‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 21 sur 34 · FERMETÉ ET GRANDEUR DE CARACTÈRE DE SAINT GRÉGOIRE VU · texte numérisé non relu

FERMETÉ ET GRANDEUR DE CARACTÈRE DE SAINT GRÉGOIRE VU

Vers le milieu du xi'^ siècle, la sainte Eglise était tombée dans un déplorable état d'abaissement : les empereurs d'Allemagne s'arrogeaient le droit de clioisir des chefs à leur gré ; ils prétendaient élire les papes, vendaient les dignités ecclésiastiques à l'encan, ou les donnaient à d'indignes favoris. Les autres princes chrétiens suivaient ces tristes exemples. Un grand nombre d'évêques avaient acheté leurs évêchés; ces pasteurs mercenaires, plus soigneux de leur fortune que du salut de leur troupeau, laissaient de honteux désordres s'introduire jusque dans les rangs de leur clergé. L'enfer se réjouissait déjà d'une victoire qu'il croyait prochaine. Mais notre Seigneur, dont l'amour pour son épouse ne s'est jamais démenti,

après l'avoir abandonnée quelque temps à celte terrible épreuve pour le châtiment des peuples, vint tout à coup la délivrer par un de ces hommes extraordinaires qu'il tient en réserve dans les trésors de sa miséricorde.

Il s'appelait Ilildebrand; les uns croient qu'il était le fils d'un charpentier, et d'autres pensent qu'il sortait d'une noble maison romaine. Quelle que fût son origine, notre Seigneur avait réuni en lui les dons si rares de la sainteté et du génie; il y joignit les plus hautes dignités de la terre, et avec cette puissance il se plut à l'opposer presque seul aux efforts de l'enfer.

Hildebrand fut élevé dans son enfance par son oncle maternel, abbé du monastère de Sainte-Marie-au-Mont-Aventin, dans la ville de Rome j il prit l'habit religieux dans le monastère de Cluny, et plus tard saint Léon IX l'emmena à Rome avec lui et le fit cardinal et abbé du monastère de Saint-Paul. U réforma cette maison avec une fermeté, une persévérance et en même temps une douceur qui le faisaient triompher de tous les obstacles. Il remit la discipline en vigueur, recouvra les biens qui avaient été aliénés ou usurpés, rétablit le travail journalier, et put faire de ses religieux de dignes frères de ceux de Cluny.

Saint Léon IX l'employait dans les grandes affaires de l'Eglise. Toute la cour romaine admirait sa prudence, ses lumières, sa constance inébranlable jointe à tant de douceur, sa connaissance profonde du cœur humain, et surtout sa sainteté. Il était devenu en peu d'années l'oracle du Saint- Siège, l'espérance et l'amour du peuple de Rome. 11 fit des efforts incroyables et couronnés de succès pour rétablir la iliscipline ecclésiastique sous les papes Victor II, Etienne IX, Nicolas II et Alexandre II. U fut élu pour succéder à ce dernier et prit le nom de Grégoire VII.

Libre désormais d'agir avec tout son génie et toute sa puis- >ancc, il poussa vigoureusement Ja guerre qu'il faisait depuis vingt ans pour l'extirpation de la simonie et le rétablissement de la discipline. Il adresse à tous les évêques des lettres pres-

santés; il lait des remontrances énergiques à l'empereur Henri IV sur la vente des évechés et les autres désordres de sa vie; il dépose l'évêquc de Bamberg, convaincu de simonie; il réunit un concile à Rome, oiî défense est faite à tout séculier,, si haut qu'il soit, de donner l'investiture des bénéfices ecclésiastiques.

L'empereur, furieux de ce décret, résolut de faire périr le Pape. Pendant la nuit de Noël, des assassins se jettent sur lui lorsqu'il allait pour célébrer la Messe à Sainte-iMarie-Majeure; ils l'auraient tué, si le peuple ne fût accouru pour le secourir. Toujours calme et intrépide, saint Grégoire revint achever le saint sacrifice.

Ce sacrilège attentat demandait une punition : il cite l'empereur à Rome pour s'y justifier de ses crimes. Mais Henri assemble un concile schismatique, où il essaie de déposer Grégoire VII. Celui-ci, de l'avis de tous les évêques, l'excommunia. Alors les princes et le peuple l'abandonnèrent. Henri, vaincu, mais non converti, résolut de se soumettre. Il vint en Italie en suppliant, et s'avança jusqu'au château de Canosse. Il fut obligé, selon les règles anciennes, d'attendre trois jours dans la première enceinte de la forteresse, pieds nus et le corps couvert d'un rude cihce; le quatrième jour^ le Pape le reçut avec bonté et lui donna l'absolution.

Saint Grégoire était accablé de chagrin. « Je voudrais pouvoir, disait-il à l'un de ses amis, vous dépeindre les tourments qui m'agitent au-dedans, les travaux journaliers qui m'accablent au-dehors et qui vont toujours en s'augmentant... Une douleur mortelle empoisonne ma vie. Je vois l'Eglise d'Orient séparée de nous par l'instigation du démon, et lorsque je tourne mes regards vers l'Occident, à peine y puis-je trouver encore quelques évêques qui soient dignes de leur titre et qui gouvernent leurs troupeaux d'après les règles de l'Evangile : tant l'ambition et la perversité du monde les ont séduits ! Parmi les princes de la terre, je n'en vois aucun à qui sa propre gloire ne soit plus chère que celle de Dieu, et qui ne sacrifie en toute occasion la justice à l'appât d'un gain sordide... »

Il fut encore obligé d'excommunier Boleslas II, roi de Pologne, qui venait d'assassiner au pied des autels saint Stanislas, évêque de Cracovie. Ce roi s'était couvert de tant de crimes, qu'il fut surnommé le Cruel

Le Pape dominait les rois de toute son autorité divine. Il les aidait de ses conseils ou de sa puissance, les réconciliait entre eux, les reprenait de leurs désordres, les réprimandait avec énergie lorsqu'ils opprimaient leurs sujets ou empiétaient sur les droits de Dieu, les soutenait lorsqu'ils succombaient injustement. Saint Grégoire remplissait dignement tous ces grands devoirs de la papauté.

Henri IV leva une puissante armée et parut bientôt devant Rome. Après deux ans de siège, il s'en rendit maître et y intronisa son antipape. Saint Grégoire s'était retiré d'abord au monastère du Mont-Cassin, puis à Salerne. Sa santé, altérée par tant de travaux, ne put résister aux chagrins dé l'exil et aux malheurs de l'Eglise. Avant de mourir, il pardonna à tous ses ennemis, leva les sentences d'excommunication, excepté celles de l'empereur et de l'antipape. Ses dernières paroles furent celles-ci : J'ai aimé la justice et hai l'iniquité ; c'est jtourquoije meurs en exil. Il mourut le 2o mai 1085.

Sans la fermeté et la grandeur d'àme de saint Grégoire VII et de ses successeurs, que seraient devenus le catholicisme ♦'t la civilisation?

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