‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 4 sur 34 · IP INSTRUCTION · texte numérisé non relu

IP INSTRUCTION

De la matière et fie la forme, ilii ministre et du sujet de rExtrême-Ouction.

Infirmalur quis in vobïs? Inducat preshyteros Ecclesiœ, et ovent super eum, ungenles eum oleo in nomine Domini.

Qaelqu'un-est il malade parmi vous? Qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise, cl qu'ils prient sur lui, lui faisant des onctions avec de l'huile au nom du Seigneur.

(Jacob., v. Va.)

Les sacrements ayant été institués pour guérir les plaies de notre âme et nous communiquer la grâce sanctifiante, il n'était pas convenable que Jésus-Christ les reçût tous, puisqu'il est exempt de tout péché et qu'il est la source de toutes les grâces dont les sacrements ne sont que des ruisseaux. Cependant il a jugé à propos d'en faire quelque essai, afin de les sanctifier en lui-même et de nous donner l'exemple. Il a été baptisé, et le Saint-Esprit est descendu sur lui en forme de colombe. Il a fait pénitence au désert; il s'est communié en instituant l'Eucharistie. Il a été ordonné prêtre et ppntife lorsque le caractère substantiel du Verbe divin fut imprimé sur son humanité sainte.

Il a figuré le sacrement de Mariage en épousant l'Eglise et en formant avec elle une alliance indissoluble par le mystère de l'Incarnation.

Et quel rapport entre lui et le sacrement de l'Extrême-Onction ? Considérez-le au jardin de Gethsémani, le dernier jour de sa vie mortelle et au commencement de ses souffrances. Ne ressemble-t-il pas à un pauvre malade qui reçoit TExtrême- Onction? « Si quelqu'un est malade, dit l'apôtre, qu'il appelle les prêtres de l'Eglise, qu'ils prient sur lui, et la prière delà foi fortifiera le malade. » Or, Jésus tombe en agonie, il a près de lui trois apôtres qu'il vient d'ordonner prêtres, il leur dit de veiller et de prier, et un ange est envoyé pour le fortifier.

Les docteurs de l'Eglise nous enseignent que Jésus-Christ voulut être baptisé dans le Jourdain pour sanctifier la matière du Baptême. Sa chair innocente, divine et vivifiante, ayant touché l'eau de ce fleuve, sanctifia et consacra toutes les eaux du monde, et leur communiqua la vertu de nous engendrer à la vie de la grâce divine. Par une sorte d'analogie, nous pouvons dire de même de l'Extrême-Onction. Jésus avait coutume de passer les nuits en prière sur la montagne des Oliviers, et souvent il arrosait de ses larmes la terre bénite de ce jardin ; il la sanctifia et par cette sueur de sang qu'il y répandit, et par l'attouchement sacré de sa personne, en se prosternant la face contre terre pour prier. Il a donc sanctifié tous les fruits que

produit ce jardin, et par conscquenl toutes les olives destinées à être la matière de ce sacrement, à recevoir la vertu de nous fortifier dans l'agonie, parce qu'elles sont de môme espèce que celles de ce bénit jardin que Jésus arrosa de son sang dans son agonie : comme toutes les eaux du monde ont été sanctifiées et ont reçu la vertu de nous faire enfants de Dieu, parce qu'elles sont les mêmes que celles du Jourdain qui touchèrent le corps de Jésus lorsqu'il fut proclamé le Fils de Dieu.

Ne peut-on pas dire aussi que nulle part Jésus - Christ n'a mérité autant qu^au jardin des Olives, car nulle part il n'a autant souffert? Dans les autres circonstances de sa passion, il ne souffre qu'un tourment en particulier et l'un après l'autre; mais au jardin des Olives il les souffre tous à la fois, parce qu'il se les représente si vivement qu'il tombe en agonie et sue une sueur de sang; et ce sang précieux, répandu par un effort d'amour, fut comme une huile vierge qui sort de l'olive avant qu'elle soit mise sous le pressoir. Ce sont les prières et les larmes répandues pour notre salut dans ce jardin qui nous ont mérité tant de grâces qu'il a renfermées dans le sacrement de l'Extreme- Onction.

Quelle est la matière du sacrement de l'Extrême- Onction? C'est l'huile d'olive consacrée par l'évéque, comme l'ont déclaré plusieurs conciles; et c'est une matière très-propre à figurer les effets que produit dans l'âme la vertu de ce sacrement.

En effet, l'huile adoucit les douleurs du corps, rétablit la santé, excite la joie, sert d'aliment à la lumière, et renouvelle les forces du corps lorsqu'elles ont été épuisées par la fatigue ; ainsi l'huile de l'Extrême-Onction diminue et affaiblit la tristesse et la douleur de l'âme, lui rend une santé parfaite, puisqu'elle remet les péchés mortels. Elle procure une sainte joie au malade et lui donne de nouvelles lumières qui lui font mépriser la vie et désirer la mort. De même que les athlètes, dans les combats du cirque, avaient coutume de répandre de l'huile sur tous leurs membres, afin de les rendre plus souples et plus vigoureux, et par là même plus propres à soutenir la lutte, ainsi l'huile sainte de l'Extreme-Onction donne à l'âme et à toutes ses puissances une nouvelle vigueur pour soutenir glorieusement ce dernier et terrible combat contre l'ennemi du genre humain.

Le prêtre applique cette matière en faisant des onctions, non pas sur toutes les parties du corps, mais seulement sur celles qui sont les instruments naturels des sensations : sur les yeux, à cause de la vue; sur les oreilles, à cause de l'ouïe; sur le nez, à cause de l'odorat; sur la bouche, à cause du goût et de la parole ; sur les mains, à cause du toucher dont elles sont l'organe principal, quoiqu'il soit d'ailleurs répandu dans tout le corps ; sur la poitrine, parce qu'elle est comme le siège de la concupiscence et des passions; et enfin sur les pieds, parce qu'ils sont pour nous le moyen de

marcher et d'agir. L'Eglise catholique a adopté cette manière d'administrer l'Extreme-Onction, parce qu'elle est très-conforme à la nature même de ce sacrement, qui se donne comme un véritable remède. Or, dans les maladies physiques, quoique le corps entier soit malade, on n'applique cependant le remède que sur la partie qui est comme le .siège et la source du mal. Ainsi ce n'est pas non plus le corps entier qui reçoit l'onction sacrée, mais ce sont seulement les membres qui sont comme les organes principaux des sensations.

Cette manière d'appliquer l'huile sainte marque qu'elle efface tous les péchés jusque dans leurs racines ou leurs dernières profondeurs, et qu'elle mure en quelque sorte les portes pour empêcher le démon d'y passer. Par le Baptême nous sommes devenus les membres de Jésus-Christ, et nos corps le sanctuaire vivant du Saint-Esprit; mais comme nous les avons profanés par tous les péchés que nous avons commis, l'huile sainte de l'Extrême- Onction les purifie de nouveau et les consacre à Dieu d'une manière plus solennelle et plus efficace.

En faisant ces onctions, le prêtre prononce ces paroles : Que, par cette onction et sa très-pieuse / miséricorde, le Seigneur vous pardonne tout ce que vous avez fait de mal par la vue, par rouie, par Vodorat, par le goût et par le toucher. Que ce soit la forme véritable et propre de ce sacrement, saint Jacques nous l'apprend par ces paroles :

Et qu'ils prient sur lui, et la prière de la foi sauvera le malade. Ne doit-on pas conclure de ces paroles que la forme de l'Extrême -Onction doit être déprécative, quoique l'apôtre ne nous fasse pas connaître positivement les paroles qui doivent la composer? Celles-là nous sont parvenues par une tradition constante, et toutes les églises emploient cette même forme, qu'elles ont reçue de la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres. Quelques unes, il est vrai, au lieu de ces mots : Que le Seigneur vous pardonne tout le mal que vous avez fait, disent : Quil vous remette ou Qu'il vous guérisse. Mais le sens est toujours le même, et cela n'empêche point que partout on emploie religieusement la même forme.

Mais pourquoi, me direz-vous, la forme de l'Extrôme-Onction est-elle exprimée par une prière, tandis que dans les autres sacrements la forme exprime d'une manière absolue ce qu'elle signifie? Ainsi le prêtre dit : Je te baptise, je te confirme, je f absous, etc., en forme de commandement. C'est que ces paroles produisent toujours l'effet qu'elles expriment, lorsque le sujet n'y met point d'obstacle. Mais l'Eglise administre le sacrement d'Extrême-Onction, non seulement pour conférer la grâce divine, mais encore pour rendre la santé aux malades ; et comme il n'arrive pas toujours que les malades reviennent en santé, on emploie la forme de prière pour obtenir de la bonté de Dieu un effet que le sacrement ne produit pas nécessairement ni toujours.

Il y a encore des cérémonies parliculièrcs pour l'administration de ce sacrement, et la plupart renferment des prières que le prêtre fait pour obtenir le salut du malade. Etant entre dans la maison, il dit : « Faites entrer. Seigneur Jésus-Christ, dans cette maison, par la présence de notre humilité, réternelle félicité, la prospérité divine, la joie sereine, la charité fructueuse et l'éternelle santé; que les démons fuient de ce lieu, que les anges de la paix y habitent et que toute discorde l'abandonne. Glorifiez votre saint nom sur nous. Seigneur, et bénissez tout ce que nous allons faire; sanctifiez l'entrée de notre bassesse, vous qui êtes saint et pieux, et qui demeurez avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. » Mais je serais trop long si je voulais vous citer toutes ces prières.

Il n'y a pas de sacrement dont l'administration renferme plus de prières, parce qu'il n'y a pas en effet de moment où les fidèles aient un besoin plus grand de ce pieux secours. Tous les assistants doivent alors se joindre au prêtre pour prier Dieu de tout leur cœur et pour recommander à sa miséricorde la vie et le salut du malade.

Quel est le ministre de ce sacrement? C'est l'évêque ou le prêtre. L'Eglise nous enseigne que le moi presbytères, dont se sert l'apôtre saint Jacques, signifie, dans cette circonstance, non pas les chefs ou les anciens de la communauté, mais bien ceux qui ont été consacrés prêtres par les évêques. Ce-

pendant tout prêtre n'a pas le droit d'administrer l 'Extrême-Onction ; il n'appartient qu'au propre pasteur ou à son délégué. iXe serait-ce pas un véritable désordre, si le premier prêtre venu pouvait administrer les sacrements à tous les fidèles et partout? Il n'y a qu'une seule exception à cette règle par laquelle l'Eglise réserve au propre curé la faculté de conférer ce sacrement : c'est le cas de nécessité.

Quel est le sujet du sacrement de l'Extrême- Onction? Le fidèle qui est malade, comme nous l'apprend l'apôtre saint Jacques. De plus, comme l'Extrême-Onction a été instituée pour être le remède de l'âme et du corps tout à la fois, il est clair qu'on ne doit la conférer qu'aux malades, et non pas même à tous les malades indistinctement, mais à ceux qui sont en danger de perdre la vie. On ne peut donc pas la donner à ceux qui ne sont pas malades, lors même qu'ils seraient en danger de perdre la vie, soit dans une navigation périlleuse, soit dans un combat où ils seraient menacés d'une mort presque certaine, soit enfin lorsqu'ils sont condamnés à mort et qu'on les conduit au supplice.

On ne doit pas non plus la donner à ceux qui ne jouissent pas de l'usage de leur raison, tels que les imbécilles, ni aux enfants incapables de pécher. Si cependant les insensés et les furieux jouissent par intervalles de leur raison, on doit leur conférer ce sacrement.

Quelques fidèles s'imaginent qu'on ne doit conférer l'Extrême-Onction aux enfants qu'après leur première communion. C'est une erreur grave qui peut avoir les suites les plus funestes. Les parents sont obligés de la procurer à leurs enfants dangereusement malades, s'ils entassez de connaissance pour offenser Dieu. Ainsi il peut arriver qu'il soit nécessaire de l'administrera des enfants de cinq à six ans. N'a-t-on pas vu une petite fille de quatre ans pousser son jeune frère dans un bassin rempli d'eau et le noyer, parce qu'elle était jalouse des caresses que lui prodiguaient ses parents? Elle sut bien qu'elle avait commis un grand péché, puisqu'étant tombée malade, elle demanda un confesseur, parce qu'elle se reconnaissait coupable d'un péché mortel.

Un fidèle ne peut recevoir qu'une seule fois l'Extrême-Onction dans la même maladie et dans le même danger. Mais si, après l'avoir reçue, il entre en convalescence, et qu'il retombe ensuite dans un nouveau danger de perdre la vie, on peut lui donner le sacrement une seconde fois et en général toutes les fois que revient ce même danger.

Quoique l'Extrême-Onction ne doive se conférer qu'aux fidèles qui sont dangereusement malades et aux vieillards en qui la vie s'éteint, vous ne devez pas attendre l'extrémité pour la recevoir ou la procurer aux autres. Son nom ne lui a pas été donné pour marquer qu'on ne doit la recevoir qu'à l'extrémité, mais parce que c'est la dernière des onctions que le chrétien reçoit.

Mais d'où vient donc, mon frère, cet éloigne ment et celte crainte que tous éprouvez pour un sacrement par lequel Dieu nous témoigne tant d'amour et tant de sollicitude pour notre salut? Pensez-vous que le sacrement lui-même vous fera mourir? Le regardez-vous donc comme le présage et l'avant-coureur d'une mort inévitable et imminente ? Est-ce pour ce motif que vous attendez jusqu'au dernier moment pour avertir le prêtre du danger que court le malade ? En vérité, on dirait que ce sacrement est comme un bras de la mort qui élreint le malade et l'entraîne, bon gré, mal gré, dans l'autre monde.

Détrompez-vous donc, et remarquez qu'en différant ainsi de jour en jour de procurer ce secours au malade, vous courez grand risque de le laisser mourir sans recevoir un sacrement si précieux et d'être ainsi la cause de sa perte éternelle- Cette seule considération ne devrait-elle pas suffire pour vous engager à remplir votre devoir avec plus de zèle et d'exactitude?

Le sacrement d'Extrême-Onction n'est pas seulement le complément du sacrement de Pénitence; il peut aussi le suppléer. Sans doute , il n'est pas absolument nécessaire au malade qui a pu se confesser et recevoir l'absolution de ses péchés avec toutes les dispositions requises; mais s'il y a quelque défaut dans ses confessions, ou s'il a perdu l'usage de la parole, est-il certain que l'absolution !ui remette ses péchés, en supposant qu'il n'ait que

Ja contrition imparfaite? Non, certes; mais il est incontestable que tous ses péchés seront effacés s'il reçoit le sacrement d'Exlreme-Onction avec ces mômes dispositions.

Quelqu'un est-il frappé de mort subite ? avertissez toujours un prêtre, qui lui administrera ce sacrement sous condition, même huit ou dix heures après l'attaque. Personne ne sait le moment précis, surtout dans ces circonstances où l'âme se sépare du corps, et il peut se faire que le sacrement produise encore son effet.

Enfin serait-ce la crainte de la mort qui empêcherait les malades de recourir au sacrement de l'Extrême-Onction? Mais vous en ignorez donc les merveilleux effets ? Ce sacrement a la vertu de rendre la santé au malade, si c'est utile à son salut. Un célèbre médecin protestant, frappé du changement qui s'opérait souvent dans ses malades catholiques après qu'ils avaient reçu l'Extrême- Onction, ne manquait pas d'exhorter à recourir à ce céleste remède ceux près desquels il était ensuite appelé, même dès le début de la maladie, lorsqu'il y voyait quelque danger. Savez-vous ce qui vous manque, mes frères ? C'est une foi vive en la parole de Dieu. Alors l'amour que vous avez pour cette vie vous déterminerait aisément à recevoir ce sacrement, lorsque vous êtes malades, et à le procurer aussi en temps et lieu à vos amis et à vos proches.

Vous vous imaginez faussement que l'Extrême-

Onction fait mourir les malades; car d'où vient que vous rencontrez des chrétiens qui l'ont reçue plusieurs fois et qui vivent encore aujourd'hui? Il est bien vrai que tous ceux qui la reçoivent ne sont pas guéris; autrement que deviendrait le monde? On finirait par s'égorger. Mais pouvez-vous espérer qu'elle rende la santé au malade, si on lui confère ce sacrement lorsqu'il n'a plus qu'un souffle de vie? 11 faudrait un miracle évident pour le guérir, et vous tentez Dieu. Devez-vous être surpris qu'il ne vous exauce pas ?

Il n'est pas nécessaire, pour recevoir l'Extrême- Onction, que la mort soit imminente; il suffit que la maladie soit grave, car alors elle présente toujours quelque danger réel.

Ne vous faites donc pas illusion, mon frère. Quoique vous soyez bien convaincu que vous mourrez un jour, vous ne pouvez vous persuader que vous mourrez bientôt, lors même que vous êtes gravement malade. Voilà pourquoi vous différez de recevoir le sacrement de l'Extréme-Onction, quoique vous ayez tant de motifs d'y recourir avec empressement. Vous vous imaginez toujours que vous avez encore plusieurs années à vivre, de sorte que la mort vous surprendra même dans un âge avancé. Vous n'êtes occupé que des choses de ce monde, comme si vous deviez y demeurer toujours, et voilà que tout à coup on vous annonce qu'il faut recevoir le sacrement des malades. Quelle épouvante ! Vous vous soumettrez à tout par complai-

— aisance pour vos proches et pour ne pas les affliger. Oh 1 qu'il est à craindre que vous n'ayez pas les dispositions requises ! Viyez donc saintement, et n'allez jamais prendre votre repos sans être disposé à paraître devant Dieu : c'est le moyen infaillible de n'être pas surpris par la mort et d'assurer votre salut. Amen.

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