‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 18 sur 34 · LE PAUVRE PRÊTRE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE PRÊTRE

Le R. P. Bernard, surnommé le Pauvre Prêtre, naquit à Dijon en 1588. Ses parents , recommandables par leur piété, eurent le soin de lui donner une éducation chrétienne. Comme il avait une imagination brillante, il devint poète, peintre, mathématicien, et fut très-versé dans la science du droit civil. Vers Tàge de vingt ans, il se passionna pour les plaisirs du monde et la vie des sens ; il fréquentait les académies,.les bals et les assemblées mondaines. Mais un de ses amis ayant été blessé à mort en duel, il l'exhorta à bien mourir, ce qui lui donna lieu de rentrer en lui-même et de revenir à Dieu. Il fit une confession générale de toute sa vie et prit la résolution de se préparer à recevoir la prêtrise.

Ayant été ordonné par révoque de Belley, il devint un homme tout nouveau. Il forma le projet de ne passer aucun jour sans célébrer le saint sacrifice de la Messe, de se consacrer à la visite des hôpitaux, des malades et des prisonniers, h l'assistance des criminels condamnés à mort et à la prédication de la parole do Dieu.

L'Hôtel-Dieu de Paris fut, pendant plus de vingt ans, le théâtre des exercices de sa charité, et Dieu seul sait tout ce qu'il eut à souffrir pour se former à ce nouveau genre de vie. Elevé délicatement, il ne pouvait sentir les mauvaises odeurs, ni voir quelques saletés sans éprouver un soulèvement de cœur. Cependant il exhortait les malades avec une grande ferveur, nettoyait leurs plaies, qu'il baisait avec amour, quoique demi-pourries, faisait leurs lits, lavait leurs ordures et baisait leurs pieds par amour pour Jésus-Christ. Il s'efforçait, par tous les moyens, de procurer aux malades, à l'exemple du divin Maître, la santé du corps et la santé de râmo. Il convertit bien des pécheurs et des protestants.

De lii il se rendit à l'hôpital de la Charité, au faubourg

Saint-Germain, et fut le premier qui vibila les pauvres de cette maison en y portant des aumônes qu'il recueillait luimême. Il y introduisit la coutume de leur adrei;ser tous les vendredis de saintes exhortations.

Des hôpitaux il se rendait dans les diverses prisons de la ville, et visitait les criminels jusque dans leurs cachots. Il les embrassait avec tendresse, baisait leurs fers et leurs pieds quoique souillés, amollissait leuri ûmes de fer par le feu de la parole de Dieu et les aumônes qu'il leur f.iisait, et calmait ainsi leurs cœurs aigris par la haine et le désespoir. Un jour, un malheureux criminel, touché de sa bonté et de su tendresse, le supplia de lui faire obtenir une chemise, parce que la sienne était pourrie et remplie de vermine. Le saint prêtre se retira, se dépouilla de la sienne pour l'échanger avec celle de ce misérable, dont il se revêtit sur-lcchamp ; puis il fit la visite des autres prisons et rentra chez lui, remerciant Dieu de lui avoir fait la grâce de remporter cette belle victoire sur lui-même.

Mais il s'occupait plus particulièrement des criminels condamnés à mort. H les exhortait 5 faire pénitence de leurs péchés avec des paroles toutes brûlantes de charité, en sorte qu'ils se rendaient presque toujours à ses ardentes prières. Les plus désespérés ne pouvaient résister à ses exhortations et à ses larmes, et ils se résignaient à subir leur châtiment, si cruel qu'il fut, avec une entière soumission à la volonté de Dieu, et pour Texpiation de leurs crimes. Mais que d'injures nVt-il pas souffertes avec ime patience invincible de la part de ces scélérats! Un jour, un de ces misérables ne répondait à ses pressantes supplications que par des injures grossières, et il était au pied de l'échafaud. Bernard ne cessait de le presser; il baisait ses liens et arrosait ses pieds de larmes, en lui disant : « Voulez vous donc vous perdre, mon frère? Ne craignez-vous point de paraître au tribunal de ce grand Juge qui fait trembler le ciel et les enfers de sa seule parole? Ouvrez les yeux, mon cher frère. » Ce misérable lui donna un coup de pied dans l'estomac, et le fit reculer de deux pas en

arrière; mais le pauvre prêtre ne fut point rebuté. «Mon frère, lui dit-il, vous m'avez fait bien mal; que le bon Dieu vous le pardonne, je l'en supplie de bon cœur. » Ce scélérat, touclié de celte charité héroïque, d<îmanda pardon à l'homme de Dieu et lui fit sa confession.

Parmi les galériens, il y en avait qui le chargeaient de toutes sortes d'injures, qui le traitaient de fou, de charlatan, d^hypocrite. Mais il supportait tout avec une patience incroyable. Comme il avait la coutume de baiser leurs pieds, un jourl'un d'eux lui souilla le nez et la barbe de tout ce qu'il y a de plus sale et de plus puant. Bernard fit semblant de ne point s'en apercevoir, et en leur faisant l'aumône à tous, il donna cinq sous de plus à celui qui l'avait si grossièrement insulté et le remercia.

Il faudrait un volume pour citer tous les actes de charité, de souffrance et d'humilité qu'il a exercés depuis sa conversion jusqu'à son dernier soupir, et les fruits admirables qui en furent les résultats. 11 se dépouilla en faveur des pauvres d'un héritage de près de quatre cent mille francs qui lui échut sans qu'il s'y attendit. Le cardinal de Richelieu l'ayant nommé à une abbaye du diocèse de Soissons, il ne voulut point l'accepter. « Quelle apparence, écrivit-il à ce cardinal, que j'ôte le pain de la bouche des pauvres de Soissons pour le donner à ceux de Paris? » Ce cardinal le pressant de demander une grâce quelconque : « Monseigneur, dit Bernard, je prie Votre Emincnce d'ordonner que l'on mette de meilleures planches au tombereau dans lequel j'accompagne les criminels au lieu du supplice, afin que la crainte de tomber dans la rue ne les empêche pas de se recommander à Dieu avec attention. )) Richelieu stupéfait s'écria : a Voilà tout ce qu'un ministre de France peut faire pour Bernard, c'est de lui faire raccommoder un tombereau ! »

Voyez-vous comment le mépris des biens de ce monde fait les grands caractères et les hommes indépendants?

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