‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 20 sur 34 · DOM BARTHELEMY DES MARTYRS,, ARCDEYÈQUE DE BRAGUE · texte numérisé non relu

DOM BARTHELEMY DES MARTYRS,, ARCDEYÈQUE DE BRAGUE

Un des plus beaux modèles des vertus sacerdotales, des plus dignes de fixer la méditation des évêques, est dom Barthélémy des Martyrs.

Ce vénérable prélat était prieur d'un couvent de dominicains à Viane, petite ville du royaume de Portugal, lorsque rarcheveché de Brague vint à vaquer. Le P. Louis de Grenade rayant fait nommer à ce grand siège, en 1557, par la reine régente, dont il était le confesseur, il fallut que ce même Louis de Grenade, qui était son provincial, le menaçât d'excommunication pour le déterminer à consentir à son élection. Il était âgé de quarante-cinq ans, et il y avait plus d'un an qu'il était nommé, lorsqu'il fut sacré dans le monastère des dominicains de Lisbonne. Trois semaines après son sacre, il partit pour Brague avec le plus modeste équipage. Lorsqu'il entra dans le palais archiépiscopal, il n'y trouva que de superbes appartements ornés de peintures et de lambris dorés. En considérant ce vain éclat, il fut touché de compassion pour ceux qui avaient ainsi prodigué le bien des pauvres pour satisfaire leur orgueil, et choisit aussitôt une chambre sans ornements, où il (it dresser son lit avec des planches et une simple paillasse. Ce lit était si court et si étroit, qu'il était contraint d'y plier les jambes et ne pouvait s'y retourner. Tout son ameublement consistait dans une table de sapin, sur laquelle il y avait un crucifix. Il se levait toujours h trois heures du matin, faisait sa prière, et lisait TEcriture sainte et les ouvrages des saints Pères. A huit heures, il disait la sainte Messe ou l'entendait j ensuite il donnait audience, ayant soin de faire entrer les pauvres les premiers. Dans l'après-midi, il donnait encore audience jusqu'à la fin du jour.

Le soir^ il se retirait pour prier et méditer jusqu'à onze heures, et il se couchait.

Ce saint prélat ne portait point de linge, et ne quitta jamais l'habit de son ordre. Il ne cessa point de porter un-cilice, comme avant son épiscopat. Afin de rendre sa maison le modèle des autres, il ne voulut la composer que de personnes nécessaires à sa dignité et d'une vertu irréprochable. Toute son écurie consistait dans une mule, qui servait à toutes sortes d'usages, et dont il se servait lui -môme en de certaines occasions. Ne se regardant que comme l'économe de ses revenus qui étaient considérables, il les employait à secourir les pauvres, et les faisait administrer par des hommes d'une fidélité éprouvée. Persuadé que le ministère de la parole regarde principalement les évoques, il voulut prêcher dans sa cathédrale, les avents, les carêmes et plusieurs autres jours de l'année. Il annonçait la parole de Dieu avec autant de charité paternelle que de grandeur épiscopale; ses discours étaient graves, judicieux, solides, à la portée de son peuple et pleins d'une onction qu'il puisait dans la prière.

Il entreprit souvent la visite de son diocèse, même au milieu de l'hiver ; il répondait à ceux qui voulaient arrêter son zèle que la vie d'un évoque n'était point à lui, mais à son troupeau. « Je suis, disait-il, le premier médecin de quatorze cents hôpitaux, qui sont les paroisses de mon diocèse. Il est vrai que chaque hôpital a son médecin, qui est le curé ,• mais je dois m'informer s'il fait son devoir, et je dois faire le mien pour lui apprendre par mon exemple quelle doit être la charité d'un pasteur. »

Lorsqu'il se mit en chemin pour assister au concile de Trente, il fit tout ce qu'il put pendant tout son voyage pour rester inconnu; il cachait sa croix épiscopale, défendait à ceux qui l'accompagnaient de dire qui il était, et allait loger dans les couvents de Saint-Dominique qui se trouvaient sur sa route, et ses gens allaient l'attendre le lendemain à la sortie de la ville. Etant arrivé au couvent de Saint-Paul deBurgos, il résolut de s'y arrêter deux jours, et dhia avec la com-

munauté^ qui le prenait pour un simple religieux étranger. Il venait de sortir du réfectoire, et s'entretenait avec quelques religieux dans le cloUre, lorsqu'on entendit frapper un grand coup à la porte. C'était un courrier qui demanda aussitôt à parler ù Mgr l'arclievêque de Brague, assurant qu'il était arrivé à Burgos et qu'il devait être dans le couvent. Le portier lui ayant répondu qu'il n'y avait que deux religieux portugais, il n'en demanda pas davantage, et, entrant brusquement dans le cloître, il reconnut aussitôt l'archevêque, lui fit un salut profond, et lui remit une lettre du roi, qui lui recommandait de maintenir dans le concile sa qualité de légat de toute l'Espagne. L'humble prélat, affligé de se voir découvert, ne put souffrir les honneurs qu'on voulait lui rendre, et continua sa route.

Au mois de septembre loG3, laSi'^ session du concile de Trente ayant été différée de deux mois, il résolut d'aller à Rome, et partit avec le cardinal de Lorraine. Le lendemain de son arrivée dans cette capitale, il alla rendre ses devoirs au pape Pie IV, qui lui donna des marques d'une estime singulière pour sa personne ; prenant la main de Charles Borromée, son neveu : a Voici, lui dit le pontife, un jeune cardinal; commencez par lui la réformalion de l'Eglise. » Pendant les dix-sept jours qu'il passa à Rome, presque tous les cardinaux voulurent le connaître et s'entretenir avec lui.

VP INSTRUCTION.

aie la |ia|iavttë.

Tu es Pelrus^ et super hanc pclram œdificabo Ecclesiam meam.

Tu es Pierre, et sur celte pierre je l)âtirai mon Église.

f Mattu., XVI, 18.)

Nous vous avons fait connaître, mes frères, les différents ordres que Jésus-Christ a établis dans son Eglise, depuis le simple clerc jusqu'à l'éveque; mais parmi les évoques il en est un qui domine tous les autres, c'est celui de Rome. L'Eglise catholique l'a placé au-dessus de tous les évoques, des archevêques et des patriarches. Saint Cyrille d'Alexandrie l'appelait, dans le concile d'Ephèse, le père et le patriarche de tout l'univers. Il est assis sur le siège de saint Pierre, sur lequel il est constant que le prince des apôtres demeura jusqu'à la fin de sa vie ; et c'est pour cette raison que l'Eglise reconnaît en lui la primauté d'honneur et une juridiction universelle qu'il a reçue, non des conciles ni d'aucune constitution humaine, mais de Jésus-Christ. Il est le père et le guide de tous

les fidèles, de tous les évoques, de tous les prêtres et pasteurs, quelles que soient leurs dignités et leurs fonctions ; et en cette qualité, comme successeur de saint Pierre, comme vicaire légitime et véritable de Jésus-Christ, il gouverne l'Eglise tout entière.

Or, mes frères, rien n'est si commun de nos jours que de voir, je ne dis pas les ennemis de l'Eglise, car en cela ils jouent leur rôle ordinaire, mais même des catholiques jeter l'injure à la face du chef de l'Eglise ; aveugles volontaires, ils ferment les yeux pour ne pas voir dans l'institution de la papauté le plus grand et le plus sensible de tous les miracles que Jésus-Christ ait opérés. Il y a plus de dix-huit siècles qu'il a dit au prince des apôtres : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. »

La pierre a été posée, et l'édifice s'est élevé rapidement sur de vastes proportions. Or, les éléments se sont troublés, la tempête s'est déchaînée plusieurs fois, la terre a tremblé, elle a été secouée terriblement; tous les empires ont disparu, même l'empire romain, le plus fort, le plus vaste et le plus solide qui fut jamais ; la face du monde a été renouvelée, et la pierre est restée ferme à la place même où Pierre, le prince des apôtres. Ta transportée, à Rome, la capitale du monde moderne. Elle est aussi solide, aussi profondément enracinée que le premier jour. Pendant les trois premiers siècles,

on lui a déclaré une guerre implacable. Satan avait bien compris que, s'il parvenait à renverser la pierre angulaire de l'Eglise, c'en était fait de tout l'édifice, et Dieu semble lui avoir donné tout pouvoir contre elle, comme il fit autrefois à l'égard du saint homme Job, afin de faire éclater avec plus d'évidence la force divine dont il l'a revelue. Voilà donc que l'enfer veut exterminer les Papes; c'est contre eux qu'il dirige toute la haine et toute la fureur des tyrans; les cinquante-deux premiers meurent tous martyrs. Il croyait qu'en les faisant égorger il tranchait la tète à l'Eglise; mais il s'est trompé : il a fait massacrer les Papes, mais il n'a pu atteindre la papauté.

Celte période de persécutions passée, d'autres, sinon aussi sanglantes, du moins aussi terribles, lui ont succédé. Feuilletez l'histoire, et voyez si tout n'a pas été mis en œuvre contre la papauté, le fer et le feu, l'astuce et le mensonge, la puissance du sabre et la puissance du génie. La papauté est restée debout, toujours ferme, toujours inébranlable, comme un immense rocher jeté au milieu de l'Océan, élevant majestueusement sa tête au-dessus des vagues irritées; les flots soulevés par les plus horribles tempêtes sont venus se briser contre lui et expirer à ses pieds.

Et comment la papauté s'est-elle défendue contre ces forces qui avaient conjuré sa ruine? Elle n'a jamais eu d'autres armes que la patience, la parole et la prière. Afin de montrer à tout l'univers

étonné que la papauté est son œuvre de prédilection, Jésus-Christ a laissé toutes les passions et même tout l'enfer se déchaîner contre elle; et tous les efforts qu'on a tentés pour la renverser n'ont servi qu'à l'affermir et à faire briller d'un plus vif éclat sa divine institution.

Vous comprenez, mes frères, que je ne saurais, dans une courte instruction, vous faire connaître tout ce que la papauté a fait pour le salut du monde. J'espère vous en parler plus en détail lorsque je vous expliquerai les caractères et la constitution de l'Eglise. Je ne vous en dirai ici que quelques mots.

Qui a envoyé dans le monde entier des apôtres pour y prêcher l'Evangile et civiliser les barbares? Qui a soutenu, nourri, vêtu et dirigé ces apôtres? La papauté. Qui a empêché que nous et nos pères nous ne fussions les esclaves des Turcs? La papauté- Quel est le tribunal suprême qui s'élève audessus de la tyrannie des rois et du despotisme des peuples, et rappelle sans cesse la loi morale aux uns et aux autres? La papauté. Quelle est l'institution qui organise l'unité du genre humain et tend à faire de tous les peuples une seule famille de frères? La papauté.

rs'cst-ce pas la papauté qui a sauvé le dogme chrétien, seule base de la vraie civilisation? N'at-elle pas sauvé la morale évangélique, sans laquelle nous serions" retombés de toul le poids de notre corruption dans les orgies du paganisme?

N'a-t-elle pas sauvé la famille en maintenant, contre le libertinage des princes et des rois, la sainteté, l'unité et l'indissolubilité du mariage? N'a-t-elle pas sauvé l'Europe en repoussant Attila, en comprimant les fureurs de Genséric, en travaillant à la conversion des barbares, en provoquant le long et sublime élan des Croisades? N'a-t-elle pas sauvé la liberté politique en rappelant aux tyrans et aux persécuteurs des peuples les lois de l'éternelle justice? IS'a-t-elle pas sauvé la liberté personnelle en poussant à l'affranchissement des esclaves et en proclamant l'abolition de l'esclavage? N'a-t-elle pas sauvé les sciences, les lettres et les arts en répandant partout les lumières, en fondant des universités et des écoles célèbres, en élevant aux plus hautes dignités les hommes de doctrine, et en appelant autour d'elle toutes les gloires? N'a-t-elle pas sauvé la souveraineté avilie sur la plupart des trônes de l'univers, rougis de sang, souillés de voluptés, et ne connaissant d'autres lois que celles des plaisirs et des batailles ?

De savants protestants d'Angleterre lui ont rendu justice, tout en lui adressant des reproches qu'elle n'a point mérités, mais qui trouvent leur motif dans les préjugés inhérents à toutes les sectes qu'elle a retranchées de son sein. Ces savants reconnaissent donc que, malgré l'uniformité de vues qui a présidé pendant des siècles au gouvernement de l'Eglise, malgré la rapide succession des prêtres vieillards qui sont venus tour à tour mourir sur ce

trône sacré, les annales d'aucun empire ne se distinguent par un plus puissant intérêt, une politique qui embrasse plus d'objets, des événements plus inattendus, un coloris plus étrange et plus spécialement emprunté aux idées de cbaque siècle. Admirez aussi quel remarquable emploi de la force intellectuelle cbacun de ces vieillards sacrés a fait tour à tour. Qui a vu ces choses? Personne jusqu'ici. Les philosophes se sont contentés de calomnier et de maudire. Où est l'homme savant, le génie qui ait tenté de nous donner cette histoire mystérieuse? Qui nous a dit les destinées de Rome moderne? Le mensonge et la haine, seuls chargés de celte histoire, n'ont rien approfondi et rien éclairci.

C'est une belle souveraineté que celle que les Innocent et les Grégoire ont exercée sur les intelligences et sur les cœurs. Magnifique sceptre, puissance ferme, mais non odieuse 1 Elle payait en services la soumission qu'elle exigeait des peuples. Elle ne contenait ou ne subjuguait les hommes que pour les éclairer, non pour les avilir. On pouvait accorder beaucoup à qui faisait au monde de tels présents. Respectez-moi, soumettez-vous, obéissez, disait-elle, en échange je vous donnerai l'ordre, la science, l'union, l'organisation, le progrès, et même, autant que cela est possible à une pareille époque, le calme et la paix.

Rien d'étroit, rien de personnel, rien de barbare dans cette domination souveraine. Elle reculait les

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bornes du monde chrétien, s'opposait aux envahissements de l'islamisme , contrebalançait par un pouvoir intellectuel et moral le pouvoir brutal et sanglant des sceptres de fer et des lances d'airain. D'une main la papauté luttait contre le Croissant, d'une autre elle détruisait les restes du paganisme énergique du septentrion. Elle ralliait, comme autour d'un point central et vivant, les forces morales et spirituelles des races humaines. Elle communiquait le mouvement au monde, comme le soleil qui fait rouler le globe en l'éclairant. La barbarie et la férocité universelles tendaient à tout désorganiser, la papauté faisait tout revivre. Elle insultait, dites-vous, le diadème des rois et les droits des nations ; elle posait son pied insolent sur le front des monarques; rien n'existait sans la permission de Rome. Mais avouez cependant que cette domination était un immense bienfait. La force de l'esprit contraignait la force brutale à plier devant elle; de tous les triomphes que l'intelligence humaine a remportés sur la matière, n'est-ce pas le plus sublime ?

Que l'on se reporte aux temps où la loi, muette, prosternée sous le glaive, rampait dans une boue ensanglantée : n'était-ce pas une chose admirable de voir un empereur allemand, dans la plénitude de la puissance, au moment même où il précipitai! ses soldats pour étouffer le germe des républiques d'Italie, s'arrêter tout à coup et ne pouvoir passer outre; des tyrans couverts de leurs armures, en-

vironnés de leurs soldats , Philippe-Augusle de France ou Jean d'Anglclcrrc, suspendre leur vengeance et se sentir frappés d'impuissance? A la voix de qui, je vous prie? A la voix d'un pauvre vieillard habitant une cite lointaine, avec deux bataillons de mauvaises troupes, et possédant à peine quelques lieues de territoire. N'est-ce pas un spectacle fait pour élever l'âme, une merveille plus étrange que toutes celles dont la légende chrétienne est remplie?

Vous le voyez, même aux yeux des protestants qui savent réfléchir, la papauté est vraiment un prodige. Rome chrétienne est pour le monde moderne ce que Rome païenne fut pour le monde antique, le lien universel, avec cette différence essentielle que les Césars ne régnaient sur les peuples que par la force du sabre, tandis que les Papes régnent par la puissance de la vérité et de la persuasion. Le chef de l'Eglise est placé au milieu des nations ; il unit ensemble les diverses parties de la chrétienté. Pouvez-vous concevoir quelque chose de plus beau, de plus touchant, de plus respectable qu'un Pape assis sur le siège de saint Pierre, occupé tout entier à contenir les fid-Mcs dans le devoir et à les défendre contre l'oppression? Ses Etats, assez grands pour lui donner l'indépendance dont il a besoin pour le libre exercice de son pouvoir spirituel, sont trop petits pour porter ombrage ou exciter la jalousie. Il renferme toute sa puissance dans des œuvres de paix, de bienfaisance et de charité.

La papauté n'a établi son influence dans le monde et imposé son ascendant que par l'éclat de toutes les vertus et souvent par l'héroïsme du martyre. Que n'a-t-elle pas fait pour l'indépendance de Rome, pour le soulagement des contrées éloignées, pour la délivrance des captifs, pour la défense des opprimés, pour la diffusion des lumières et pour le progrès de la civilisation ?

Qui pourrait raconter dignement les travaux de la papauté? Partout s'élèvent des églises florissantes; avec la foi les peuples reçoivent des vérités nouvelles et prennent de nouvelles mœurs; les nations se constituent, la superstition recule et se cache, les lois s'adoucissent, les sciences et les arts font d'étonnants progrès, toute la face de la terre est miraculeusement renouvelée. Qui donc a fait le monde nouveau? Ce sont les Papes. Parcourez l'univers, demandez à chaque église le nom de son fondateur, et chacune vous répondra en vous nommant un homme apostolique envoyé, dirigé et soutenu par un Pape; elles rapporteront toutes leur origine à Rome.

La charge principale des Papes est de conserver et de propager la foi catholique. Or, savez-vous bien que tout est dans la foi, que toutes les institutions sociales et politiques, que le bonheur et le progrès du genre humain n'ont pas d'autre principe que le dogme chrétien (1)? La garde et la pré-

(1) Voir ce que nous avons dit du mystère de la sainte Trinité dans l'ouvrage suivant : Cours d'Jnstruciions religieuses, etc , t. P'',

(lication du dogme sont donc avant tout, même au point de vue temporel, le soin le plus important et la fonction la plus élevée. Les Papes y ont toujours été fidèles, et la Providence y a pourvu d'une manière étonnante. Aucune hérésie n'a jamais pu s'établir sur le siège de Home. Pour s'y introduire, l'erreur multiplie ses ruses et ses détours, elle change de langage et de déguisement, elle flatte, elle rampe, elle cherche à insinuer, à surprendre le mot d'ordre pour se faire ouvrir les portes de la citadelle ; elle parvient, soutenue par les empereurs, à envahir et à occuper les autres sièges ; elle promène en triomphe son drapeau d'une église à une autre église ; elle élève la voix, elle dicte des arrêts, elle exerce la violence, elle sévit avec fureur ; une partie des évêques cède à la peur et grossit son parti ; les légats se laissent corrompre ou dominer; les Papes résistent toujours ; comme ils le disent, ils savent mourir, mais ils ne savent pas céder. Le siège romain demeure inaccessible à toutes les attaques ; il brise la force ailleurs victorieuse, et la perfidie n'y trouve point d'accès.

De ce point élevé qui domine toutes les choses de la terre et que le soleil des intelligences ne cesse point d'éclairer, lors môme que l'atmosphère des autres empires est chargé de brouillards et de tempêtes, le saint Pontife, assis sur son trône immortel, a l'oreille attentive aux bruits de la terre, et, sans que sa paupière vacille, son œil contemple au loin les mouvements et les déplacements de ce

monde. Dès qu'une hérésie paraît, il donne aussitôt le signal à ses lieutenants répandus dans l'univers, et toute l'Eglise est debout, attentive à ses ordres. On combat, on poursuit l'erreur ; il encourag'3, il menace au besoin ; il saisit ses armes spirituelles, qui ne frappent pas souvent, mais qui ne frappent pas en vain, et pour lui il n'y a ni repos ni sommeil que le dogme catholique attaqué n'ait été salué par de nouvelles acclamations, que les conséquences mises en doute n'aient été clairement déduites et universellement acceptées, que l'hérésie ne soit confondue, que la vérité n'ait reçu les adorations du genre humain (1).

Pour mieux comprendre encore tous les bienfaits dont nous sommes redevables à la papauté, considérez ce que sont devenus tous les peuples qui lui refusent la soumission. Où en sont aujourd'hui la Grèce, l'Asie, l'Egypte et l'Afrique, où les sciences et les arts brillaient d'un si vif éclat lorsque les nations qui habitent ces pays étaient catholiques? Mais il n'y a plus ni liberté, ni sciences, ni arts, ni civilisation, ni progrès ; le schisme et l'hérésie ont tout glacé ou anéanti.

Qu'on vienne nous vanter tant qu'on voudra l'autocratie russe et la constitution anglaise, je suis convaincu que vous ne serez jamais tentés de vous faire Russes ou Anglais. Les voyez-vous, ces hommes si fiers, courber leur front devant leurs sou-

(1) Voir M. l'abbé Jager, Cours tVHist. ecclésiasl.

verains et accepter les décisions doctrinales que rendent ces papes de fabrique humaine? De tous les esclavages celui de l'intelligence n'est-il pas le })lus odieux et le plus avilissant? Ces hommes superbes refusent d'obéir à une autorité divine, et ils se prosternent devant une intelligence humaine.

Il s'est formé, dans ces derniers temps, une vaste conjuration contre l'auguste chef de l'Eghse, et des millions d'hommes se font une gloire de l'accabler d'injures, de mépris et d'outrages. Ne vous en scandalisez pas. Lorsqu'un voleur de grand chemin veut se défaire d'un voyageur et le dépouiller, il commence par le frapper à la tête pour lui oter la vie. Or, les orgueilleux, les libertins, les ravisseurs du bien d'aulrui regardent l'Eglise cathohque comme leur ennemie déclarée. Savez-vous pourquoi? C'est qu'elle fait une guerre inexorable à tous les vices et à toutes les passions désordonnées. N'est-ce pas une grande gloire pour l'Eglise de ne compter pour ennemis que les hommes vicieux? Ne vous étonnez donc plus qu'ils dirigent toutes leurs attaques contre le Pape, ou contre la tête de rEgiisc, et sachez bien que tous les combats qu'elle soutient sont pour elle autant de victoires.

Mais si le Pape est le chef de la grande famille catholique, vous, parents chrétiens, vous êtes les chefs de vos familles particulières. Imitez la conduite du Pape : conservez pure la religion de vos pères, et transmettez-la sans tache à votre postérité. Faites observer la discipline, c'est-à-dire les corn-

mandements de Dieu et ceux de l'Eglise ; c'est ainsi que se conserveront au milieu de vous l'innocence, la pureté des mœurs, la paix et la civilisation.

0 sainte Eglise romaine, vos Pontifes sont les agents suprêmes de la civilisation dans le monde, les créateurs de la monarchie et de l'unité européenne, les conservateurs des sciences et des arts, les fondateurs et les protecteurs-nés de la liberté civile, les destructeurs de l'esclavage, les ennemis du despotisme, les infatigables soutiens de la souveraineté, les bienfaiteurs du genre humain. Que Jésus-Christ, votre divin Epoux, fasse retomber en bénédictions sur vous tous les bienfaits que vous nous procurez. Amen.

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