IX*^ INSTRUCTION
Des Tertifls rec|Uises pour la réceiitioii deiS Ordres.
Exemplum esto fidcliumin verho, in conversatione, in charitale, infide, in castitate.
Soyez le modèle dos fidèles dans les entretiens dans la manière d'agir avec le prochain, dans la charité, dans la foi, dans la ciiastcté.
(ITiM., IV, 12.)
Ceux qui désirent entrer dans l'état ecclésiastique doivent y être appelés de Dieu, puisqu'ils doivent être ses fondés de pouvoir sur la terre, ses ambassadeurs et ses lieutenants. Avant de prendre leur détermination, ils doivent donc examiner attentivement si leur vocation vient du ciel ou de la terre, s'ils sont poussés par la seule vue de la gloire de Dieu et du salut des âmes, ou par des motifs d'orgueil, de cupidité, de paresse et de sensualité. Si c'est Dieu qui les appelle, ils doivent lui répondre comme le jeune Samuel : « Parlez, Seigneur, votre serviteur vous écoute ; il est tout prêt à vous obéir. » Mais s'ils n'entendent pas la voix de Dieu, qu'ils se gardent bien de jamais franchir la barrière sacrée qui les sépare du sanctuaire; ils en-
— • 261 — courraient l'indignation de Dieu et se perdraient pour ce monde et pour l'autre.
Il en est de même à peu près de tous les chrétiens au moment oii il s'agit de choisir un état ou un genre de vie qui leur convienne. C'est un devoir pour eux de consulter Dieu et de suivre leur vocation ; car c'est là que Dieu les veut et qu'ils feront leur salut. Partout ailleurs ils seront malheureux et ils se perdront; et c'est là, mes frères, ce que vous ne voulez pas comprendre. Vous vous imaginez pouvoir tout ce que vous désirez ; de là ces déceptions, ces mécomptes, ce besoin de changement qui tourmente la plupart des chrétiens et trouble la tranquillité publique; de là ce déclassement qui bouleverse la société.
Mais, pour recevoir le sacrement de l'Ordre, la vocation ne suffit pas : il faut de plus la réunion de toutes les vertus. Ecoutez d'abord les enseignements de l'Eglise à ce sujet : « Ceux qui se présenteront pour être reçus aux ordres mineurs auront un bon témoignage do leur curé et du maître auprès duquel ils auront été élevés. Quant à ceux qui aspireront aux ordres majeurs, l'évêque donnera commission au curé de prendre information près des gens dignes de foi de leur naissance, de leur âge, de leurs bonnes vie et mœurs. » (Conc. Trid., sess. XXIII, c. 5, De Ueform.)
« Il faut que ceux qui, après avoir donné des marques de piété et de iidélité dans les fonctions précédentes, sont élevés à l'ordre de prêtrise, aient
un bon témoignage, qu'ils soient préalablement reconnus par un sérieux examen capables d'enseigner au peuple les choses nécessaires au salut pour tout le monde et d'administrer les sacrements. Il faut qu'ils soient si recommandables par leur piété et la pureté de leurs mœurs, qu'on ait lieu d'espérer qu'ils porteront le peuple à la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres, et par le bon exemple qu'ils en donneront, et par la régularité de leur conduite. » (Ibid., c. 14, De Reform.)
Pourquoi l'Eglise exige-t-elle tant de perfection de la part de ses ministres? Elle vous en donne elle-même la raison : « Il n'y arien, nous dit-elle, qui porte plus continuellement les autres à la piété et aux saints exercices que la vie et l'exemple de ceux qui sont consacrés au service de Dieu ; car, comme on les voit élevés des choses du siècle à un état éminent, tous les autres jettent les yeux sur eux comme sur un miroir, et prennent d'eux ce qu'ils peuvent imiter. C'est pourquoi les ecclésiastiques, appelés à l'héritage du Seigneur, doivent tellement régler leur vie et toute leur conduite, que dans leurs habits, leur extérieur, leur démarche, leurs discours, et dans tout le reste, ils ne montrent rien qui ne soit plein de gravité, de modération et de religion, évitant même les fautes légères, qui seraient très-grandes en eux, afin que leurs actions impriment à tous le respect. » (Ibid., sess. xxii, c. '! , De Reform.)
Ecoutez le grand Apôtre qui nous explique de
quelle manière les évoques et les diacres doivenf >e conduire. « Il faut, dit-il, que l'évoque soit irréprochable, sinon célibataire, au moins veuf en premières noces ; qu'il soit sobre, prudent, grave et modeste, aimant à exercer Thospiialité, capable d'instruire; qu'il ne soit ni sujet au vin, ni violent, ni prompt à frapper, mais équitable et modéré, éloigné des contestations, désintéressé; qu'il gouverne bien sa propre famille, et qu'il maintienne ses enfants dans l'obéissance et dans toute sorte d'honnêteté. Car, si quelqu'un ne sait pas gouverner sa propre famille, comment pourra-t-il conduire l'Eglise de Dieu?
^< Que ce ne soit point un nouveau converti, de peur que, s'élevant d'orgueil, il ne tombe dans la même condamnation que le diable. Il faut encore qu'il ait bon témoignage de ceux qui sont hors de l'EgUse, de psur qu'il ne tombe dans l'opprobre et dans le piège du démon.
« Que les diacres pareillement soient honnêtes et bien réglés ; qu'ils ne soient point doubles dans leurs paroles, ni sujets à boire beaucoup de vin: qu'ils ne cherchent point de gain honteux ; mais qu'ils conservent le mystère de la foi avec une conscience pure. Ils doivent aussi être éprouvés auparavant, puis admis dans le ministère, s'ils ne se trouvent coupables d'aucun crime. » (I Tim. , m, 2.)
Je m'arrête; il faudrait vous citer presque en entier les lettres de saint Paul à Timolhée et à Tile, dans lesquelles il rappelle sans cesse à ces saints
évèques toutes les vertus qu'ils doivent pratiquer.
Saint Grégoire do Nazianzc nous dit aussi : « L'ordre naturel exige que l'honime se purifie avant de purifier les autres; qu'il acquière la sagesse avant de l'enseigner aux autres; qu'il devienne lumière avant d'éclairer les autres; qu'il s'approche de Dieu avant d'y conduire les autres, et enfin qu'il se sanctifie avant de sanctifier les autres. ))(Orat. I.)
Les ecclésiastiques sont d'ailleurs élevés à une dignité si haute qu'on ne peut en concevoir de plus sublime au ciel et sur la terre. « Il faut donc, dit saint Arhbroise, que ce qu'ils sont par leur profession ils le montrent bien plutôt par leur conduite que par le nom qu'ils portent, de telle manière que le nom soit en rapport avec leur conduite et que leur conduite réponde à leur dignité; qu'ils prennent garde que, tandis que leur dignité est sublime, leur vie ne soit basse, et que, leur profession étant divine, leur conduite ne soit répréhensiblc. » (Lib. De Dignit. sacerd., c. 3.)
Une des principales fonctions du prêtre est de prier pour le peuple, afin de le réconcilier avec Dieu. « Mais comment, dit saint Grégoire, pourrat-il demander pardon pour les autres s'il ignore ce que Dieu est à son égard, s'il est irrité contre lui ou non? Il doit trembler de remplir ce saint ministère, dans la crainte de provoquer plutôt la colère de Dieu par ses propres péchés que de le calmer par ses supplications. »
Enfin les ecclésiastiques doivent toujours porter
les fidèles à la vertu par leurs paroles et par leur conduite. C'est pourquoi Jésus-Christ les appelle la lumière du monde et le sel de la terre. Comment seront-ils l'un et l'autre s'ils se souillent de quelque péché? « Si celui qui est élevé à l'épiscopat, nous dit saint Isidore de Séville, commet quelque faute grave, il ne peut plus offrir de sacrifice au Seigneur. A plus forte raison ne doit-on pas recevoir à l'ordination celui qui est reconnu pécheur. C'est pourquoi, comme la loi défend de conférer la dignité sacerdotale aux pécheurs , que chacun s'examine et se souvienne que ceux qui auront été élevés aux plus hautes dignités dans ce monde seront châtiés plus sévèrement dans l'autre. Qu'il se retire donc et qu'il refuse non pas tant un honneur qu'une charge, et qu'il n'ambitionne pas d'occuper la place d'autres plus dignes que lui ; car celui qui est chargé d'instruire le peuple et de le former à la vertu doit être saint et irréprochable en toutes choses. Celui qui doit réprimander les pécheurs doit être lui-même exempt de péché; car de quel front oserait-il reprendre ses inférieurs, lorsque les coupables pourraient lui répondre sur-le-champ : Commencez d'abord par vous corriger vous-même? » fUb. II De écoles, off., c. 5.)
C'est assez vous faire voir que l'Eglise ne veut admettre à l'ordination que des hommes vertueux. Puisque les ecclésiastiques continuent l'œuvre de Jésus-Christ, ils doivent le représenter dans toute leur conduite.
Est-ce ainsi, mes frères, qu'ils sont considérés par nos libres penseurs? A les entendre, ce ne sont que des ambitieux, des orgueilleux, des avares, des paresseux, des hommes remplis de tous les vices. Il ne me sied pas, mes frères, de faire l'apologie du clergé; vous croiriez que je viens faire mon éloge à la face des autels. Je dirai avec plus de raison que saint Grégoire : Je déclarerai la vérité, quoi qu'il m'en coûte; car je sens que cette vérité me condamne. Eh bien ! je me condamnerai le premier, et je confesserai publiquement que je suis bien indigne du divin sacerdoce dont le Seigneur m'a revêtu. Aidez-moi, je vous en conjure, mes frères, par le secours de vos prières, afin que jamais je ne déshonore ma couronne sacerdotale, maïs que je sois toujours, par mes vertus, à la hauteur de ma vocation.
Mais quel est donc le but que poursuivent nos libres penseurs? Ils n'ont qu'une seule pensée, croyez-le bien, c'est de détruire le christianisme pour lui substituer leurs rêveries ; et comme ils ne peuvent l'attaquer de front, parce qu'il est fondé sur des bases trop solides, ils s'efforcent, par d'incroyables mensonges et des calomnies atroces, de perdre les prêtres dans l'estime publique. Y parviendront-ils? C'est à vous de répondre.
Les prêtres, dites-vous, sont des ambitieux ; mais, en supposant que cela soit, pouvez-vous leur jeter la pierre? Seriez-vous par hasard des modèles d'humilité? Le pouvoir civil est-il obligé d'user de
violence ou de contrainte pour vous faire accepter les emplois les plus honorables? Depuis quand méprisez-vous les honneurs et les dignités de la terre? Pourquoi blâmez-vous dans les prêtres ce que vous regardez comme Ircs-louable en vous-mêmes?
Les prêtres sont des ambitieux? Mais citez des faits. Rien n'est plus facile que d'accuser son prochain ; mais celui qui ne prouve pas la vérité de ses accusations est un calomniateur. Quels sont les ecclésiastiques que vous avez vus rechercher les dignités de ce monde? En connaissez-vous qui soient devenus préfets, ministres, ambassadeurs ou maréchaux de France ? Un évêque serait-il donc déplacé comme ministre des cultes?
Qu'il y ait des prêtres qui désirent l'épiscopat, cela ne serait pas plus étonnant que de voir des sous-préfets désirer devenir préfets, et des colonels aspirer au bâton de maréchal de France. N'est-ce pas, à vos yeux, une noble ambition? Et cependant l'Eglise en juge autrement que vous : elle regarde comme indigne de l'épiscopat quiconque en a formé le désir dans son cœur ; c'est une ambition criminelle.
V^oulez-vous dire que les prêtres ont la prétention de dominer sur les esprits par leur doctrine? Vous avez cent fois raison, et, loin de se justifier de cette accusation, ils la regardent comme un titre de gloire. Oh I que ne peuvent-ils étendre leurs conquêtes jusqu'aux extrémités du monde? N'estce pas pour cela que Jésus-Christ les a faits prê-
très? Il a dit à tous les évoques et à tous les prêtres dans la personne des apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, prêchez l'Evangile à toute créature. » Savez-vous ce que sont ces courageux missionnaires qui s'en vont porter le flambeau de la foi chez les infidèles et chez les barbares, et dissiper les ténèbres profondes dans lesquelles ils sont plongés? Ce sont de glorieux conquérants envoyés de Dieu pour soumettre tous les peuples au joug du divin Rédempteur. Pensez-vous qu'il y ait sur la terre une plus belle mission que celle de répandre partout avec l'Evangile les bienfaits de la civilisation?
Oui, mes frères, nous sommes vraiment dominateurs, et notre ambition s'élève bien au-dessus de celle des rois et des empereurs ; nous prétendons dominer les esprits, et eux n'ont d'empire que sur les corps. Ne sommes-nous pas revêtus de l'autorité de Dieu pour annoncer à tous les peuples ses volontés saintes et pour le faire régner dans le monde entier? Nous sommes dominateurs pour étendre le royaume de Jésus-Christ , pour procurer sa gloire et pour sauver les âmes. Nous sommes ambitieux comme Jésus-Christ, comme les martyrs, comme les apôtres et les docteurs de l'Eglise. Venez donc partager avec nous cette glorieuse mission, et vous aurez part à nos triomphes. Nous voulons sauver les âmes, instruire les ignorants, soutenir les faibles, encourager les forts, presser les lâches et les paresseux, ramener dans la voie
droite ceux qui s'égarent. Nous avons l'ambition de nous sacrifier pour tous, parce que nous voulons les sauver tous, même les philosophes et les libres penseurs.
Les véritables ambitieux ont une manière de parler et d'agir qui leur est propre ; ils étudient les goûts et les caprices des grands de la terre ; ils flattent les uns et ménagent les autres : c'est le moyen d'obtenir de l'avancement. Mais ils se gardent bien de les contredire. N'est-ce pas là ce que vous faites chaque jour, libres penseurs? Les vices deviennent des vertus dans tous ceux dont vous ambitionnez la faveur. Or, avez-vous vu jamais le sacerdoce catholique flatter les passions des princes et ramper devant les puissants du siècle? Où trouvez-vous des hommes qui parlent aux rois et aux empereurs comme les Basile, les Chrysostôme, les Ambroise, les Bernard, les Fénelon et les Bourdaloue? Tous les évêques et tous les prêtres n'ont pas sans doute cette grandeur d'âme ; mais si vous en rencontrez qui adorent les divinités de la terre, fustigez-les, attachez-les au pilori public, nous vous les abandonnons ; faites-leur expier leur idolâtrie, ils le méritent.
Dans un autre entretien, nous répondrons aux autres accusations ; et, en attendant, appliquezvous à vous-mêmes ce que nous venons de dire pour les ecclésiastiques.
Le prêtre doit donc posséder toutes les vertus, non seulement à cause de la sainteté de son mi-
nistère, mais encore parce que les difïicultés qu'il renconlre dans l'exercice de ses fonctions demandent, pour les surmonter, une foi vive, un grand courage, une patience à toute épreuve, une charité sans bornes.
Il n'est pas nécessaire sans doute que vous soyez saints pour être des vignerons habiles et d'excellents cultivateurs; mais n'oubliez pas que vous êtes participants du sacerdoce de Jésus-Christ, que vous n'êtes dans ce monde que pour glorifier votre Père céleste. Et comment le glorifierez- vous, si vous n'êtes pas saints? N'êtes-vous pas destinés à posséder Dieu dans le ciel? Comment le posséderezvous, si vous ne pratiquez toutes les vertus?
Une grande vertu vous est encore nécessaire pour vous résigner à toutes les peines qui vous sont réservées dans cette vallée de larmes. Occupés d'un travail incessant, c'est à peine si vous prenez quelques moments de repos. A la fin de votre vie, vous pourrez dire comme ces ouvriers de l'Evangile : « Nous avons supporté tout le poids du jour et de la chaleur. » Combien de fois, après avoir arrosé de vos sueurs et de vos larmes la terre que vous cultivez, n'avez-vous pas vu vos travaux détruits, vos espérances anéanties par toutes sortes d'accidents dont il vous est impossible de vous garantir? Que faire alors pour élever votre nombreuse famille? Où prendre chaque jour pour lui procurer la nourriture et le vêtement? Que devenir? Hélas ! votre repos, déjà si court, est encore troublé par les appréhensions d'un bien triste avenir
Mais, après que vous avez donné à vos enfants Je pain qui soutient le corps, ne devez-vous pas aussi leur procurer le pain qui nourrit l'âme? Ne faut-il pas les instruire et les former à la vertu ? Quelle tâche importante et difl&cile ! Il faut corriger leur mauvais caractère et leurs défauts nalulels. Si quelques uns sont dociles, il en est d'autres qui sont rebelles et opiniâtres. Quelle douceur et quelle fermeté ne vous faut-il pas pour les dompter et les porter au bien !
Ce n'est pas tout : vous avez encore à essuyer les mépris et les humiliations de tant d'hommes vains et orgueilleux qui s'arrogent le droit de regarder les autres avec dédain, parce qu'ils ont plus d'instruction ou plus de fortune. Dans tous les temps la simplicité du juste a été tournée en ridicule. N'est-ce pas pour vous soustraire à ces humiliations que vous travaillez à quitter votre modeste condition? Vous ignorez donc que partout ailleurs vous rencontrerez le même orgueil et même un plus grand qui vous fera bien plus souffrir encore ?
Croyez-moi, mes frères, à moins d'une vocation particulière, demeurez dans la condition où la Providence vous a placés. Si le monde vous raille, vous calomnie ou vous persécute, souvenez-vous qu'il a traité ainsi le Fils de Dieu, et le disciple n'est pas au-dessus du maître. Demeurez fermes dans la charité et la patience ; le monde ne vous censure que parce que vous ne partagez pas ses
folies et ses vices. N'est-ce pas votre plus belle
gloire?
Vous le voyez, si la vertu est nécessaire au prêtre pour remplir dignement les augustes fondions de son saint ministère, elle ne vous l'est pas moins pour glorifier Dieu en sanctifiant toutes vos œuvres et pour supporter patiemment toutes les épreuves delà vie. Faisons sans cesse de nouveaux progrès, et, à l'exemple de saint Paul, oublions le chemin que nous avons parcouru et ne voyons que celui qui nous reste à parcourir. Ranimons notre foi, affermissons notre espérance, enflammons nos cœurs de la plus vive charité. Portés sur les ailes de ces vertus divines, nous nous élancerons de la terre au ciel, comme le prophète sur son char de feu. Amen.