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LES ÉVÊQUES COURTISANS JUGÉS PAR LES GENS DU MONDE

Lemontey parle ainsi de Tépiscopat et du clergé de France sous Louis XIV : « On continua la dénomination de libertés de Péglise gallicane à ce qui aurait dû s''appeler simplement les libertés du trône. Quoique les biens de l'Eglise conservassent en apparence une destination religieuse, ils furent dans la réalité le patrimoine de la noblesse et le prix des services militaires. Des hommes d'armes en possédèrent d'abord une part considérable. Louis XIV continua lui-même, jusqu'en 1687, de conférer à des gentilshommes laïques des bénéOces simples et des pensions sur les évéchés et les ab-

bayes. Il eût même réussi, sans le refus persévérant du Pape, à réunir les grandes dotations ecclésiastiques aux commanderies de Tordre militaire de Saint-Louis... Au moyen des commendes, les riches et antiques monastères se transformaient en faveurs royales, et un partage léonin, y séparant le terrestre du spirituel, laissait le jeûne et la prière à la multitude des religieux, et dotait un abbé de cour de leur immense patrimoine. Les évêques plébéiens devinrent aussi rares que les officiers de fortune et furent considérés à peu près du même œil dans leur corporation... De ces éléments façonnés par le monarque sortit le haut clergé le plus décent et le moins apostolique de la chrétienté. Un prélat scandaleux y fut un phénomène aussi remarquable qu'un saint évêque, et les bonnes mœurs s'y fussent maintenues par la pureté du goût, si ce n'eût été par Tautorité du devoir. L'Eglise de France compta dans ses dignitaires presque autant d'hommes aimables et politiques, théologiens médiocres, courtisans polis, citoyens éclairés, membres tolérants d'un corps persécuteur. » Ce dernier mot est tout à fait faux. L'auteur faisait allusion à la manière dont étaient traités les jansénistes et les protestants. L'Eglise catholique n'a persécuté ni les uns ni les autres.

« Louis XIV, dit le même auteur, eut aussi de violents démêlés avec la cour de Rome; mais il la força toujours de fléchir, même quand la raison parla pour elle, comme dans" l'abolition des franchises. Quoique l'âme de ce prince passât par toutes les périodes d'une dévotion peu éclairée, il démêla toujours, jusque dans un âge avancé, les ambitions du Vatican. L'orgueil du roi le défendit contre les faiblesses de l'homme, et Tidolàtrie de lui-même resta sa première religion. Le clergé, qu'un secret penchant entraîne vers la domination romaine, sentit avec sa ûnesse ordinaire l'inégalité des forces, et donna au monarque plus que de la soumission. Si, après la célèbre assemblée de 1682 et même pendant sa tenue, la modération du roi n'eût été encore plus grande que le zèle des docteurs, la suprématie romaine courait de

grands périls, w Ce que racadémicicn moderne dit ici des dispositions du clergé de France en JOHS, un littérateur de cette époque-là même, Sandras de Courtilz, le disait déjà plus fortement dans le faux Testament de Coltert, oii, après woir parlé des archevêques de Paris et de Reims, il ajoute : >( Les autres qui composaient cette assemblée étaient à peu près de même trempe et si dévoués aux volontés de Votre Majesté, que, si elle avait voulu substituer TAlcoran à la place de TEvangile, ils y auraient donné leurs mains aussitôt. )) Voltaire dit de son côté dans son Siècle de Louis XIV : « Si le roi avait voulu, il était le maître de l'assemblée. » Le clergé français peut voir par ces exemples comment, dans ces occasions, il est jugé par les hommes du monde, de qui peutêtre Ton se promettait Testime et l'approbation.

Au reste, dans un rapport à l'assemblée de 1682, l'archevêque disait lui-même, en se servant des propres paroles dTves de Chartres : a Des hommes plus courageux parleraient peut-être avec plus de courage; de plus gens de bien pourraient dire de meilleures choses. Pour nous qui sommes médiocres en tout, nons exposons notre sentiment, non pour servir de règle en pareille occurrence, mais pour céder au 'emps et pour éviter de plus grands maux dont l'Eglise est menacée, si on ne peut les éviter autrement. » Sur quoi le P. d'Avrigny ajoute dans ses Mémoires ; L'application de ces paroles ne pouvait être plus juste.

» Cherchez avant tout le royaume de Dieu et sa justice, a dit Jésus-Christ, et tout le reste, c'est-à-dire les biens de ce monde, l'estime, la considération, la gloire, vous sera donné par surcroit. » L'histoire constate que tous les saints évêques et tous les saints prêtres ont été en butte aux calomnies et aux persécutions, ont été méprisés et vilipendés, mais pour un temps, et tous ont fini par conquérir Testime, le respect, la vénération et quelquefois l'admiration de leurs contemporains. Au contraire, les évêques et les prêtres qui veulent plaire au monde et qui sacrifient leurs devoirs dans des vues d'ambition ou d'intérêt personnel, obtiennent quel-

quefois des lionueurs et des dignités, mais jamais l^estime ni le respect de ceux-là même qu'ils ont flattés. Cette règle générale souffre bien peu d'exceptions. Que de fois nous avons entendu des gens du monde blâmer ouvertement certains prélats qu'ils fêtaient dans leurs châteaux et à qui ils prodiguaient les plus pompeux éloges en face ! Voilà le monde ; il est déjà le ministre de la justice de Dieu en punissant ses adulateurs par où ils pèchent.

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