentiments d'une sincère et véritable attrition.

Il y a aussi trois sacrements, le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, qui, outre la grâce sanctifiante qu'ils produisent comme tous les sacrements, impriment dans l'âme un caractère ineffaçable. On ne peut donc les recevoir qu'une fois, et quiconque les recevrait plusieurs fois se rendrait gravement coupable devant Dieu.

Mais qu'est-ce que ce caractère ? C'est une marque spirituelle imprimée dans l'âme, et qui consacre à Dieu pour toujours celui qui reçoit ces sacrements; c'est une participation au caractère du Fils de Dieu. Rappelez-vous, mes frères, que le Père éternel engendre son Fils de toute éternité, et que ce Fils porte enr lui-même le caractère ou la ressemblance de son Père; c'est pourquoi saint Paul l'appelle le caractère de la substance du Père. Or, le Fils de Dieu, en sa qualité de médiateur entre Dieu et les hommes, a reçu un triple caractère, à cause des fonctions qu'il devait remplir comme Fils de

Dieu, comme roi et comme pontife : caractère de Fils, pour engendrer de véritables enfants à son Père; caractère de roi, parce qu'il devait régner et conquérir des âmes; caractère de pontife ou de prêtre, parce qu'il devait offrir le grand et solennel sacrifice. C'est pourquoi son Père lui dit : « Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui; demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour héritage... Dominez au milieu de vos ennemis... Le Seigneur l'a juré, et il ne s'en repentira pas : vous êtes prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. »

Or, mes frères, Jésus-Christ imprime à son tour ces trois caractères par les trois sacrements dont il est question : par le Baptême, il imprime son caractère de Fils; par la Confirmation, il imprime celui de roi conquérant, et par l'Ordre, celui de prêtre. Chacun de ces caractères a sa nature propre et se distingue des deux autres, comme le fils, \v soldat et le prêtre sont des personnages bien différents Pun de l'autre, considérés au point de vue de leur position sociale.

Mais comment se fait-il que le caractère soit ineffaçable, tandis que la grâce peut se perdre? La comparaison suivante vous le fera comprendre. Quoique les hommes soient tous composés d'un corps et d'une âme, il très-rare de rencontrer deux personnes qui se ressemblent parfaitement. D'où vient cette différence qu'on remarque entre eux? De leur caractère physique. N'est-il pas vrai que chacun de nous a des traits caractéristiques qui lui

sont propres et qui le distinguent des autres? Or, ces caractères résultent de la grandeur et de la conformation des membres, et en même temps de leurs rapports ou de la constitution physique de l'individu. Vous pouvez donc perdre la beauté de votre visage; mais votre caraclcre physique, jamais. Il vous est tellement inhérent, que vous ne pouvez pas plus le changer ou le modifier que vous ne pouvez changer ou modifier votre conslilution. Ainsi en est-il du caractère imprimé dans l'âme par les sacrements : ce caractère affecte l'âme tout entière avec toutes ses facultés, tandis que la grâce sanctifiante lui communique la vie surnaturelle et divine, et la rend belle de la beauté de Dieu. Le chrétien peut donc perdre cette beauté et même cette vie de l'âme sans perdre son caractère, comme le corps perd sa beauté et même sa vie sans perdre son caractère.

Outre la grâce sanctifiante, chacun des sacrements confère encore une autre grâce appelée saeramentelle, et qui est propre à chaque sacrement : elle consiste dans le droit d'obtenir les grâces nécessaires pour l'accomplissement des devoirs qui sont imposés en vertu du sacrement qu'on vient de recevoir. Ainsi la grâce sacramentelle du Baptême donne droit au chrétien à tous les secours nécessaires pour remplir les obligations qu'il contracte par les promesses ou les vœux du Baptême; celle de la Confirmation lui assure le droit à tout ce qui est nécessaire pour être un bon soldat de Jésus- Christ. Il en est de même de tous les sacrements.

Ceci vous fait comprendre qu'il a toujours dû y

— \\0 — avoir des sacremenls; et nous en trouvons en effet dans rancienne loi et même du temps des patriarches. Des prières ou des sacrifices offerts par les parents effaçaient le péché originel dans les enfants. Une cérémonie religieuse les préparait à la vie de l'adolescence. Les pécheurs obtenaient le pardon de leurs fautes par des sacrifices, des expiations , des purifications , et môme par la confession. Les prêtres immolaient des victimes auxquelles les fidèles participaient. Les malades étaient religieusement secourus par des prières et d'autres cérémonies pieuses. Les prêtres et les lévites recevaient une consécration spéciale. Enfin on appelait les bénédictions du ciel sur les époux qui s'unissaient par le mariage.

3ïais pourquoi Dieu a-t-il institué sept sacrements cl non pas cinq ou dix? Et pourquoi ces sacrements produisent-ils différentes grâces ? Parce que Dieu voulait proportionner les secours aux divers besoins des hommes dans toutes les circonstances où ils peuvent se trouver. C'est ce qui nous montre de plus en plus l'admirable harmonie qui règne dans toutes les œuvres de Dieu.

Assez souvent, dans la sainte Ecriture, l'homme est comparé à un arbre planté dans le jardin du Père céleste, et son divin Fils a été envoyé par lui comme un jardinier habile, actif et vigilant, pour le cultiver et lui faire porter de bons fruits. Or, pour qu'un arbre porte de bons fruits, il faut 1°le greffer : autrement il ne donnerait que des fruits sauvages; c'est un mystère de la nature que les sa-

vanls n'expliqueront jamais, pas plus que nous ne pouvons expliquer le mystère de la transmission du péché originel. Il faut 2° lui donner un tuteur ou un point d'appui, sans quoi un coup de vent ou une tempête briserait la grelTe. 3'' Comme la terre a été maudite et que d'elle-même elle ne produit que des ronces et des épines, le jardinier doit mellre au pied de l'arbre de l'engrais où il puise une sève abondante et vigoureuse. 4*^ Il doit le préserver ou le guérir du chancre ou d'autres maladies, couper et retrancher les branches gourmandes qui absorberaient la sève et empêcheraient l'arbre de porter des fruits, o'^ S'il est affecté d'une maladie grave qui menace de le faire périr, il doit appliquer un dernier remède sur les racines. 6'^ Si le jardin est vaste, le jardinier doit s'associer des ouvriers qui travaillent sous sa direction, qui plantent, arrosent et cultivent les arbres selon les instructions qui leur sont données. 7^ Enfin, comme les arbres deviennent vieux et périssent, le jardinier doit les remplacer par de jeunes. De là la nécessité d'une pépinière qui fournira autant de sujets qu'il en sera besoin, pour que le jardin donne toujours une abondante récolte et rempUsse les greniers du père de famille.

C'est ainsi, mes frères, que Jésus-Christ cultive le jardin de son Père, c'est-à-dire l'Eglise.

1° Par le Baptême, il greffe sur lui-même tous les chrétiens : autrement ils ne seraient que de misérables sauvageons qui ne produiraient que des fruits sauvages, c'est-à-dire que leurs œuvres ne

seraient que des aclions purement naturelles qui ne pourraient être rceompensées dans le ciel. Mais une fois greffés sur Jésus-Christ, la sève qu'il leur communique, c'est-à-dire sa grâce qu'il répand dans leur âme, leur fait porter des fruils divins qui se garderont éternellement dans le ciel.

2'' Par la Confirmation, il leur communique le Saint-Esprit avec tous ses dons pour être leur tuteur et les rendre fermes dans le bien. Fortifiés par la puissance de ce divin consolateur, ils sont capables de braver la violence des vents et des tempêtes que soulèvent les passions, et de triompher de tous les obstacles qu'ils rencontrent dans la voie du salut.

3° L'Eucharistie est comme l'engrais qui les nourrit et leur communique une sève divine. Ainsi engraissés de la substance de Dieu, ces arbres grandissent, élèvent leurs branches jusqu'au-dessus des nues et se chargent de fruits suaves et savoureux.

i*" Par la Pénitence, le divin jardinier guérit les âmes de toutes leurs maladies spirituelles ; il retranche les mauvaises inclinations qui épuiseraient toute l'activité de l'âme en la poussant au désordre ; il arrache les ronces et les chardons qui croissent dans cette terre ingrate ; il donne une bonne direction aux sentiments légitimes du cœur ; il leur montre dans le bonheur du ciel, le seul capable de les satisfaire, la possession de la véritable grandeur, des richesses solides et impérissables , et d'une éternelle félicité.

5" Parle sacrement d'Extrême-Onction, il administre au chrétien malade le dernier remède, et l'applique sur les organes des sens, qui sont comme les racines de l'âme, afin d'en arracher tous les restes de la maladie.

ô*' Par le sacrement de l'Ordre, il institue des aides-jardiniers qui doivent travailler sous ses ordres et cultiver la portion de terrain qui leur sera confiée : ce sont les évêques, les prêtres et les curés, et tous les pasteurs des âmes.

7*^ Enfin, par le Mariage, il plante, pour ainsi dire, une pépinière de jeunes arbres pour remplacer ceux qui périssent, de telle sorte qu'aucune place du jardin ne reste inculte, mais que tout soit garni d'arbres, afin de remplir de bons fruits le grenier du divin propriétaire.

En considérant les divers besoins de l'homme, soit individuellement, soit en société, vous y trouverez encore une admirable analogie avec ses besoins dans l'ordre surnaturel.

1° Il faut que l'homme vienne au monde.

2" Il faut qu'il y ait dans sa nature un principe d'accroissement et de développement qui le fasse grandir et atteindre la perfection que comporte sa nature : autrement il resterait toujours à l'état d'enfance.

S'' Mais il a besoin, pour entretenir et développer sa vie physique, d'une nourriture proportionnée à sa nature.

4° Par suilc de sa dégradation primitive, les maladies et les infirmités de toutes sortes sont deve-

nues comme son apanage, et il a besoin de remèdes soit pour s'en préserver, soit pour s'en guérir quand il en est aflecté.

5" Si la maladie est grave et fortement enracinée, les remèdes ordinaires ne lui suffisent plus; il lui faut un régime particulier pour le débarrasser complètement du principe morbifique.

G*" Comme l'homme ne saurait vivre, ni pyhsiquement ni intellectuellement, isolé de ses semblables, il a besoin tous les jours et à tous les instants de leurs services; il faut donc qu'il vive en société, et qu'il y ait dans la société des magistrats ou fonctionnaires pour le service public, pour maintenir et donner à chacun les choses dont il a besoin et qu'il ne pourrait se procurer autrement.

7** Puisqu'il est dans les desseins de Dieu que le genre humain se perpétue, et qu'il ne peut se perpétuer que par le mariage, il est nécessaire que l'homme quitte son père et sa mère pour s'attacher à son épouse et fonder une famille.

Or, pour satisfaire aux besoins de l'âme analogues à ceux dont nous venons de parler, Dieu a établi les sacrements de la loi nouvelle,

1" Le Baptême engendre les chrétiens ou les enfants de Dieu, et fait naître les hommes dans l'ordre surnaturel etdivin. Avant son baptême, l'homme n'a que deux vies, la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable; mais, devenu chrétien, il a de plus la vie de la grâce, la vie divine ; il est frère de Jésus- Christ.

2* La Confirmation dépose dans son âme un

principe d'accroissement et de développement poule faire grandir ou devenir parfait chrétien.

3° Mais cette vie de la grâce, reçue par le Baptême, perfectionnée par la Confirmation, ne saurait se conserver ni se développer sans une nourriture en rapport avec celte vie, c'est-à-dire une nourriture divine ou l'Eucharislie.

4° Depuis la chute d'Adam, l'homme est plus porté au mal qu'au bien, et il ne luiarri\e que trop souvent de tomber dans le péché mortel et de perdre cette précieuse vie. Dieu lui a donc ménagé dans le sacrement de Pénitence un remède pour le guérir de toutes ses maladies de l'âme, et môme pour lui rendre la vie de la grâce.

5" Mais s'il est retenu sur son lit de douleur par une maladie dangereuse, ou s'il ne peut plus confesser ses péchés, le sacrement de l'Extrême- Onction les effacera, ôtera les restes des péchés et le mettra en état d'entrer plus tôt dans le ciel.

6° Comme chrétien, l'homme doit vivre aussi en société et former avec tous ses frères répandus dans le monde entier une grande famille qu'on appelle TEghse catholique. Il faut donc aussi des magistrats spirituels pour maintenir l'ordre et dispenser les mystères de Dieu destinés à entretenir la vie de la grâce dans le cœur des fidèles.

7^ Enfin, comme il entre dans les desseins de Dieu d'augmenter chaquejour le nombre des saints, de faire participer à son bonheur une multitude d'êtres intelligents et libres, il a élevé le mariage à la dignité de sacrement, afin de donner aux

époux la grâce nécessaire pour vivre chréliennement, avoir légitimement des enfants et les élever dans la crainte de Dieu.

Témoins de l'heureux accomplissement de la prédiction du prophète, chantons avec lui une hymne de reconnaissance. 0 enfants de Dieu, s'écrie-t-il, apportez des victimes au Seigneur; rendez-lui le tribut d'honneur et de gloire qui lui est dû, célébrez la gloire de son nom, adorez le Seigneur dans son saint temple. La voix du Seigneur retentit sur les eaux; le Dieu de majesté a fait gronder son tonnerre; il en a fait entendre les éclats sur la vaste étendue des eaux pour les bénir et les sanctifier, afin qu'elles purifient le monde et donnent naissance à un monde nouveau. La voix de Dieu est pleine de force ; elle donne la force et le courage aux chrétiens; elle en fait de vigoureux athlètes de Jésus-Christ. La voix de Dieu est pleine de niagnificence, lorsqu'elle fait descendre du ciel le Fils de Dieu pour le donner en nourriture à tous ses enfants. La voix du Seigneur brise les cèdres; le Seigneur brisera les cèdres du Liban, les cœurs des pécheurs orgueilleux et endurcis; il les brisera par la pénitence et les rendra dociles comme des agneaux. La voix du Seigneur divise les traits de flamme, établit le sacerdoce catholique avec ses degrés hiérarchiques pour porter partout la parole de Dieu, la grâce et les dons du Saint-Esprit. La voix du Seigneur ébranle les déserts et les rend fertiles ; elle donne au mariage sa fécondité et sa .sainteté. La voix du Seigneur prépare les cerfs à la

course, en donnant aux malades la force de s'élancer de leur lit de douleur au séjour de la gloire. C'est ainsi que le Seigneur donnera la force à son peuple; le Seigneur répandra des bénédictions sur son peuple et le maintiendra dans la paix. (Psal. XXVIII.) Amen.

SAINTE ROSE DE VITEr.BE. — FIN DE SA MISSION.

Effrayés de la puissance que sainte Rose obtenait sur le peuple, les hérétiques retournèrent auprès du gouverneur. (( Président, lui dirent-ils, si vous ne vous débarrassez de celte enfant, avant quelques jours vous et nous serons chassés de Yiterbe : la ville veut secouer le joug de l'empereur et rentrer dans Tobéissance du Pape. C'est à vous de couper court à ce désordre, dont nous allons au reste avertir l'empereur. » Le gouverneur fit arrêter sainte Rose aussitôt. 11 eut d'abord la pensée de la condamner à mort ; mais craignant un soulèvement populaire, il se contenta de la chasser de la ville avec ses parents, leur défendant d'y rentrer sous peine de la vie.

On était au commencement de décembre de Pau 1250; le froid était horrible, et la neige couvrait les montagnes. Au sortir de Yiterbe, les exilés s'égarèrent dans les bois, la neige ayant effacé tous les chemins. Ils y passèrent la nuit, errant au hasard, exposés à un vent glacial; mais sainte Rose, encore que, selon sa coutume, elle eût la lête et les pieds nus, et ne fût couverte que d'un cilice, les encourageait et louait hautement le Seigneur de ce qu'il l'avait trouvée digne de souffrir pour son nom. Tout en marchant, elle pensait à la passion de son Maître ; ses pieds déchirés par les épines arrosaient la neige de son sang.

Enfin, après cette nuit cruelle, ils retrouvèrent le chemin, et arrivèrent au village deSoriano, à huit milles de Yiterbe, dans la montagne. Le peuple de ce pays, ayant reconnu sainte Rose,

accourut aussitôt pour la voir. Toute fatiguée qu'elle élait^ elle se mit à leur prêcher la foi et la soumission à l'Eglise romaine. Le soir, comme elle priait encore, Tange du Seigneur lui apparut et la consola, en lui disant que Dieu avait accepté ses souffrances et qu'il allait rendre la paix à son Eglise. Le lendemain, qui était la veille de saint Nicolas, la sainte enfant annonça à la foule assemblée sur la place du village la mort procliaine de Frédéric H. « Je vous apporte, leur dit-elle, une bonne nouvelle, et qui sera d'un grand soulagement à toute la chrétienté. Il a plu à notre Seigneur de retirer de ce monde l'empereur Frédéric, l'ennemi acharné, le cruel persécuteur de l'Eglise catholique. D'ici à peu de jours vous en aurez des avis certains. L'Eglise de Dieu Ta triompher enfin en recouvrant sa liberté. Réjouissons-nous donc, et rendons grâces à la clémence divine, qui, après tant d'années, veut enfin consoler son peuple. »

Frédéric II mourut en effet dans la Fouille, province du royaume de Naples, le 13 décembre de la même année, ou quelques jours auparavant.

De Soriano, oij elle convertit beaucoup d'hérétiques, sainte Rose alla prêcher à Vilorcliiano. Comme elle arriva, on lui présenta une jeune fille aveugle, à laquelle elle rendit la vue en faisant sur elle le signe de la croix. Il y avait dans ce pays une malheureuse femme adonnée à la magie, qui avait séduit le peuple par ses prestiges et le retenait dans l'hérésie. Ne pouvant la convaincre par ses paroles, sainte Rose fit allumer un grand bûcher, dans lequel elle entra, et où elle resta jusqu'à ce que le bois fût entièrement consumé. A la vue de ce miracle, la sorcière demeura stupéfaite et sans voix. Alors la sainte enfant s'approclia d'elle en lui disant : « Amie et sœur dans le Seigneur, dépose maintenant ton incrédulité, et reconnais la foi de notre mère la sainte Eglise romaine. Notre Seigneur, qui m'a sauvée de ces flammes, est prêt à te recevoir dans le sein de sa miséricorde. » Cette femme fondit en larmes en se jetant à ses pieds, et tous les hérétiques revinrent avec elle à la vérité.

Sainte Rose visita encore plusieurs pays de celle contrée,

qu'elle fit rentrer dans l'obéissance due à l'Eglise. Copendant la nouvelle de la mort de Frédéric 11 était arrivée à Viierbe; le peuple s'était aussitôt soulevé^ avait chassé le gouverneur avec ses adhérents et rétabli l'autorité du Souverain Pontife. Sainte Rose fut rappelée dans sa patrie, où ses concitoyens la reçurent en triomphe. Le pape Innocent IV, qui s'était réfugié en France^ revint en Italie. Il apprit tous les services que sainte Rose avait rendus à l'Eglise, et lui permit de continuer ses prédications. Il ordonna même, par une bulle, à l'archiprêtre de Saint-Sixte de Viierbe de commencer le procès sur la vie et les miracles de sainte Rose.

Depuis l'année 12ol, oii la sainte enfant rentra dans la petite maison de son père, jusqu'à l'année 12o8, où elle mourut, elle ne sortit plus guère que pour aller à l'église. Sa mission était accomplie. Tout son temps était employé à la prière et aux austérités, dans lesquelles elle passa les dernières années de sa vie. Elle eût voulu se renfermer au couvent de Sainte-Marie des Roses ; mais les religieuses refusèrent de la recevuir, sous prétexte que leur nombre était complet, et en réalité parce qu'elle était pauvre et sans dot. Elle leur dit alors avec un esprit prophétique : « Cette jeune fille que vous méprisez pendant sa vie viendra vous trouver après sa mort ; vous la recevrez avec joie et la garderez précieusement. «

Beaucoup de ses compagnes s'étaient mises sous >a conduite ; elle les dirigeait par ses conseils et par ses exemples dans la voie de la perfection, i'ais son âme languissait sur la terre et soupirait après les embrassements de son divin Epoux. Enfin les anges vinrent lui annoncer la bonne nouvelle de ses noces. Elle dit adieu à ses disciples, reçut avec ferveur les sacrements de l'Eglise, et, embrassant son crucifix avec amour, elle rendit à son Créateur son âme angélique. Je 6 mars de l'an i2o8, à Tâge de dix-sept ans et dix mois.

En ce moment les cloches de sa paroisse sonnèrent d'ellesmêmes, comme pour annoncer son entrée dans le ciel. A ce bruit, le peuple accourut en foule pour voir une dernière fois celle qu'il avait si souvent admirée pendant sa miraculeuse mission. Le lendemain, elle fut portée dans l'église de Sainte-

— liO —

Marie du Poggio, sa paroisse^, que la piété populaire avait décorée de guirlandes de roses. Après l'office, on l'enterra au pied du bénitier ; et Dieu honora ce pauvre tombeau d'une infinité de miracles. (Ribadeneira.)

Son corps s'est conservé sans corruption jusqu'à ce jour.

Si cette jeune fille d'une pureté vraiment angélique a cru devoir recourir aux sacrements pour y puiser la vie divine, à plus forte raison devons-nous y recourir nous-mêmes.

VIIP INSTRUCTION.

De cœtero, fralres, ■confortamini in Domino et in potenliâ virlulis ejus.

Au reste, mes frères, fortifiei-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu".

(Ephbs., 71, 10.)

Après vous avoir expliqué ce qui concerne tous les sacrements en général, et avant de les expliquer les uns après les autres, il m'a semblé, mes frères, qu'il serait utile de vous dire un mot de certaines pratiques qui ne sont pas des sacrements, mais auxquelles cependant l'Eglise reconnaît une certaine vertu. Ce sont quelques prières telles que l'Oraison Dominicale, la Salutation Angélique, et d'autres prières commandées par l'Eglise; l'usage de l'eau bénite, le pain bénit, la confession de ses péchés en dehors du sacrement de Pénitence, comme celle qui se fait au commencement de la Messe, ou à la récitation de Prime et de Compiles; l'aumône faite au nom de l'Eglise; la bénédiction de l'évêque ou celle du prêtre à la fin de la Messe.

L'Eglise recommande instamment ces pieuses pratiques aux fidèles et les appelle sacramentaux ou petits sacrements, pour nous faire comprendre que; si elles ne sont pas des sacrements propre-

ment dits, elles ont cependant une certaine vertu : elles fortifient la foi, réchauffent la piété et mettent en fuite les démons. Mais pour nous en faire apprécier l'importance, je dois vous rappeler une vérité irop oubliée de nos jours, je veux dire l'action des démons sur le monde... Le sourire d'incrédulité que je remarque sur les lèvres de quelques uns d'entre vous ne m'étonne pas, mais il m'afflige. Permettez-moi de justifier sur cet article la foi de l'Eglise catholique.

Ecoutez d'abord le grand Apôtre : « Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans la puissance de sa vertu. Revêtez-vous de l'armure de Dieu, afin que vous puissiez vous défendre contre les embûches du démon ; car nous avons à combattre non seulement contre la chair et le sang, mais contre les principautés et les puissances de l'enfer, contre les démons qui règnent'dans les ténèbres de ce monde, contre les esprits de malice répandus dans les airs : c'est pourquoi prenez l'armure de Dieu, afin qu'au jour de la tentation vous puissiez leur résister et demeurer fermes et invincibles. Tenez-vous debout, et que la vérité ceigne vos reins comme un baudrier, et que la justice soit votre cuirasse. Ayez les pieds chaussés comme des hommes prêts à annoncer l'Evangile de la paix. Armez-vous du casque du salut et de l'épée de l'esprit, qui est la parole de Dieu. Priez Dieu continuellement et de tout votre cœur, de toutes manières et avec beaucoup d'instances ; priez avec soin et avec persévérance pour vous et pour tous les chré-

- 123 -^ Vfôns; priez aussi pour moi, afin que Dieu mouvre ia bouche et me donne la grâce de prêcher avec confiance et avec courage le mystère de l'Evangile. » (Ephes., VI.)

Ces paroles remarquables doivent vous faire comprendre que les démons existent et qu'ils exercent sur ce monde une puissance formidable, puisque l'Apôtre recommande si instam-ment aux chrétiens de ne rien négliger pour repousser leurs attaques. Il leur fait voir que c'est un combat de géants dont les chrétiens ne sortiront victorieux qu'autant qu'ils seront munis de l'armure de Dieu, de ia foi, de la justice et de la prière continuelle.

Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons démons, c'est une vérité proclamée par tous nos saints livres, enseignée par tous les Docteurs de l'Eglise et professée par tous les peuples. Les disciples de Platon et de Pythagore, les plus savants et les plus raisonnables de toute l'antiquité, assurent comme une vérité très-constante, dit Bossuet, qu'il y a des démons, des esprits d'un naturel obscur et méchant. Les histoires grecque et romaine, ajoute-t-il, sont remplies de faits extraordinaires attribués aux démons. Il n'est donc pas nécessaire d'être chrétien p^îir croire à Texistence des démons, il suffit d'être homme raisonnable et sensé.

Certains libres penseurs ne manqueront pas de répondre que les sciences plus perfectionnées expliquent naturellement ces faits que l'ignorance attribuait autrefois aux démons. >^ous ne le contes-

Ions pas; mais toujours est-il que tous les peuple» de l'univers ont admis l'existence des démons.

A ne considérer l'Ancien et le Nouveau Testament que comme un monument historique digne de foi à tous égards, puisqu'aucun livre ne saurait revendiquer des titres aussi imposants au respect des hommes, la vérité dont je parle est hors de doute. Moïse nous apprend que la première femme fut tentée par le diable. David nous dit que les Israélites immolaient leurs enfants aux démons. Dans le livre de Job, nous lisons que Dieu a permis à Satan d'éprouver la vertu de ce saint homme. Mais remarquez de quels moyens il se sert pour le tenter. Un jour un homme vint dire à Job : « Lorsque vos bœufs labouraient et que vos ânes paissaient auprès, les Sabéens sont venus fondre tout d'un coup, ont tout enlevé et ont lue vos gens. » Il parlait encore lorsqu'un autre vint lui dire : « Le feu du ciel est tombé sur vos moutons et sur ceux qui les gardaient, et il a réduit tout en cendres. » Il n'avait pas achevé qu'un troisième vint dire : « Les Chaldéens se sont jetés sur vos chameaux, les ont enlevés et ont tué ceux qui les gardaient. » Un quatrième se présente et dit : « Lorsque vos fils et vos filles mangeaient et buvaient dans la maison de votre fils aîné, un vent impétueux a ébranlé les quatre coins de la maison ; vos enfants ont été accablés sous ses ruines, et ils sont morts. » Enfin Satan frappa Job d'un ulcère malin qui le couvrait depuis la plante des pieds ju^u'à la tête. Vous voyez par là que, pour tenter Job et lui enlever ses enfants et

ses biens, le démon se sert de toutes les créatures, des hommes, du vent et de la foudre.

L'Evangile nous apprend qae le démon a porté l'audace jusqu'à se saisir de Jésus-Christ et le transporter sur le pinacle du temple et sur une haute montagne pour le tenter. Ce divin Sauveur ainsi que les apôtres attribuent aux suggestions du démon les plus grands crimes, l'incrédulité des Juifs , la trahison de Judas , l'aveuglement des païens, les maladies cruelles; et ils nous parlent de véritables possessions du démon. Ils le nomment le père du mensonge, l'ancien serpent qui s'est fait adorer par les païens. Jésus-Christ le chassait du corps des possédés, et il donna à ses apôtres le même pouvoir.

Direz-vous que ce sont là des fictions, des métaphores, des allégories? Mais tous les Docteurs de l'Eglise, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Thomas, et tous les autres ont pris ces paroles au pied de la lettre. Ils regardent les démons comme des êtres vivants, des esprits malfaisants. Tous les auteurs catholiques, Bourdaloue, Hassillon, et le grand Bossuet lui-même, comme vous pouvez vous en convaincre en lisant les deux discours fort remarquables qu'il a faits sur les démons; en un mot, tous les catholiques instruits, évêques, prêtres ou laïques, ont pensé et pensent comme les Pères de l'Eglise. S'il vous est permis de ne voir là que des fictions ou des allégories, que répondrez-vous à ces philosophes allemands qui prétendent que Jésus-Christ et les apôtres ne sont

que des personnages allégoriques ou fabuleux? Conclurez-vous avec eux que l'Evangile n'est qu'une fiction ou une fable? Mais il vous reste encore une difficulté à résoudre : Comment se fait-il que le peuple chrétien, qui s'étend d'un pôle à l'autre, et qui porte partout les sciences, les arts et les bienfaits de la civilisation, qui forme la société la plus puissante qui fut jamais, soit le produit d'une fable? Comment se fait-il que les membres de cette société se croient obligés de combattre sans cesse leurs passions, et leur livrent en effet une guerre incessante, n'ayant pour tout motif que des fictions et des fables? Telles sont les conséquences de votre doctrine. Vous sentez-vous assez forts pour dévorer de pareilles absurdités?

Combien de faits extraordinaires se sont passés dans tous les temps, et qu'il est impossible d'expliquer que par l'intervention des démons? Combien de fois n'a-t-on pas rencontré des personnes qui découvraient les pensées intérieures des autres, parlaient et comprenaient des langues étrangères et inconnues sans les avoir jamais apprises, connaissaient les événements futurs et ce qui se passait dans des lieux fort éloignés, étaient invulnérables et ne pouvaient être blessés avec la pointe la plus aiguë d'une épée, s'élevaient dans les airs et se tenaient suspendues les pieds au plafond et la tête en bas? Direz-vous que ces faits sont controuvés? Mais comme ils réunissent toutes les conditions exigées pour la certitude, si vous les niez, il vous faudra nier toute l'histoire.

Mais pourquoi les démons? En voici la raison. Afin d'établir une magnifique harmonie dans toutes ses œuvres, Dieu a créé des esprits purs, des corps et des êtres mixtes; de sorte que, du dernier insecte jusqu'au séraphin le plus parfait, on monte par degrés sur une échelle non interrompue. Or, les anges ayant été soumis à une épreuve, les uns en sortirent victorieux, et les autres succombèrent à la tentation. Enflés d'orgueil, ils se posèrent les rivaux de Dieu, et d'anges de lumière ils sont devenus esprits de ténèbres; de chantres divins qui, par une éternelle mélodie, devaient célébrer les louanges de Dieu, ils sont tombés à un tel degré de misère, qu'ils éprouvent une sorte de joie à le blasphémer et à le maudire. Dieu l'a permis pour nous montrer ce que peut le libre arbitre quand il s'écarte de son principe.

Voulez-vous vous faire une idée de la puissance du démon sur la nature? Considérez l'homme : d'où lui vient sa force? De son intelligence. Comment est-il parvenu à se rendre maître de la matière, à la manier à son gré, à en faire sa servante et son esclave? Par son intelligence. Or, les anges sont de pures intelligences, et Dieu les ayant destinés à communiquer le mouvement aux astres, aux planètes et aux autres grands corps célestes, il les a doués d'une force prodigieuse. En perdant la grâce, ils n'ont point perdu leur vigueur naturelle, et si Dieu ne retenait leur fureur, dit Bossuet, nous les verrions agiter le monde avec la même facilité que nous tournons une petite boule. Ce sont des es-

prils purs, incorporels; tout y est actif, tout y est nerveux : aussi saint Paul les appelle-l-il les princes de ce monde.

Mais cette formidable puissance, les démons la tournent contre les hommes. Ne pouvant s'égaler à Dieu, ils s'en déclarent les rivaux et tâchent de se revêtir de la majesté divine. Comme ils ne sauraient faire de nouvelles créatures, ils adultèrent tous les ouvrages du Créateur, ils apprennent aux hommes à en corrompre l'usage ; et les astres, et les éléments, et les plantes, et les animaux, ils tournent tout en idolâtrie ; ils abolissent, autant qu'ils le peuvent, la connaissance de Dieu, et dans tous les pays ils se font adorer à sa place, suivant ce que dit le prophète : « Les dieux des nations sont les démons. » C'est donc à j ustc titre que Jésus-Christ appelle Satan le prince du monde, et que l'Apôtre le nomme le gouverneur des ténèbres, le dieu de ce siècle.

Non seulement Satan se fait offrir des sacrifices et présenter des vœux, mais il veut encore simuler les œuvres de Dieu ; de sorte que les saints Pères l'appellent avec raison le singe de Dieu. En effet, Dieu a ses vierges qui lui sont consacrées , et le diable a eu ses vestales ; il a eu ses temples et ses autels, ses mystères et ses sacrifices; il a eu ses ministres pour ses impures cérémonies qu'il a rendues autant que possible semblables à celles de Dieu, parce qu'il veut paraître son égal. Dieu régénère ses enfants par l'eau du Baptême, et le diable fait semblant de vouloir expier les crimes par diverses aspersions. L'Esprit de Dieu, au commence-

— f2!9 — ment, était porté sur les eaux, et le diable, dit Tertuliien, se plaît à reposer dans les eaux. L'Eglise, dans les premiers siècles, pénétrée de cette doctrine, nous a laissé cette forme que nous observons encore aujourd'hui, d'exorciser les eaux baptismales. Dieu, par son immensité, remplit le ciel et la terre, et Satan, par ses anges impurs, occupe, autant qu'il le peut, toutes les créatures. De là vient cette coutume des premiers chrétiens de les purger et de les sanctifier par le signe de la croix, comme par une espèce d'exorcisme. (Bossuet.)

Aujourd'hui, malgré les progrès des lumières, la science avoue son impuissance à expliquer la cause de certaines maladies et la présence de ces éléments délétères qui corrompent presque toutes les substances. Or, les prières de la liturgie catholique nous donnent l'explication toute naturelle de CCS fléaux, qui viennent, à certaines époques, affliger le genre humain. Elles supposent avec raison que les démons ont le pouvoir, avec la permission de Dieu, de se servir des créatures pour tenter les hommes et les porter au désespoir, d'exciter des tempêtes, et de jeter sur les peuples et sur les animaux domestiques des maladies contagieuses et pestilentielles. L'histoire du saint homme Job est là comme un monument impérissable de cette vérité.

Qu'est-ce donc que la nature pour les démons ? Un vaste cabinet de physique, un immense laboratoire où, par leurs connaissances naturelles, ils trouvent mille moyens de nous nuire. Si un savant physicien peut diriger le fluide électrique dont il vient

(le charger un conducteur sur quelqu'un qu'il trouve à sa portée, pourquoi le démon ne pourrailil pas diriger le fluide électrique qu'on appelle la foudre sur certaines personnes et les tuer? Il n'y a rien en cela qui répugne à la bonté de Dieu. Quand un père a un enfant méchant et indocile, et que, pour le corriger, il a épuisé tous les moyens de douceur et de persuasion, ne peut-il pas le livrer entre les mains d'un méchant domestique pour lui infliger le châtiment qu'il mérite? De même, quand Dieu a fait tout au monde pour rappeler les chrétiens à l'accomplissement de leurs devoirs, lorsqu'il les a exhortés à la pénitence par la voix de ses ministres sans pouvoir rien obtenir, pourquoi ne leur enverrait-il pas les grands missionnaires qu'on appelle la guerre, la peste, la famine, les inondations, pour leur faire entendre une voix plus formidable et les pénétrer de la crainte de ses châtiments? Et pourquoi, dans ces circonstances, ne laisserait-il pas agir les démons comme les exécuteurs de sa justice, en se servant de leur malice pour sauver les hommes?

Vous le voyez, mes frères, les savants de nos jours ont mauvaise grâce à se moquer de nous, parce que nous regardons les calamités comme des châtiments que nous n'avons que trop mérités par nos prévarications, ou comme les effets de la malice des démons contre nous, tandis qu'eux-mêmes ne peuvent rien expliquer, et que, pour contester nos principes, ils sont forcés de nier des faits appuyés sur la plus haute certitude, de contredire tous

ies anciens philosophes, tous les Docteurs de l'Eglise, tous les savants catholiques, et même bon nombre de savants incrédules, c'est-à-dire de contredire le sens commun. Ne dirait-on pas que les anges des ténèbres les ont aveuglés au point de ne plus voir la lumière en plein midi?

Mais si la puissance du démon est si formidable, n'avons-nous pas de quoi trembler ? Oui, sans aucun doute. Ne nous décourageons pas néanmoins. Car, si le démon est si puissant, ce n'est que contre les lâches et les timides; il est faible et impuissant contre les chrétiens prudents et courageux. Il tourne autour de nous pour nous dévorer, voilà qui est terrible; mais résistez-lui seulement, et vous le mettrez en fuite. Ayez recours à ces pratiques pieuses que nous appelons les sacramentaux ; portez sur vous quelque objet bénit sur lequel a été invoqué le nom de Jésus-Christ, ce nom si terrible aux puissances infernales : vous en mettrez en fuite d'innombrables légions par un simple signe de croix, et même avec uiie goutte d'eau bénite.

Tertullien, ddins son 3.dmïïMe Apologétique, dit aux païens que toutes leurs divinités sont des esprits malfaisants, et il leur donne le moyen de s'en écîaircir par une expérience bien convaincante. <,( 0 juges, leur dit-il, vous qui nous tourmentez avec une telle inhumanité, c'est à vous que j'adresse la parole. Qu'on me produise devant vos tribunaux : je ne veux pas que ce soit en un lieu caché, mais à la face de tout le monde ; qu'on y produise un homme notoirement possédé du démon ;

que l'on fasse venir quelque chrétien, le premier venu, et si, en sa présence, il n'est contraint non seulement de parler, mais encore de vous dire ce qu'il est et d'avouer sa tromperie, n'osant mentir à un chrétien, là môme, sans plus différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir le chrétien imprudent qui n'aura pas pu soutenir par l'effet une promesse si extraordinaire. »

Puis il leur dit encore : « Le pouvoir que nous avons sur les démons nous vient du nom de Jésus- Christ et des menaces que nous leur faisons de sa part et de celle de Dieu. Craignant le Christ en Dieu, et Dieu dans le Christ, ils sont soumis aux serviteurs de Dieu et du Christ. Ainsi, en notre présence, à notre commandement, effrayés par la pensée et par l'image du feu éternel, vous les voyez sortir des corps, pleins de fureur et couverts de honte. Vous les croyez lorsqu'ils vous trompent, croyezles aussi quand ils vous disent la vérité. Les témoignages de vos dieux font beaucoup de chrétiens, parce qu'on ne peut les croire sans croire en Jésus- Christ. Oui, ils enflamment la foi en nos saintes Ecritures, ils affermissent le fondement de notre espérance. Toute cette confession de vos dieux qui avouent qu'ils ne le sont pas, qu'il n'y a point d'autre Dieu que celui des chrétiens, suffit sans doute pour vous convaincre d'adorer le mensonge. »

Saint Irénée nous dit aussi : « C'est de Jésus- Christ seul que ceux qui le servent tiennent la grâce d'opérer des merveilles pour l'utilité des hommes. Les uns, en effet, chassent les démons avec une

autorité si souveraine, si efficace, que ceux qui enétaient tourmentés, surpris et reconnaissants de leur délivrance, se convertissent à l'Eglise. »

Saint Cyprien, écrivant àDémétrius, persécuteur des chrétiens, lui dit : « Oh ! si vous vouliez entendre vous-même vos démons et voir comme nous les conjurons, comme nous les torturons avec nos fouets invisibles I Vous les entendriez jeter des cris, pousser des hurlements , des gémissements avec une vois humaine, sous les coups que la puissance divine leur fait sentir par nos paroles... Venez donc et connaissez la vérité des faits que nous vous citons ; et puisque vous vous dites adorateurs des dieux, croyez ce qu'ils vous disent sur eux-mêmes. . . Vous verrez ceux que vous suppliez nous supplier, et ceux que vous adorez nous craindre. Vous verrez, sous notre main, vos maîtres tremblants et enchaînés. Certes, vous aurez lieu de rougir de vos erreurs, lorsque vous les verrez forcés par nos questions à dévoiler en votre présence et leurs pratiques et leur imposture. »

Vous le voyez, mes frères, ce ne sont pas les démons que nous devons craindre, puisque Jésus- Christ nous a revêtus de sa puissance pour les combattre et pour les vaincre; mais c'est nous-mêmes que nous devons redouter, ce sont nos vices et nos passions plus dangereuses que les démons mêmes. Arrachons-les de nos cœurs et n'y laissons jamais entrer le péché mortel. En nous conservant dans l'état de grâce, nous serons plus forts que tout l'enfer conjuré contre nous, parce que nous aurons

Dieu lui-même qui combattra avec nous et pour nous, et la victoire sera certaine. Amen.

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