‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 30 sur 34 · SA1^T YVES, CURÉ DE LOHANNEC · texte numérisé non relu

SA1^T YVES, CURÉ DE LOHANNEC

Saint Yves naquit en Bretagne et s'en alla à l'âge de quatorze ans à Paris pour y faire ses éludes. Après avoir fait soq cours de théologie, il se rendit à Orléans pour étudier le droit canon.

H prit dès lors la résolution de vivre saintement, ayant reçu la prêtrise. Il portait la liaire, ne buvait point de vin et ne mangeait que des viandes grossières. Les jours de jeûne prescrits par l'Eglise, il se contentait de pain et d'eau, et à ceux qu'il s'imposait il ajoutait quelques légumes. Il regrettait le temps qu'il donnait au sommeil, encore qu'il fût trèscourt. La terre lui servait de lit, sa Bible ou un caillou d'oreiller, sa haire de linceul, ses vêlements de rideaux, et le plancher de ciel. Lorsqu'il était plus fatigué, il couchait sur une claie ou sur des sarments ; quelquefois il passait la nuit en prières dans une cave. Par ces austérités il conserva sa virginité pendant toute sa vie. Les anges le visitaient souvent et çon- ^versaient familièrement avec lui.

L'archidiacre de Rennes le lil appeler el lui conlia la cliargô d'oflicial. Il la rennplit avec justice et charité : il assistait les orphelins, protégeait les veuves, défendait les pauvres et rendait prompte justice. Il ne prononçait aucune sentence sans pleurer, se souvenant du jugement dernier, où il serait jugé lui-même un jour. Ceux qui perdaient leur cause acceptaient sa sentence comme venant de Dieu, et ils ne murmuraient point.

Quoiqu'il fût juge, il allait plaider la caiise des pauvres dans les autres cours; il les visitait en prison^ et il fut nommé l'avocat des pauvres.

Tous les évêques de Bretagne voulaient l'avoir, mais celui de Tréguier l'emporta sur les autres, et il le fit officiai de son diocèse. Il s'acquitta si bien de cet emploi , qu'on remarqua bientôt un changement notable. Les méchants le craignaient, les bons le chérissaient, et les grands le respectaient. Les trésoriers du roi voulurent un jour décimer l'argenterie et les ornements des églises, et personne n'osait leur résister, pas même Tévêque. Saint Yves accourut, leur fit une sévère réprimande et leur fit quitter ce qu'ils avaient ;pris.

Quelque temps après , il se démit de cette charge pour se livrer à la prédication. L'évêque le nomma curé de Lohannec, où il redoubla ses austérités, couchant sur la dure et jeûnant ■plus étroitement; une fois même il s'abstint de manger depuis le lundi jusqu'au dimanche. Il portait une robe grise avec un capuchon ; et un jour ayant rencontré un pauvre qui était nu, il la lui donna ; mais elle lui fut rapportée mi- 'raculeusement. Il se levait à minuit pour réciter matines, 'et il ne manqua jamais de dire son office, encore qu'il fût malade. Il célébrait la sainte Messe tous les jours et avec tant de ferveur, qu'on vit un jour un globe de feu descendre ■visiblement sur lui au moment de l'élévation de la sainte hostie ; il ne disparut qu'à Télévalion du calice.

Il prêchait avec tant de zèle, qu'on était obligé de placer ia chaire hors de l'église, à cause de la grande affluence des

auditeurs. Un jour qu'il était allé prôclier, le pont sur lequel il devait passer se rompit ; il fit le signe de la croix : les eaux se divisèrent pour le laisser passer avec son domestique et reprirent ensuite leur cours.

Son presbytère était un hôpital pour toutes sortes de pauvres, et bien qu'ils fussent atteints de maladies et d'ulcères, il leur lavait les pieds, faisait leurs lits, les servait ù table et ne mangeait que leurs restes. Sa maison n'était pas assez grande pour les recevoir tous, et il s'en procura d'autres 0X1 l'on rendait les mêmes services aux pauvres. 11 entretint de tout, de vêtements et de nourriture une pauvre famille durant l'espace de neuf ans.

Comme il donnait à tous ceux qui se présentaient, il lui arriva qu'en temps de famine il ne lui restait plus qu'un seul pain, et il voulut encore le donner aux pauvres. Comme son vicaire s'y opposait, il partagea le pain, en donna la moitié à son vicaire et l'autre moitié aux pauvres, ne réservant rien pour lui ; mais une personne inconnue lui en envoya trois qui se multiplièrent entre ses mains.

Un ange vint un jour s'asseoir à sa table, sous la forme d*un pauvre hideux et tout couvert de lèpre. Le saint le (ît manger dans son assiette ; et, à la fin, ce pauvre parut si resplendissant que la chambre était remplie de lumière ; puis il dit : Domùius vohiscum, et disparut.

Il fit couclier avec lui un homme possédé du démon depuis trois ans, et celui-ci fut délivré, le démon ne pouvant supporter la présence du saint curé. Une femme était sur le point d'expirer; il lui donna du pain qu'il avait bénit et lui rendit ainsi la santé.

Les oiseaux du ciel s'approchaient de lui, volaient sur sa tête, venaient entre ses mains et s'envolaient à sou corn-, mandement.

II mourut âgé de cinquante au?, en ir^OS, et fut canonisé en 13i.-;.

XÏV^ INSTRUCTION.

Ilti eélibat.

Oportet episcopum sinr crimine esse, conliW ne nient.

11 faut que IVîvôfjiio soit irréprochable et qu'il garde la conlinencc.

(TiT., I, 7.)

Afin de montrer que le mariage est un cîal saint et agréable aux yeux de Dieu, noire divin SauveuF Jésus-Christ a daigné honorer de sa présence les noces de Cana et y opérer son premier miracle. Il nous enseigne cependant que le céHbat, embrassé en vue de Dieu, est un état beaucoup plus parfait. Saint Paul exhorte les chrétiens de Corinlhe à embrasser ce genre de vie. Ce n'est qu'un conseil qu*il donne. Chacun est donc libre de chercbcr dans le mariage un remède à l'infirmité de la nature ;"mais heureux celui que Dieu appelle à vivre dans la continence, il est exempt de soins et de tribulations sans nombre. La plupart du temps vous ne rencontrez que des peines et des angoisses dans les familles les plus heureuses en apparence. Ouc de souffrances morales I Que de sacrifices de la

part des époux pour supporter mutuellement leurs défauts de caracièrel Que de préventions, que de jalousies, que de conlrariélcs I De là ces plaintes continuelles, ces médisances qui ne finissent pas, ces guerres intestines. Je ne parle pas de. la grande charge des enfants, et des soins et des travaux que demande leur éducation. Tantôt les uns sont valides et les autres infirmes; tantôt les uns sont bons et les autres méchants. D'autres fois les uns meurent à peine entrés dans la vie et laissent des regrets désolants, et les autres vivent pour le malheur de ceux qui leur ont donné le jour.

Quoique le mariage soit un remède aux passions, ne croyez pas cependant qu'il est plus facile de résister aux tentations ou que les tentations sont moins nombreuses. « Voulez-vous rester chastes? disait à des jeunes gens un homme du monde trèsexpérimenté, restez célibataires. » Oh I qui pourra jamais sonder la profondeur des plaies que le péché a faites au cœur humain? Si vous visitiez les bagnes, vous trouveriez, parmi les criminels condamnés aux galères perpétuelles pour crimes d'immoralité, des hommes mariés et couverts de cheveux blancs. Si Dieu vous montrait, comme au prophète, tout ce qui se passe dans les ténèbres, même entre époux, vous en seriez épouvantés, et vous sauriez qu'il y a peut-être plus de désordres dans le mariage que dans le célibat.

La chasteté, comme la sagesse, est la source de tous les biens. Voulez-vous avoir de la santé, de la

force et de la vigueur? soyez chastes et fuyez, comme à la vue du serpent, tous les plaisirs charnels. Si, au contraire, vous vous livrez aux plaisirs honteux, savez-vous quel en sera le résultat? Ils affaibliront votre constitution, si robuste qu'elle soit, et finiront par la ruiner totalement. Voyezvous ces jeunes gens amaigris, pâles, décolorés, languissants? C'est le vice qui a imprimé sur eux ses stigmates. Ils sont vieux a vingt-cinq ans, si déjà ils n'ont cessé de vivre ; et s'ils résistent à la terrible passion qui les dévore, aies voir dans les rues ou sur les places publiques, vous les prendriez pour des squelettes ambulants.

C'est ainsi encore que les nations finissent. Un peuple mou, efféminé, passionné pour les plaisirs des sens est un peuple de lâches et d'esclaves. N'attendez rien de fort et de généreux de ces tristes victimes de l'ignoble volupté. Avec la santé et la vigueur, elles ont perdu toute force morale. Voyez les soldats d'Ànnibal : ils s'abandonnent aux délices de Capoue, ils sont vaincus et mis en déroute par les Romains. Et le peuple romain lui-même, lorsqu'il ne recherche plus que la satisfaction de la chair et des sens, devient le jouet de ses empereurs et de ses tyrans : il tombe, il s'affaisse sur lui-même comme un cadavre en putréfaction.

Ce n'est pas tout : les plaisirs sensuels ruinent l'intelligence aussi bien que le corps; ils arrêtent l'essor du talent et éteignent la flamme du génie. Aussi tous les hommes distingués par l'élévation

de leur esprit, la largeur de leurs vues, la sublimité de leurs pensées, sont-ils comptés au nombr<^ des hommes chastes et purs. Jamais les grands hommes n'ont sacrifié sur les autels de la volupté* Le philosophe païen Pythagore défendait les plaisirs charnels à ceux de ses disciples qui voulaient s'approcher de la Divinité par leurs pensées et parleurs sentiments. « C'est la chasteté, ajoulait-iL qui fait germer les conceptions sublimes et te sentiments héroïques; c'est elle qui allume dans; les intelligences le feu du génie, que vous ne ren-contrerez jamais dans les hommes livrés au vice. Les plus beaux talents se flétrissent et disparaissent chez les voluptueux. La chasteté, au contraire, est la sève du talent et du génie non moins que de. la force et de la vertu; elle enflamme l'imagination et donne des ailes à la pensée; elle fait tout fleurir et tout briller dans l'homme. »

1*^ Ces considérations vous feront comprendre, mes frères, pourquoi l'Eglise a imposé à tous ceux qui reçoivent les ordres sacrés l'obligation de gar^ der perpétuellement la chasteté, et a déclaré nul tout mariage qu'ils tenteraient ensuite de contracter. (Juoi de plus juste? L'Eglise catholique, que Jésus-Christ a établie dans son état de perfections^ ne doit-elle pas présenter au monde un sacerdoce pUis parfait que le sacerdoce antique? Or, écoute/.' saint Jérôme : « On raconte, dit-il, des anciens prêtres de l'Egypte que, renonçant à tous les soins et à toutes les afl'aires de ce monde, ils se tenaient

toujours dans le temple et s'appliquaient à la con-^ templation des merveilles de la nature, et que, dès le moment qu'ils étaient entrés au service des dieux, ils n'avaient plus aucune relation avec leurs femmes, jamais ils ne voyaient leurs parents ni leurs proches; ils vivaient dans une continuelle abstinence de chair et de vin, afin d'avoir toujours Tcsprit et les sens plus dégagés, et surtout afin de mieux réprimer les mouvements de la concupiscence. » [Âdv. Jovin.j lib. II, c. ix.)

Les prêtres païens étaient donc convaincus qu'ils avaient besoin d'une sainteté particulière, lorsqu'ils étaient employés au service de leurs dieux, tout impurs qu'ils étaient; que ne doivent pas être les prêtres catholiques, dont le ministère fait trembler les anges? Ne faut-il pas qu'ils soient occupés exclusivement de Dieu dans des fonctions qui sont de tous les instants? « Si l'apôtre, dit saint Epiphane, prescrit aux laïques de s'abstenir du mariage pour vaquer à la prière, à plus forte raison, le prescrit-il aux prêtres, afin que les embarras de cette vie ne les distraient pas de l'application qu'ils doivent à l'administration des choses saintes; et qu'ils conservent en tout la dignité du sacerdoce. » [Hœres.y lix, n'' 4.)

2° L'apôtre saint Paul veut que les prêtres, les évêques et les diacres soient des modèles de toutes les vertus, et qu'ils gouvernent leur maison de manière à édifier tous les fidèles. « Car, ajoute-t-il, s'ils ne savent pas gouverner leur propre maison,

commcntdirigcront-ils l'Eglise de Dieu?» Or, qu'arrive-t-il quand le minisire des choses saintes est marié, comme cela se pratique dans l'Eglise grecque et chez les protestants? La femme ou les enfants ne sont pas toujours exempts de défauts, et la famille du pasteur, au lieu d'édifier le peuple chrétien, devient elle-même un sujet de scandale. Le chef n'ose plus élever la voix contre les désordres, et il garde un lâche silence. De quel front blâmerait-il des vices qui dégradent sa propre famille? Ses paroissiens ne manqueraient pas de lui dire : Commencez parles extirper de votre maison avant de vous occuper à les déraciner chez les autres. Comment aurait-il le courage de reprocher aux pères de famille leur négligence à surveiller leurs enfants et à les corriger de leurs défauts, s'il ne remplit pas lui-même un devoir aussi important? Si aujourd'hui le prêtre qui n'a qu'une seule personne avec lui, une fille âgée et d'une vertu éprouvée, n'est pas toujours à l'abri du danger et du scandale, que serait-ce donc s'il avait avec lui une femme et des enfants?

3** IN'on seulement le prêtre, appelé à offrir chaque jour le plus auguste et le plus saint des sacrifices, est tenu de porter à l'autel une pureté angclique, il a aussi besoin de temps et d'une grande tranquillité d'esprit pour acquérir une connaissance exacte et approfondie de toute la religion, et pour en instruire les fidèles confiés à sa sollicitude paslorale. Or, ce genre d'études est-il compatible, je

vous le demande, avec tous les soins inséparables de l'état de mariage, lorsque le père est obligé de consacrer son temps, son travail et ses affections à son épouse et à ses enfants? Combien comptezvous d'bommes instruits parmi les prêtres grecs et les ministres protestants? Ce n'est que dans le célibat, où l'on est affrantbi du soin d'un ménage et d'une famille, que le prêtre peut se livrer à l'étude et à la méditation des choses saintes. Sans celte sublime institution du célibat ecclésiastique, aurions-nous ces immenses bibliothèques qui font la richesse et la gloire de nos villes, cette foule innombrable d'écrits immortels que le christianisme a produits et qu'il a jetés dans la société comme un foyer de lumières? Les beaux ouvrages de l'antiquité n'auraient-ils pas mille fois péri sans les couvents? N'est-ce pas au clergé qiie la France est redevable de la renaissance des lettres? Mais un clergé sans le célibat sera toujours un clergé profondément ignorant.

i"" Le prêtre a besoin de la confiance des fidèles pour les diriger au tribunal sacré de la pénitence. Mais sans le célibat cette confiance est-elle possible? Qui donc irait dévoiler au prêtre, qui pourrait fonder une famille à son gré, le mystère de sa conscience, les faiblesses de son cœur, et quelquefois les secrets les plus importants d'une famille? Quelle mère voudrait confier la direction secrète de sa fille à celui qui aurait intérêt à devenir son époux? Quels ne seraient pas les funestes effets

que produirait sur l'esprit des peuples le spectacle d'un prêtre qui épouserait une de ses pénitentes? Ne serait-on pas porté à croire que le projet de mariage aura été arrêté dans les rapports confidentiels de la direction? Aussi la morale publique a-t-elle voué à l'exécration le mariage des prêtres. Partout où il existe, les sacrements sont complètement abandonnés ou publiquement profanés. Mais la confession une fois mise de côté, la porte n'est-elle pas ouverte à tous les désordres? Voyez ce qui se passe partout où elle est abandonnée : il n'y a plus de moralité, et le vice marche tête levée. Savezvous pourquoi les protestants donnent la préférence aux filles catholiques quand il s'agit de choisir leurs domestiques? C'est parce que, disent-ils, l'usage de la confession les rend plus honnêtes, plus laborieuses, plus chastes, plus soumises et plus dévouées.

S'' Le prêtre est tenu par devoir à soulager les malades et les infirmes; et, à l'exemple de Jésus- Christ, il doit se faire pauvre pour secourir les indigents. Mais, s'il a lui-même une famille, ne songera-l-il pas d'abord à ses enfants selon la chair avant de s'occuper de ses enfants selon l'esprit? Sera-t-il suffisamment riche pour pourvoir aux nécessités des uns et des autres? Il faut une grande fortune pour donner du pain aux pauvres et nourrir une nombreuse famille. El s'il ne peut subvenir aux besoins des uns et des autres, pensez-vous qu'il préférera les pauvres à ses enfants ? Ce serait

lui demander l'impossible; la nature n'enfante pas de tels héros. Laissez -le donc s'occuper de ses pelils.

il ne fera donc pas l'aumône, parce qu'il n'en aura pas le moyen, ou qu'il n'en aura pas la liberté. Et s'il ne fait rien pour les pauvres, oserat-il exhorter les autres à en prendre soin ?

6° Un prêtre engagé dans les liens du mariage s*élcvera bien dilTicilemenl à la hauteur de sa mission. Si son devoir l'oblige à parler haut et ferme aux grands et aux riches, osera-t-il le faire? Ne craindra-t-il pas leur ressentiment? N'aura-l-il pas peur de la confiscation de ses biens, de l'exil et de la mort? Pensez-vous qu'il aura jamais le courage de parler aux puissants comme un saint Ambroise, un saint Chrysoslôme, un saint Bernard ou un saint Jean de Yandières? Osera-t-il s'élever avec force contre les scandales des grands de la terre? Sa position le rendra prudent selon le monde, afin de ne point compromettre son avenir ou celui de ses enfants. Toujours à genoux devant le pouvoir, il se gardera bien de censurer ses vices; il trouvera plus utile de chanter ses louanges. Il parlera ou il se taira, selon les inspirations de son intérêt. Au moindre danger, il abandonnera son troupeau, comme un vil mercenaire, et laissera le loup égorger ses brebis. Voyez donc ce qui se passe chez les grecs et les protestants.

Vous n'ignorez pas quel a été dans tous les temps le dévouement des prêtres catholiques, lorsqu'ar^

rivent ces terribles fléaux qui portent au sein des familles et des cilés la contagion et la mort. Intré-^ pides comme les soldats les plus vaillants sur le champ de bataille, ils sont là debout, la nuit et le jour, portant partout, avec des paroles de foi et de charité, les secours les plus précieux pour l'âme et pour le corps. Avcz-vous jamais vu un prêtre, épaux et père, se dévouer de la sorte? Ne cédera-t-il pas à la voix de la nature plutôt qu'à celle de ses devoirs ?

Vous avez pu constater, il y a quelques années, la différence qui existe entre un clergé marié et «n clergé célibataire dans les circonstances dont je viens de parler; l'Europe en a été témoin. Dans le temps du choléra, le prêtre catholique courait, volait au secours des malades, et le ministre protestant reculait ou prenait la fuite. Celui-ci avail-iï moins de courage que le prêtre catholique? Non, certes; mais il était père de famille, et il devait naturellement ménager une vie nécessaire à sa femme et à ses enfants.

Bien plus, l'archevêque protestant de Dublin essaya de justifier cette lâcheté. Il adressa à ses subordonnés une lettre pastorale par laquelle il prétendit que les secours de la religion sont inutiles au lit de la mort; d'où il conclut que les minislresqui ne se rendent pas auprès du lit des malades et que les malades qui n'appellent pas les ministres ne sont nullement coupables devant Dieu. Brcn plus, il dit qu'wn protestant qui est atteint rf'wwr

maladie contagieuse est obligé de ne pas exposer son pasteur au danger de gagner la maladie. A îa bonne heure I Voilà au moins de la franchise.

Voulez-vous un autre exemple? Voici un fait rapporté par un historien protestant : « Pendant la guerre de \ 776, dit-il, le château royal de Winchester servit de prison aux Français que le sort des armes avait fait tomber entre nos mains. Une fièvre contagieuse d'une violence extraordinaire s'étant déclarée parmi eux, il en mourut un grand nombre. Presque tous étaient catholiques, et les deux ou trois prêtres de leur croyance qui résidaient dans la ville les assistèrent à leurs derniers moments. Mais il y avait aussi des protestants dans Je nombre, et ceux-ci réclamèrent Tassistance de leurs ministres. Aucun d'eux n'osa consoler les protestants agonisants, et, par suite de cette coupable indifférence, plusieurs de leurs malheureux coreligionnaires s'adressèrent aux prêtres catholiques et moururent catholiques. Voici ce qu'ils répondaient : « Comme hommes, nous ne craignons « pas plus la mort que les prêtres catholiques; « mais nous ne pouvons nous exposer à rapporter « le poison de la contagion dans nos familles. » Non, sans doute, ajoute l'historien; mais, ou ils négligèrent leurs devoirs les plus sacrés en laissant des protestants se jeter, à leurs derniers moments, dans les bras des prêtres catholiques, ou bien le célibat auquel ceux-ci se soumettent, et contre lequel leurs adversaires ont déclamé et déclameront toute

leur vie, est nécessaire au salut des âmes dont ils se disent chargés, et pour lequel iLs: reçoivent des honoraires considérables. » (Cobbett, lettre 4*" sur {Histoire de la lléforme,]

En temps de persécution et de schisme, des prêtres époux et pères résisteraient-ils à la tyrannie ou à la séduction du pouvoir? Le clergé français a donné un beau spectacle à l'univers : il a mieux aimé renoncer à tout, s'exiler ou monter à l'échafaud, que de rien signer contre sa conscience. Les ministres protestants auraient-ils fait de même ? Mais tous les jours ils reçoivent avec la plus humble soumission toutes les professions de foi que leur dicte le pouvoir civil.

7*^ Savez-vous ce qui porte le plus les barbares et les infidèles à croire à la divinité de la religion que leur prêchent les prêtres catholiques? C'est surtout parce qu'ils observent la loi du célibat. Notre Seigneur a dit à ses disciples : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés; » puis il ajoute : « C'est par cet amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde connaîtra que vous êtes mes disciples. » En effet, aimer les homm9s comme Jésus-Christ les a aimés, les aimer jusqu'à abandonner pour eux sa patrie, sa famille, ses Liens, son repos, sa santé et même sa vie, est une œuvre vraiment divine, car elle dépasse toutes les forces humaines. C'est pourquoi, lorsque les ministres protestants disent aux infidèles qu'ils sont les ministres de Dieu, ceux-ci leur demandent : « Avez-

vous des femmes? » Sur leur réponse affirmative, ils ajoutent : « Vous n'êtes ni prêtres ni ministres, puisque vous avez des femmes comme nous. » C'est qu'en effet le prêtre marié n'est plus qu'un homme ordinaire, et le prêtre célibataire est plus qu'un homme : c'est un ange descendu du ciel pour y conduire ses frères. C'est ainsi que la robe noire est accueillie par les sauvages, tandis que les ministres protestants sont des hommes comme les autres, ni plus ni moins que des trafiquants avides de faire rapidement fortune. Ce ne sont, disentils, que des vendeurs d'eau de feu et des acheteurs de peaux.

Le célibat n'est pas de précepte pour les chrétiens, mais seulement de conseil, comme nous l'avons dit. « Celui qui est marié, dit saint Paul, est occupé à plaire à sa femme, et il est divisé; mais celui qui n'est point marié n'est occupé qu'à plaire à Dieu. » Si donc il en est parmi ceux qui m'entendent qui se croient appelés de Dieu à vivre dans le célibat, qu'ils répondent à la voix du Seigneur; ils auront choisi la meilleure part, lors même qu'ils resteraient dans le monde; ils rendront leur vie féconde en toutes sortes de bonnes œuvres. Mais je vous dirai à tous : Voulez-vous vivre chastes? fuyez les occasions du vice, vaquez à la prière et à la méditation, fréquentez les sacrements, soyez toujours saintement occupés. C'est ainsi que vous deviendrez les coadjuteurs du sacerdoce catholique; vous le seconderez de votre bourse, de votre

OOD

intelligence et de votre bonne volonté, et vous me-" rilerez' de partager sa joie et son bonheur dans l'éternité. Amen.

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