‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 24 sur 34 · SAINT MARTIN, SAINT AMBROISE, ETC · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN, SAINT AMBROISE, ETC

Le siège de Tours ayant vaqué, tout le peuple désira avoir saint Martin pour évêque. Mais comnne on savait la difficulté de le tirer de son monastère, un des citoyens feignit que sa fennme était malade et, se jetant à genoux, lui persuada de sortir. Des troupes d'habitants, qui s'étaient mis en embuscade sur le chemin, se saisirent de lui et le conduisirent jusqu'à Tours, où était accourue une multitude incroyable de peuple pour prendre part à cette élection. Tous le jugeaient très-digne de l'épiscopat, excepté un petit nombre qui s'y opposaient, même des évêques. Ils disaient que c'était une personne méprisable par sa mauvaise mine, ses cheveux mal faits, son habit malpropre ; mais le peuple se moqua de ces reproches, les comptant plutôt pour des louanges.

Saint Martin continua dans l'épiscopat sa manière de vivre, conservant la même humilité de cœur, la même pauvreté dans ses habits, sans en avoir moins d'autorité. Il se relira dans une cellule, près de sa ville épiscopale, et vécut avec quatre-vingts disciples environ, dont aucun ne possédait rien en propre. On connaît le reste de sa vie, qui fut remarquable par l'esprit de morlihcation, de pauvreté, d'humilité et de prière continuelle qui l'anima sans cesse.

Il en fut de même de saint Ambroise vers la même époque. Auxence, évêque arien de Milan, venait de mourir, et il fallait lui donner un successeur; les catholiques et les ariens voulaient un évêque chacun de sa croyance, et une sédition s'éleva h ce sujet. Ambroise, qui était gouverneur de la province, courut apaiser le tumulte et parla longtemps en faveur de la paix. Alors tout le peuple éleva la voix et le demanda pour évêque. Ambroise surpris fit tout au monde

pour décliner cet honneur; il se montra sévère dans les jugements qu'il rendit; il ût semblant d'avoir des relations criminelles avec des personnes mal famées, mais le peuple n'y fut point trompé. Alors il prit la fuite, mais le peuple l'ayant retrouvé lui donna des gardes. Il fut donc obligé de recevoir le baptême et tous les ordres successivement jusqu'à 1 episcopat. Aussitôt il changea de conduite, donna à l'Eglise et aux pauvres ce qu'il possédait, chargeant son frère (lu gouvernement de sa maison, et se livra tout entier à son ministère. Il prêchait tous les dimanches et célébrait tous les jours le saint sacrilice de la Messe. Personne n'ignore avec quelle fermeté et quelle grandeur d'àme il défendit les droits de son église contre les ariens et les magistrats, annonça la foi catholique et fit entendre de sévères remontrances à l'empereur Théodose. Voilà des évêques qui ont été vraiment appelés de Dieu pour gouverner son Eglise.

Le bienheureux Théoton, chanoine régulier de la congrégation de Sainte-Croix, fut nommé curé-prieur de Viseu, en Galice, au commencement du xii'' siècle. Il refusa plusieurs évêchés. La reine de Caslille, Thérèse, vint un jour de samedi à la messe de la paroisse, lorsque le bienheureux allait monter à Tautel, revêtu des ornements sacerdotaux. Elle lui envoya dire de célébrer promptement sa messe. Théoton lui répondit : « La Reine du ciel est plus noble et plus puissante que celle de Gastille. Je lui dois tous les" honneurs qu'il est en mon pouvoir de lui rendre, et je n'en retrancherai rien. Si cela gêne la reine Thérèse, elle peut s'en aller. » La reine comprit son tort et en demanda pénitence au saint curé dont elle loua la fermeté.

Bien des dames, qui ne sont pas reines, voudraient aujourd'hui commander à leurs curés des offices courts, à la convenance de leurs heures. Si le curé répondait avec la franchise du 13. Théoton, ces dames auraient-elles les senliments humbles et chrétiens de la reine Tiiérèse?

Le vénérable Jean Sarcander était curé de Holeshof, en Silésie, l'an 1620. Arrêté par les protestants à cause de son

zèle pour la foi catholique, il fut conduit à Olmutz et incarcéré. On lui fit subir quatre fois la torture de la roue et du feu, et Ton ne put obtenir qu'il reniât sa foi et révélât les secrets de la confession. Le saint curé souffrit avec une constance héroïque, et prononçait les saints noms de Jcsus, Marie et Anne durant le supplice. Dans la dernière torture, on l'arrosa pendant trois heures de poix embrasée et mêlée de résine et de soufre; ses entrailles s'échappaient par ses lianes tombant en lambeaux de chair calcinée. Sarcander avait encore un soufde de vie, il demanda un verre d'eau qui lui fut refusé; alors, tournant les yeux vers le ciel, il offrit sa douleur à Jésus-Christ. Il vécut encore quatre semaines dans de cruelles souffrances, et mourut le 17 mars 1620. {Les Saints Curés, par l'abbé L. Bernard.)

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