YIP INSTRUCTION
llti sujet de rOrdre.
Oinnis pontifex ex hominibus assumplus.
Tout pontife est pris d'entre les liomnies. (Heb., V, 1.)
Nous vous avons dit, en vous parlant des sacrements en général, pourquoi Dieu a pris, non des anges, mais des hommes pour ses ministres et les dispensateurs de ses mystères. Saint Paul nous en donne lui-même la raison : « Tout pontife, nous dit-il, est pris d'entre les hommes, et il est établi pour les hommes en ce qui regarde le culte de Dieu, afin qu'il offre des dons et des sacrifices pour les péchés, et qu'il puisse être touché de compassion pour ceux qui pèchent par ignorance ou par erreur, comme étant lui-même environné de faiblesse. » C'est afin qu'il apprenne par sa propre expérience avec quelle miséricorde il doit accueillir les pécheurs.
D'ailleurs, puisque tout prêtre continue le ministère même de Jésus-Christ et l'ofiQce de médiateur entre Dieu et les hommes, ne faut-il pas qu'il
participe nécessairement à la nature des deux extrêmes qu'il s'agit d'unir, à la nature humaine et à la nature divine? Parce que le Fils de Dieu voulait sauver les hommes, il a dû prendre notre nature, et non la nature angélique, pour nous réconcilier avec son Père. Donc l'homme a aussi besoin, pour exercer les mêmes fonctions, d'être un autre Jésus- Christ et de participer d'une manière toute particulière à son sacerdoce, à sa toute-puissance, et en quelque sorte à toutes ses perfections.
Le Docteur Angélique se pose cette question : Pourquoi les femmes sont-elles exclues de cet auguste ministèro? Ne s'en trouve-t-il pas qui portent la vertu et la sainteté plus loin que les hommes? Sans aucun doute; mais saint Paul nous fait assez entendre que Dieu ne les a pas destinées à exercer les fonctions sacerdotales. « Je ne leur permets pas, dit-il, de parler dans l'assemblée des fidèles, mais je veux qu'elles y demeurent en silence. Elles doivent être soumises à leurs maris, comme la loi le leur ordonne. Si elles veulent apprendre ce qu'elles n'auraient pas compris, qu'elles interrogent leurs maris à la maison, car il ne convient pas qu'elles parlent à l'église. » Ce même apùtre dit encore : « Que la femme écoute en silence et en toute soumission ce qu'on lui enseigne, car je ne lui permets pas d'enseigner ni de dominer sur son mari; mais je veux qu'elle écoute en silence, car c'est Adam qui a été formé le premier, Eve a été formée après lui. Adam n'a pas été se-
duit, mais la femme a été séduite pour prévariquer. » Enfin il donne encore cette instruction aux chrétiens d'Ephèse : « Que les femmes, dit-il, soient soumises à leurs maris comme au Seigneur, parce que le mari est le chef de la femme comme Jésus- Christ est le chef de l'Eglise, il est lui-même le sauveur de son corps ; mais de même que l'Eglise est soumise à Jésus-Christ, qu'ainsi les femmes soient soumises à leurs maris en toutes choses. »
De toutes ces instructions ne résulte-t-il pas clairement que les femmes sont inhabiles à recevoir le sacrement de l'Ordre? Elles ne doivent point parler à l'éghse ; elles ne peuvent donc ni annoncer, ni expliquer la parole de Dieu, ni commander à leurs maris. Or, si elles recevaient ce sacrement, elles seraient revêtues d'une dignité qui les placerait au-dessus des simples fidèles, et ce serait, comme dit saint Paul, intervertir le plan providentiel de Dieu.
Parcourez tout l'Ancien Testament, vous ne lirez nulle part que les femmes vertueuses dont parle l'Ecriture, telles que Sara, Rébecca, Rachel, Judith ou Esther, aient jamais rempli quelque fonction concernant le culte de Dieu ; et cependant le culte, dans l'ancienne loi, n'était que l'ombre et la figure du culte chrétien. Il n'est donc pas étonnant que l'Eglise ait condamné certains hérétiques pour avoir élevé des femmes à ces sublimes fonctions. C'est une impiété empruntée aux païens, est-il dit dans les constitutions apostoliques.
Certes, si Jésus-Clirist eût jugé convenable d'agir autrement, il n'eût pas reçu le baptême de la main de saint Jean-Baptiste, mais bien de son auguste Mère, la très-sainte Vierge Marie; et quand il envoya ses apôtres baptiser les nations, il n'aurait pas manqué de charger quelques femmes vertueuses de baptiser au moins les personnes de leur sexe. C'est pourquoi, d'après tous ces motifs, saint Thomas nous enseigne que non seulement on agirait contre les desseins de Dieu si l'on admettait des femmes aux dignités ecclésiastiques, mais que, si on leur conférait le sacrement de l'Ordre, il serait invalide.
Ce n'est pas, croyez-le bien, par un sentiment de mépris que l'Eglise éloigne les femmes des fonctions sacerdotales. Elle les emploie souvent, au contraire, avec de grands succès, au salut des âmes et à la propagation de la foi. Notre Seigneur Jésus- Christ n'a-t-il pas daigné associer sa Mère au grand mystère de notre rédemption? Nous n'avons proprement qu'un seul Médiateur entre Dieu et les hommes ; et cependant la médiation de Marie n'estellc pas très-puissante près de lui? N'est-ce pas de sa chair et de son sang que le corps sacré de cet aimable Sauveur a été formé? Ne l'a-t-elle pas présenté à Dieu au temple de Jérusalem? Ne l'a-t-elle pas accompagné dans ses courses évangéliques ? Ne recommandait-elle pas à ceux qui recouraient à lui d'observer fidèlement tout ce qu'il leur disait? Ne s'est-elle pas trouvée au pied de la croix sur le Cal-
vaire pour offrir à Dieu celte victime pure et sans tache, au moment où celle-ci s'offrait elle-même pour racheter le monde?
Vous savez qu'après l'ascension les apôtres se retirèrent à Jérusalem et y passèrent dix jours dans le jeûne et dans la prière. L'Ecriture nous dit expressément qu'il y avait là des femmes pieuses avec Marie, Mère de Jésus. Il est donc certain que Marie et ces saintes femmes reçurent le Saint-Esprit en même temps que les apôtres et les disciples, non seulement pour leur sanctification personnelle, mais encore pour travailler au salut des âmes sous l'autorité et la conduite des apôtres.
Dans son Epître aux chrétiens de Rome, saint Paul leur recommande une femme vertueuse, nommée Phében, qui est, dit-il, dans le ministère de l'Eglise. Il en est de même d'Evodie et de Syntichen, carie même apôtre dit qu'elles ont travaillé avec lui, avec saint Clément et d'autres hommes apostoliques, à Vœuvre de VE'canrjile. Saint Ambroise appelle sainte Thècle la compagne de saint Paul, parce que cette pieuse vierge l'aida par tous ses moyens dans son ministère évangélique. Il paraît qu'elle convertit elle-même, par son esprit et son éloquence non moins que par la sainteté de sa vie, un très-grand nombre d'infidèles.
Lorsque saint Lazare, le même que Jésus-Christ ressuscita, devint évêque de Marseille, d'après la tradition, sainte Marthe sa sœur, qui le suivit, réunissait les femmes et les instruisait. Quelques prê-
très des environs, ayant été chassés des villes qu'ils évangélisaient, eurent recours à sainte Marthe, qu'ils regardaient comme leur mère dans la foi, et, par l'efficacité de ses prières, elle réussit à les réconcilier avec leurs concitoyens. Sainte Marthe était comme la femme évéque des croyants de ce temps-là, parce qu'elle leur administrait les secours nécessaires pour l'âme et pour le corps, comme parle la tradition.
Du temps de saint Paul, on formait déjà des communautés de vierges et de veuves qui vivaient ensemble, faisaient vœu de chasteté et se consacraient pour toujours au service de Dieu et de l'Eglise. On prenait sur les aumônes des fidèles ce qui était nécessaire à leur entretien, comme cela se pratiquait pour les ecclésiastiques. On choisissait les plus vertueuses d'entre elles pour exercer la charge de supérieure. C'est pourquoi saint Paul donne des avis à son disciple Timothée, évéque d'Ephèse, pour la conduite qu'il doit tenir à l'égard de ces religieuses. Puis ce grand apôtre ajoute ces paroles qui sont dignes de toute votre attention : i< Il faut, dit-il, qu'on puisse rendre témoignage des bonnes œuvres de celle qui aura été choisie, si elle a bien élevé ses enfants, si elle a exercé l'hospitalité, si elle a lavé les pieds des saints, si elle a secouru les affligés, si elle s'est appliquée à toutes sortes d'œuvres de piété. Mais n'admettez point dans ce nombre de personnes consacrées à Dieu de tropjcunes veuves, parce que, la mollessede leur vie
les portant à secouer le joug de Jésus-Christ, elles veulent se remarier, s'engageant ainsi dans la condamnation en violant la foi qu'elles lui avaient donnée auparavant. Mais, de plus, elles deviennent fainéantes, elles s'accoutument à courir par les maisons ; et elles ne sont pas seulement fainéantes, mais encore causeuses et curieuses, s'entretenant de choses dont elles ne devraient point parler. J'aime donc mieux que les jeunes veuves se remarient, qu'elles aient des enfants, qu'elles gouvernent leur ménage, et qu'ainsi elles ne donnent au^ cun sujet aux ennemis de notre religion de nous faire des reproches. » (I Tim., v, 9.) C'est ainsi que parle saint Paul, et il est à désirer que certaines femmes chrétiennes de nos jours mettent en pratique ces beaux enseignements.
Il est question quelquefois, dans les auteurs ecclésiastiques, de certaines femmes qui portaient le nom de prêti^esse et à' épiscopesse. Gardez-vous bien de croire qu'elles remplissaient quelques fonctions de la prêtrise ou de l'épiscopat. C'étaient des femmes dont les maris étaient devenus prêtres ou évoques, avec leur consentement, et elles en étaient séparées pour toujours ; elles faisaient vœu de chasteté, et souvent elles se renfermaient dans un monastère pour le reste de leurs jours.
Saint Epiphane nous apprend qu'il y avait aussi un ordre de diaconesses qui avait été étabH, non pour remplir quelques fonctions ecclésiastiques, mais par honneur pour leur sexe et pour servir
l'Eglise dans quelques circonstances particulières. Voici donc quelles étaient leurs principales fonctions :
Lorsqu'une femme avait à parler à un diacre, à un prêtre ou à un évêquc, elle était introduite par la diaconesse, qui restait présente pour être témoin de tout ce qui se passait. Elle avait soin des veuves que l'Eglise nourrissait par le moyen des aumônes des fidèles. Lorsque l'évoque avait à parler à quelque femme dont la réputation était suspecte, la diaconesse était chargée de lui porter ses ordres, ou ses avis, ou ses recommandations. Elle enseignait les éléments de la religion aux filles et aux femmes ignorantes et les préparait à recevoir les sacrements. Lorsque des filles ou des femmes recevaient le Baptême, elle les aidait à ôter et à reprendre leurs vêtements, parce que ce sacrement se donnait par immersion. Elle ouvrait et fermait la porte particulière par laquelle les femmes enliaient dans l'église, leur montrait à toutes, aux riches comme aux pauvres, la place qu'elles devaient occuper, et les surveillait pendant les offices. Elle était chargée de prendre des informations sur la conduite des jeunes filles qui donnaient lieu à faire mal parler d'elles. Enfin c'était à la garde et à la sollicitude des diaconesses que l'on confiait l'administration matérielle et spirituelle des monastères.
Les conciles eux-mêmes avaient réglé la cérémonie religieuse avec laquelle l'évêque devait les bénir et les consacrer à Dieu.
Si vous lisez l'iiisloire de l'Eglise avec quelque attention, vous vous convaincrez, mes frères, qu'elle s'est constamment et très-utilement servi du ministère de la femme chrétienne pour l'instruction des ignorants et la propagation de l'Evangile. N'estce pas une pauvre esclave qui est parvenue, par ses paroles et par ses exemples, à convertir toute la nation des Ibériens ? N'est-ce pas la piété de l'impératrice Hélène qui a inspiré au grand Constantin la résolution de quitter ses dieux de pierre et de bois pour adorer le seul vrai Dieu, créateur et conservateur du monde? Clovis, ce fier Sicambre, se souvient au moment du danger du Dieu dont Clotilde lui a si souvent parlé ; il l'invoque avec foi, il est sauvé avec toute son armée, il se fait instruire et baptiser. A qui le plus grand de nos rois at-il été redevable de son horreur pour le péché et de son zèle pour travailler à la gloire de Dieu et à la sanctification de son âme? N'est-ce pas à la vertu et à la piété de la reine Blanche sa mère?
Dans la trinité créée, c'est-à-diro dans la famille, la mère, l'épouse est la seconde personne, comme Dieu le Fils est la seconde personne dans la Trinité incréée. Or, n'est-ce pas le Fils de Dieu qui a été chargé de sauver le monde? Quand il a paru sur la terre, il a montré toute la bonté, toute la mansuétude et toute la miséricorde de Dieu. C'est par l'amour qui l'a cloué sur la croix qu'il a attiré tout à lui. Ainsi, dans la famille, la femme exerce une
espèce de sacerdoce, un ministère de charité et d'amour. Que de fois elle instruit, elle encourage, elle console, elle fortifie le chef de la famille et lui fait surmonter tous les obstacles 1 Que de fois encore elle amène l'enfant prodigue à se jeter aux pieds d'un père irrité pour obtenir son pardon!
Ne soyez donc pas étonnés que les plus grands saints, les hommes vraiment apostoliques se soient servi avec un prodigieux succès de ce puissant levier pour la conversion et la sanclificalion des âmes. Tandis que saint Benoît, ce grand patriarche des moines de l'Occident, fait un appel à toutes les bonnes volontés et forme de nombreux et d'habiles ouvriers évangéliques, sa sœur, sainte Scholastique, conduit une foule de vierges dans les voies de la perfection. A côté de saint François d'Assise^ l'amant de la sainte pauvreté, ne voyez-vous pas briller sainte Claire, non moins amoureuse du mépris des biens de la terre? Saint François de Sales, après avoir travaillé à la conversion des protestants avec tout le zèle d'un apôtre, ne cultive-t-il pas avec un soin particulier la vertu de sainte Jeanne de Chantai pour la rendre digne de sa sublime mission? Où saint Vincent de Paul trouve-t-il ses plus puissants auxiliaires pour l'exécution de ses grandes œuvres? N'est-ce pas dans des femmes et des filles dévouées?
De nos jours, où l'on se plaint si souvent de l'aiïaiblissement de la foi et de la charité, quelle magnifique elllorescence ne produit pas celte sève
divine que i'augusle Mère de Dieu a déposée dans le cœur de l'Eglise? D'innombrables communautés de vierges couvrent en quelque sorte le sol de la France, et il n'y en a pas une seule qui ne rende des services signales à l'Eglise et à l'Etat. Vous les voyez partout où il y a une misère à soulager, une douleur à calmer, une larme à essuyer, des malades à soigner, des ignorants à instruire. Ne les voyez-vous pas s'élancer intrépides au secours des victimes de la guerre ou de la peste? Ne les voyezvous pas abandonner leurs familles et leur patrie, et s'en aller, sur les pas de nos courageux missionnaires, frapper d'étonnement et d'admiration, par leur angélique vertu, les infidèles et les barbares qui les regardent comme des esprits descendus des cieux ?
Saint Thomas remarque que le mot mariage, en latin matrimonium , signifie devoir de la mère, parce que c'est dans la mère que la famille se résume, que c'est elle qui en fait le bonheur ou le malheur, qui est le grand instrument de sa moralité ou de sa corruption. La famille n'est que le miroir fidèle de ses qualités ou de ses défauts, de ses vertus ou de ses vices.
Mères de famille, n'oubliez donc jamais que la force, la grandeur et la félicité des peuples dépendent de la religion, et que le maintien et la propagation delà religion dépendent de vous d'une manière particulière. L'homme moral ne sera que ce que vous l'aurez fait ; c'est vous qui lui donnez la
vie de l'intelligence par voire parole, qui lui apprenez à connaître son Père qui est dans lescieux. La première connaissance de Dieu et de ses perfections , de Jésus-Christ et de ses mystères , de l'homme, de son origine, de sa condition et de ses destinées, de l'Eglise et de ses sacrements, du culte et de ses pratiques, de la morale et de ses obligations, c'est vous-mêmes qui la donnez à vos enfants. N'êtes-vous pas leur premier prédicateur et leur premier apôtre? Vous éclairez leur raison naissante, vous développez en eux les vertus surnaturelles qu'ils ont reçues au Baptême. Vous leur apprenez à croire en Dieu, à espérer en sa miséricorde, à aimer sa bonté, à l'appeler du doux nom de Père, à adorer sa majesté, à craindre sa justice, à l'invoquer par la prière, à faire sa volonté et à attendre ses récompenses.
Mères pieuses et dévouées, lappeîez-vous souvent que vous êtes le missionnaire de toute votre famille. Vous êtes ce flambeau resplendissant dont parle l'Evangile, vous êtes placées sur le chandelier domestique pour répandre tout autour de lui la lumière de la foi dans toute la maison et pour éclairer tous ceux qui l'habitent. Vous êtes ce sel mystérieux qui empêche la famille de se corrompre. Vous êtes ce vase de parfums célestes qui répand autour de lui la bonne odeur de Jésus-Christ.
Vous croyez peut-être que j'exagèrs? Eh bien ! savez-vous par qui ont été formés les Pères de l'Eglise les plus illustres par leur science et leur sain-
lelé? Par des femmes chrétiennes. Lorsque saint Athanasc vint au monde, sa sainte mère l'offrit à Dieu et se dit : « Je veux, avec le secours de Dieu, faire de mon unique enfant l'homme de l'Eglise. » Elle se mit à l'œuvre et réussit. Sainte INonne met entre les mains de son fils encore enfant l'Ecriture sainte, lui en donne l'explication et lui inspire le plus vif amour pour la chasteté ; et il devient saint Grégoire de Nazianze. Sainte Emilie confie son fils à sainte Macrine sa sœur, qui l'instruit dans les pures doctrines de la foi et de la piété ; et saint Basile se glorifie d'avoir été élevé par une telle femme, et son frère fut saint Grégoire, évéque de Nysse. Il n'y a pas de sacrifice qu'Anthuse, femme chrétienne, n'ait fait pour former son fils, saint Jean Chrysostôme.
Les quatre principaux Pères de l'Eglise latine ont été aussi formés par des femmes : saint Augustin par sainte Monique, saint Jérôme par sainte Paule, saint Ambroise par sa mère et par sainte Marcelle sa sœur, et saint Grégoire le Grand par sainte Sylvia sa mère. Vous le voyez, pendant que les Pères de l'Eglise étonnent le monde par leur science, les saintes femmes qui les ont instruits et formés l'enchantent par leurs vertus. Pouvez-vous concevoir une plus grande gloire pour une femme chrétienne? Efi'orcez-vous donc de la mériter, vous. mères de famille qui m'écoutez ; soyez avant tout des modèles de vertus, et vos familles seront bientôt régénérées, et vos enfants seront pieux, obéis-
sauts, chastes, laborieux, et ils vous béniront dans le temps et dans l'éternité. Amen.
DE SAINTES FEMMES TRAVAILLENT DANS L'iNTÉRÊT DE l'église.
D'après la peinture qu'en a faite saint Jérôme dans sa fameuse lettre à Eustochie^ qui souleva contre lui tant d'orages^ le clergé d'alors n'était pas merveilleux à Rome. Les jeunes ecclésiastiques manquaient de science et de gravité; les vieux laissaient beaucoup à désirer du côté de l'édificalion et du zèle pour les intérêts de la foi et le bien de l'Eglise. Or, ce que les hommes ne faisaient pas, les femmes le faisaient, et avec le plus grand succès. Un certain Helvidius, de la secte des ariens, venait de publier son dégoûtant livre contre la virginité de la sainte Vierge, oii il soutenait que la Mère de Dieu avait eu des enfants de saint Joseph après Jésus-Christ. Cet odieux pamphlet faisait beaucoup de mal à Rome; il y préparait les voies au nestorianisme, à cette hérésie ennemie de l'honneur et des privilèges de Marie, tendant à abaisser le Fils en flétrissant la Mère, et qui n'a été qu'une nouvelle forme de l'arianisme. Cependant personne n'y prenait garde, peut-être à cause du peu de mérite de l'ouvrage et de l'obscurité de l'auteur. Il n'en fut pas de même de quelques saintes femmes, telles que sainte Salvine, sainte Furia, sainte Principia, sainte Albine et quelques autres, aussi distinguées par la noblesse que par la gloire de toutes les vertus évangéliques; elles étaient alors l'admiration et l'édification de Rome, et par Rome de tout le monde chrétien. Dans cette ignoble attaque contre la dignité de Marie, elles crurent voir attaquée la dignité de leur sexe aussi bien que la dignité de la foi. Elles en furent émues, indignées, et ce furent elles qui
signalèrent le livre et Tauteur au zèle de saint Jérôme, et ce lut à leurs instances qu'il publia son beau et solide peiïl Livre omtre UclvldiuSj dans lequel il a non seulement victorieusement vengé la virginité perpétuelle delà Mère de Dieu, mais encore soutenu que saint Joseph^ lui aussi, a été toujours vierge; et c'est de cette époque que date le bel hommage que l'Eglise adresse continuellement à Marie, en la saluant vierge ti.vant Tcnfantement, da?îs l'enfantement et après Tenfantement, en lui disant souvent : a 0 sainte Vierge, qui êtes restée toujours pure après Tenfantement, priez pour nous le divin l'ère, dont vous avez mis au monde l'unique Fils. »
La plus célèbre des saintes femmes de cette époque, la plus illustre dans toute l'Eglise, fut *la vierge sainte Démétriade. Fille du consul Olybrius, de l'ancienne famille Anicia, prodige lie beauté et héritière unique d'une immense fortune^ c'était, (lit saint Jérôme, la première dans le monde romain. Mais prévenue, encore enfant, par la grâce, elle eut la foi ardente de la femme d'une vertu consommée et parfaite. Pouvant aspirer aux partis les plus brillants, elle ne voulut d'autre (•poux que le Roi du ciel. Au milieu de toutes les séductions lie l'opulence, elle commença à dompter sa chair virginale, à mortifier son corps délicat par toute espèce d'austérités. Sous ses riches habits elle portait un rude cilice; elle pratiquait le leûne et couchait sur la terre, couverte seulement d'un tapis. Or, un beau jour, déposant sa noble robe et tous ses riches ornements, elle se présenta à Julienne sa mère et à Proba sa ^rand'mère, — son père était déjà mort, — en habit de religieuse, avec tous les insignes de l'humihté et de la pénitence ; et, prosternée h leurs pieds, elle leur manifesta sa vocation, et leur demanda en grâce de ne pas s'y opposer. Proba et Julienne, qui étaient de saintes femmes, en furent heureuses au point d'en pleurer de joie. Les voilà relevant leur enfant tremblante dans la crainte de leur avoir fait de la peine, l'étreignant dans leurs bras, la pressant sur leur cœur, la couvrant de baisers, l'inondant de larmes en lui disant ; « Que dis-tu, chère enfant? nous faire de la peine? C'est, au
.onlraire^ notre désir, notre bonheur; nous te bénissons de nous avoir prévenues; nous sommes enchantées que tu restes vierge; tu vas rendre notre famille encore plus noble par la gloire de ta virginité. »
Elles mirent ensuite à sa disposition, pour être employée en aumônes et en d'autres bonnes œuvres, la riche dot qui lui était destinée. Le jour où cette auguste vierge se consacra au Seigneur fut un jour de jubilation pour toute Fltalie chrétienne et pour Rome en particulier. Saint Jérôme lui écrivit une lettre très-éloquente et lui adressa son excellent traité sur la Maniera de garder la virginité. Jamais, dit saint Jérôme, acte de vertu n'a fait tant de sensation et n'a produit tant de bien dans le monde. Toutes les villes, toutes les bour gades, tous les villages, toutes les chaumières en font le sujet de leur admiration. Toutes les églises d'Afrique ont tressailli de joie comme s'il s'agissait de leur propre bonheur. Tous les rivages de l'Orient applaudissaient à ce beau triomphe de la foi chrétienne. Un nombre prodigieux de vierges voulurent l'imiter et se consacrèrent à Dieu comme elle. C'est par là que la chasteté est rentrée dans la famille pour la régénérer,, et ce fut par ce moyen que la société chrétienne fut définitivement constituée.
VHP INSTRUCTION De la vocation.
Non vos me elegislis, sed ego elegi vos etposuivos, ut eatis ei fructum afferalis.
Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis et vous ai posés, aûQ que vous alliez et que vous portiez du fruit.