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LÀ CONDESCENDANCE DOIT AVOIR SES LIMITES

L'historien de Mgr Osmond dit dans la préface de son livre :

« Notre siècle est, dans ses jugements sur les personnes et sur les événements, d'une incroyable précipitation et d'une scandaleuse légèreté. Que d'hommes à la peau de brebis, mais au cœur de loup, il admire et préconise ! Que d'autres à l'extérieur moins poli, mais au cœur noble et généreux, il déprécie et conspue ! Que d'adulateurs de ses travers il élève sur le pavois ! Que d'Aristarques loyaux et dévoués il envoie aux gémonies ! Que de nullités administratives il proclame les moteurs du progrès, les régénérateurs de la société! Que de travailleurs distingués, dont il ignore la position réelle, il accuse d'incapacité, de faiblesse ou de torpeur !

« Ne jugeons les hommes que sur leurs faits et sur leurs lettres, car ce n'est souvent que l'éducation ou la malignité qui les peint à nos yeux. C'est pour n'avoir pas suivi cet équitable et prudent conseil que les contemporains ont si diversement parlé de l'épiscopat de l'ancien évoque de Comminges à Nancy. Il est temps, ce nous semble, de mettre la

génération actuelle à même de prononcer en connaissance de cause, sur un prélat dont Thistoire a buriné le nom dans ses fastes, un jugement dont la postérité n'ait pas à lui reprocher l'iniquité. Pour atteindre un tel but d'une manière plus directe et plus simple, repoussant le rôle d'apologiste et presque celui de narrateur, nous nous restreignons à présenter notre héros lui-même, tenant d'une main la liste nombreuse de ses actes épiscopaux, de l'autre sa correspondance avec les pièces administratives par lui minutées, et faisant entendre à ceux qui voudraient se constituer ses juges cette déclaration : Voilà quels furent mes pensées , mes opinions, mes sentiments; me voilà tout moi-môme : lisez et prononcez.

« D'autre part, il existe un motif plus grave encore de mettre en lumière les actes de l'administration pastorale de notre vénéré prélat. 11 importe infiniment au clergé paroissial de connaître par quelles voies ses pères et ses maîtres ont atteint le but de leur délicate et difticile mission; par quels moyens ils ont vaincu ou tourné les obstacles qu'ils ont rencontrés dans leur marche; par quelle prudence mêlée de fermeté ils ont soumis au joug de la foi maints esprits rebelles, imposé silence à l'impiété et préparé pour la religion des succès et des triomphes. Puis, une partie des travaux de Mgr Osmond a profité non pas seulement à son diocèse, mais à l'Eglise de France tout entière au moment oii il s'agissait de la tirer de ses ruines ensanglantées et de la replacer sur sa base unique et véritable. Le gouvernement avait foi aux lumières, au jugement, à l'expérience, à la supériorité de l'évêque de Nancy ; le ministre des cultes prêtait une attention particulière à ses observations, à ses demandes, à ses écrits, et bien souvent il arrêta ses résolutions en conséquence. Or, les déterminations ministérielles étaient avantageuses ou nuisibles à tous les diocèses à la fois, selon les vues générales d'après lesquelles on les avait adoptées.

« On peut donc, sans exagération aucune et sans s'écarter en rien de la vérité historique, avancer que Mgr Osmond

contribua pour une large part au rétablissement de l'ordre et de la religion en France, et qu'à lui, autant et plus qu'à beaucoup d'autres, sont dues la plupart des mesures administratives qui rendirent aux ecclésiastiques la vie moins précaire, aux églises leur pieuse ornementation, à la société chrétienne le calme, la pompe des cérémonies publiques et la sécurité. »

Nous sommes loin de contester celle appréciation des actes et de la conduite de Mgr Osmond; mais nous ne croyons pas être trop sévère en disant qu'il a poussé trop loin la condescendance à l'égard du pouvoir civil. C'était un homme d'un grand talent, d'une activité étonnante, d'une dignité et d'une amabilité rares. Assez souvent il opposa une prudente et ferme résistance aux exigences du ministre des cultes. Plus d'une fois il offrit sa démission pour ne point prendre part à des actes que sa conscience réprouvait. Mais si l'on exigeait beaucoup de lui, c'est parce qu'il avait donné une trop haute idée de sa soumission. Ainsi il s'empresse d'établir des confréries de jeunes gens sous le patronage de saint Napoléon, et il a grand soin de parler au ministre des fruits admirables qu'elles produisent. On l'oblige à traiter les prêtres constitutionnels ou intrus avec la même considération que les confesseurs de la foi, et il obéit. On lui défend de livrer ses mandements à l'impression sans avoir le visa du préfet de la Meurlhe, et il obéit. On lui envoie le plan et le fond des mandements ou lettres pastorales qu'il doit adresser aux fidèles, et il se soumet. On lui demande une église à Nancy pour servir de temple aux protestants, et il en désigne quatre entre lesquelles on peut choisir. Il donne celle de llellering pour servir aux protestants et aux catholiques, et il exhorte vivement le prêtre desservant cette localité de se trouver présent lorsqu'on remettra les clefs au ministre protestant. Enfin, le 22 octobre 1810, il est nommé archevêque de Florence; il se rend dans cette ville, y fait son entrée .solennelle, remplit ses fonctions épiscopales sans avoir reçu d'institution canonique, raai.s par délégation du vicaire capitu-

laire, et prend le titre d'archevêque administrateur de Florence. Le cardinal Pacca s'est cru autorisé à lui donner la qualification d'évêque intrus, et les pièces fournies par l'historien la justifient. Le 10 mai 1814, il était rentré à Nancy. En 1821, il écrivait au ministre de Tintérieur : a. Je ne suis pas solliciteur, mais je ne dissimulerai pas à Votre Excellence que si le doyen des prélats, après trente- six ans d'épiscopat, obtenait... quoi?... je l'ignore... seulement un signe, un mot, une preuve publique, etc. » Et il fut élevé au grade de commandeur dans Tordre de la Légion-d'Honneur.

Sa translation à l'archevêché de Florence, dit l'historien, n'est pas moins une faute, qu'il a sentie lui-même plus vivement que personne, qu'il a regrettée dans l'amertume de son àme, qu'il s'est efforcé de réparer avec toute la noblesse de caractère qu'il possédait au degré le plus éminent, et qui lui a pesé sur le cœur jusqu'à son dernier soupir, comme un plomb qui l'écrasait. Il est mort avec les plus vifs sentiments de piété et de repentir; mais toujours est-il que cet acte de lâcheté flétrit sa mémoire à jamais.

XIIP INSTRUCTION.

Tie d'abuësatioit.

Qui non renuntial omnibus quœ possidet, non polest 7neus esse discipulus.

Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne peut être mon disciple.

Beaucoup d'entre vous, mes frères, s'imaginent bien à tort que la vie du prêtre est une vie douce et tranquille ; que non seulement il n'a aucun sacrifice à faire, mais qu'il peut encore se procurer toutes ses aises. Il n'en est rien cependant, car sa vie doit être une vie pauvre et mortifiée, une vie d'abnégation et de dévouement sans bornes.

En effet, que sont les prêtres auprès des peuples, sinon les représentants d'un Dieu qui a eu pour palais une pauvre étable, pour trône une crèche, pour berceau un peu de paille, et pour vêtements de pauvres langes? Ils ont la mission de détruire l'empire de la matière, d'arracher du cœur des hommes l'amour désordonné de la propriété, de combattre l'idolâtrie de l'or, le culte de la richesse, enfin de vous faire considérer tous les biens terres-

très comme un amas de boue qui va se fondre à vos yeux. Ne faut-il pas qu'ils appuient leurs leçons sur l'autorité de leurs exemples?

Ecoutons d'abord la grande voix de l'Eglise qui trace à tous les prêtres leur règle de conduite : « Il n'y a rien, nous dit-elle, qui porte plus continuellement les autres à la piété et aux saints exercices que la vie et l'exemple de ceux qui se sont consacrés au service de Dieu ; car, comme on les voit élevés des cboses du siècle à un état éminent, tous les autres jettent les yeux sur eux comme sur un miroir et prennent d'eux ce qu'ils peuvent imiter. C'est pourquoi les ecclésiastiques, appelés à l'héritage du Seigneur, doivent tellement régler leur vie et toute leur conduite, que, dans leurs habits, dans leur maintien, leurs démarches, leurs discours, et dans tout le reste, ils ne montrent rien qui ne soit plein de gravité, de modération et de religion, évitant même les fautes légères qui seraient trèsgrandes en eux, afin que leurs actions impriment à tous le respect. Or, comme il est juste d'apporter en ceci d'autant plus de précaution que l'Eglise de Dieu en tire plus d'honneur et plus d'avantages, le saint concile ordonne que tout ce que les Souverains Pontifes et les saints conciles ont déjà suffisamment et utilement établi touchant la conduite, l'honnêteté, les habits et la science des clercs, de même que sur le luxe, les festins, les danses, les jeux de hasard et autres, même sur toutes sortes de crimes et sur l'embarras des affaires séculières

qu'ils doivent éviter, soit à l'avenir observé sous les mômes peines ou même sous de plus grandes, selon que les évoques jugeront à propos de les imposer... Et si les évoques s'aperçoivent de quelque relâchement dans la discipline sur quelqu'un de ces points, ils n'oublieront rien pour les faire observer exactement, de peur que Dieu ne leur fasse subir à eux-mêmes les peines qu'ils mériteraient pour avoir négligé la correction de ceux qui leur étaient soumis. » (Conc. Trid., sess. xxii, c. 1, De Re for m.)

Vous me direz peut-être : Mais ces lois ne nous regardent pas, pourquoi nous en parlez-vous? C'est afin de vous montrer que, lorsqu'un prêtre s'oublie et déshonore son ministère, vous êtes injustes d'en faire retomber la responsabilité sur l'Eglise elle-même, puisque, comme vous le voyez, elle ne néglige rien pour que les ecclésiastiques soient toujours dignes de leur vocation, et que, s'ils donnent du scandale, elle est la première à les condamner et à les punir. Et il n'est pas inutile que vous sachiez qu'un prêtre est soumis à une discipline plus sévère que celle qui vous regarde.

Remarquez encore que l'Eglise fait retomber sur les évêques la responsabilité de la conduite des pasteurs des âmes, en sorte que Dieu fera subir aux évoques les peines qu'ils mériteront pour avoir négligé la correction de leurs inférieurs. Mais ne croyez pas que les évêques puissent se conduire à leur gré et mener une vie mondaine. Ecoutez les

avertissements que leur donne l'Eglise : « Il est à souhaiter que ceux qui acceptent le ministère épiscopal reconnaissent quel est leur devoir, et qu'ils comprennent qu'ils ont été appelés, non pour leurs propres intérêts, ni pour les richesses, ni pour le luxe, mais pour travailler avec sollicitude à la gloire de Dieu; et il ne faut point douter que les autres fidèles ne s'animent beaucoup plus à la piété et à l'innocence de la vie, s'ils voient que leurs chefs ne pensent pas aux choses de ce monde, mais au salut des âmes et à la céleste patrie. Or, comme le saint concile considère ce point comme le plus important de la discipline ecclésiastique, il avertit tous les évoques d'y réfléchir souvent, afin de se montrer conformes à leur état par leurs faits et les actions de leur vie, ce qui est comme une manière de prédication continuelle; mais surtout de régler leurs mœurs de telle sorte, que les autres puissent prendre d'eux des exemples de frugalité, de modestie, de continence et de cette sainte humilité qui nous rend si agréables à Dieu.

« C'est pourquoi, à l'exemple de nos Pères assemblés au concile de Carthage, le concile ordonne aux évèques, non seulement de se contenter de meubles modestes, d'une table et d'une nourriture frugales, mais aussi de prendre garde que dans le reste de leur conduite et dans toute leur maison il Reparaisse rien qui s'éloigne de cette sainte discipline et qui ne ressente la simplicité, le zèle de Dieu et le mépris des vanités.

« Il leur interdit de plus absolument d'enrichir leurs parents ou leurs domestiques des revenus de l'Eglise; les canons mêmes des apôtres leur défendent de donner à leurs proches les biens de l'Eglise, qui sont ceux de Dieu. Que si leurs parents sont pauvres, ils leur en fassent part comme à des pauvres, mais qu'ils ne les dissipent pas ni ne les détournent en leur faveur. Le saint concile, au contraire, les avertit, autant qu'il est en lui, de renoncer absolument à cette affection tout humaine et toute charnelle envers leurs frères, leurs neveux et leurs parents, qui est la source de plusieurs maux dans l'Eglise.

« Or, tout ce qui est dit ici pour les évêques doit être observé par tous ceux qui tiennent des bénéfices ecclésiastiques tant séculiers que réguliers, chacun selon son état et le degré oià il est placé, mais il regarde aussi les cardinaux de la sainte Eglise romaine ; car, assistant de leurs conseils le Très-Saint-Père dans l'administration de l'Eglise universelle, ils seraient bien coupables si en même temps il ne paraissait pas en eux des vertus si éclatantes et une vie si réglée qu'elle attirât justement sur eux les yeux de tout le monde. » (Conc. Trid.. sess. XXV, c. 4, De Reform.)

Vous voyez par ces règlements que si vous aviez un proche parent, un frère ou un oncle qui fût curé d'une riche paroisse, ou évêque ou cardinal, vous ne devriez pas espérer qu'il vous enrichirait par ses revenus ecclésiastiques ; l'Eglise le lui dé-

fend, et s'il agissait contrairement aux lois de l'Eglise, il offenserait Dieu et tomberait en enfer.

Il est utile de vous faire observer encore que si l'Eglise oblige l'évêque de punir les prêtres coupables, elle lui ordonne en même temps d'observer à leur égard toutes les lois de la justice, de leur faire connaître les accusations portées contre eux, et de leur donner ainsi les moyens de se justifier, s'ils sont innocents. Ne croyez donc pas qu'il suffise de dénoncer et de calomnier un prêtre pour obtenir son changement, lors même que la dénonciation serait appuyée du crédit d'un grand personnage. Il n'y a pas de peuple si barbare qu'il condamne les accusés sans les avoir entendus.

Toutes ces considérations vous prouvent que la vie du prêtre et de l'évêque n'est pas une vie de plaisirs et de bonne chère. Il lui est ordonné expressément d'avoir une table frugale et de mener une vie pauvre, comme notre Seigneur Jésus-Christ, le premier des prêtres et des évêques. En envoyant ses apôtres dans le monde, il leur dit : « Rendez la santé aux infirmes, ressuscitez les morts, guérissez les lépreux, chassez les démons; ce que vous avez reçu gratuitement, donnez -le gratuitement. Ne possédez ni or ni argent, et ne portez pas de monnaie dans votre ceinture; dans vos voyages, ne portez ni sac, ni deux tuniques, ni chaussure, ni bâton; car l'ouvrier est digne de son salaire. »

Les Pères et les Docteurs de l'Eglise n'ont qu'une voix pour recommander aux prêtres et aux évêques

d'imiter la vie pauvre de Jésus-Christ, de laisser aux mondains les biens de ce monde, de se contenter d'avoir le Seigneur pour partage, de déraciner les vices de leur propre cœur, de se sacrifier pour la gloire de Dieu et le salul des âmes. Ils leur répètent sous toutes les formes : Vous êtes la lumière du monde, et il faut que votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. Vous êtes le sel de la terre ; prenez garde de perdre votre saveur, vous ne seriez plus propres qu'à être jetés et foulés aux pieds. Si vous aimez le monde et les biens du monde, comment direz-vous aux fidèles de s'en détacher et de les mépriser? Si vous êtes empressés à vous procurer les douceurs et les commodités de la vie, comment leur prccherez-vous la pénitence et la mortification?

L'Eglise ne s'est pas contentée de rappeler aux ecclésiastiques les règles générales qu'ils doivent observer dans toute leur conduite ; elle entre dans les détails et règle ce qui concerne leurs vêtements, leur nourriture, leurs récréations et leurs rapports avec le monde.

1" Touchant l'habit ecclésiastique, l'Eglise leur dit : « Quoique l'habit ne fasse pas le moine, il est nécessaire néanmoins que les clercs portent toujours des habits convenables à leur propre état, afin de faire paraître, par la bienséance de leur habit, l'honnêteté, la droiture intérieure de leurs mœurs... Le concile ordonne que tous les ecclésiastiques,

quels qu'ils puissent être, si, après en avoir été avertis par leur évoque ou par son ordonnance publique, ils ne portent pas l'habit clérical, honnête et convenable à leur dignité, pourront et devront y être contraints par la suspension de leurs ordres, offices et bénéfices ; par la privation de leurs revenus ou traitements, et s'il y a récidive, ils seront privés de leurs offices et bénéfices. » (Conc. Trid., sess. XIV, c. 6.)

Ne convient-il pas, en effet, que le prêtre soit séparé du monde, non seulement par sa consécration, mais encore par des marques extérieures? L'Eglise lui dit : Le grave costume que je vous donne est un manteau royal qui vous rappellera sans cesse la haute dignité dont vous avez été revêtu ; il vous avertira que vous devez toujours être à la hauteur de la sainteté de votre état par vos sentiments, par vos discours et par votre conduite; que tout étant noble et royal dans vos vêtements, tout doit l'être également dans votre personne; il sera pour vous une défense contre une foule de dangers, comme sont les gardes du corps près des rois.

Ce vêtement sera de couleur noire, pour marquer que vous êtes mort au monde et que vous ne vivez plus que pour Dieu. Il sera large et long comme la tunique du Fils de Dieu, mais relevé par une ceinture, pour marquer la gravité et la sainteté de vos mœurs. Vous ne porterez rien de couleur ou orné de broderies. Votre coifl'ure ressemblera à celle

des bergers, parce que vous êtes les pasteurs des peuples.

Votre maison sera convenable, mais modeste; point de luxe, point d'élégance, point de richesse : toutes ces choses sont réservées pour la maison de Dieu. Que vos meubles soient en rapport avec votre maison, afin que tout respire l'amour de la simplicité et de la modestie. Laissez la magnificence aux seigneurs de la terre.

2° Que votre table soit honnête, mais toujours frugale ; soyez hospitalier ; fuyez les banquets et les festins ; n'acceptez d'invitation chez les laïques que dans des circonstances rares et pour des causes graves et légitimes. Ne prenez rien dans les auberges ou les hôtelleries, si ce n'est en voyage et par nécessité.

3° Vous prendrez vos récréations avec de pieux confrères, et vous n'y donnerez que des moments rares et limités. Souvenez-vous que l'emploi de votre temps appartient à l'Eglise, et que vous devez travailler comme un bon soldat de Jésus-Christ. Vous éviterez les divertissements bruyants ou mondains, les spectacles, quels qu'ils soient, et les jeux de hasard. Vous vous interdirez le plaisir de la chasse ; il ne convient pas qu'un ministre de Dieu porte d'autres armes que celles que l'Eglise lui met entre les mains, la foi, la prière, l'élude, la charité, la prédication. La seule proie digne d'un prêtre est la brebis égarée qu'il doit rapporter au bercail. Vos délassements seront des conversations

instructives ou amusantes, la lecture de quelques bons livres, la culture des arbres ou des fleurs, ou quelque autre du même genre.

i° Engagé dans la milice de Dieu, vous ne devez jamais vous occuper de négoce, de commerce ou de quelque autre spéculation que ce soit. Depuis que le Fils de Dieu a fait avec le genre humain un traité de libre échange, vous ne devez plus avoir de commerce qu'avec le ciel ; mais là vous prendrez le plus d'actions et le plus d'obligations que vous pourrez, et vous engagerez les fidèles à s'enrichir par les mêmes moyens. Vous n'aurez de repos que lorsque vous serez rentiers et millionnaires.

Vous voyez donc, mes frères, que la vie du prêtre est véritablement une vie de retraite, de pauvreté, de renoncement et d'application continuelle.

C'est une vie de retraite. 11 ne doit sortir que rarement, pour visiter ses confrères et ses paroissiens. Ce serait sans doute fort agréable pour lui de voir souvent ceux de ses paroissiens qui sont instruits et bien élevés ; mais il doit renoncer à cette satisfaction dans l'intérêt même de son ministère. Autrement il poserait une cause de jalousie perpétuelle, de calomnies et de mauvais rapports ; ses paroles, son ton, son geste et même son silence seraient mal interprétés, et les choses les plus innocentes deviendraient souvent des scandales.

C'est une vie de pauvreté ; car il faut qu'il puisse dire aux fidèles : Soyez mes imitateurs comme je le suis moi-même de Jésus-Christ ; méprisez les

biens de ce monde comme je les méprise, et faisons tous ensemble des sacrifices pour soulager les pauvres. Au surplus, s'il n'a point de patrimoine, n'estil pas forcé de vivre pauvrement? Son modique traitement et ses faibles honoraires ne lui permettront jamais de mépriser les ordonnances de l'Eglise sur ce point.

C'est une vie d'abnégation. 11 renonce à sa famille selon la chair pour ne plus s'occuper que de ses enfants selon l'esprit. Il renonce à la liberté de fonder lui-même une famille. Il est seul et il sera seul tous les jours de sa vie, et seul il dévorera tous ses chagrins. Il n'y a pas auprès de lui un seul cœur dans lequel il puisse épancher le sien. Seul il portera le fardeau de ses peines, et il n'y aura pas un seul bras pour le soutenir. L'Eghse lui ordonne même de se priver des récréations honnêtes qu'elle permet aux simples fidèles. Il faut que Dieu soit tout pour lui et lui tienne lieu de tout.

Mais qu'arrive-t-il ? Tandis qu'il fait tous ses efforts pour observer fidèlement les lois de l'Eglise qui lui imposent une vie de renoncement et d'abnégation, vous le traitez de sauvage, de grossier, de rustique, d'homme peu poli, ignorant le savoirvivre du monde. S'il se mêlait davantage à la société, dites-vous, il la connaîtrait mieux ; il ne serait plus exposé à tomber dans l'exagération lorsqu'il lui reproche ses défauts ; ce frottement avec la bonne société dissiperait ses préjugés, lui concilierait l'estime des hommes du monde et lui prépa*

rerait les moyens do les réconcilier avec Dieu avant de mourir.

Je veux bien croire que vous parlez sincèrement, mais, je vous le demande à vous-mêmes, ces avanages qu'il devra recueillir de ses rapports avec la société sont-ils bien réels? Ne perdra-t-il pas de sa considération, de son amour pour l'étude, de sa charité pour les pauvres? Ne serez-vous pas les premiers à le blâmer, à le traiter de viveur, d'ambitieux et d'intrigant? Ne serez-vous pas les premiers à relever et à grossir ses défauts vrais ou imaginaires? Ne dites-vous pas que sa place est près du lit des malades, près des pauvres pour les soulager, près des âmes souffrantes pour les consoler, et non dans les festins et dans les sociétés mondaines? Qu'il voie le monde, c'est-à-dire qu'il visite souvent ses paroissiens comme pasteur, qu'il leur parle avec l'affection et la tendresse d'un pèro envers ses enfants, rien de mieux ; mais qu'il se garde bien de se mêler avec eux dans des parties de plaisir.

Enfin croyez-vous donc qu'il ait beaucoup de temps à perdre? Ne doit-il pas le consacrer tout entier à l'élude, à la prière et aux diverses fonctions de son ministère? Du matin au soir et du lundi au dimanche, ne doit-il pas être sans cesse occupé à remplir ses devoirs si nombreux et si graves ?

Vous voyez donc, mes frères, que la vie du prêtre est véritablement une vie d'abnégation et de

dévouciiicat, une vie de peine et de soiiûrance. L'Eglise condamne celui qui mène une vie douce et commode, l'opinion publique le condamne, et il se condamne lui-même dans sa conscience. Pour .lui, plus encore que pour les simples fidèles, il n'y a que le chemin du Calvaire qui puisse le conduire au ciel. Il faut qu'il y marche constamment et qu'il encourage par son exemple tous ceux qui sont confiés à sa sollicitude pastorale. C'est ainsi qu'il méritera la recompense réservée au fidèle serviteur. Amen,

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