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CONCOURS POUR LES CURES

Saint François de Sales ne donna jamais aucune cure qu'au concours. Ce grand saint y trouvait trois avantages inappréciables : 1° il n'était plus personnellement responsable du choix des sujets pour les différentes fonctions ecclésiastiques; 2» il se débarrassait de toutes les sollicitations qu'on aurait

pu lui faire pour obtenir les dignités ecclésiastiques; 3® et en- On il excitait puissamment par ce motif tous les prêtres à acquérir toutes les sciences ecclésiastiques dont ils ont besoin.

Il est rapporté dans la vie de saint Vincent de Paul que, toutes les fois que des évoques lui demandaient quels moyens ils devaient employer pour exciter dans leur clergé l'ardeur pour rétudC;, il leur répondait constamment : « Mettez en pratique les prescriptions du concile de Trente touchant le concours pour les cures. »

Nous avons entendu souvent faire une objection à cette loi de l'Eglise : « Ce ne sont pas les plus savants ecclésiastiques qui sont les meilleurs curés. » Cette objection suppose évidemment qu'on ignore le décret du saint concile de Trente. Nous croyons utile de le faire connaître tout entier.

« Il est fort expédient pour le salut des âmes, dit le saint concile, qu'elles soient gouvernées par des curés dignes et capables. Afin donc qu'on y puisse mieux et plus aisément réussir, le saint concile ordonne que quand une église paroissiale viendra à vaquer, soit par mort, par résignation, môme en cour de Rome, ou de quelque autre manière que ce soit, quand même on alléguerait que la charge des âmes appartient à l'église môme ou à l'évoque, et qu'elle serait desservie par un ou plusieurs prêtres, même à l'égard des églises qu'on appelle patrimoniales ou réceptives, dans lesquelles l'évêque a coutume de commettre le soin des âmes à un ou plusieurs ecclésiastiques, qui tous sont obligés par le présent concile de subir l'examen ci-après prescrit; quand de plus la même église paroissiale serait réservée ou affeclée généralement ou spécialement, en vertu même d'un induit ou privilège accordé en faveur des cardinaux de la sainte Eglise romaine, de quelques abbés ou chapitres, l'évêque, s'il en est besoin, sera obligé, aussitôt qu'il aura connu la vacance du siège, d'y établir un vicaire capable, avec assignation, selon qu'il le jugera à propos, d'une portion de fruits convenable pour supporter les charges de ladite église jusqu'à ce qu'on l'ait pourvue d'un curé.

c( Or, l'évêque, el celui qui a droit de patronage, nommera dans dix jours, ou tel autre temps que Tévêque aura prescrit, (quelques ecclésiastiques capables de gouverner l'église en présence des commissaires nommés pour l'examen. Il sera cependant libre aussi aux autres qui en connaissent quelques uns capables de cet emploi de porter leurs noms, afin qu'on iniisse ensuite faire une information exacte de Fâ-^e de la ])onne conduite et de la capacité de chacun d'eux. Et s'il semble le plus expédient à l'évêque ou au concile provincial, selon la coutume du pays, qu'on appelle par un mandement public ceux qui voudront être examinés, le temps déterminé étant passé, tous ceux dont on aura pris les noms seront examinés par l'évêque, ou, s'il en est empêché, par d'autres examinateurs qui ne seront pas moins de trois, et, en cas d'égalité ou de partage de votes, l'évêque ou son vicaire pourra voler en faveur de qui il jugera le plus à propos.

(( Les examinateurs seront proposés, au moins six tous les ans, par l'évêque ou son vicaire dans le synode diocésain, dont ils devront mériter l'agrément et l'approbation. Et si quelque église vient à vaquer, l'évêque choisira trois d'entre eux qui feront avec lui l'examen ; et quand une autre vacance aura lieu dans la suite, il pourra encore choisir les mêmes, ou trois autres, tels qu'il voudra, entre les six. Seront pris pour examinateurs des maîtres, ou docteurs ou licenciés en théologie ou en droit canon ou autres clercs, soit réguliers, même des ordres mendiants, soit séculiers, qui paraîtront les plus capables de cet emploi, et tous jureront sur les saints Evangiles qu'ils rempliront fidèlement leur charge, sans égard à aucun intérêt humain. Ils se garderont bien de jamais rien prendre ni avant ni après à raison de cet examen ; autrement eux et ceux qui leur donneront encourront le crime de simonie, dont ils ne pourront être absous qu'en quittant les bénéfices qu'ils possédaient rnême auparavant, de quelque manière que ce fût, et demeureron inhabiles à jamais en avoir d'autres. Et de tout ceci ils seront tenus de rendre compte non seulement devant Dieu, mais

^.ïième, s'il en est besoin, devant le synode provincial, qui pourra les punir sévèrement à sa discrétion, s'il se découvre qu'ils aient fait quelque chose contre leur devoir.

« L'examen étant ensuite achevé, on déclarera tous ceux que les examinateurs auront jugés capables de gouverner réalise vacante par la maturité de leur âge, le^irs mœurs, leur savoir, leur prudence, et toutes les autres qualités nécessaires à cet emploi; et, entre eux tous, Tévêque choisira celui qu'il jugera préférable par-dessus tous les autres, et la collation se fera à lui, et non à un autre, par celui à qui appartiendra la collation.

« Si elle est de patronage ecclésiastique, et que l'institution en appartienne à l'évêque et non à un autre, celui que le patron aura jugé le plus digne entre ceux qui auront été approuvés par les examinateurs, sera par lui présenté à l'évêque pour être pourvu. Mais quand l'institution devra être faite par un autre que par l'évêque, alors l'évêque seul, entre ceux qui sont dignes, choisira le plus digne, qui lui sera présenté par le patron à qui appartient l'institution.

« Que si l'église est de patronage laïque, celui qui sera présenté par le patron sera examiné par les mêmes commissaires députés comme dessus, et ne sera point admis, s'il n'est trouvé capable. Et dans tous les cas susdits, on ne pourvoira de ladite église aucun autre que l'un des susdits examinés et approuvés par les examinateurs, suivant la règle ci-dessus prescrite, sans qu'aucune dévolution ou appel interjeté même par-devant le Siège apostolique, les légats, les vicelégats ou nonces dudit Siège, ni devant aucuns évêques ou métropolitains, primats ou patriarches, puisse arrêter l'effet du rapport desdits examinateurs, ni empêcher qu'il ne soit mis à exécution. Autrement le vicaire que l'évêque aura déjà commis à son choix pour un temps, ou qu'il commettra peut-être dans la suite à la garde et conduite de l'église vacante, n'en sera point retiré jusqu'à ce qu'on l'en ait pourvu lui-même, ou un autre approuvé et élu comme dessus. Et toutes provisions et institutions faites hors la forme susdite

seront censées subreptices, nonobstant à ce décret, exemptions, induits, privilèges, préventions, affectations, nouvelles provisions, induits accordés à certaines universités, même jusqu'à une certaine somme, et autres empêchements quels qu^ils soient.

(( Toutefois, si les revenus desdites paroisses sont si petits, qu'ils ne méritent pas qu'on s'expose aux formalités de tout cet examen, ou s'il n'y a personne qui veuille s'y soumettre, ou si, à raison des factions manifestes ou des dissensions qui se rencontrent en quelques lieux, de plus grandes querelles et tumultes pouvaient facilement s'élever, l'ordinaire pourra, si, selon sa prudence, avec l'avis des commissaires députés, il le juge expédient, omettre ces formalités et s'en tenir à un autre examen particulier, en observant néanmoins les autres choses prescrites ci-dessus. Il sera permis aussi au concile provincial, s'il juge qu'il y a à ajouter ou à retrancher dans ce qui est prescrit ci-dessus pour la forme de l'examen, de le faire. » (Conc. Trid., sess. xxiv, c. 18.)

L'évêque est donc obligé de choisir, non le plus savant, mais le plus digne, parmi tous ceux que les examinateurs ont jugés capables de remplir l'emploi vacant, par la maturité de leur âge, leurs mœurs, leur savoir, et toutes les autres qualités nécessaires à cet emploi.

Heureuse nécessité pour l'évêque de ne pouvoir choisir des nullités, mais que des sujets dignes et capables pour toutes les cures ! Adieu le favoritisme, cette grande plaie de l'Eglise !

XP INSTRUCTION

Des enipêclteiiieiits à la réception des saint» Orcireis.

Manus cito ncmini imposneris, nequc communicaveris pcccalis alienis.

N'imposez légèrement les mains ù personne, et ne vous rendez point participant des péchés d'aulrui.

(ITiM., Y, 22.)

Il y a dans la société civile, mes frères, des fonctions lellement graves, que le pouvoir exige certaines garanties de la part de ceux à qui il les confie, et la loi déclare inhabiles à les exercer ceux qui en sont dépourvus, Le prenaier venu ne saurait être ingénieur, percepteur, pas même instituteur primaire. Celui qui aspire à remplir de telles charges doit réunir en lui certaines qualités intellectuelles et morales que l'on croit nécessaires à l'accomplissement des devoirs attachés à ces divers emplois. Ainsi, dans la société religieuse, l'Eglise a porté des empêchements de mariage pour sauvegarder l'honneur des époux, l'intérêt matériel et spirituel des enfants. Mais comme les fonctions du sacerdoce sont beaucoup plus sublimes et plus

graves que celles des époux chrétiens, ne soyez pas surpris qu'elle ait aussi établi des empêchements à la réception des saints ordres, et qu'elle ait déclaré que quiconque serait lié par l'un ou l'autre de ces empêchements, ne pourrait sans péché recevoir le sacrement de l'Ordre ou en exercer les fonctions, si déjà il l'avait reçu.

L'aspirant au sacerdoce doit réunir toutes les vertus, et comme les empêchements dont nous parlons supposent en lui quelque défaut grave dans Tune ou l'autre des vertus théologales ou morales, ou du moins des inclinations qui leur sont contraires, vous comprenez aussitôt pourquoi l'Eglise les a portés. Nous allons vous en dire quelques mots, en les mettant en regard des sept vertus chrétiennes.

1° La première vertu est la foi, et le premier empêchement est l'hérésie, le schisme ou l'apostasie. Cela se conçoit : la fonction la plus importante d'un ministre de Jésus-Christ est d'annoncer l'Evangile et de l'expliquer aux fidèles. Ne faut-il pas qu'il possède lui-même la connaissance certaine et positive de toutes les vérités de la foi chrétienne? Mais s'il est hérétique ou apostat, il n'a plus la foi ; comment pourrait-il l'inspirer à ses auditeurs ? Au lieu d'enseigner la vérité catholique, ne saisira-t-il pas toutes les occasions pour répandre son hérésie? Loin de sauver les âmes, il les perdra pour toujours; car l'expérience prouve qu'il est plus difficile et plus rare de ramener à la

vraie foi ceux qui l'ont perdue que de convertir les plus grands pécheurs.

Le schismalique ne s.erait pas moins à craindre; car il travaillerait plutôt dans l'intérêt de sa secte que pour l'avantage de la sainte Eglise.

Cependant, lorsque les hérétiques, lesschismaliques et les apostats sont, sincèrement convertis, le Saint-Siège dispense volontiers de cet empêchement; souvent l'Eglise a conféré la dignité sacerdotale à des ministres protestants après qu'ils avaient abjuré l'hérésie et s'étaient bien affermis dans la foi catholique. Elle espérait que ces nouveaux convertis travailleraient avec plus de zèle, plus d'habileté et de succès à la conversion de leurs coreligionnaires, et l'expérience a fait voir qu'elle ne s'était pas trompée. Quoi de plus propre à frapper les esprits d'étonnement que de voir des hommes savants renoncer volontiers à de gros traitements ou à de brillantes carrières pour embrasser l'état ecclésiastique, si pauvre et si méprisé? Chacun se dit : Il n'y a qu'une conviction profonde, une intention pure et droite qui aient pu inspirer une semblable détermination. Il n'est donc pas surprenant que ces prêtres, venus de l'hérésie, du schisme ou de l'incrédulité, aient souvent exercé une influence extraordinaire sur leurs contemporains.

Le second empêchement est la réitération du Baptême. Il n'y a guère que des hérétiques qui puissent faire une pareille injure à ce sacrement.

2° La seconde vertu est l'espérance. Or, le troisième empêchement consiste à recevoir les ordres d'une manière illégitime, le quatrième à les usurper, et le cinquième à les exercer contre la défense de l'Eglise. Ainsi il encourt un empêchement celui qui est ordonné sans avoir subi d'examen ou sans l'approbation de l'évoque, ou qui est ordonné par un évêque excommunié, suspect, interdit, hérétique ou schismatique, ou qui est ordonné sans le consentement formel de son épouse, s'il est engagé dans le mariage.

Un clerc usurpe les ordres lorsqu'il remplit sérieusement, sciemment et solennellement les fonctions d'un ordre qu'il n'a pas reçu ; il les exerce contre la défense de l'Eglise lorsqu'il les remplit sciemment, quoique frappé d'une censure ou d'une pejne canonique , telle que la suspense ou l'interdit.

Pourquoi ces trois empêchements? Parce que l'Eglise ne voit dans celui qui agit de la sorte qu'une orgueilleuse présomption qui le perdra infailliblement ou le jettera dans une voie très-dangereuse. Il est évident qu'il est plein de confiance en luimême, dans son habileté et ses talents. II ne comprend pas que le salut d'une seule âme est une œuvre divine qui exige l'exercice de la toute-puissance de Dieu. Lors même que tous les anges se réuniraient pour convertir un pécheur, ils n'y parviendraient jamais sans la grâce de Dieu. L'espérance chrétienne est donc défectueuse dans celui

qui usurpe les ordres, les reçoit ou les exerce contre la défense de l'Eglise. Il ressemble à un navire dépourvu de son ancre : il se brise bientôt, battu par les flots et emporté par la tempête contre quelque rocber.

3° La troisième vertu est la charité, et le sixième empêchement est celui d'homicide ou de mutilation, soit que l'acte ait été fait par soi-même ou par d'autres, ou qu'on y ait concouru par action ou seulement par conseil. Le septième est le défaut de douceur, et il comprend tous ceux qui concourent même justement à un homicide ou à une mutilalion, comme sont les juges, les bourreaux et les soldats, les accusateurs publics, les avocats, les procureurs, les témoins à charge et les greffiers, lorsqu'il s'agit d'une affaire capitale.

Ces deux empêchements supposent dans Thomme ou un grand défaut de charité, ou une absence de dévouement, ou une certaine opposition avec l'esprit de Jésus-Christ. Tous les ordres, dit saint Thomas, se rapportent au sacrement de l'Eucharistie, qui est le sacrement de la paix, puisque c'est par l'effusion du sang de Jésus-Christ que nous avons été réconciliés avec Dieu. Or, l'homicide ou la mutilation ne sonl-ils pas directement opposés à l'esprit de paix, et celui qui y concourt ne ressemble-t-il pas plutôt à ceux qui ont fait mourir Jésus- Christ qu'à Jésus-Christ lui-même, qui s'est immolé pour le salut du monde? Non seulement il nous a comblés de bienfaits, mais il a donné sa vie pour

nous, il a prié et demandé pardon pour ses bourreaux, et il aurait voulu qu'il n'y eût plus d'autre sang versé que le sien. Il n'a donc pas cet esprit de sacrifice et d'immolation celui qui concourt à un homicide ou à une mutilation, môme pour des raisons légitimes.

i'' La quatrième vertu est la prudence, et le huitième empêchement est le défaut de jugement ou de raison saine. Pour ce motif, l'Eglise éloigne des ordres les énergumènes, les lunatiques, les épileptiques et les insensés. C'est une règle de sens commun. Personne n'est revêtu de la dignité sacerdotale si ce n'est pour travailler à la sanctification des âmes. N'est-ce pas le ministère qui exige la plus grande prudence, le plus de jugement et de raison ? Un prêtre vertueux qui manque de jugement mettra le trouble dans une paroisse ou commettra des imprudences qui paralyseront tous ses efforts. L'Eglise doit donc repousser tous ceux qui sont dépourvus de jugement.

5° La cinquième vertu est la justice, et le neuvième empêchement est le défaut d'une bonne réputation , le dixième le défaut de naissance légitime, le onzième le défaut de liberté. De là sont inhabiles à recevoir les saints ordres tous ceux qui sont déclarés infâmes, soit par jugement d'un tribunal, soit par l'opinion publique, comme ceux qui sont reconnus coupables de simonie, de violence exercée contre les cardinaux ou les évêques, de lèse-majesté, de parjure, de trahison, de rapine,

d'usure, et en général de tout crime contre la moralité. Les enfants des personnes ainsi diffamées sont aussi repoussés : au lieu d'édifier les fidèles, leur promotion les scandaliserait.

Il en est de même des enfants qui ne sont pas nés de légitime mariage. Encore que devant Dieu ils soient très-innocents d'une faute dont leurs parents sont seuls responsables, l'opinion publique regarde néanmoins le défaut de naissance légitime comme une tache et une honte. D'un autre côté, il n'arrive que trop souvent que ces enfants illégitimes ont contracté comme un second péché originel et se sentent plus fortement entraînés au mal que les autres enfants.

Le défaut de liberté existe chez les esclaves, les personnes mariées et tous ceux qui sont occupés d'une administration qui les rend justiciables devant les tribunaux, parce qu'ils pourraient être impliqués dans des affaires très-fâcheuses et gravement compromettantes pour le caractère sacerdolal.

Vous voyez l'opposition de ces empêchements avec la vertu de justice. L'Eglise ne confère une si haute dignité qu'à ceux qui peuvent travailler efficacement au salut des âmes et sans blesser les intérêts du prochain.

G° La sixième vertu est la force, et le douzième cmpcchemenl est le défaut d'âge , le treizième la non observation des interstices, et le quatorzième l'ordination par bond ou par saut. Ces empêche-

mcnts supposent dans le sujet un défaut de force morale.

L'Eglise a dû établir différents âges avant lesquels il ne serait pas permis de conférer les ordres. Ainsi un jeune homme ne saurait recevoir la tonsure ou les quatre ordres mineurs avant quatorze ans accomplis, le sous-diaconat avant vingt et un ans, le diaconat avant vingt-deux ans, la prêtrise avant vingt-quatre ans, et l'épiscopat avant vingt-sept ans. Quel est donc le but de l'Eglise? C'est d'avoir à son service des hommes d'une vertu éprouvée et par conséquent doués d'une grande force morale. Elle veut donc que tous gardent les intervalles de temps qu'elle a déterminés elle-même pour recevoir les différents ordres, afin qu'ils aient le temps d'acquérir les connaissances nécessaires et de se perfectionner dans la pratique de toutes les vertus ecclésiastiques. Elle défend donc, pour ce motif, d'anticiper sur le temps fixé par elle, ou de monter à un ordre plus élevé sans avoir reçu celui qui précède, c'est-à-dire d'être ordonné par bond ou par saut.

7"^ La septième vertu est la tempérance, et le quinzième empêchement en implique le défaut. Ainsi l'Eglise exclut des ordres les hommes veufs en secondes noces et ceux qui montrent des tendances prononcées à l'impureté ou à l'ivrognerie. Vous en sentez la raison. Comment pourrait prêcher la morale celui qui serait lui-même sans moralité? Ses auditeurs ne seraient-ils pas plus portés à suivre ses exemples que ses leçons?

Tels sont, mes frères, les empêchements à la réception du sacrement de l'Ordre, et l'intention de l'Eglise est qu'ils soient fidèlement observés. C'est pourquoi, lorsqu'on fait les publications d'un acolyte qui doit être promu au sous-diaconat, vous êtes obligés, en conscience et sous peine de faute grave, de révéler aux supérieurs ecclésiastiques les empêchements qui sont à votre connaissance et qui s'opposent à son élévation aux ordres sacrés. Sachez bien que si c'est un grand malheur qu'un mariage se célèbre contre les lois de l'Eglise, c'est une calamité qu'un sujet indigne soit promu aux ordres; il sera un jour l'opprobre et le scandale de la religion elle-même.

Lorsque des époux ont des raisons légitimes de demander la dispense des empêchements qui s'opposent à la célébration de leur mariage, l'Eglise ne fait aucune difficulté de la leur accorder. De même l'aspirant au sacerdoce peut obtenir dispense des empêchements qui s'opposent à son ordination. Il adresse sa demande au Saint-Siège, qui juge dans sa sagesse s'il y a lieu d'accorder ou de refuser la faveur qu'on sollicite.

Cette sollicitude de l'Eglise à éloigner du sanctuaire tous ceux qui n'offrent pas les garanties désirables de science et de moralité, doit vous faire comprendre qu'elle est loin d'autoriser les désordres ou les scandales de quelques uns de ses membres. Ne seriez-vous pas tentés de croire qu'elle prend un excès de précautions? Ahl c'est qu'elle

connaît le prix des âmes ; elle sait que Jésus-Christ, son divin Epoux, a versé tout son sang pour les sauver. Elle ne veut donc les confier qn'à des hommes éminenls par leur science et leur sainteté, ou au moins capahles d'édifier le monde par leurs discours et par toute leur conduite.

Cependant, mes frères, que peut le zèle le plus ardent, le plus sage, le plus courageux, lors môme qu'il est appuyé de l'exemple de toutes les vertus, si ceux qui occupent le premier rang dans la société civile scandalisent les autres par leurs conversations, leurs propos impies ou licencieux, leur conduite païenne? Si les scandales des prêtres sont effroyables, ceux des grands du monde, des riches et des puissants ne le sont guère moins.

Qu'est devenu le temps où les magistrats et les hommes influents des villes et des campagnes se glorifiaient de leur fidélité aux lois de Dieu et de l'Eglise? Tous assistaient pieusement à la sainte Messe et à tous les offices de la paroisse les jours de dimanche et de fête, fuyaient les cabarets et observaient les lois du jeûne et de l'abstinence, de sorte qu'ils n'avaient qu'à dire à leurs enfants et à leurs domestiques : Soyez nos imitateurs comme nous le sommes de Jésus-Christ. Que les leçons sont efficaces lorsqu'elles sont soutenues par l'exemple !

Combien tout est changé I La plupart des hommes puissants par leur autorité ou par leur fortune ont détourné leurs regards du ciel et ont concentré

toutes leurs affections dans les choses d'ici-bas. Ils n'ont plus de pensée ni de souci que pour rechercher les honneurs, les richesses et les plaisirs. Pour eux, le dernier mot de la science et de la sagesse est la satisfaction de la chair et des sens; jouir et jouir toujours, telle est leur devise. Quel aveuglement I

Si le clergé, durant le dernier siècle, avait rempli fidèlement ses devoirs, la grande révolution qui a bouleversé toute la France n'aurait pas eu lieu, et, parce qu'il était le premier et le plus grand coupable, c'est lui qui a été le premier et le plus sévèrement châtié. Mais les nobles et les riches avaient été ses complices, et ils ont partagé ses afflictions et ses malheurs. Prenons-y garde, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Il y a trente ans que les gens du monde et les hommes influents arrachaient la foi du cœur de leurs amis, de leurs parents, de leurs ouvriers, et enfin de tout le peuple chrétien. Ils ne cessaient de répéter que tout ce qu'enseignent les prêtres n'est que fable et songe creux, et que tout meurt avec le corps. Mais les ouvriers et tous les hommes sans aveu ont raisonné, et ils ont dit : S'il n'y a pas de récompense à espérer dans l'autre monde, nous sommes les plus malheureux des hommes. El pourquoi n'aurions-nous pas notre part de paradis dans ce monde? Est-ce que ceux qui possèdent les richesses sont d'une autre nature que nous? N'avonsnous pas le môme droit qu'eux? N'est-ce pas nous

qui cultivons la terre et lui faisons produire ses riches moissons? N'est-ce pas nous qui confectionnons ces belles clorfes dont ils se parent, tandis que nous ne portons que des vêtements en lambeaux? Ne sommes-nous pas les plus nombreux et les plus forts? Qui nous empêche de serrer nos rangs et de reconquérir nos droits? Qui sait si le sort ne décidera pas en notre faveur?

Comment avez-vous répondu à ces raisonnements? En recourant à la force, en vous servant du sabre et du canon. Mais on ne prend pas les erreurs au collet, on ne fusille pas les faux principes, on ne renferme pas dans les cachots les mauvaises doctrines.

Mais ces doctrines subversives sont contenues dans vos principes, et vous avez fourni aux insurgés des armes qu'ils ont tournées contre vous. Ne leur avez-vous pas répété mille fois qu'il n'y a pas d'autre enfer que la pauvreté, ni d'autre paradis que la fortune? Ils ont dit avec leur inflexible logique : Cherchons avant tout et par tous les moyens le bonheur dans ce monde. S'il n'y a point d'enfer, il n'y a plus ni vice ni vertu ; le vice est la maladresse ou la défaite; la vertu, c'est l'habileté et le succès. Soyons les plus forts, et nous serons les plus vertueux, les plus justes et les plus heureux; tout nous sera permis.

Comprenez-vous que ces insurgés n'étaient coupables que de bien raisonner, et que tout leur crime consistait à être bons logiciens? Mais c'était vous,

hommes du monde, hommes sans religion, qui étiez les vrais coupables, puisque c'est vous qui avez répandu ces principes désastreux dans la société, et c'est vous qui en répondrez devant Dieu et devant l'histoire. Ouvrez donc les yeux, vous surtout qui, par votre rang, votre autorité ou votre fortune, êtes placés au-dessus des autres, et sachez bien que vous récolterez toujours ce que vous aurez semé. Si vous semez des principes d'incrédulité, vous moissonnerez la révolte, le pillage, la guerre civile. Si vous brisez les liens qui enchaînent le lion, il se jettera sur vous et vous dévorera.

C'est du sommet de la société que descendent dans les autres classes l'indifférence et l'incrédulité; mais ensuite c'est l'incrédulité qui fomente l'insurrection et la révolte contre ceux qui possèdent. On dit que Saturne dévorait ses enfants ; mais ici c'est tout le contraire, ce sont les enfants qui dévorent leurs pères.

Soyez donc les premiers à mettre en pratique la doctrine que vous enseigne votre pasteur. Votre exemple sera tout puissant sur vos frères, et ils se feront gloire de marcher sur vos traces. Tous ensemble vous passerez vos jours dans la paix, l'ordre et le bonheur. Amen,

M. ÉMERY FAIT LE CATÉCHISME A NAPOLÉON l" ET A SES ÉVÊQUES COURTISANS.

Dans une matinée de la fin de mars 1811, non seulement tous les membres du comité ecclésiastique, mais encore les conseillers et les grands dignitaires de l'empire, furent inopinément convoqués à une audience impériale. L'empereur parut dans un appareil extraordinaire, et ouvrit la séance par un discours très-véhément contre le Pape. C'était un tissu des principes erronés de faits absolument faux, de calomnies atroces et de maximes très-opposées à celles de l'Eglise; cependant aucun des cardinaux ni des évêques présents ne parut chercher à faire valoir la vérité contre la force et la puissance. Heureusement il s'y trouva un prêtre.

Après avoir parlé avec la violence de la colère. Napoléon regarda tous les assistants, puis il dit à Tabbé Emery : « Monsieur , que pensez-vous de l'autorité du Pape ? » L'abbé Emery, directement interpellé, jeta les yeux avec déférence sur les évêques, comme pour demander la permission d'opiner le premier, et il répondit : « Sire, je ne puis avoir d'autre sentiment sur ce point que celui qui est contenu dans le catéchisme enseigné par vos ordres dans toutes les églises. A la demande : Qu'est-ce que le Pape? on répond qu'il est le chef de l'Eglise, le vicaire de Jésus-Christ, a qui tous les chrétiens doivent l'obéissance; or, un corps peut-il se passer de son chef, de celui à qui, de droit divin, il doit l'obéissance? w Napoléon fut surpris de cette réponse; il paraissait attendre encore que l'abbé Emery continuât de parler. Le prêtre octogénaire ne redoutait rien, et il reprit : « On nous oblige, en France, de soutenir les quatre articles de la déclaration du clergé, mais il faut en recevoir la doctrine dans son entier; or, il est dit aussi, dans le préambule

de cette déclaration, que le Pape est le chef de TEglise, à quî tous les chrétiens doivent l'obéissance, et de plus on ajoute que ces quatre articles, décrétés par rassemblée, ne le sont pas tant pour limiter la puissance du Pape que pour empêcher qu'on ne lui accorde pas l'essentiel. » Ici l'abbé Emery entra dans un assez long développement des quatre articles, montrant que, quoiqu'ils parussent limiter la puissance du Pape en quelques points , cependant ils lui reconnaissaient une autorité si grande et si universelle, qu'on ne pouvait pas s'en passer dans l'Eglise. L'abbé Emery déclara ensuite que si, comme on le disait, on assemblait un concile, il n'aurait aucune valeur s'il était disjoint du Pape.

Napoléon, vaincu sur ce point, murmura le mot catéchisme et reprit : «Eh bien ! je ne vous conteste pas la puissance spirituelle du Pape, puisqu'il l'a reçue de Jésus-Christ; mais Jésus-Christ, je l'ai déjà dit, ne lui a pas donné la puissance temporelle ; c'est Charlemagne qui la lui a donnée, et moi, successeur de Charlemagne, je veux la lui ôter, parce qu'il ne sait pas en user, et qu'elle lui empêche d'exercer ses fonctions spirituelles. Monsieur Emery, que pensez-vous de cela? — Sire, Votre Majesté honore le grand Bossuet et se plaît à le citer souvent ; je ne puis avoir d'autre sentiment que celui de Bossuet dans sa Défense de la déclaration du clergé, qui soutient que l'indépendance et la pleine liberté du chef de la religion sont nécessaires pour le libre exercice de la suprématie spirituelle dans l'ordre qui se trouve établi de la multiplicité des royaumes et des empires. Sire, Bossuet parle ainsi : « Nous savons bien que les pontifes c( romains et l'ordre sacerdotal ont reçu de la concession <( des rois et possèdent légitimement des biens, des droits, « des principautés [imperia), comme en possèdent les autres •( hommes à très-bon droit. Nous savons que ces possessions, u en tant que dédiées à Dieu, doivent être sacrées, et qu'on t( ne peut, sans commettre un sacrilège, les envahir, les « ravir et les donner à des séculiers. On a concédé au Siège « apostolique la souveraineté de la ville de Rome et d'autres

« possessions^ afin que le Saint-Siège, plus iibçe et plus (( assuré, exerçât sa puissance sur tout Tunivers. Nous en « félicitons non seulement le Siège apostolique, mais encore « TEglise universelle, et nous prions de tous nos vœux que « de toutes manières ce principat sacré demeure sain et « sauf. »

Napoléon, après avoir écouté avec patience, prit doucement la parole, comme il faisait toujours quand il était hautement contredit, et parla ainsi : « Je ne récuse pas l'autorité de Bossuet ; tout cela était vrai de son temps, où TEurope reco nnaissait plusieurs maîtres: il n'était pas convenable que le Pape fût assujetti à un souverain particulier. Mais quel inconvénient y a-t-il que le Pape me soit assujetti à moi, maintenant que l'Europe ne reconnaît d'autre maître que moi seul? » L'abbé Emery fut un peu embarrassé, parce qu'il ne voulait pas donner des réponses qui blessassent l'orgueil individuel. Il se contenta de dire qu'il pouvait se faire que les inconvénients prévus par Bossuet n'eussent pas lieu sous le règne de Napoléon et sous celui de son successeur; puis il ajouta : « Mais, Sire, vous connaissez aussi bien que moi l'histoire des révolutions; ce qui existe maintenant peut ne pas toujours exister; à leur tour, les inconvénients prévus par Bossuet pourraient reparaître. Il ne faut donc pas changer un ordre si sagement établi. »

Comme les évêques de la commission voulaient que l'empereur envoyât un message au Pape pour luiçroposer que, dans le cas où il ne donnerait pas l'institution canonique dans les six mois de la nomination, le métropolitain fût autorisé à la donner en son nom, Napoléon interrogea l'abbé Emery sur ce point, désirant savoir s'il croyait que le Pape ferait cette concession. L'abbé Emery ayant déclaré qu'il croyait que le Pape ne la ferait pas, parce que ce serait anéantir son droit d'institution. Napoléon se tourna vers les évêques en disant : « Vous vouliez me faire faire un pas de clerc, en m'engageant à demander au Pape une chose qu'il ne doit pas m'accorder. »

Avant que la séance finît, Napoléon dit à l'un des évêques: « Ce que M. Emery m'a répondu sur la définition du catéchisme est-il vrai? » Après avoir entendu la réponse affirmative, Napoléon se disposa à se retirer. Quelques prélats ayant voulu lui dire que Tabbé Emery, accablé d'un grand âge, lui avait peut-être déplu ; « Vous vous trompez, reprit Tempereur, je ne suis pas irrité contre l'abbé Emery ; il a parlé comme un homme qui sait et qui possède son sujet : c'est ainsi que j'aime qu'on me parle. M. Emery ne pense pas comme moi ; mais chacun doit avoir ici son opinion libre. » Lorsqu'il sortit. Napoléon, en passant devant Tabbé Emery, le salua avec un sentiment mêlé d'estime et de respect. Depuis, lorsque le cardinal Fesch voulait parler affaires ecclésiastiques avec Napoléon, celui-ci lui disait: « Taisez-vous, vous êtes un ignorant. Où avez-vous appris la théologie ? C'est avec M. Emery, qui la sait, que je dois m'en entretenir. » L'empereur disait aussi : « Un homme tel que M. Emery me ferait faire tout ce qu'il voudrait, et peut-être plus que je ne devrais. » M. Emery a eu du bonheur de ne pas être interdit pour avoir ainsi manqué de respect à l'empereur en lui disant la vérité, et pour s'être permis de prendre la parole en présence des évêques. Ou l'a excusé à cause de son grand âge ; puis, il est mort un mois après.

XIP INSTRUCTION.

De l'obéissance liiërarcliic|ue.

Obedile prœpositis vesiris, et subjacele eis.

Obéissez à vos supérieurs, et soyez-leur soumis. (IIeb., xiii, 17.)

Le sacrement de l'Ordre, comme tous les sacrements des vivants, confère la grâce sanctifiante et la grâce sacramentelle à tous ceux qui le reçoivent avec de saintes dispositions. Nous vous avons fait connaître précédemment en quoi consistent ces deux grâces (1). Il communique aussi un certain pouvoir spirituel, selon les divers ordres qu'on reçoit, comme nous vous l'avons expliqué en commençant nos instructions sur le sacrement de l'Ordre. Il nous reste donc à vous parler et des obligations qu'il impose et des devoirs que vous avez vous-mêmes à remplir envers ceux qui sont honorés de la dignité sacerdotale.

Et d'abord quelles sont les obligations des prê-

(1) Voir Déification de Vhomme par la grâce et Instructionsur les sacrements en général.

trcs? Elles résultent évidemment de la fin même du sacerdoce. Or, Jésus-Christ a établi les prêtres pour continuer son œuvre, c'est-à-dire pour sauver les âmes en leur appliquant la vertu salutaire de ses mérites, pour convertir les pécheurs, pour les arracher aux mauvaises passions, à la vie des sens, et les faire vivre de la vie surnaturelle et divine. Ne faut-il pas dès lors qu'ils soient eux-mêmes des hommes tout célestes et entièrement détachés de ce monde sensible? Pourraient-ils s'élever euxmêmes jusqu'au ciel et pourraient-ils y conduire les autres s'ils ne prenaient leur point d'appui dans le ciel? N'est-ce pas à eux que saint Jean adresse plus particulièrement ces paroles : « N'aimez pas le monde ni les choses qui sont dans le monde; car tout ce qui est dans le monde est concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie. ») Cette triple concupiscence qui domine en souveraine dans le monde n'est autre chose que l'orgueil, la cupidité et la volupté; et ce sont comme trois gouffres qui engloutissent les âmes et les précipitent dans les abîmes éternels. Le prêtre est donc obligé, par la nature même de sa vocation, de déclarer une guerre implacable à ces trois tyrans qui font du genre humain comme un troupeau d'esclaves.

Mais, pour vaincre et pour triompher dans ce grand combat, n'cst-il pas obligé de conformer sa conduite à ses enseignements? Que diraient les fidèles s'ils le voyaient orgueilleux, avare et sen-

sucl, tout en prêchant l'humilité, le mépris des biens de ce monde et la mortification? Il faut donc qu'il donne lui-mômc et le premier l'exemple de toutes les vertus qu'il est chargé d'inspirer aux autres. De là quatre principales obligations, savoir : la soumission envers ses supérieurs, le détachement de lui-même et des choses sensibles, l'observation de la loi du célibat et la récitation de l'office divin.

Ecoutez ce que dit l'Eglise touchant la soumission des évêques : « Le malheur des temps et la malignité des hérésies qui se fortifient obligent à ne rien négliger de ce qui peut paraître utile à l'édification des peuples et à la défense de la foi catholique. C'est pourquoi le saint concile ordonne à tous les patriarches, primats, archevêques, évêques et tous autres qui doivent assister aux conciles provinciaux, qu'ils reçoivent publiquement toutes les choses qui ont été définies et ordonnées par ce concile, qu'ils promettent et protestent une véritable obéissance au Souverain Pontife. » (Conc. Trid. , sess. xxv, c. 2.)

Au moment de leur consécration, tous les évêques font serment d'obéir à notre Saint-Père le Pape et d'observer toutes les constitutions apostoliques. Les prêtres, à leur tour, promettent, le jour de leur ordination, respect et obéissance à leur évêque et à ses successeurs légitimes. Cette cérémonie nous fait comprendre toute l'importance que l'Eglise attache à la subordination hiérarchique.

N'est-elle pas en effet le principe de sa vie et de sa force? Qu'est-ce que le sacerdoce catholique, sinon une armée rangée en bataille? Or, dans toute armée bien disciplinée, n'exige-t-on pas une obéissance parfaite? Entendez-vous jamais un soldat demander à son capitaine la raison du commandement qui lui est donné? Tout soldat n'exécute-t-il pas sur-le-champ l'ordre qu'il reçoit de son commandant, fallût-il s'exposer à perdre la vie? Lorsque Jésus-Christ promet au capitaine romain de se rendre dans sa maison pour guérir son domestique, celui-ci répond : « Mais, je vous en prie. Seigneur, ne vous donnez pas cette peine ; vous n'avez qu'à ordonner, et vous serez obéi. » Moi aussi j'ai une certaine autorité sur des hommes; je dis à celui-ci : Venez, et il vient ; à celui-là : Allez, et il va; et à un autre : Faites cela, et il le fait. Pouvezvous concevoir une obéissance plus parfaite? C'est ce qui fait la force de l'armée et la rend invincible sur le champ de bataille; cinquante mille soldats obéissent comme un seul homme. C'est l'image de l'obéissance exigée des ecclésiastiques.

Le démon veut-il renverser une famille, un corps, une nation? il commence par y semer la division, par y souffler l'esprit d'indépendance, et bientôt sa cause est gagnée. La soumission est considérée comme une honteuse servitude, et chacun s'en débarrasse le plus tôt possible. Or, toute maison divisée contre elle-même tombe en ruines. Voyez ce qui s'est passé dans l'Eglise grecque : les évoques,

ayant à leur tête le patriarche de ConslantinoplCy refusent de se soumettre au chef de l'Eglise catholique et secouent peu à peu le joug de l'obéissance. Bientôt les prêtres se montrent indociles à leur tour, et l'Eglise grecque se sépare de l'Eglise romaine, la mère et la maîtresse de toutes les autres Eglises. Elle tombe sous le joug des autocrates de Russie ; au lieu d'obéir au vicaire de Jésus-Christ sur la terre, elle est la très-humble servante ou plutôt la misérable esclave d'un colonel d'artillerie, et le clergé russe est descendu jusqu'au dernier degré du servilisme et de l'abjection. Il a trouvé trop humiliant pour son orgueil de se laisser conduire par la houlette du souverain pasteur des âmes, et un empereur libertin la fait marcher à coups de sabre.

Dans le dernier siècle, l'Eglise de France a donné au monde une leçon de cette nature. Sous le nom de libertés gallicanes, elle s'attache à des coutumes particulières qui relâchent Jes liens de la subordination, et ces prétendues libertés ne sont plus que de honteuses servitudes. Au lieu d'obéir à la douce et paternelle autorité d'Innocent XI, les évéques subissent la domination avihssante de Louis XIV et de Louis XV. Prêtres et religieux, tous prétendent à leur tour vivre dans l'indépendance, et la révelution de 93 les a mis aux arrêts et a fait rouler leurs têtes sur l'échafaud. Quelle grande leçon! Si seulement le clergé français en ijardait le souvenir!

Mais si, eau contraire, les fidèles sont unis à leurs pasteurs, les pasteurs aux évêques et les évoques au Pape, l'Eglise est plus forte que toutes les puissances de la terre. Voyez ce qui se passe dans ce moment. Que n'a-t-on pas fait depuis quelques années pour jeter le mépris sur l'auguste chef de l'Eglise et pour battre en brèche son gouvernement? Si l'une des plus grandes puissances de l'Europe eût été soumise à une semblable épreuve, elle n'existerait plus. Le Souverain Pontife seul, sans troupes, sans argent, reste inébranlable, uniquement appuyé sur l'obéissance, le respect et l'amour du clergé et des fidèles.

Vous n'ignorez pas que l'un des plus beaux caractères de l'Eglise est son unité. Il n'y a qu'une seule Eglise, comme il n'y a qu'un seul Dieu, et les trois personnes divines ne sont un seul Dieu que parce qu'elles ont la même intelligence et la même volonté; de môme les fidèles répandus dans le monde entier ne forment qu'une seule Eglise, parce qu'ils ont la môme intelligence et la môme volonté , professent la môme doctrine et sont soumis au même gouvernement. Mais comment maintenir et perpétuer dans l'Eglise ce caractère d'unité sans l'esprit de soumission? C'est surtout par la pratique d'une parfaite obéissance que la société créée ressemble à la société incréée, et c'est là qu'elle puise sa vie et sa force.

Si, par impossible, l'une des personnes divines se séparait des autres par sa volonté, que devien-

drait-elle? Elle périrait infailiiijlemcnt, car elle ne serait plus Dieu. Les trois personnes divines ne sont toutes puissantes que parce que Dieu est tout puissant par sa volonté. Or, l'Eglise, société créée, ne peut avoir de vie ni de force par elle-même; il faut qu'elle puise l'une et l'autre dans leur principe, qui est Dieu. Il est donc nécessaire qu'elle se mette en communication avec lui, c'est-à-dire qu'elle se tienne tellement unie à Dieu qu'elle n'ait point d'autre volonté que la sienne; car c'est par la volonté que des êtres intelligents et libres s'unissent entre eux. Mais, en s'identifiant avec la volonté de Dieu, elle participe à la puissance de la volonté divine, à laquelle rien ne résiste. C'est donc par son obéissance ou par l'union de sa volonté à la volonté de Dieu qu'elle triomphe de tous les obstacles et de toutes les puissances de la terre.

Mais puisque c'est l'obéissance de l'Eglise qui fait sa vie et sa force, c'est donc aussi par cette même obéissance qu'elle devient indépendante, non pas de cette indépendance qui ne reconnaît ni autorité ni frein, qui s'arroge le droit de faire le mal comme le bien, mais de cette indépendance véritable qui consiste à faire tout ce qu'on veut, parce qu'on ne veut que ce qui est dans l'ordre. Hélas I mes frères, cette vérité n'est plus comprise de nos jours. Sous le nom d'indépendance, on veut briser tous les liens et fouler aux pieds toute autorité. Mais Dieu n'est-il pas souverainement indépendant? Et les saints, qui participent aux perfections de

Dieu, ne sont-ils pas aussi indépendants? Ils font tout ce qu'ils veulent, parce qu'ils ne veulent que ce que Dieu veut, et Dieu veut tout ce qu'ils veulent.

Un jour Jésus-Christ dit aux Juifs : « Lorsque vous aurez élevé le Fils de l' homme, alors vous connaîtrez qui je suis, et que je ne fais rien de moimême, mais que je dis ce que mon Père m'a enseigné. Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plait. Si vous demeurez dans l'observation de ma parole, vous serez véritablement mes disciples et vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » Ainsi le Fils de Dieu n'est pas seul, mais son Père est toujours avec lui, parce qu'il fait toujours tout ce qui lui plaît, qu'il lui obéit parfaitement et qu'il n'a d'autre volonté que celle de son Père; et il est indépendant comme son Père. Et ses disciples seront libres lorsqu'ils connaîtront la vérité et qu'ils demeureront dans l'observation de sa parole, et qu'ils n'auront ainsi d'autre volonté que la sienne.

Avez-vous jamais bien compris toute l'énergie de ces paroles du divin Maître : « Ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre? » De même qu'un être trouve sa vie dans la nourriture qu'il prend, ainsi le Fils de Dieu ne saurait vivre sans faire la volonté de son Père. Le jour où il aurait une volonté différente, il ressemblerait à un être qui ne prend plus

de nourriture, il périrait. Ainsi quiconque n'obéit pas se prive de nourriture et meurt.

Si la soumission des fidèles aux pasteurs, des pasteurs aux évoques et des évoques au Pape est le principe de vie, de force et d'indépendance pour l'Eglise elle-même, il vous est facile de comprendre que l'obéissance est une de ses lois fondamentales, et que, si vous détruisez l'obéissance, vous renversez la base même de l'Eglise, vous amoncelez des ruines.

Notre Seigneur Jésus-Christ nous prêche sans cesse l'obéissance, à la crèche de Bethléem, à l'atelier de Nazareth, dans ses courses évangéliques, au Golgotha. Un peu avant de mourir, il regarde s'il n'a rien omis de ce que son Père lui a commandé, et il voit qu'un article de son règlement n'a point été accompli. Il dit : « J'ai soif, » et on lui présente du fiel et dn vinaigre. Il est soumis à Marie et à Joseph, il est obéissant jusqu'à la mort de la croix. N'est-ce pas nous dire à tous : Si vous voulez être mes disciples, obéissez et faites la volonté de Dieu en toutes choses, quelque dure qu'elle vous paraisse ; obéissez jusqu'à la mort de la croix. Ecoutez la grande voix de la tradition. Dans les canons des apôtres il est dit : « Les prêtres et les diacres ne doivent rien faire sans la volonté de l'évêque; car c'est à sa conscience que le peuple fidèle a été confié, et c'est lui qui répond des âmes. »

Saint Clément, pape, nous dit : « Tous les fidèles,

tous les prêtres, tous les diacres et tous les autres clercs doivent avoir le plus grand soin de ne rien faire sans l'évêque. »

Saint Jérôme : « Quiconque, dans l'ancienne loi, n'obéissait pas aux prêtres, était conduit hors du camp et lapidé par le peuple, ou on lui tranchait la tête. Mais aujourd'hui celui qui ne leur obéit pa^ est puni de réprimande, jeté hors de TégUse et livré à la fureur des démons. »

Saint Bernard, dans une lettre à Henri, archevêque de Sens, lui dit : « Pour commander avec sécurité, il faut que vous ne dédaigniez pas de vous soumettre vous-même à ceux qui sont au-dessus de vous ; car quiconque dédaigne d'obéir est indigne de commander. Ecoutez cet avis de l'Esprit saint : Plus vous êtes élevé en dignité, plus vous devez vous humilier en toutes choses... On vous a donné de l'autorité sur d'autres, soyez avec eux comme l'un d'entre eux. Comment donc serez-vous comme l'un d'entre eux, si l'on vous voit orgueilleux avec les humbles et rebelle avec les soumis? Pour nous convaincre que vous êtes comme l'un d'entre eux, il faut que vous soyez aussi bien disposé à obéir qu'à commander; car si vous ne voulez jamais obéir, mais toujours commander, vous faites voir que vous n'êtes pas comme l'un d'entre eux, puisque vous refusez de ressembler à ceux qui vous obéissent. »

Le Souverain Pontife, ayant plein pouvoir de gou verner l'Eglise, doit être soumis à toutes les lois

divines; mais c'est à lui qu'il appartient de les interpréter et de décider toutes les questions qui intéressent la conscience. Les éveques doivent se souvenir qu'au moment de leur consécration ils ont fait serment de lui obéir et d'observer toutes les constitutions et tous les décrets des conciles et du Siège apostolique. Qu'ils évitent donc avec le plus grand soin l'arbitraire, source féconde des plus grandes injustices. Les curés et les prêtres doivent obéir aux évêques, et les fidèles à leurs pasteurs respectifs.

Tel est l'ordre établi de Dieu, et malbeur à l'orgueilleux qui cherche à le troubler; il sentira bientôt la main de Dieu s'appesantir sur lui. 0 prêtres et pasteurs des peuples, soyez soumis aux évêques et obéissez-leur en toutes choses ; les fidèles vous obéiront à leur tour. Et vous, pontifes du Seigneur, soyez soumis au chef vénéré de toute l'Eglise, respectez les lois qui vous concernent et soyez les premiers à les observer.

Vous vous plaignez quelquefois, mes frères, de ce que nous n'acquiesçons pas à toutes vos demandes. Mais ne voyez-vous pas que vous demandez souvent l'impossible? Lorsque les lois de l'Eglise nous défendent expressément ce que vous désirez, nous est-il permis de les enfreindre pour vous plaire? Mais, au lieu d'obtenir votre estime ou votre reconnaissance, nous ne mériterions plus que votre mépris. Ne devons-nous pas, par notre soumission aux lois, vous apprendre à obéir à vos pro-

près pasteurs, puisque c'est à eux que Jésus-Christ a dit : « Celui qui vous écoule m'écoute, et celui qui vous méprise me méprise. » Si vous écoutez vos pasteurs, c'est à Dieu même que vous obéissez; mais si vous les méprisez, vous méprisez Dieu lui-même.

Voyez donc, mes frères, combien vous êtes grands aux yeux de Dieu I Vous ne relevez que de lui seul. Fussiez-vous les derniers des mendiants, aucun homme n'a le droit de vous commander, lors même qu'il serait le plus grand, le plus noble ou le plus savant. Dieu seul peut exiger de vous l'obéissance, et celui qui est revêtu de son autorité et qui vous parle en son nom. Obéissez donc aux pasteurs des âmes, car ils sont les ministres de Dieu, vous dit saint Paul; ce sont ses représentants et ses ambassadeurs. C'est comme si Dieu lui-même vous parlait, vous instruisait et vous commandait.

3Iais rappelez-vous ce qui est arrivé à l'origine du monde. Après que Dieu eut créé Adam, il l'établit roi et pontife de toute la création, et il devait commander à tous les êtres vivants; et tant qu'il demeura lui-même soumis à Dieu, ses sujets reconnurent son autorité. Mais Adam, trompé par le démon, s'imagine qu'il deviendra indépendant en enfreignant la loi de Dieu et non en l'observant; cl à peine s'est-il révolté que toute la création s'insurge contre lui-même. Il était libre en obéissant, et il devient esclave lorsqu'il cesse d'obéir. Il

régnait, mais il brisa lui-même son sceptre entre ses mains. Hélas ! que de peines et de travaux pour reconquérir sa royauté 1 II faut qu'il commence par triompher de son propre orgueil en se soumettant à Dieu.

11 en sera de même de vous, mes frères, le jour oii vous cesserez d'obéir aux représentants de Jésus-Christ, qu'il a établis dans son Eglise pour vous conduire au ciel ; vous perdrez votre indépendance et votre royauté, et vous tomberez dans une honteuse servitude. Ceux qui doivent vous obéir se révolteront contre vous, et vous aurez érigé l'insurrection en principe dans votre famille. Vos enfants, vos ouvriers, vos domestiques savent déjà raisonner, et ils se diront à eux-mêmes : Si mon père méprise la première et la plus haute autorité, quel mal y a-t-il pour moi de fouler aux pieds la seconde autorité, celle de mon maître ou de mon père terrestre? Telle est, soyez-en bien convaincus, la seule et véritable cause de cette licence effrénée qui ne connaît plus de bornes, qui provoque la division dans la famille et la guerre dans la société.

Efforcez-vous donc d'être dans vos familles des modèles d'obéissance pour l'observation de toutes les lois de Dieu et de l'Eglise. Sanctifiez les saints jours de dimanche et de fête; ce sont les jours où votre Père céleste vous appelle dans sa maison pour lui rendre vos hommages, l'adorer, lui demander pardon de vos péchés et soUiciter tous les secours dont vous avez besoin pour remplir fidèlement vos

devoirs de chrétiens. Ne vous contentez pas d'accomplir le précepte de la confession et de la communion pascales, approchez-vous souvent des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; l'Eglise vous le recommande instamment. Si vos enfants, vos ouvriers et vos domestiques vous voient toujours faire la volonté de Dieu, ils s'empresseront de faire la vôtre. Amen.

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