‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 16 sur 34 · DERNIÈRES ANNÉES DU BIENHEUREUX JOSEPH ORIÔL · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES DU BIENHEUREUX JOSEPH ORIÔL

Après les confessions, le bienheureux Joseph Oriol aimait à s'occuper de rinstruction des petits enfants; il les réunissait sur les places et les conduisait à Téglise pour leur apprendre et leur expliquer le catéchisme. 11 allait ensuite sous les remparts et aux portes de la ville évangéliser les soldats; il leur faisait de petits cadeaux, leur parlait de notre Seigneur avec tant de douceur et d'amabilité qu'ils le priaient de revenir les voir.

Il fut pris d'un désir ardent de convertir les infidèles et de donner à Dieu tout son sang par le martyre. « Pourquoi, disait-il à notre Seigneur, avez-vous tant fait pour moi, tandis que je ne fais rien pour vous ? Vous êtes mort pour me sauver, et je ne mourrais pas pour vous glorifier ! Que d'àmes égarées, ô cher Sauveur! et je les verrais périr sans les rappeler à vous ! Que d'aveugles qui ne vous aiment pas, parce qu'ils ne vous connaissent point , et je n'essayerais point de leur porter les lumières de la foi ! Heureux Xavier, qui vous a présenté tant d'àmes! Heureux martyrs, qui ont acheté tant de vies avec une seule mort ! Ne puis-je leur rendre un pareil service? Est-ce que je n'affronterais pas bien pour vous tous les périls? Ah ! mon doux Rédempteur, ne me tenez pas plus longtemps dans l'oisiveté. Voyez , Seigneur, je vous aime, et je n'ai plus un moment de repos ; je me meurs

pour vous, je ne puis plus résister au feu qui me dévore. Où vais-je? Oii trouverai-je la gloire de mon Dieu, la vie de mes Irères et mon heureuse mort? »

Emporté par ce désir du martyre, il partit un jour de Barcelonne; mais deux prêtres de sa connaissance lui firent entendre qu'un semblable projet demandait ii être mûri par de longues réflexions et le ramenèrent dans la ville.

Quand le peuple de la ville apprit qu'il avait failli perdre son bon père, que tout le monde appelait /e Saint, qui réconciliait les familles, consolait les affligés , secourait tous les pauvres, ce fut une désolation générale. On se rassemblait en foule autour de lui , et tous lui demandaient en pleurant pourquoi il les voulait quitter, abandonner sa ville natale, sa patrie.

« Laissez-moi aller, leur réponditle bienheureux, laissez-moi aller où Dieu m'appelle. Jésus-Christ est mon père et le vôtre; le ciel est notre vraie patrie; nous ne devons pas avoir d'autre volonté que celle de notre Créateur et de notre Rédempteur. N'avez-vous pas pitié, vous aussi, des pauvres infidèles? Ne sont-ils pas nos frères, les fils du même Seigneur que nous, quoiqu'ils ne connaissent pas leur Père ? Ah î quo ne puis-je les convertir tous, leur ouvrir la porte du ciel . leur donner la vraie vie arrosée de tant de sang divin! Quel bonheur si je pouvais y laisser la mienne et acquérir le ciel à si bon marché! Y a-l-il fortune plus grande que de gagner l'éternité par une souffrance d'un moment. »

Il distribua le peu qu'il possédait et partit pour Rome, afin de se mettre à la disposition de la congrégation de la Propagande pour aller évangéliser les infldèles. Gomme un jour il n'avait plus d'argent et qu'il fallut payer dans une auberge le repas qu'il venait de prendre avec un compagnon de roule, il fit avec son couteau des réaux que Dieu changea en une véritable monnaie. Tout Barcelonne connut ce miracle. Il continua sa route, arriva à Marseille, servit les malades dans un hôpital et tomba malade lui-même. La sainte Vierge lui apparut et lui ordonna de retourner dans son pays et d'y consa-

crer le reste de sa vie à la guérison des malades, Dieu lui faisant ce don en échange de sa cliarilé et de son amour du martyre. Depuis ce moment il semble que toute la nature lui est soumise et que Dieu a remis dans ses mains la vie et la mort.

Il s'embarqua à Marseille sur une barque qui retournait à Barcelonne. Pendant le trajet, il s'éleva une grande tempête ; les plus vieux matelots commençaient à trembler^ mais le bienheureux bénit la mer, et la tempête se dissipa. Un jour il était en prières, à genoux sur le pont; il tomba en extase et fut enlevé à une très-grande hauteur, et après un temps assez long, il redescendit au même endroit du navire où il avait commencé son oraison. Le capitaine ne pouvait raconter ce fait, dont tout l'équipage avait été témoin, sans verser un torrent de larmes.

Arrivé à Barcelonne, il alla visiter ses amis et reprendre possession de son bénéfice. Tout le monde le revit avec joie ; ce fut comme un jour de fête pour toute la ville. Le patron de la barque alla lui réclamer une pièce d'or pour le prix du passage. Le bienheureux dit à un ami chez lequel il se trouvait de prendre de l'argent dans le tiroir d'une petite table qu'il lui indiqua. Celui-ci se mit à rire, sachant bien qu'il n'y avait rien; mais sur ses instances il ouvrit le tiroir, trouva la pièce d'or, à son grand étonnement, et paya le patron.

Ce même ami , dans le carême suivant , se trouvant dans une extrême indigence, eut recours au bienheureux, qui lui dit de chercher dans tel endroit de sa maison, et cet homme y trouva une abondante provision de poisson salé qui suffit au besoin de toute sa famille.

Ce miracle fut bientôt connu dans Barcelonne, et les malades accoururent en foule pour être guéris par une parole ou par l'imposition des mains. Il les faisait ranger près de la table de communion, leur imposait les mains et faisait sur eux le signe de la croix , et ils étaient guéris. Il parcourait les campagnes afin de guérir ceux qui ne pouvaient voyager. Il

passait les rivières en marchant sur les eaux. Si les malades étaient en état de péché mortel , il les prévenait doucement de revenir un autre jour, après qu'ils se seraient réconciliés avec Dieu. Il mourut le 23 mars 1702, et il a été béatifié par Pie VII en '1806.

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