‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 31 sur 34 · EN RUSSIE · texte numérisé non relu

EN RUSSIE

Autrefois le clergé russe obéissait au patriarche de Moscou ; mais comme le dernier des patriarches avait voulu montrer un peu d'indépendance, l'empereur ne lui nomma point de successeur, et il érigea son comité ecclésiastique, soidisant saint synode, qui a été approuvé par les patriarches de Constanlinople et d'Antioche. Or, ce synode est une commission administrative composée d'arclievôques, d'évêques et d'ecclésiastiques, mais soumis à la cravache d'un coloneî de hussards, procureur suprême du synode, pour notifier et exécuter les volontés de l'empereur et pape, seule loi dansl'église et dans l'empire.

Les évoques, devant être célibataires, sont toujours prifî d'entre les moines, lesquels font profession de célibat, et pour cette cause jouissent de quelque considération parmi le peuple. Les simples prêtres, devant toujours être mariés avant de recevoir la prêtrise, ne peuvent jamais devenir évêques, et vivent dans un état de dégradation dont il est impossible de se faire une idée hors de Russie.

Pendant deux siècles, la Russie moscovite fut sous la domination des Tarlares. Dans cette période, les églises et les monastères conservèrent leurs biens et les administraient par eux-mêmes. Les czars et czarines de Russie, plus voleurs que les Tiirtares, ont tout confisqué, sauf 5 promettre une indemnité convenable. Celle indemnité iîupériale est de quarante francs par année pour chaque moine reconnu par

l'£lat. Quant à la position financièro du clergé séculier, elle ii&i des plus déplorables; le gouvernement l'a réduit à- la plus parfaite misère. Il n'a pour vivre que la charité des iidèles, de sorte que, terme moyen, chaque prêtre perçoit soixantedix-sept francs par année. Dans certains diocèses il n' a qu^; quarante-neuf francs, dans d'autres vingt-huit, et dans quelques-uns onze francs seulement.

La misérable condition du prêtre russe nous fait comprendre comment on le voit se mêler à la dernière classe de la j^ociété pour y chercher ses moyens d'existence, comment parfois on le trouve souillé des plus énormes crimes et abandonné aux plus honteuses habitudes de désordre.

Sa vie matérielle est si souvent remplie de privations forcées, qu'il doit nécessairement y chercher une compensation dans les circonstances de baptêmes, mariages, bénédictions et enterrements, qui lui permettent au moins de satisfaire scn vorace appétit. Aussi l'y voit-on ordinairement demander sans honte et sans retenue, manger et boire avec excès, et, s'il reste encore quelque chose, l'emporter avec lui pour le jeter en pâture à toute sa famille affamée. On connaît également les excès que ces prêtres commettent dans ce qu'on appelle les sacrifices en mémoire des morts, dans les repas du temps pascal, où le peuple russe mange avec les prêtres l'agneau et les œufs bénits. Aussi le vice de Fivrognerie est-il si commun parmi eux, qu'on n'y fait aucune attention ; plus d'une fois le commandant d'une flotte ou d'un régiment est obligé de mettre le pope ou prêtre russe aux arrêts le samedi, afin qu'il ne soit pas ivre le dimanche vl qu'il puisse dire la messe.

L'état moral de ce clergé, loin de s'améliorer, a toujours été en empirant, comme les relations synodales en font foi. Kn 1837, 1838 et 1839, le nombre des ecclésiastiques condamnés par le synode ou par l'autorité diocésaine s'élève à -4,202, 4,3H et 4,932 ; ce qui donne 1 condamné sur 24 individus pour 1837, 1 sur 23 pour 1838, et 1 sur 20 en 1830. L<i nombre total des condamnés dans le cours de quatre

années, de 183G à 1830, s'élève à 10,-143, c'esl-i-dire le sixième du chiffre total des ecclésiastiques de Russie.

Mais si le nombre des condamnés ecclésiastiques en Russie est considérable comparativement à la somme totale du clergé, il devient effrayant si on le considère en particulier pour certains diocèses. Ainsi, chacune des années 4837, 1838 et 1839 présente, de mis en jugement dans les diocèses de Kan et d'Orel, un ecclésiastique sur dix, et dans celui de Wialka, un sur neuf, et mis en jugement pour des fautes graves, et, comme le dit le colonel Protasoff, président du saint synode, pour des crimes infamants.

De temps en temps les czars publient de magnifiques proclamations sur l'instruction du clergé et du peuple, donnent des ordres retentissants pour fonder des écoles, des universités même, ordres et proclamations qui sont répétés par les journaux de l'Europe. Or, tout cela n'est qu'une comédie pour amuser les nations étrangères et s'en attirer les éloges. Catherine II écrivait là-dessus au gouverneur de Moscou, l'un de ses anciens maris supplémentaires : « Mon cher prince, ne vous affligez point si nos Russes n'ont aucun désir de s'instruire, et si Tordre d'ériger des écoles dans mon empire n'est pas fait pour nous, mais pour l'Iiuropc, et pour soutenir près des étrangers la bonne opinion qu'on a de nous; car, dès le moment où le peuple russe aura vraiment commencé à s'instruire, je ne serai pas impératrice et vous ne resterez pas gouverneur. » (RoanBACiiEU.)

XV* iNSTRUCTIOT^.

IDu breTiaire.

Ascendil Pelrv.s insuperiora,utorarct circaharam sexlam.

Pierre monta sur le haut de la maison pour prier vers la sixième heure.

Nous lisons dans l'Evangile que noire Seigneur Jésus-Christ passait les nuits à prier, bien qu'il fût lui-même la source et la plénitude de toutes les grâces. Il priait pour nous, et il voulait nous faire comprendre, par son exemple, l'importance et la nécessite de la prière. Avec quelles instances ne la recommande-t-il pas à ses apôtres? « 11 faut toujours prier, leur dit-il, et ne jamais se lasser. » Comprenez-vous la force de ce mot toujours? Comme s'il n'y avait que celte seule chose à faire. Et il ajoute : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira; » car on donne à celui qui demande, celui qui cherche trouve, et on ouvre à celui qui frappe.

Les premiers disciples de Jésus-Christ avaient fort bien compris ces leçons de leur divin Maître,

car ils étaient infatigables dans la prière. La sainte Ecriture se sert d'une expression très-énergique en nous disant qu'ils étaient persévérants dans la prière, comme s'ils eussent toujours prié. Les apôtres leur en donnaient l'excmplv). Ils établirent des diacres pour prendre soin des cboses temporelles, et se réservèrent l'exercice de la prière et le ministère de la parole, en disant qu'ils s'occuperaient instamment de l'un et de l'autre. Il paraît même que déjà ils priaient à certaines beures déterminées, comme on le voit par l'exemple de saint Pierre que nous avons cité en commençant celte instruction. Les évoques et les prêtres se réunissaient avec les fidèles plusieurs fois le jour pour prier; mais le refroidissement de la piélé et les affaires du monde éloignèrent peu à peu la plupart des cbréticns de cette prière publique; le clergé seul en conserva précieusement la pratique. Telle fut l'origine de cette prière publique contenue dans l'office divin et perpétuée dans l'Eglise. Elle en fait une des principales fonctions du prôlre.

Il n'y a rien en cela d'étonnant, mes frères: l'histoire nous rapporte que des prêtres indiens, du temps de ridolàlrie, priaient jour et nuit, de sorte cjue, quand les uns cessaient de prier, les autres recommençaient; et ils en donnaient cette raison : a Dieu a créé le monde, disaient-ils, par sa parole, et si les hommes cessaient un seul instant de répéter celte parole, le monde rentrerait dans le néant- > Uuellc pensée profonde I Est-il possible de faire

mieux sentir rexcelleuce et la nécessilé de la prière? IS'esl-il pas vrai que, le jour où l'on ne priera plus sur la terre, toute vie morale en aura disparu, et que le monde finira? Le genre humain peut-il subsister sans vertu et sans moralité, ou peutil pratiquer la vertu sans la prière? Quand donc les hommes auront mis complètementla prière de côté, ils seront arrivés à la consommation des siècles.

Vous comprenez déjà, mes frères, pourquoi, le jour où le jeune lévite reçoit l'ordre du sous-diaconat et s'engage irrévocablement au service des autels, l'Eglise lui remet entre les mains un livre de prières qui l'accompagnera partout, dans tous ses voyages sur cette terre, et ne le quittera qu'au moment de la mort, lorsque ses mains ne pourront plus l'ouvrir, ni ses yeux en distinguer les caractères, ni sa bouche en prononcer les paroles. Malheur à lui s'il passe un seul jour de sa vie sans rempUr cette importante fonction I II se rendra coupable d'un péché mortel, s'il le fait sciemment et avec liberté; il méritera l'enfer.

L'enfer! me direz-vous, est-ce bien possible? Manquer un jour de réciter son office, est-ce là un crime? Oui, mes frères, c'est un crime aux yeux de l'Eglise. Il en faut moins encore pour le rendre gravement coupable ; car il suffit qu'il omette une partie notable de la prière d'un seul jour et dont la récitation ne dure pas dix minutes. Et gardez-vous bien d'accuser l'Eglise d'exagération. N'est-elle pas toujours assistée du Saint-Esprit? Peut-elle nou«

induire en erreur? En nous expliquant la gravité de celte faute, elle nous fait mieux sentir que la' fonction de la prière est une des lois les plus im~ portantes de l'ordre surnaturel et divin.

Quelle est, en effet, la fin ou plutôt la nature et l'essence même de la religion? N'est-ce pas de former sur la terre un peuple saint, chargé de rendre gloire à Dieu? Or, n'est-ce point par la prière que l'homme glorifie Dieu, qu'il lui rend ses adorations, lui adresse ses remercîments, lui demande pardon de ses péchés, et le supplie de lui accorder tous les secours dont il a besoin? Le saint sacrifice de la Messe n'est lui-même que la prière la plus sublime» qui puisse être adressée à Dieu, puisque c'est Jésus- Christ s'immolant sur l'autel pour adorer Dieu et le remercier, apaiser sa colère et nous le rendre propice. Et c'est par la prière que l'Eglise s'unit à Jésus-Christ pour s'offrir à Dieu avec lui ; c'est au nom de Jésus-Christ et en vertu de ses mérites qu'elle prie, c'est-à-dire qu'elle porte sur le trône de Dieu les louanges de toute la création pour faire descendre ensuite sur la terre des torrents de grâce 1 qui jaillissent jusqu'à la vie éternelle. Mais si vous interrompez un seul jour et même un seul moment ce mouvement de respiration et d'aspiration de l'Eglise, vous lui donnez le coup de la mort, autant qu'il est en vous, puisque vous tarissez la source où elle puise la vie, à peu près comme sivous arrêtiez le jeu des poumons dans la poitrine de l'homme. IS'est-ce pas là un crinK»:^

La prière ! mais c'est l'âme de toute la religion : tout chrétien qui ne prie pas n'est plus chrétien que de nom; c*est un homme sans Dieu, sans culte, sans espérance et par conséquent sans religion. En effet, la religion tout entière n'est-elle pas un tribut d'amour que nous payons à Dieu, soit en reconnaissant publiquement ses bienfaits et sa grandeur, soit en implorant son assistance et sa miséricorde divine? La prière et la religion n'ont qu'un seul et unique but, c'est d'élever notre âme jusqu'à Dieu. A quoi tendent toutes les pratiques du culte extérieur, sinon à détacher notre cœur de la vie des sens pour l'unir à Dieu ? Pourquoi les sacrements ont-ils été établis, sinon pour purifier notre cœur et en faire le sanctuaire vivant de la Divinité? N'est-ce pas aussi ce que la prière a opéré dans l'âme du publicain qui est sorti du temple justifié?

Un chrétien qui ne prie pas est un homme qui iTiéprise Dieu ; il fait entendre qu'il peut se passer de lui et vivre sans lui ; il se pose même son égal, puisqu'il prétend vivre par lui-même comme Dieu; il ne le reconnaît plus comme le Créateur et le souverain Seigneur de toutes choses. Comprenezvous pourquoi l'homme qui ne prie pas commet un grand crime?

Mais s'il en est ainsi pour un simple chrétien, que sera-ce de celui qui s'est consacré d'une manière spéciale au culte de Dieu, par conséquent au culte de la prière? L'Eglise ne le revêt de la haute

dignité du sacerdoce que pour être médiateur entre le ciel et la terre, pour présenter au Créateur les hommages et l'amour de toutes les créatures, et pour leur procurer les secours qui leur sont nécessaires pour atteindre leurs destinées.

Nous avons distingué trois espèces de vie dans le chrétien : la vie du corps, la vie de l'âme raisonnable et la vie surnaturelle et divine. Le foyer de la vie du corps est dans le sein de la terre, puisque c'est en la cultivant qu'elle nous fournit notre nourriture. Mais le jour où les ministres de cette vie, c'est-à-dire les jardiniers, les vignerons, les cultivateurs cesseront de communiquer avec ce foyer de vie, ne faudra-t-il pas mourir de faim?

Le foyer de la vie intellectuelle est dans le sein de la société, et ses ministres sont les professeurs et les instituteurs, ou tous ceux qui enseignent. Mais si une fois ils ne sont plus en communication avec le foyer de la» science, avec les livres ou les hommes savants, ils n'auront plus rien à communiquer eux-mêmes, et la vie de l'intelligence finira par s'éteindre; car l'homme ne possède pas la vérité en lui-même, il faut qu'il l'apprenne pour l'enseigner.

Ainsi en est-il de la vie surnaturelle et divine. Son foyer est dans le sein de Dieu, et ses ministres senties évêques et les prêtres. Il faut donc de toute nécessité qu'ils soient sans cesse en communication avec Dieu pour y puiser la vie divine dans sa source, soit pour eux-mêmes, soit pour les fidèles*.

Par suite de leur consécration, ils ne doivent s'occuper qu'à engendrer des enfants en Jésus-Christ et à les nourrir tous les jours de leur vie. Or, c'est par la prière qu'ils s'élèvent jusqu'à Dieu, s'unissent à lui et puisent en lui une si grande abondance de vie qu'elle déborde de leur âme et se communique à tous les chrétiens.

Nous lisons dans l'Ecriture que les Amalécites ayant attaqué les Israélites dans le désert, Josué se mit à la tête des plus braves guerriers et leur résista courageusement. Pendant ce temps Moïse priait sur la montagne. Lorsqu'il levait les mains vers le ciel, Israël était victorieux; mais lorsqu'il les abaissait, Amalec reprenait le dessus. Ce n'est là qu'une figure de ce qui se passe dans l'Eglise de Dieu. Ces Israélites qui traversent le désert pour aller habiter la Terre-Promise figurent le peuple chrétien, qui voyage dans le désert de cette vie et s'efforce de gagner le ciel, la véritable Terre-Promise. Les Amalécites sont les démons, qui font une guerre incessante aux chrétiens, les attaquent de tous côtés, afin de les entraîner dans le péché et de les perdre. Josué et ses guerriers sont les chrétiens courageux qui résistent aux tentations et combattent vaillamment contre les ennemis de leur salut. Mais remporteront-ils la victoire, appuyés uniquement sur leur courage ou leur valeur? Non, mes frères ; il faut qu'il y ait un autre Moïse placé sur la montagne sainte qui lève sans cesse ses mains vers le ciel. Or, ce Moïse est le sacerdoce

catholique élevé sur Jésus-Christ, que rEcnlurc nous représente comme une montagne; et il faut qu'il lève sans cesse les mains au ciel, qu'il prie incessamment pour toute l'Eglise militante, pour tous les chrétiens qui combattent dans la plaine; il faut qu'il prie à la première heure, à la troisième, à la sixième, à la neuvième, sur le soir et pendant la nuit; il faut qu'il prie toujours (l). S'il cesse de prier un seul instant, les chrétiens plient devant l'ennemi; mais s'il continue à prier, ils remporteront une victoire complète. N'est-il pas manifeste que la prière est une fonction essentielle du ministère sacerdotal, et que c'est par son secours que les fidèles sont victorieux dans cette guerre implacable que leur livre l'enfer?

Saint Paul appelle ses enfants les chrétiens qu'il a convertis à la foi de l'Evangile. Mais comment les a-t-il engendrés? Par la prédication de la parole de Dieu; et voici comment s'opère cette génération spirituelle : Supposons qu'il s'agisse de philosophie; un homme versé dans cette science en donne des leçons à de nombreux élèves, et ceux-ci parviennent, par l'élude et la réflexion, à saisir et ù comprendre les vérités qui leur sont expliquées ; ils deviennent philosophes à leur tour. Ainsi le prêtre catholique explique la doctrine chrétienne, la philosophie la plus belle et la plus sublime, et

(1) C'est du temps fixé pour la prière publicpe que les différentes parties de l'office divin ont pris leur dt-nominalion ainsi i prime, tierce, scxte, noyic, rrpres, matines ou lea noclurncs.

ses auditeurs s'efforcent de la comprendre et de la graver dans leur esprit. Mais pour comprendre ces vérités et devenir chrétiens, il ne suffit pas d'avoir de l'inlelligencc, il faut de plus la grâce de Dieu. Or, dans la parole humaine il n'y a que deux éléments ; le son articulé, qui est comme le corps de la pensée ; puis la vérité, qui pénètre dans Fesprit pour le nourrir. Mais dans la parole divine il faut qu'il entre une vertu surnaturelle qui éclaire l'esprit et touche le cœur des auditeurs, les transforme en des hommes tout nouveaux. Quoique Dieu soit parfaitement libre de communiquer cette vertu comme il lui plaît et quand il lui plaît, il a établi celte loi d'après laquelle le prêtre doit remplir son âme de la vie divine par le moyen de la prière, afin que, lorsqu'il prêche, sa parole, passant par son cœur, soit elle-même remplie de cette vie pour l'introduire dans le cœur des fidèles. C'est ainsi que le prêtre engendre des enfants pour le ciel, qu'il convertit les pécheurs, qu'il brise les cœurs les plus durs et qu'il donne du courage aux plus lâches. S'il n'était pas un homme de prière, sa parole ne serait plus qu'une parole humaine, comme celle d'un professeur ou d'un ministre protestant. ÎS^'étant point pénétrée de la vie divine, elle glisserait sur les cœurs sans les convertir. Tous voyez donc pourquoi les apôtres se réservent la prière et la prédication : ce sont deux choses qu'on ne saurait séparer dans le ministère pastoral. Saint Paul nous le fait assez entendre par ces paroles-

qu'il adresse aux chrétiens : « Nous ne cessons de prier pour vous et de demander à Dieu qu'il vous remplisse de plus en plus de la connaissance de sa volonté, en vous donnant toute la sagesse et toute l'intelligence spirituelle qui vous est nécessaire. » (Coloss., I, 9.)

Dans le temps oii Moïse s'entretenait avec Dieu sur la montagne, les Israélites se firent un veau d'or et l'adorèrent. Le Seigneur dit à Moïse : « Je vois que ce peuple a la tète dure ; laisse-moi, afin que ma colère s'allume contre eux et que je les extermine, et je te ferai le chef d'une autre grande nation. » Mais Moïse pria le Seigneur son Dieu, et il apaisa sa colère.

C'est encore l'image de l'Eglise. Dieu s'irrite contre les chrétiens qui se font des dieux d'or et d'argent, de chair et de boue, qu'ils adorent. Déjà il tient dans ses mains ses foudres et s'apprête à les lancer sur les coupables ; mais voici qu'un autre Moïse s'interpose entre eux et Dieu ; il se jette aux pieds du Seigneur et l'apaise par ses ferventes prières. C'est le pasteur des âmes qui parle à Dieu, non plus en son nom, mais au nom de Jésus-Christ, dont il est le représentant. Vous vous étonnez qu'après avoir commis de grands péchés, des crimes même. Dieu ne vous ait point punis, et vous dites : J'ai péché, et que m'est-il arrivé de fâcheux? Et vous continuez à offenser Dieu, et vous ne voyez pas que depuis longtemps Dieu vous aurait frappés et aurait appesanti son bras vengeur sur vous sans

^^'intervention du prêtre, qui a prié pour vous au nom de toute l'Kglise, et Dieu vous conserve la vie pour vous donn^^r le temps de faire pénitence.

Le prophète Isaïe a entendu les anges chanter l'éternel cantique : « Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa gloire. » L'apôtre saint Jean a aussi entendu la voix d'une multitude d'anges qui environnent le ^trône de Dieu et des vieillards qui chantent à haute /voix : « Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de -recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la -force, l'honneur, la gloire et la bénédiction. » Puis • il a entendu toutes les créatures qui chantaient : « A celui qui est assis sur le trône, à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles. » (Apoc, v.)

D'un autre côté, saint Paul dit aux chrétiens : « Remplissez-vous du Saint-Esprit, vous entretenant de psaumes, d'hymnes et de cantiques spirituels, chantant et psalmodiant du fond de vos cœurs à la gloire du Seigneur, rendant grâces en tout temps et pour toutes choses à Dieu le Père, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ. » (Ephes., v, 19.) « Instruisez-vous et exhortez-vous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, chantant de cœur avec édification les louanges du Seigneur. » (Coloss., m, 16.)

Vous voyez, mes frères, que l'Eglise du ciel est sans cesse occupée à chanter les louanges et les grandeurs de Dieu, et que l'Eglise de la terre doit

faire sa partie dans ce concert sublime à la gloire du Très-Haut. C'est un cantique tout divin chanté par deux chœurs qui se répondent perpétuellement jusqu'à ce qu'ils soient réunis dans ce temple qui n'est pas fait de main d'homme. C'est pourquoi l'Eglise impose à tout prêtre l'obligation d'offrir à Dieu un perpétuel sacrifice de louanges, en récitant ces psaumes que David a chantés sous la dictée du Saint-Esprit, et dont la beauté et la sublimité dépassent toute intelligence créée. Ce sont comme des échos de ces flots d'harmonie qui remplissent la cité de Dieu et qui parviennent jusqu'à nous pour nous faire souvenir de notre céleste patrie.

Cependant celte grave obligation ne pèse pas tellement sur le prêtre que vous en soyez complètement déchargés ; elle doit vous faire sentir l'indispensable nécessité de vous unir à lui et de prier beaucoup vous-mêmes. Tous les saints ont été des hommes de prière. Saint Antoine y consacrait des nuits entières. Sainte Marguerite, reine d'Ecosse, se levait à minuit pour assister à matines. Elle entendait plusieurs messes outre celle qu'on chantait au chœur, et récitait chaque jour les petits offices de la sainte Trinité, de la Passion, de la très-sainle Vierge, et celui des Morts. Elle visitait les malades, les hôpitaux et les prisons. Elle éleva elle-même ses huit enfants et en fit des modèles de vertus. Le roi ne faisait rien sans son avis, ou plutôt elle gouvernait elle-même sous l'autorité du roi avec une sagesse et une activité incomparables. Après

un tel exemple, direz-vous encore que vous n'avez^ pas le temps de prier? Quand l'amour de Dieu est profondément enraciné au fond de l'âme, il IrouTC toujours du temps pour s'entretenir avec son bien-aimé. Nous avons connu de pieux laïques qui ne passaient aucun jour sans réciter tout l'office de l'Eglise. Combien d'autres récitent tous les jour» l'office de la sainte Vierge et les sept psaumes de la Pénitence !

Priez donc, vous dirai-je avec saint Pauî, priez en tout temps, et adressez à Dieu toutes sortes de prières et de supplications. Veillez dans la prière et appliquez-vous y constamment, H pour vous et pour toute l'Eglise, et pour moi-même, afin que je parle avec toute confiance et que j'annonce l'Evangile avec fruit et succès. Âmen.

-RtrOUYiV. DU ERÉVÎAIKE»

Le Saint-Siège^ toujours le premier à remplir les vœnx au <:^«Qcile de Trente, travaillait a la réforraalion du bréviaire -et du missel, après avoir publié un excellent abrégé de théologie, connu sous le nom de Catéchisme du concile. Or, le -bréviaire est le livre des prières pour les sept heures canoiiiales, que les ecclésiastiques dans les ordres sacrés et îe» religieux doivent réciter chaque jour au nom de tonte ]"£giise. Sept fois par jour, tous les prêtres, tous les religîenx, toutes les religieuses adressent ces prières à Dieu pour le ydlut du monde. Le bréviaire romain, composé par les SoKTejains Pontife:^ parliculièrement pnr saint Gélase €t saist

Grégoire le Grand, avait été réformé d'abord et abrégé par saint Grégoire VU pour la chapelle p^ipaic. Le nouveau bréviaire, sans être obligatoire, fui adopté par beaucoup d'ordres religieux et d'églises, en y ajoutant les saints qui leur étaient propres. D'autres gardèrent l'ancien office romain : première cause de diversité. Ensuite, l'imprimerie manquant pour multiplier des exemplaires conformes, la divergence augmentait sans cesse entre les manuscrits, qui recevaient même quelquefois des additions peu convenables. Avec le temps, plus d'un évoque voulut avoir un bréviaire particulier à son diocèse, ce qui rompait de plus en plus la majestueuse unité du culte divin. Sous Léon X, Clément Vil, Paul III, on y porta un remède qui augmenta le mal. D'après l'inspiralion de ces Pontifes, le franciscain Guignonez, cardinal de Sainte-Croix, composa un bréviaire bien plus court, dédié à Paul III, qui accordait volontiers la permission de s'en servir. lien résulta une confusion dans l'office divin, qui, dans plus d'un endroit, scandalisa les peuples. Les hérésiarques de Wiltemberg et de Genève achevèrent d'y tout renverser sous le nom de Reforme.

Le pape Paul IV entreprit de remédier efficacement au désordre, en réformant lui-môme le bréviaire dans l'esprit des saints Pères; la mort, qui vint l'enlever en io59, l'empêcha d'y mettre la dernière main. Pie IV envoya son travail au concile de Trente, qui, n'ayant pu le terminer non plus, en remit l'achèvement au Pontife romain, ainsi que la réforme ou l'épuration du missel et du rituel. Les commissaires du concile furent appelés à Rome, où Pic IV leur adjoignit de nouveaux membres pour hâter la consommation de l'œuvre. Cette consommation n'eut lieu que sous saint Pie V, qui, le 1» juillet 1508, donna une constitution qui porto abolition générale du bréviaire de Guignonez, interdit tous les bréviaires particuliers ayant moins de deux cents ans de date, établit en tous lieux la forme d'office contenue au bréviaire romain, sans y astreindre cependant le-, églises qui sont depuis deux siècles en possession d'un bréviaire particulier.

-leur laissant toutefois la faculté de passer au nouveau bréviaire, moyennant certaines formalités. Rome ne pouvait pas appliquer au grand mal de l'anarchie liturgique un remède à la fois plus efficace et plus discret. (Rohrbaciier.)

Quelques prêtres font des reproches au bréviaire romain :

i°Il est mal fait ; les hymnes, les antiennes et d'autres parties encore sont composées d'un fort mauvais latin, tandis que c'était tout différent dans les bréviaires particuliers. Mais d'abord la véritable poésie est plutôt dans les idées et les sentiments que dans les mots, et si vous étudiez ensuite sans parti pris les différentes parties du bréviaire, vous serez étonné, surpris des beautés que vous y rencontrerez.

2° Il est beaucoup trop long pour des prêtres placés dans le ministère des paroisses. Mais nous connaissons des prêtres qui travaillent extraordinairement, et ils ont toujours assez de temps pour réciter leur office. La prière est une fonction aussi importante que celle de prêcher et de confesser. Quel mal y a-til que la veille de certaines fêtes un curé confesse cinq ou six personnes de moins, et prépare ses instructions quelques jours à l'avance? Mais il est à notre connaissance que des prêtres très-laborieux et très-actifs ne se contentent pas de la récitation de leur bréviaire chaque jour; ils disent encore le rosaire tous les jours. Les saints aiment à prier beaucoup.

3° Il est mal distribué. Ce reproche n'est pas plus fondé que les autres; car enfin, dès qu'une fois on connaît l'ordre qui y règne et qu'il faut suivre, il importe peu, pour l'acquit de sa charge, de commencer d'une manière plutôt que d'une autre. Toutes ces objections ne sont rien pour celui qui a l'esprit de son état; car il aime à réciter son office : c'est une 4e ses plus douces consolations. Une des peines les plus grandes qu'ont endurées les prêtres sous le régime de la Terreur fut la privation de leur bréviaire. M. l'abbé Thomassin, ancien curé de Rosières-aux-Salines, était alors sous-diacre et soldat en même temps, et il nous a affirmé qu'il n'a passé aucun jour sans réciter son bréviaire.

XVP INSTRUCTION.

Re.<$pect pour les prêtres.

Honora Deum ex tota anima tua, et honorifica sacerdotes.

GloriQez Dieu de toute votre âme, et honorex les prêtres.

(EccLi., VII, 8.)

Après vous avoir expliqué la nature et Texcellence des différents ordres, après vous avoir indiqué les principales obligations attachées à chacun d'eux, il nous reste à vous faire connaître les devoirs que vous avez à remplir envers les ministres de Dieu, et principalement envers les évoques et les prêtres. Or, que sont-ils pour vous? Ce sont vos pères spirituels, puisqu'ils vous engendrent à la vie de la grâce ; ils vous communiquent et entretiennent en vous la vie surnaturelle et divine. Vous avez donc à remplir à leur égard les mêmes devoirs que ceux qui vous sont imposés envers vos parents selon la nature ; vous devez donc leur obéir, les honorer, les assister, les aimer et leur témoigner de l'estime et de la reconnaissance. Comme nous vous avons parlé de l'obéissance précédemment, nous traiterons ici du respect qui leur est dû,.

Croyez bien, mes frères, qu'il ne s'agit pas ici d'une question personnelle. Bien convaincu que j'ai offensé Dieu plus d'une fois dans ma vie, je sais que par là j'ai mérité le mépris de Dieu, des anges, des hommes et des démons pour l'éternité. Pourrais-je en vouloir à ceux que Dieu aurait choisis pour être les ministres de sa justice offensée? Si donc quelqu'un me méprisait ou me disait des injures, je répondrais comme David : « Laissez-le m'injurier, si Dieu le lui a ordonné. » Et d'ailleurs qui vous expliquerait les devoirs que vous avez à remplir envers les prêtres, si je ne vous en instruisais pas moi-môme?

Cela n'empêchera nullement qu'on ne dise que je plaide ma propre cause; mais peu m'importe. Je serais un serviteur infidèle si, en vous instruisant sur le sacrement de l'Ordre, je gardais un lâche silence sur vos obligations, dans la crainte de devenir le sujet de vos critiques. Je serais responsable devant Dieu des fautes que vous commettriez sur ce point.

Et d'abord vous devez respecter les prêtres, parce qu'ils sont consacrés à Dieu ; car tout ce qui est béni et sanctifié par les prières de l'Eglise mérite le respect des chrétiens, par exemple, des médailles, des images, des vases sacrés, des linges ou des ornements employés au service des autels. Tous les objets qui ont reçu une bénédiction particulière ne doivent plus être mis au rang des choses profanes; et si vous ne les traitiez pas comme

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des choses saintes, vous commellriez une espèce de sacrilège ou de profanation. Mais s'il en est ainsi des objets qui ne reçoivent qu'une simple bénédiction, que sera-ce des prêtres et des évêques qui sont consacrés à Dieu par un sacrement particulier? Voyez-vous saint Antoine, ce patriarche des solitaires, qui, dès sa jeunesse, a vécu comme un ange dans le désert; et saint Benoît, ce grand législateur des ordres religieux; et saint François d'Assise, ce chevalier de la sainte pauvreté, plus semblable à un séraphin qu'à un simple mortel; et saint François de Paulc, qui n'avait qu'à parler pour opérer des prodiges? Tous ces grands saints avaient une si haute idée de la dignité sacerdotale qu'ils n'ont jamais osé y aspirer : ils s'en croyaient indignes.

Nous vous avons montré que le sacerdoce est une dignité vraiment divine. Lorsque l'évêque impose les mains pour consacrer un prêtre, qu'il soit prince de l'empire ou pauvre mendiant, il lui confère le pouvoir le plus étonnant sur le corps naturel de Jésus-Christ, et sur son corps mystique, qui est l'Eglise. N'est-ce pas un pouvoir tout à fait divin que celui de consacrer le corps et le sang de ce divin Sauveur sur l'autel, de le faire naître ou de Tengcndrer entre ses mains, de l'offrir à Dieu et de le distribuer aux fidèles? De plus, le prêtre engendre aussi à Dieu des enfants sur les fonts sacrés du baptême ; il absout les pécheurs au tribunal de la pénitence, c'est-à-dire qu'il ressuscite des âmes mortes à la grâce; enfin il administre les

autres sacrements et remplit des fonctions tellement augustes qu'elles l'emportent sur tout ce qu'il y a de plus grand et de plus élevé sur la terre.

Pour montrer la grandeur et l'excellence de la dignité dont Melchisédech était revêtu, saint Paul nous dit qu'il a donné sa bénédiction à Abraham. « Or, ajoute cet apôtre, il est reconnu par tout le monde que celui qui a le droit de bénir un autre est plus grand que lui. Que dirons-nous donc du prêtre, qui a le droit de bénir les petits et les grands, les marquis et les princes, les empereurs et les rois?

Saint Jean Chrysostôme, s'adressanl aux prêtres, leur dit : « Votre puissance est beaucoup plus grande que celle d'un général, d'un préfet et même d'un prince couronné. Voulez-vous voir, ajoute-til, la différence qui existe entre un roi et un prêtre? considérez la puissance de l'un et de l'autre, et vous connaîtrez que le prêtre est assis sur un trône beaucoup plus élevé que celui des rois, encore qu'un trône royal vous semble plus admirable à cause de l'or qui le recouvre et des pierreries qui en rehaussent l'éclat; car il n'a pour domaine que l'administration des choses de la terre, tandis que le trône du prêtre est placé dans le ciel et qu'il a le pouvoir de prononcer sur les choses célestes. Mais qui vous a dit cela? C'est le Roi du ciel, lorsqu'il a prononcé ces paroles : « Tout ce que vous <( délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et tout << ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le

« ciel. » Qu'y a-t-il de comparable à cet honneur? Le ciel reçoit de la terre la principale autorité de juger, et le Seigneur ratifie tout ce que fait son serviteur, et tout ce que celui-ci décide ici-bas, celui-là l'approuve là-haut; et par ce moyen Dieu lui a soumis les têtes royales et impériales, afin de vous faire voir que la royauté sacerdotale est infiniment élevée au-dessus de toutes les royautés de ce monde. » (Lib. III De Sacerd.)

Quelle différence y a-t-il entre la dignité sacerdotale et la dignité royale? La même, vous répond saint Ambroise, que celle qui existe entre l'or et le plomb.

Dans un concile ou assemblée d'évêques, l'empereur Basile disait : « Il ne nous appartient pas de nous mêler des affaires de l'Eglise ; cela ne regarde que les prêtres et les évoques qui ont reçu le pouvoir de nous sanctifier, de nous ouvrir ou de nous fermer la porte du ciel, de nous condamner ou de nous absoudre. Notre condition est d'être dirigé, conduit, nourri et gouverné par vous, comme les brebis par le pasteur. »

Qu'est-ce donc qu'un prêtre? C'est le sacrificateur de la nouvelle alliance; tous les jours il offre à Dieu sur l'autel le grand sacrifice promis au monde depuis le commencement des siècles. Et que fait Jésus-Christ sur l'autel? Il s'immole pour son Eglise, il la purifie tous les jours dans son sang de toutes ses souillures, il l'affermit contre les efforts de l'enfer, il répare ses ruines, il demande à

son Père de la sanctifier, de la défendre contre ses ennemis, de réunir dans son sein tous ceux qui n'y sont pas, de la diriger et de la gouverner dans tout l'univers. Mais n'est-ce pas par le ministère du prêtre que Jésus-Christ remplit lui-même toutes ces sublimes fonctions?

Qu'est-ce donc qu'un prêtre? C'est un de ces anges qui montent sans cesse sur cette échelle mystérieuse dont parle Jacob, et qui en descendent à tous les instants ; il y monte pour porter à Dieu les hommages et les adorations, les supplications et les actions de grâces du peuple chrétien, et il en descend pour apporter aux hommes les trésors dont il est chargé ; il y monte pour présenter au Très- Haut les mérites infinis de la victime qu'il immole chaque jour sur l'autel, et il en descend pour répandre sur tous les fidèles les bénédictions dont il est rempli. Ne mérite-t-il pas quelque respect?

Qu'est-ce qu'un prêtre? C'est l'homme de Dieu et l'homme du peuple ; c'est un ministre public établi pour les hommes auprès de Dieu, qui prie par office, qui parle au nom de toute l'Eglise, au nom de Jésus-Christ et de ses membres; qui ne forme plus qu'un même prêtre, un même médiateur, une même voix avec Jésus-Christ, et qui paraît devant Dieu revêtu des mêmes droits et des mêmes titres que Jésus-Christ. Un prêtre est le coopérateur de Dieu dans le salut des âmes par l'administration des sacrements, par la prédication de la parole sainte, par toutes les fonctions qui ont pour but la

sanctification des âmes. Pouvez-voua concevoir quelqu'un qui soit plus respectable sur la terre?

Ainsi que nous l'avons dit, le prêtre, par le pouvoir tout divin qui lui est communiqué, participe aux prérogatives des trois personnes divines. Il participe à la paternité du Père, puisqu'il peut dire au Fils de Dieu en célébrant le saint sacrifice : Je vous ai engendré aujourd'bui. Il participe à la filiation de Jésus-Christ, puisqu'il le représente dans ses principales fonctions pour la rédemption du monde, et qu'il dit en célébrant les divins mystètères : Ceci est mon corps, ceci est mon sang^ comme s'il était lui-même Jésus-Christ. Il participe aux opérations du Saint-Esprit en appliquant au salut des âmes les mérites du divin Sauveur, en concourant avec lui à les purifier, à les sanctifier > à les orner de la grâce sanctifiante. Que voulezvous de plus? Est-ce que Dieu pouvait élever plus haut un simple mortel? Est-ce qu'il pouvait combler le prêtre de pins d'honneur et de gloire? Et vous, vous ne le respecteriez pasi Qui donc respecterez-vous? Puisque Dieu honore infiniment le prêtre, même le plus misérable de tous, n'est-il pas digne de vos respects ? Saint Paul va plus loin ei prétend que le prêtre qui remplit bien ses devoirs mérite d'être doublement honoré. Et pourquoi? Sans aucun doute, pour le caractère dont il est revêtu et pour les grandes vertus qu'il pratique. « \\ faut rendre honneur, dit encore le même apôtre, non seulement au Roi, mais à tous ceux qui parti-

cipenl à l'autorité royale. » Or, que sont les prêtres, sinon les ministres du Roi des rois, ses ambassadeurs, les intendants de sa justice et les organes de ses desseins?

Je vous entends me dire : A quoi bon ces honneurs rendus aux prêtres? ne sont-ils pas des hommes comme les autres? Ce sont, sans aucun doute, des hommes comme les autres. Qui vous a jamais dit le contraire? Votre père est aussi un homme comme les autres, et cependant ne devez-vous pas rhonorer? Vous aussi, vous êtes un homme comme les autres, et cependant vos enfants ne doivent-ils pas vous respecter? L'empereur lui-même est un homme comme les autres, et ne lui devez-vous pas néanmoins honneur et respect?

Les prêtres sont des hommes comme les autres, ils sont composés d'un corps et d'une âme comme tous les simples mortels ; mais ils sont revêtus d'un caractère et d'un pouvoir que les autres n'ont pas. N'ont-ils pas le droit de prêcher l'Evangile, de célébrer les saints mystères, d'absoudre les pécheurs? Est-ce que tous les hommes ont ce droit-là? Sous ce rapport, ils ne sont donc pas des hommes comme les autres.

Voulez-vous dire que les prêtres sont sujets à pécher et peuvent devenir vicieux comme tous les autres? Rien de plus vrai. Nous sommes loin de prétendre que le caractère sacerdotal rende impeccable. Le sacrement de l'Ordre n'éteint pas dans le cœur le foyer de corruption que le péché y a dé-

posé. Le prêtre éprouve donc des tentations comme tous les autres, et malheur à lui s'il y succombe 1 Parmi les douze apôtres, vous comptez un Judas qui a poussé la scélératesse jusqu'à vendre son Maître. Est-ce que vous en êtes scandalisés? Cette grande chute doit bien plutôt vous faire trembler, et vous devez vous dire : Si les cèdres du Liban sont renversés, que deviendrai-je, moi, faible arbrisseau? Ce n'est donc ni la dignité ni le caractère qui nous rend saints, mais la fidélité à répondre aux grâces de Dieu.

Peut-être vous a-t-on raconté quelques anecdotes scandaleuses sur le compte de quelques prêtres, et vous en avez conclu que tous sont vicieux. Mais pourquoi êtes-vous si crédules? Ne savez-vous pas que c'est assez souvent le fruit de l'imposture? Qui fut jamais plus vertueux, plus prudent, plus délicat que saint François de Sales ? Cependant il a été accusé d'avoir eu des relations criminelles avec une personne mal famée, et pendant deux ans beaucoup de personnes le crurent coupable, parce que les apparences étaient contre lui ; mais la Providence l'a pleinement justifié. Saint Vincent de Paul n'a-t-il pas été soupçonné pendant sept ans d'être un voleur? Les Juifs n'ont-ils pas accusé notre Seigneur Jésus-Christ, la pureté et la sainteté même, d'être un blasphémateur, un insurgé, un possédé du démon, un gourmand et un ivrogne? Si l'infâme calomnie n'a pas épargne le Fils de Dieu, croyez-vous qu'elle épargnera ses disciples? Est-ce

que le disciple est au-dessus du Maître? Notre Seigneur n'a-t-il pas dit à ses apôtres : « Vous serez calomniés et persécutés comme j'ai été calomnié et persécuté moi-même? »

Satan sait bien ce qu'il fait lorsqu'il calomnie les prêtres; il n'ignore pas qu'il y aura toujours un grand nombre d'étourdis qui ajouteront foi à ces récits mensongers et seront disposés par là à mépriser la personne et les enseignements des prêtres. Mettez-vous donc en garde contre les ruses de Satan, et ne croyez jamais quelqu un coupable, à moins que vous n'en ayez des preuves certaines; autrement vous vous rendez coupables d'injustice.

Et parce qu'il y aura dans le monde quelques prêtres scandaleux, vous en concluez qu'ils sont tous les mêmes; mais c'est encore une injustice plus criante. Si un notaire fait une banqueroute frauduleuse, dites-vous que tous les autres ne sont que des voleurs? Si un juge reçoit des présents à l'occasion de sa charge, affirmerez-vous qu'ils vendent tous la justice? Si un habitant de cette ville se livre à quelques excès d'intempérance, prétendrez-vous que tous sont des ivrognes? Si un soldat français passe du côté de l'ennemi, souliendrezvous que tous les soldats français sont des transfuges ? Vous ne raisonnez point de la sorte ; vous sentez trop bien que ce serait calomnier toute une classe d'honnêtes gens à l'occasion d'un misérable qui fait exception. Pourquoi raisonnez-vous tout autrement lorsqu'il s'agit du clergé? Pourquoi ac-

cusez-vous tous les prêtres d'être vicieux, parce que vous en connaissez un ou deux qui sont indignes de leur caractère? Soyez donc justes même envers les prêtres.

Admettons qu'il y a dans le clergé quelques membres gâtes, qu'en conclurez-vous et que pourrez-vous en conclure? Qu'il ne suffit pas d'être prêtre pour être saint; mais que tout prêtre, comme tout fidèle, est obligé de combattre ses passions s'il veut se sauver. Ou bien prétendrez-vous que vous pouvez vous livrer impunément aux mômes désordres? Mais si un prêtre allait se pendre, iriez-vous vous pendre à côté de lui? S'il mettait le feu à sa maison, en feriez-vous autant? Et parce qu'un prêtre se précipite en enfer, vous voulez le suivre ! Parce qu'il tue son âme, vous voulez tuer la vôtre 1 Parce qu'il se ruine et qu'il se damne, vous voulez vous ruiner et vous damner comme lui 1 Vous êtes un aveugle qui suivez un autre aveugle, et vous tomberez tous deux dans le précipice. Mais il y a dix-buit siècles que notre Seigneur vous a dit, en parlant des prêtres dont la conduite n'est pas édifiante : « Faites ce qu'ils vous disent, et ne faites pas ce qu'ils font. »

Ou bien, parce qu'il y aura quelques prêtres scandaleux, en conclurez-vous que l'Eglise catbolique, apostolique et romaine n'est pas d'institution divine? Vous devriez conclure tout le contraire. Depuis Judas jusqu'à nous, il y a eu assez souvent quelques prêtres et même quelques évoques scan-

~ 384 — daleux. Si la religioQ n'eût pas été établie et soutenue par la main de Dieu, il y a longtemps qu'elle aurait disparu de ce monde. Lorsqu'un prince est trahi par ses sujets, par ses généraux et par ses ministres, il ne résiste pas longtemps, il est bientôt dépouillé de ses Etats. Or, Jésus-Christ a été trahi de tout temps, soit par de simples fidèles, soit par ses ministres, et cependant son royaume subsiste toujours; bien plus, il s'étend et s'affermit chaque jour dans le monde. C'est donc l'œuvre de Dieu et non l'œuvre des hommes.

C'est un devoir pour tous les fidèles de respecter les prêtres ; car, par leur caractère, ils méritent d'être honorés et respectés, sinon par leurs vertus. Le caractère que leur imprime le sacrement de l'Ordre est une participation au caractère même du Fils de Dieu, qui leur donne un pouvoir vraiment divin et qui les élève au-dessus des anges même les plus parfaits. Chaque fois que saint Antoine rencontrait un prêtre, il se mettait à genoux devant lui pour recevoir sa bénédiction, et il avait coutume de dire que, s'il passait à côté d'un prêtre accompagné d'un ange, il saluerait le prêtre avant de saluer l'ange.

Vous savez que le fils qui manque de respect à son père est maudit de Dieu. Prenez donc garde de provoquer sa colère contre vous en ne respectant pas les prêtres, qui sont vos pères spirituels. Ce sont les oints du Seigneur, consacrés par une onction royale et divine. Si vous leur refusez l'hon-

~ 3S:> — neur qu'ils méritent, voire mépris rclom.j.j^ g^, Dieu lui-même. Manquer de respect à un am-,gg^ -îcur ou à un ministre d'un prince, c'est oû^g^j. le prince lui-même dans la personne de son mig tic qui le représente. « Toucher aux prêtres, nu dit la sainte Ecriture, c'est toucher Dieu à la pru ncllc de l'œil. » Si vous leur connaissez quelque défaut, faites au moins pour eux ce que vous faites pour le dernier de vos frères, couvrez-les du manteau de la charité. Si vous les méprisez, vous serez méprisés à votre tour. Témoignez-leur donc en toutes circonstances de la déférence et du respect. C'est Dieu lui-même que vous honorerez dans leur personne, et c'est lui qui vous récompensera. Amen.

SAINT GRf:G01HE LE GRAND VEUT QU'ON RESPECTE LES PRÊTRES.

Jean, patriarche de Constantinople, ayant pris le titre de l-atriarche universel dans un concile qu'il avait convoqué à cet ellct, saint Grégoire le Grand cassa toutes les résolutions prises dans cette assemblée. Il écrivit à l'impératrice Consinnce pour l'avertir de ne pas se laisser surprendre par ceux »|ai étaient humbles avec orgueil et par artifice, et de ne pas k'crmettre que l'hypocrisie l'emportât sur la vérité. Il écrivit uussi à l'empereur pour le prier de ne pas consentir ;\ une semblable nouveauté qu'un particulier se qualifiât de patriarc'lie universel.

L'rmpcroiîr, soit, qu'il oui ccnfinnceen son pafrI.ire!io, soi»

qu'il cliVsi/^'-"^ Conslantinople,sa ville capitale, fût honorée

de ce [\p^^^^ ^^''^ ^^^ prévenu contre saint Grégoire qui

lui av/^^^^^^*^ précédemment, prit le parli du patriarche,

sansA^ aucun cas de l'averlisscment de saint Grégoire.

£^^fÀ lu mauvaise volonté d'un prince est puissante, et qu'on

jjJiiconlre que trop de flatteurs qui se laissent emporter

Tôle de leur intérêt, Maurice en trouva beaucoup qui di-

it toute sorte de mal contre saint Grégoire. Prévenu et

meuglé par sa passion, il ajoutait foi à tout ce qu'on disait;

'il blâmait celui qu'il avait tant de fois loué et l'appelait ingrat,

de ce qu'il ne lui savait aucun gré de l'avoir placé sur le siéga

apostolique.

Les ministres de l'empereur, pour faire la cour 5 leur maître, prenaientà tâche de molestersaint Grégoire, aupointque ce grand Pape nous dit de l'un d'eux : a Ce que nous souffrons de Romain en ce monde ne saurait s'expliquer; je dirai seulement en peu de mots que sa malice envers nous surpasse la fureur des Lombards, d'autant plus que nous pouvons regarder les ennemis qui nous tuent comme plus compatissants sur notre sort que les juges de la république qui nous consument par leurs méchancetés, leurs rapines et leurs fraudes. Il faut en même temps que nous ayons soin des évoques, des clercs, des monastères et de tout le peuple, que nous veillions sans cesse sur les embûches de nos ennemis, et que nous prenions garde aux artifices des capitaines. »

Le roi des Lombards, connaissant les mauvaises dispositions de l'empereur contre saint Grégoire, s'en alla mettre le siège devant Rome, convaincu que Maurice se garderait bien de porter secours au pontife, par suite de la haine qu'il avait contre lui. En effet, il ne ût rien pour le défendre ; mais ce saint Pape mit toute sa confiance en Dieu, qui l'assista sensiblement et contraignit le roi des Lombards à lever le .siège. Pendant ce temps, il écrivit plusieurs lettres à l'empereur, <lans l'une desquelles il lui dit : « Ne vous fâchez pas, seigneur, contre les prêtres, à cause de la puissance que vous avez sur ia terre; au contraire, vous devriez avec une profonde consi-

déralion vous montrer tellement seigneur, i/jj cause du Seigneur qu'ils servent et qu'ils représentent, ,yg \^,^ jj^j. noriez. Car les prêtres sont îippeié.s, dans la sainij7(.ri(up(, tantôt dieux et tantôt anges. Moïse dit : « Que celui ,,j ^^ jj^jj. prêter serment se présenteuux dieux,» c'est-à-dire o^ njôtres. Ce n'est donc pas une chose étonnante si vous o,j(l(,2 honneur à ceux que Dieu appelle des anges et des i,y^^ L'empereur Constantin vous en fournit un bel exemple ,0^^^ riiisloirenous rapporte qu'après qu'on lui eut remis quelq^^ mémoires contre lesévêques, il dit à ces derniers: aVouscl^ <c des dieux établis dans l'EgrL>e du vrai Dieu ; ordonnez et disa posez les choses comme vous le jugerez convenable, car il « n'est pas juste que nous autres hommes nous jugions les « dieux. » Ces sentiments d'humilité du pieux empereur lui ont fait plus d'honneur à lui-même qu'il n'en a fait aux évoques par ce témoignage de respect. Avant Constantin, on cite plusieurs princes païens qui, ne connaissant pas le vrai Dieu, adoraient des dieux de bois et de pierre, et honoraient inliniment leurs prêtres. Ne soyez donc pas surpris qu'un empereur chrétien, qui adore le vrai Dieu, honore les prêtres de Dieu, puisquo les princes et les gentils portent un si profond respect aux prêtres des idoles. »

Et dans une autre lettre il lui dit encore : « Que Votre Majesté n'affecte pas tant de mépris pour rnoi ; car, encore que les péchés de Grégoire soient si grands qu'il mérite d'en souffrir davantage, saint Pierre, dont je tiens la place, n'a rien fait pour mériter vos tourments. C'est pourquoi je vous prie instamment, pour l'amour du Dieu tout puissant, que, semblable aux autres princes vos prédécesseurs qui ont souhaité obtenir la faveur de l'apôtre saint Pierre, vous lâchiez aussi de l'acquérir et de la conserver. » (Ribadeneira).

Rien ne put faire rentrer Maurice en lui-même, jusqu'à ce que Dieu appesantit sa main sur lui de la manière la plus effrayante! Presque tous ceux qui ont injurié ou persécuté les prêtres durant la Révolution française ont été sévèrement châtiés même dans ce monde.

XVIP INSTRUCTION.

Assistance du clicf de l'Église.

Minislrabanl ei de facultatibus suis.

Elles l'entrelenaient de leurs propres biens, (Luc, viH, 3.)

L'évangcliste saint Luc nous parle de quelques fommes pieuses qui avaient été guéries ou converties par notre Seigneur Jésus-Christ. Elles le suivaient dans ses courses évangéliques et lui four- -liissaient les choses nécessaires à la vie. Ce qui nous fait comprendre qu'il est du devoir des fidèles d'assister leurs pasteurs, c'est-à-dire de leur four- ! nir les choses temporelles dont ils ont besoin, afiiri qu ils puissent exercer leur ministère avec plus de locilité et de liberté.

A l'exemple de leur divin Maître, les apôtres vivaient pauvrement; mais les fidèles pourvoyaient à leurs besoins. Notre Seigneur Jésus-Christ avait j;)osé ce principe : « L'ouvrier est digne de son salaire, » et ce principe a été compris et pratique'* iU\x\s tous les temps. Les chrétiens ont toujours

senti qu'il fallait ménager le temps, ladjgnilé du ministère et l'indépendance des apôtres e de leurs successeurs. Considérez la conduite des premiers chrétiens et voyez avec quelle générosité ïs, viennent au secours des ouvriers évangéliques. Ln'y a pas de pauvre parmi eux; ceux qui possèden des maisons ou des terres les vendent et en apportent le prix aux apôtres. Vous savez comment saut Pierre punit de mort Ananie et Saphire pour avoi; voulu le tromper sur la valeur de leur champ. Ils n'étaient pas obligés de le vendre pour en donner le prix, comme saint Pierre le leur dit formellement : « Est-ce que vous ne pouviez conserver votre champ ou en garder le prix après l'avoir vendu? »

Ce qui se passa à Jérusalem eut lieu à peu près partout, à mesure que la foi se répandit dans le monde. C'est ainsi que de généreux fidèles donnèrent à l'Eglise romaine de l'argent et des propriétés, et les Papes les appliquaient à l'honorable subsistance des prêtres, à l'entretien du culte, aux missions et au soulagement des pauvres. Les actes du martyre de saint Laurent nous font voir que les empereurs n'ignoraient pas les pieuses libéralités des nouveaux convertis, et qu'ils convoitaient dos trésors dont l'Eglise faisait un si noble usage. Ainsi, dès les premiers siècles, l'Eglise romaine posséd;ut des richesses considérables. Constantin les augmenta et bâlit beaucoup d'églises. Sous (irégoire le Grand, l'Eglise était en possession de vastes pro-

vinccs. .L(/pcup]cs de l'Ilalic, abandonnes parles empcrcu/dc Conslanlinople, se donnèrent euxmômes/ix Souverains Ponlifes et se mirent sous leur p/lcction. Telle est l'origine de. la souverainelé/s Papes, souveraineté nécessaire à la liberté de yÉglise et au libre exercice du pouvoir spirituel divl'apc.

xoulcz ce qu'en a dit un profond politique : L'institution qui maintient l'unité de la foi, dit-il, c'est le Pope, gardien de l'unité catholique; mais on reproche à ce chef d'être un souverain étranger. Ce chef est étranger en eflét, et il faut en remercier le ciel. Quoi ! dans le même pays se figuret-on une autorité pareille à celle du gouvernement de l'Etat?... Le Pape est hors de Paris, et cela est bien ; il n'est ni à Madrid ni à Vienne, et c'est pourquoi nous supportons son autorité spirituelle. A Vienne, à Madrid, on est fondé à en dire autant. Croit-on que, s'il était à Paris, les Autrichiens, les Espagnols consentiraient à recevoir ses décisions? On est donc trop heureux qu'il réside hors de chez soi, et qu'en résidant hors de chez soi, il ne réside pas chez des rivaux, qu'il habite dans cette vieille Ptomc, loin de la main des empereurs d'Allemagne, tenant la balance entre les rois catholiques... Ce sont les siècles qui ont fait cela, et ils l'ont bien fait. Pour le gouvernement des âmes, c'est la meilleure, la plus bienfaisante institution qu'on puisse imaginer... Ce gouvernement est hors de Paris, il iaut nous en applaudir; il n'est pas à Vienne, il

n'est pas à Madrid, il est à Rome; c'est pourquoi il est acceptable (1). »

Il vous est facile de comprendre, mes frères, que, si le Pape n'est pas maître chez lui, il ne peut plus exercer son pouvoir spirituel avec une pleine et entière liberté. Il est nécessairement soumis au bon plaisir du gouvernement où il réside, et les deux cents millions decalboliques dont il est le père spirituel ne peuvent communiquer avec lui qu'avec la permission de ce même gouvernement. Or, voilà que la révolution lui a pris une grande partie de ses Etats et se dispose à lui prendre le reste. Que doit faire le chef de l'Eglise dans cette situation? Protester à la face du ciel et de la terre contre celte violation de tous les principes, et en appeler à la bonne foi et à la justice de tout ce qu'il y a d'bonnêle sur la terre. C'est ce qu'il a fait. Mais on i'a accusé d'être un vieillard entêté, qui n'est pas de son temps, et on l'a accablé de toutes sortes d'injures. Il devait céder tout son temporel, afin de conserver le spirituel; c'était le parti le plus sage et le plus utile pour l'Eglise et pour lui-même. Croiriez-vous que certains catboliques ont été dupes de celle méchanceté? Voilà donc des pères de famille qui dirigent fort mal leur propre maison, la plupart du temps, et qui prétendent gouverner l'Eglise beaucoup mieux que le Pape. Il importe donc, mes frères, de vous rappeler les principaux

(1) Napoléon I".

inolifs qui ne permcUcnt pas au chef de l'Eglise de rien céder du domaine de saint Pierre.

En effet, si le Pape eût agi autrement, il eût 6[c voleur, parjure, destructeur de la morale et traître à l'Eglise.

1° II eût été voleur, il aurait donné ce qui n'est pas à lui. A qui donc appartient le domaine de sain! Pierre? IS'est-ce pas à l'Eglise catholique? Si le Pape en a l'usage, il n'en a pas la propriété, cl il ne saurait en disposer comme bon lui semble. Un curé peut-il disposer de son presbytère, soit en tout, soit en partie? Ses paroissiens ne seraient-ils pas en droit de lui dire : Mais cette maison ne vous appartient pas, et en la cédant vous vous appropriez ce qui est à la commune, vous nous volez. Croyezvous qu'il y aurait un habitant assez sot pour dire : Pourquoi donc M. le curé ne cède-t-il pas son presbytère à ceux qui veulent le prendre? Or, les Etats de l'Eglise ne sont que le presbytère du Pape, avec quelques propriétés pour lui fournir les choses nécessaires à la vie, soit pour lui-même, soit pour toute sa maison, soit pour les personnes qui sont à son service. Ce domaine appartient, non pas au Pape, mais à l'Eglise elle-même, comme un presbytère appartient à la commune, et il est nécessaire à Pie IX et à ses successeurs.

Il est bien vrai qu'il y a aujourd'hui dans le monde quelques honnêtes gens qui ont une autre conscience que le Pape et qui donnent volontiers ce qui ne leur appartient pas. C'est ce qu'on ap-

pelle les hommes du progrès; mais le Pape est im arriéré comme tous les catholiques.

2° Le Pape aurait été parjure. A son couronnement, il a fait serment de conserver intacts les Etats du Saint-Siège. En céder quelque chose eût été se parjurer. Or, le parjure est un très-grand péché aux yeux de tous les catholiques. On rencontre, il est vrai, des consciences plus élastiques. Combien de citoyens prêtent autant de serments qu'on leur en demande, sauf à n'en tenir aucun compte! C'est encore, sans aucun doute, un résultat du progrès.

3° Le Pape eût été le corrupteur de la morale; il aurait eiïacé d'un trait de plume le septième commandement de Dieu. Quand lui a-t-on fait une obligation de céder son temporel? Après qu'on lui en avait pris une bonne partie. Lors donc que votre voisin aura empiété sur votre terrain, non seulement vous n'aurez pas le droit de lui réclamer ce qu'il vous aura pris, mais vous serez obligé de lui céder toute la pièce et môme votre maison. Lorsqu'un voleur aura été assez habile pour vous soustraire une pièce décent sous, vous devrez lui donner votre bourse avec tout ce qu'elle contient. Adieu donc le septième précepte du Décalogue.

Cependant la plupart des honnêtes gens du monde tiennent encore à ce septième commandement, tout en faisant bon marché des autres. Ils prétendent même qu'il renferme lui seul toute la religion, et ils n'en veulent point d'aulrc. Et vous, vous vou-

lez que îc Tape rabolissel Alors les voleurs seront à leur aise pour pratiquer l'annexion. Que devien- (]i*a la société?

Mais, me direz-vous, vous dégradez l'homme en ]c comparant à une propriété. Les peuples n'onl-ils pas le droit de se choisir un chef et un gouvernement ?

Nous comparons le droit du Pape sur les Etals de l'Eglise à tout autre droit; mais à Dieu ne plaise que nous considérions les peuples comme une propriété I Qui donc a jamais eu plus de respect pour l'homme que l'Eglise catholique? Que la Russie traite la Pologne et l'Angleterre l'Irlande comme un troupeau de betcs, cela ne doit pas vous surprendre. Dans les pays où le chef de l'Etat est le maître absolu de la croyance, il ne peut plus y avoir d'autre justice que son intérêt. Pourquoi donc ne vous irrilez-vous pas contre ces gouvernements?

Les peuples, dites-vous, ont le droit de se choisir leur chef et leur gouvernement; mais est-ce toujours et dans toutes les circonstances? Alors vous ouvrez la porte à l'anarchis et vous n'admettez plus d'autre droit que celui de la force. Votre fils pourra vous dire : Mon père, votre gouvernement me déplaît, j'en veux un autre; je me choisis moi-même pour le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif.

Sans doute les peuples ont le droit de se choisir leur chef et leur gouvernement, mais dans une ^eule circonstance, lorsque le gouvernement est

tyrannique, et encore cxige-t-on plusieurs conditions pour légitimer ce changement. Or, n'a-t-on pas démontré cent fois qu'il n'y a pas un seul gouvernement sur la terre qui soit aussi paternel que celui du Pape, où le peuple paie aussi peu d'impôts, où les vivres soient à si bon marché, où il y ait autant de secours pour soulager toutes les misères?

Mais il y a, dit-on, des abus dans le gouvernement du Pape. Est-ce que cela vous étonne? Mais où donc n'y a-t-il pas d'abus? Vous avez la charité de dire au Pape : Trcs-Saint-Père, il y a une paille dans votre œil , permettez-moi de l'ôter. Jésus- Christ vous répond : Hypocrites, commencez d'abord par ôter la poutre qui crève le vôtre. Il vous sied bien de vouloir réformer les abus du gouvernement pontifical, lorsque vous-mêmes vous ne vivez que d'abus !

4° Le Pape eût été traître à l'Eglise. En effet, la souveraineté temporelle est nécessaire au Pape pour le libre exercice du pouvoir spirituel dont il est revêtu. Vous allez me comprendre. Il y a à Paris non seulement le chef du gouvernement, mais aussi des ministres et des conseillers d'Etat, et les ministres ont peut-être douze ou quinze mille employés. Ce nombreux personnel est nécessaire pour expédier les affaires de trente-huit millions d'hommes, et l'Etat leur fait des traitements dont le total s'élève à plusieurs millions. Or, le Pape n'a-l-il pas besoin de ministres, de conseillers et d'employés

pour expédier les affaires de deux cents millions de catholiques répandus sur toute la surfaee de la terre? Les cardinaux sont ses conseillers et ses ministres, et une foule d'ecclésiastiques remplissent les autres fonctions nécessaires au bon gouvernement de l'Eglise. Il a donc aussi besoin d'un budget.

Sans aucun doute, me dircz-vous, personne ne le conteste; mais les gouvernements lui feront une liste civile.

Sachez donc bien que, si le Pape était réduit à accepter une liste civile de la part des gouvernements, il ne serait plus libre dans l'exercice de son pouvoir spirituel. Supposons que ce ne soit pas l'Etat, mais le conseil municipal de celte commune qui me fasse mon traitement. Si, dans quelques semaines, deux ou trois membres influents de ce conseil se conduisent d'une manière scandaleuse, je serai obligé, pour empêcher que le mal ne devienne contagieux, d'élever la voix et de tonner contre le scandale. Aussitôt le conseil se réunira, et les membres influents lui feront prendre la délibération suivante : Si M. le curé se permet à l'avenir de parler du haut de la chaire comme il l'a fait l'autre jour, le conseil est d'avis de lui supprimer son traitement. Me voilà donc placé dans l'alternaîive ou de forfaire à ma conscience ou de mourir de faim. Je ne puis plus réprimer le scandale; je ne suis plus libre de remplir mes fonctions comme la loi de Dieu me l'ordonne.

Il en est de même du Pape ; ses paroissiens sont

Jes princes, les empereurs et les rois, et ce ne sont pas toujours les plus dociles. Supposons que quelques gouvernements influents prennent des mesures vexatoires et tyranniques contre ceux de leurs sujets qui professent la religion catholique, ce qui est assez fréquent ; le Pape sera obligé de rappeler à ces gouvernements les grands principes de la juslice. Aussitôt l'on convoquera un congrès, et Ton signifiera au Pape que, s'il ne garde pas le silence, on lui supprimera sa liste civile; et le voilà placé dans ralternative, ou de mourir de faim, lui et tout son personnel, ou de se taire sur des actes révoltants d'injustice et de cruauté.

On l'a répété cent fois, le maître, dans la famille ou dans l'Etat, est celui qui tient les cordons de la bourse. N'est-ce pas pour que le Pape ne soit plus maître chez lui qu'on lui prend sa bourse, sauf à lui donner de quoi vivre honnêtement, s'il est sage?

Comprenez donc bien qu'il ne saurait y avoir d'autre position possible au chef de l'Eglise catholique que celle de vivre d'aumônes, comme saint Pierre et ses successeurs immédiats, ou d'élre roi temporel, comme la Providence l'a établi depuis des siècles. Vous savez que nos généreux aïeux l'ont mis en état de vivre de ses rentes, afin qu'il consacre tout son temps au gouvernement de l'Eglise; et nous, mes frères, le laisserons-nous mourir de faim? Mais nous serions des enfants dénaturés et des impies.

Mais non, dites-vous, ce n'est point par impiété

qu'on veut retirer au Pape son pouvoir temporel; c'est, au contraire, pour qu'il n'ait plus qu'à s'occuper du spirituel. Le Pape doit être, à coup sûr, vivement touché de celte tendre sollicitude. C'est une charité qui ressemble à celle du voleur qui usurpe les terres de son voisin pour le débarrasser de la peine de les cultiver, ou qui prend sa bourse au voyageur en lui disant : Mon ami, vous voilà plus libre et plus léger pour faire votre route.

Le Pape était trop riche, dit-on; est-ce donc un si grand mal d'avoir amoindri ses Etats? Vous admettez donc en principe qu'on peut sans crime prendre à un homme une partie de ses propriétés, quand on le croit trop riche. Mais votre voisin, qui ne possède rien, trouve que vous êtes trop riche, parce que vous avez mille francs de revenus. Il a donc le droit de vous en prendre une partie : qu'en pensez-vous? Vous ne voyez pas que vous proclamez la confiscation et le brigandage?

Sachez donc que le Pape vit très-pauvrement et que ses ressources sont fort au-dessous de ses besoins. N'est-il pas de son devoir de venir au secours de tant de prêtres et d'évêques qui prêchent l'Evangile aux peuples infidèles et barbares? C'est pour soutenir cette œuvre admirable que l'Association pour la propagation de la foi a été établie. Aurait-il dix fois plus de ressources qu'il n'en serait pas plus riche; mais il ferait dix fois plus de bien qu'il n'en fait aujourd'hui.

Les premiers Papes, dit-on, ne polssédaient rien.

Prenez garde, on pourrait vous appliquer le môme raisonnement. On dit que votre aïeul n'avait pas cinquante francs de renies. Trouvez-vous juste ({u'on vous melle dans la même situation et qu'on vous prenne le surplus? Nous vous l'avons déjà dit, les premiers chrétiens vendaient leurs biens et en donnaient le prix au Pape de ce temps-là, à saint Pierre. Faites donc aussi comme les premiers chrétiens, et le Pape sera suffisamment riche.

Pourquoi les premiers Papes étaient-ils pauvres? Parce que les persécuteurs de la religion leur enlevaient tout ce qu'ils pouvaient posséder, et, après les avoir dépouillés, ils les égorgeaient. Voulezvous nous ramener au temps des persécutions? Et vous vous proclamez des hommes de liberté et de progrès 1 0 mon Dieu, préservez-nous de ce progrès et de cette liberté 1

Est-il donc bien vrai que des chrétiens, et même (les ecclésiastiques, auraient dit : Quant au spirituel, fy tiens du fond de mes entrailles; mais pour le temporel, fen fais bon marché.

Ce propos, s'il a été tenu, est une lâcheté, une ingratitude, une folie, un crime.

C'est une lâcheté ; car ce n'est que par peur qu'ils parlent ainsi. Ils seraient les premiers à défendre le temporel de l'Eglise romaine s'ils ne craignaient d'être mal notés par ceux qu'il est de leur intérêt de flatter. Ils rougissent de la vérité et de la justice, parce qu'ils entendent une foule de iîhrétiens, aussi ignorants en matière de religjou

— iOO —

que bas et rampants en présence de ceux qui dominent, parler très-haut contre le Pape et son gouvernement. Ce sont ces hommes d'entre deux qui prennent toujours le parti du plus fort, sauf à applaudir des deux mains à l'autre parti, s'il parvient à triompher. Y a-t-il au monde quelque chose de plus lâche et de plus ignoble?

C'est une ingratitude; car ce sont les Papes qui ont conservé dans le monde les grands principes de justice et de liberté et tous les bienfaits de la civilisation , et c'est grâce à leurs immenses travaux que nous en jouissons aujourd'hui. Mais n'est-il pas évident pour tout homme réfléchi que jamais ils n'auraient vaincu la tyrannie ni affranchi le monde s'ils n'avaient été souverains indépendants? Comment auraient-ils pu soutenir îa lutte contre des rois et des empereurs violents et emportés? Leur parole n'eût point été écoutée, et les évêques, et les prêtres, et les chrétiens eussent gémi dans l'esclavage et l'oppression.

C'est une folie; car c'est agir contre ses propres intérêts. Approuver ce qui se fait contre le Pape, donner ainsi les mains aux révolutionnaires, proclamer des principes destructeurs de tout droit et de toute moralité, n'est-ce pas ruiner la base même de l'ordre et de la propriété? N'est-ce pas légitimer le vol et la spoliation, lors même qu'on en sera la victime ? C'est vouloir être dépouillé de ce qu'on possède.

Enfin c'est un crime pour la même raison; car

— iOI — ils cncoiiragcnl une armcc de démolisseurs occuj)(\s à saper rédificc social, qui ne peut avoir d'aulro fondement que la vérité et la justice; n'est-ce pas là un grand crime?

Lorsque des enfants sont assez dénaturés pour laisser leur père dans une extrême indigence, tandis qu'ils pourraient le secourir, vous les flétrissez, vous les couvrez de honte et de mépris. Et vous, mes frères, vous ne viendriez pas au secours du Souverain Pontife, le père spirituel de tous les chréliens ! Et vous le laisseriez gémir dans la pauvreté et dans la misère I El vous ne feriez aucun sacrifice pour le soulager! Laissez-moi espérer qu'il n'en sera pas ainsi, que vous vous montrerez généreux, comme il convient à des cœurs nobles, animés par une foi vive et une charité sincère. Amen.

PIE Vri ET NAPOLÉON 1*'.

Depuis quelque temps les relations diplomatiques enfre |.- Sainl-Siége et Napoléon avaient, de la part de ce dernier^ un caractère d'aigreur et de récrimination qui cachait tics projets fortement arrêtés dans sa pensée; il se plaignait vaizuement que le Saint-Père se laissait diriger par les ennemis fie la France; il aiïcctait d'accuser l'autorité spirituelle du Pape d'entraver sans cesse, par de nouvelles exigences, l.i marche de son gouvernement. Il n'en était rien cependant» et le Saint-Père, en maintenant les privilèges de l'Eglise de France d'après les principes posés dans le Concordat, se

iTîonlrait, sous le rapport temporel, fidèle exécuteur des traités, et, sous In rapport spirituel, étranger ù toutes vues perfionnelles et digne pasteur des âmes.

Tout à coup, après la bataille d'Eckmuhl et la prise de Vienne, l'empereur fit représenter au Pape, par son ambassadeur à Rome, la nécessité absolue où il se trouvait d'exiger qu'il fermât ses portes au commerce anglais et celle de se joindre à lui contre l'Autriche et l'Angleterre. La réponse du Pape respire une noble et pieuse l'ormelé : « Je suis, dit il, le père de toutes les nations clirétiennes, et je ne puis, sans nianquer à ce titre, me faire l'ennemi d'aucune d'elles. » Néanmoins, et pour éviter tout prétexte d'agression à l'empereur, il consentit à entrer dans le système continental. Mais Napoléon ne fut point satisfait de cette déférence du Saint-Père à ses projets politiques ; il osa taxer d'obbtinalion le refus du Saint-Père de prendre part à aucune hostilité, et fit occuper par ses troupes Ancône et Civita-Vecchia. Sa colère ne devait point se borner à ces premiers actes d'une injuste violence. Le 2 février 4809, le général Miollis entra dans Rome à la tête d'un corps de troupes françaises; il l'occupa militairement, désarma et licencia la garde du Saint- Père, et transmit l'ordre cà tous les cardinaux français ou nés dans des parties du territoire de l'empire, de se retirer dans leurs patries respectives. Napoléon espérait que Sa Sainteté, livrée ainsi à elle-même et séparée de son conseil, se montrerait plus docile à ses volontés ; mais l'illustre Souverain Pontife avait en lui une puissance qu'aucune force humaine ne pouvait abattre, et il puisa dans le saint caractère dont il était revêtu les nobles inspirations contre lesquelles Napoléon ne trouva plus que d'odieuses violences.

Le 17 mai de cette année. Napoléon, faisant remonter sa légitimité à Charlemagne, publia un décret qui réunit les Etats du Saint-Siège à son empire. Le Saint-Père en fut affligé, mais non abattu, et le soir même où Rome retentit de la proclamation qui apprenait aux Romains ce changement imprévu, un bref d'excommunication, écrit en entier de la

main dn Saint-Père et scellé par lui de l'anneau du pêcheur^ rclranclia l'empereur de la curnmunion des fidèles. Napoléon se monira violemment irrilé do ce qu'il appelait l'audace du Pape, et il ne garda plus de mesure avec lui. Dans la nuit du 5 au G juillet^ des soldais français, commandés par le général Rodel, envahirent le palais Quirinal, et cet officier, se présentant tout à coup devant le Sainl-Père, vint lui intimer, avec toute la rudesse d'un soldat d'Attila, Tordre de renoncer sur-le-champ aux biens temporels du Saint-Siège» Pie Yll était en ce moment agenouillé dans son oratoire; il acheva sa prière, et, s'a>seyant sur son siège, il répondit avec autant de câline que de fermeté : « Je ne dois, ni ne veux, ni ne puis faire une pareille cession. J'ai fait serment à Dieu de conserver dans leur intégrité les possessions de la sainte Eglise ; je ne violerai pas mon serment. — En ce cas, répliqua le général avec la même arrogance, il faut vous préparer à (juiiier Home; telle est la volonté de l'empereur, que je suis disposé à faire exécuter par tous les moyens possiblés. »

Le Saint-Père fut donc déporté, et passa par les villes de Grenoble, Valence, Avignon^ Aix, Nice, pour se rendre à Savone, où il fut retenu prisonnier. Tous les moyens furent employés pour l'amener h accorder à Napoléon tout ce que ce dernier désirait; mais Pie Vil se montra digne du rang qu'il occupait et ne céda rie?i, malgré tous les efforts et toutes les ("xhortutions de certains prélats qui se montrèrent plus courtisans qu'é\ê(]ues.

Pie Vil fui tian>l'éré à Fontainebleau, et Ton ne saurait se faire une idée de ce (ju'il eut à souffrir de la part de ceux (\m étaient cb;irgés de le garder et des évèques envoyés par l'empereur pour le circonvenir. Napoléon partit pour la fameu>e campagne de Hiissie. Lorsqu'il apprit que le Pape l'avait excommunié, il s'éciia : w Croit il que son excommunication Irra tomber les armes des mains de mes soldats? » Le froid !l's lil tomber à la lettre, et lui-même, renfermé à Fontainebleau, apprend que l'Europe l'a déposé et condamné

à passer le reste de ses jours sur un rocher de l'Océan. Kt danc ce même moment Pie VU rentrait triomphalement dans la ville éternelle. Quel beau et éclatant triomphe pour l'Eglise, de Jésus-Christ! C'est alors que se vérifient d'une manière l'rappante ces paroles du divin Sauveur en parlant au princf. des apôtres : Tu es Pierre, et sur cette ^pierre je butirai mo)/ Eglise^ et les fortes de l'enfer ne prévaudront point cordvt: ('lie. ■

XVIIP INSTRUCTION.

Assistance (Ses i»i*éts*e«i.

Quis militât suis stipenàiis unqiiam?

Qui a jamais fait la guerre à ses dépens ?

Dans noire dernière instruction, je ne vous ai parlé que des besoins du Souverain Pontife et de l'obligation qui nous est imposée de venir à son secours. N'ôtes-vous pas frappés comme moi, mes frères, de l'admirable conduite de la Providence envers son Eglise? La plupart des chrétiens de nos jours ne savaient plus ce que c'était que le Pape, vl voilà que tout à coup il apparaît luttant seul contre des forces qui feraient trembler la nation la plus puissante, et il soutient le combat avec un calme et un courage merveilleux: spectacle ravissant pour le ciel et pour la terre. Il faudrait être aveugle volontaire pour ne pas voir l'intervention divine dans les événements qui s'accomplissent sous nos yeux. Mais revenons à notre sujet.

Avant la révolution de 03, le clergé français était richement doté; mais elle l'a dépouillé de tout ce

qu'il possédait. Le clergé a accepté la pauvreté, et c'est ce qui l'a sauvé. Aujourd'hui l'Etat porte sur son budget un crédit pour frais du culte catholique, mais à titre d'indemnité et non de salaire, comme si les curés étaient de simples fonctionnaires. Or, il est des chrétiens qui ne cessent de répéter que les curés sont trop riches. Permettez-moi de vous donner à ce sujet quelques explications. Lorsque les ennemis de saint Paul cherchaient à iliscréditer son ministère à peu près de la même manière, ce grand npôtre crut devoir se justifier et répondre aux accusations portées contre lui. Ne soyez donc pas scandalisés de me voir traiter le même sujet.

Je comprends que pour plusieurs d'entre vous un traitement de neuf cents francs soit une somme énorme. Mais calculons. Un curé, dans une paroisse, a besoin d'une personne pour soigner son ménage. Supposons qu'il dépense seulement deux cents francs tant pour le gage de sa domestique que pour son vestiaire : c'est bien peu; il lui reste trente-huit sous par jour pour nourrir deux personnes, assister les pauvres, concourir aux bonnes oeuvres, donner l'hospitalité et recevoir honorablement ses confrères.

Je ne vous parle pas des honoraires qu'il reçoit sous le nom de casuely parce que, dans une multitude de paroisses, il est à peu près nul. Dans les meilleures, il s'élève à trois ou quatre cents francs, ce qui lui donne deux francs quatorze sous par

jour. Ce n'est pas avec cette somme qu'il pourra faire des excès.

Peut-être y a-t-il dans chaque diocèse une vingtaine de paroisses où le casuel est plus considérable, mais c'est dans les villes populeuses, où les charges sont plus lourdes, les vivres plus chers et les pauvres plus nombreux. Je puis vous assurer que, si quelques âmes généreuses ne venaient pas au secours du curé, il serait souvent plus à plaindre que celui d'une paroisse de campagne. Croyez-moi, j'ai exercé le ministère à la ville et au village.

Ce simple calcul ne vous montre-t-il pas qu'un cure ne roule pas sur l'or et sur l'argent, comme on se l'imagine dans le monde, et qu'on ne doit point s'attendre à le voir dépenser comme un prince? Et cependant, si, au lieu de payer les choses le double de ce qu'elles valent, il ne veut les payer qu'à leur juste prix, on l'accuse d'avarice. Je ne prétends pas que dans le nombre il ne s'en trouve quelques uns qui méritent ce reproche. Il s'est rencontré un avare et un voleur dans le collège apostolique : devcz^vous être surpris d'en trouver dans un pays comme la France, oii l'on compte plus de cinquante mille prêtres? Je vous les abandonne volontiers; l'Eglise, qu'ils déshonorent, les condamne avec vous et avec plus de sévérité que vous. Prenez garde cependant d'accuser d'avarice des prêtres honorables qui n'ont d'autre tort que celui d'observer les lois de la plus sévère économie.

pnn^c qu'ils y sont forces, comme je viens de vous le faire voir.

Mais, me direz-vous, d'où vient qu'on apprend assez souvent que tel ou tel prêtre a laissé en mourant une somme assez considérable à ses héritiers? Je vous répondrai que ce fait doit être très-rare. Vous n'ignorez pas qu'en matière de succession, l'opinion publique exagère toujours. D'ailleurs un curé a tout au plus de quoi vivre, et il sait qu'après avoir prélevé sur son traitement et son casuel ce (jui lui est nécessaire pour son honnête subsistance, il est obligé, sous peine de faute grave, d'employer le reste en bonnes œuvres. Enfin il n'ignore pas non plus qu'en thésaurisant pour de cupides héritiers, loin de lui savoir gré de la riche succession qu'il leur aura laissée, ils insulteront souvent à sa mémoire en se partageant ses dépouilles.

D'où proviennent donc ces économies dont vous parlez? Elles ne sauraient venir que de ses biens patrimoniaux. Or, sachez que les prêtres sont libres d'en disposer, comme vous-mêmes vous pouvez disposer des vôtres; ils peuvent sans crime les laisser à leurs héritiers. A moins que ceux-ci ne soient eux-mêmes pauvres, ils feraient beaucoup mieux de consacrer ces économies à fonder ou à soutenir quelque œuvre de piété ou de bienfaisance : ce serait plus édifiant pour le prochain et plus méritoire pour eux-mêmes; cependant ils n'y sont pas rigoureusement obligés.

D'un aulrc côté, n'oubliez pas non plus que, lors-

qu'un cure est hors de service à cause de son âge ou de ses infirmités, l'Etat ne lui fait aucune retraite ; seulement, depuis quelques années, il lui accorde deux ou trois cents francs chaque année, mais à titre de secours. Pouvez-vous donc le blâmer de faire quelques économies pour ne pas tendre la main sur ses vieux jours?

Mais, mes frères, il n'y a pas un seul ministre protestant qui n'ait deux ou trois mille francs,, c'est-à-dire au moins le double de ce que perçoitun prêtre catholique. Pourquoi ne les accusez-vous pas d'avarice? Je ne vous parle pas des ministres protestants d'Angleterre, qui touchent des traitements exorbitants : les uns ont vingt mille francs, trente mille, cinquante ou soixante mille francs; les autres cent mille ou même deux cent mille francs. Pourquoi ne criez-vous pas contre eux? Pourquoi nos journaux antichrétiens, qui sont si ardents pour publier les calomnies les plus atroces sur les prêtres catholiques, ne disent-ils jamais un seul mot contre ces abus énormes des ministres protestants? En voici la raison : c'est que le protestantisme est une religion fort commode qui ne gêne en rien les mauvaises passions; il permet à chacun de croire ce qu'il veut et de pratiquer ce qu'il croit. Le catholicisme, au contraire, fait une. guerre implacable à toutes les inclinations corrompues de la nature. Nos mauvais chrétiens, qui s'appellent les honnêtes gens du monde, et qui.^ veulent à tout prix donner satisfaction à leurs sens

dépravés, ne peuvent supporter la doctrine catholique qui les condamne, et, pour la rendre odieuse, ils s'cllorcent de rendre méprisables, par le mensonge et la calomnie, les prêtres qui l'enseignent. A aucune époque de notre histoire peut-être le clergé français n'a été aussi pauvre qu'il l'est aujourd'hui; et cependant comptez, si vous le pouvez, toutes les œuvres de piété ou de charité qu'il a entreprises et heureusement exécutées. Que de millions dépensés pour les mener à bonne fin 1 Nous pourrions vous citer tel prêtre qui a doté la ville ail il exerce le saint ministère de divers établissements qui ont coûté plus de six cent mille francs, ou bien tel autre qui a bâti une église pour une somme de deux millions, sans que la commune ait donné un centime. Parcourez seulement le diocèse de Nancy, el voyez combien d'églises ont été construites, restaurées ou ornées par le zèle et le dévouement du clergé. Combien d'hospices fondés i combien de communautés d'hommes et de femmes établies de la môme manière I Ce n'est pas, sans doute, avec ses seules ressources, puisqu'il n'a rien, qu'il a pu exécuter de si grandes choses. La charité de,s fidèles y a largement concouru, nous devons leur rendre cette justice. Mais cet empressement qu'ils mettent à confier leurs aumônes au clergé catholique n'est-il pas une preuve sans réplique de son désintéressement? Et ne mpntre-t-il pas par ses œuvres qu'il est vraiment digne de coltt* confiance illimitée qu'on lui témoigne?

Lorsque saint Paul cnumcre ses litres à Tassistance des eh reliens, il leur dit : « Voici ma défense auprès de ceux qui m'inlcrrogent : Est-ce que nous n'avons pas le droit de manger et de boire aux dépens de ceux pour qui nous travaillons?... Qui est-ce qui va jamais à la guerre à ses dépens? Qui est-ce qui plante une vigne et n'en mange point de fruit? ou quel est le pasteur d'un troupeau qui ne mange pas du lait de son troupeau?... » Saint Paul établit ensuite son droit sur la loi ancienne et dit que, « comme celui qui sert à l'autel à le droit de vivre de l'autel, celui qui annonce l'Evangile a le droit de vivre de l'Evangile. »

La loi naturelle et la loi écrite nous donnent donc droit à l'assistance des chrétiens de la môme manière que le soldat a droit à toucher sa solde, le vigneron à profiter du fruit de sa vigne, et le berger à se nourrir du lait de son troupeau.

Et, en effet, le prêtre est un soldat enrôlé sous la bannière de Jésus-Christ, combattant tous les jours pour étendre son règne sur les intelligences et sur les cœurs. L'onction sacerdotale le sanctifie et le destine à tout ce qui concerne le culte de Dieu. Dès que nous sommes prêtres, nous formons un peuple à part, comme l'armée; nous vivons sous d'autres lois que les simples fidèles, nous prenons des engagements beaucoup plus saints et plus sacrés. Cessons-nous pour cela d'être citoyens? Non, certes, puisque nous payons les impôts commt tout le monde. Nous devons l'obéissance et la sou-

mission aux puissances établies, comme tous les citoyens; nous devons même en donner l'exemple au reste des fidèles et rendre à César ce qui appartient à César. Mais les saints mystères deviennent nos seules fonctions; les temples, nos maisons; les autels sacrés, nos places d'honneur; les œuvres de piété et de charité, nos charges publiques. Ainsi tout dans un prêtre est séparé des usages communs : sa langue ne doit plus parler que des discours de Oieu ; ses mains ne peuvent plus servir qu'à offrir des dons et des sacrifices ; les jeux, les amusements et les ouvrages des hommes les dégraderaient de leur sainteté ; ses yeux ne peuvent plus reposer que sur des objets religieux , les temples, les autels, les saints mystères. Telle doit être la vie du prêtre.

Mais si la vie du soldat est une vie de sacrifice et de dévouement, parce qu'il renonce à tout, à sa famille, à ses goûts et à ses plaisirs, et parce qu'il a toujours l'arme au bras pour combattre les ennemis du dedans et du dehors, n'est-ce pas là aussi la vie du prêtre? Ne renonce-t-il pas aussi à toutes les jouissances du monde, même les plus légitimes? N'est-il pas à tous les instants sur le champ de bataille pour combattre les mauvaises passions, l'orgueil, l'impureté, l'avarice, la colère, l'ivrognerie, la paresse, qui sont les ennemis les plus dangereux de la famille et de la société? N'a-t-il pas autant de droit à son entretien que le soldat?

Parcourez toutes les carrières, examinez tous les

emplois civils, et montrez-moi une position où Ton exige plus de travail, plus de dévouement et plus d'abnégation que dans l'état ecclésiastique, et ou les hommes procurent d'aussi grands avantages à la société. Vous trouvez qu'il est très-convenable et très-juste d'accorder un traitement de trois ou quatre mille francs à un percepteur ou à un juge; est-ce trop de demander pour le prclre ce qui est nécessaire à une honnête subsistance?

Le curé est un vigneron à qui le grand propriétaire a confié une portion de sa vigne, qu'il doit cultiver tous les jours de sa vie. C'est un cultivateur qui doit labourer le champ du cœur humaiii pour en arracher les mauvaises herbes et y faire fructifier le bon grain. Le prclre est placé dans l'Eglise comme le premier homme dans le paradis, pour y travailler et pour la défendre. L'évoque ne lui impose les mains que pour se décharger sur lui d'une partie du fardeau de sa sollicitude pastorale, et il ne sera récompensé qu'autant qu'il aura supporté le poids de la chaleur et du jour. Par sa consécration, il est devenu un ministre public; les peuples ont acquis un droit réel sur sa personne, sur son temps, sur ses occupations, sur ses talents, r.e sont des biens consacrés qui forment le patrimoine des fidèles ; il n'en peut plus disposer à som gré, il en doit répondre à l'Eglise et à ses enfants. (iC n'est pas pour lui qu'elle l'a mis au nombre de ses ministres, mais c'est pour elle ; c'est pour avoir un ouvrier infaligable, toujours occupé à convertir

les pécheurs, à instruire les ignorants, à soutenir les faibles dans la foi, à consoler les malheureux, à défendre les opprimés, à confondre les impies et les incrédules. El il n'aurait pas le droit d'être logé, vêtu et nourri par les fidèles! Il consacre et dépense pour le bien de tous son temps, sa santé, son cspi'it, son cœur et sa vie m,ême; et on lui reproche le morceau de pain qu'on lui donne pour subsister! Où est donc la justice?

Le prclre est un berger, un pasteur des âmes. Il doit veiller sans cesse à la garde de son troupeau, le jour et la nuit, sans aucun relâche. 11 faut qu'il puisse dire à Dieu, comme Jacob à son beau-père: « J'étais brûlé par la chaleur pendant le jour et transi de froid pendant la nuit, et le sommeil fuyait de mes yeux. Je n'ai perdu aucune des brebis du troupeau qui m'a été confié, je l'ai défendu contre la fureur des loups, je l'ai nourri avec le plus grand soin, je l'ai conduit dans de gras pâturages. Lorsqu'une brebis s'est écartée, je l'ai recherchée et je l'ai rapportée sur mes épaules. »Maisle berger n'at-il pas droit à son salaire? Dans certains pays on lui fait un traitement de douze cents francs.

Enfin saint Paul dit encore : « Si nous avons semé en vous des biens spirituels, est-ce une grande chose que nous recueillions de vos biens temporels? » Et n'est-ce pas ce que le prêtre fait tous les jours au milieu de vous? C'est par lui que vous recevez toutes les grâces et tous les dons célestes. Vous ne pouvez vous rappeler un seul bien-

fait de Dieu sans renconlrcr à côlc de ce souvenir l'image du prêlre.

Vous étiez enfants de colère el ennemis de Dieu en venant au monde; qui vous a purifies et élevés à l'auguste qualité d'enfants de Dieu? C'est le prêtre. Qui vous a instiuils dans la loi du Seigneur? Qui vous a appris à connaître Dieu, à l'aimer cl à le servir? C'est le prêtre. Votre église, sans le prêtre, n'est plus qu'un édifice ordinaire où vous ne trouvez rien de plus que dans votre maison ; qui est-ce qui la fait la maison de Dieu? qui est-ce qui rend Jésus-Christ présent dans le tabernacle? Ce n'est pas Marie, celte Vierge pure et sans tache; elle a pu nous donner une fois le Fils de Dieu, mais elle ne saurait le rendre présent sur l'autel; tous les anges réunis ne sont pas capables d'opérer un tel prodige. Le prêtre seul en a le pouvoir en prononçant les paroles sacrées au saint sacrifice de la Messe. Qui nourrit votre âme durant le pèlerinage de cette vie? qui lui donne Jésus-Christ pour aliment? Aucun être vivant au ciel et sur la terre, excepté le prêtre.

Lorsque vous avez eu le malheur de commettre un péclié mortel el que votre âme est morte devant Dieu, à qui vous adressez-vous pour lui rendre la vie? Est-ce aux anges ou à Marie? Mais, quelle que soit leur puissance, ils ne peuvent la ressusciter; il n'y a que le prêtre qui ait le pouvoir de vous absoudre de vos péchés et de vous arracher à l'enfer. Chaque fois que vous retombez dans le péché,

c'est lui seul qui peut vous relever et vous rendre vos droits à l'héritage céleste. Et que deviendraient les époux sans le prôtre? que serait leur union? De la corruption et de l'immoralité; c'est le prêtre qui la bénit et la sanctifie.

Lorsque vous serez sur le point de quitter ce monde, qui vous donnera la force et le courage de remporter la victoire dans le dernier combat de la vie? Qui préparera votre âme à paraître devant Dieu? Qui priera sur votre cercueil? Qui offrira la divine victime pour l'expiation de vos péchés et le soulagement de votre âme? Le prêtre et toujours le prêtre.

Considérez les peuples infidèles et barbares, ils ne connaissent ni Dieu ni sa loi sainte. Que leur sort est à plaindre 1 Jésus-Christ est venu pour sauver tous les hommes ; mais à quoi leur sert-il qu'il soit mort pour eux? à quoi leur servent ses mérites? Ils ne peuvent avoir aucune part au bienfait de la rédemption tant qu'ils n'auront point de prêtre parmi eux pour leur en faire l'application (1).

Vous avez beau dire, mon cher frère, que vous êtes un honnête homme et que vous n'avez fait de tort à personne ; vous aurez beau frapper à la porte du ciel, vous n'y entrerez pas s'il n'y a pas là un prêtre pour vous l'ouvrir, à moins que vous n'ayez conservé votre robe d'innocence dont le prêtre vous a revêtu au baptême. Que vous servirait d'être à

(1) M. Viann^'V. curt» rVArs.

côlé de coffres remplis d'or, si vous ne pouviez pas y puiser? Que vous sert d'avoir sous la main le trésor des grâces de Dieu, s'il n'y a personne pour vous l'ouvrir? Vous en serez privé, vous serez toujours pauvre et misérable, si vous n'avez pas un prêtre pour les faire couler sur vous.

Si donc le prêtre est le seul médiateur entre vous et Jésus-Christ, et si c'est par lui que ses mérites vous sont appliqués, est-ce une grande chose que vous lui donniez de quoi vivre? Si vous voulez qu'il s'occupe constamment de vos intérêts, n'est-il pas juste que vous le dispensiez de gagner sa vie par le travail des mains?

Vous le voyez, s'il y a une chose juste au monde, c'est de pourvoir à l'honnête subsistance du prêtre; le traitement que lui fait l'Etat, y compris ses honoraires, ne peut l'enrichir, et s'il n'était animé du zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, il se garderait bien d'embrasser l'état ecclésiastique, puisque les moindres positions dans la société sont plus lucratives. Vous lui viendrez donc généreusement en aide pour exécuter tout le bien qu'il entreprendra au milieu de vous. Aîneii.

ADMinABLE CHARITÉ POLR ASSISTER LES PRÊTRES.

Notre Seigneur a dit : « La moisson est abondante, mai^ les ouvriers sont rares. Priez donc le Mai Ire de la moisson,

afin qu'il envoie des ouvriers en sa moisson. » Et il a dit encore : « Faites-vous des amis de l'argent d'iniquité, afin qu'ù votre mort ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels. » (^est sur ces deux passages de l'Evangile qu'a été fondée l'œuvre admirable de la Propagation de la Foi, qui n'est (ju'une association pieuse de prières et d'aumônes, afin de multiplier le nombre des nouveaux apôtres de la foi et de leur venir, en aide. Par la prière on fait descendre d'en haut la grâce qui forme ces apôtres; par l'aumône on leur fournit les moyens matériels de leur apostolat. Ce n'est qu'une courte prière chaque jour, ce n'est qu'une petite aumône, quelques sous chaque mois qu'on demande aux associés, afin que tout le monde puisse y prendre part, quelque faible que soit sa piélé, quelque petite que soit sa fortune. Mais l'œuvre ayant pris en peu d'années des proportions immenses, la somme des prières qu'on y fait et des aumônes qu'on y réunit est immense, elle aussi ; et c'est grâce à ces prières qui, à tous les instants et de tous les points de la terre, s'élèvent au ciel, lui demandant des ouvriers pour la moisson des âmes, toute prête dans tout le monde, et c'est grâce à ces aumônes voyageant partout et pénétrant partout, que nos missionnaires, les vrais conquérants de la foi sur la superstition, de la civilisation sur la barbarie, se multiplient, et qu'ils reçoivent tout ce qu'il leur faut pour n'avoir pas besoin de ceux pour lesquels ils s'immolent, pour conserver leur indépendance au milieu de ceux qu'ils évangélisent, et pour improviser des chrétientés pauvres de toutes les ressources humaines, mais riches de mérites et florissantes de toutes les vertus divines, et les maintenir.

Grande et sublime institution, par laquelle l'humble petite prière de l'enfant et de la jeune vierge se change en semence de prédication, l'aumône modeste de l'ouvrier, du soldat, du pauvre devient moyen et prix de rédemption, et le mérite de l'apostolat devient accessible à tout le monde ! Or, celle institution ne s'est formée de nos jours qu'en France, le pays du dévouement généreux aux intérêts de l'Eglise, au bon-

lieur de l'iiumanilé. L'association de la Propagalion de la Foi chiélienne par loule la terre, dit M. Roiirbaclier, a commencé vers Tan 1822 par d'humbles et pieuses ouvrières de Lyon, la elle de sninl Irénée et de sainte Claudine ; et de \h, bénie par le chef de TEgiise, elle étend ses ramifications chez toutes les nations catholiques, et ses fruits de salut chez toutes les nations inlidèles. Dans les premiers siècles^ nous avons vu la nation des Ibériens convertie par une pieuse captive dont on ne sait pas le nom. Dans ces derniers siècles, des millions de païens et de sauvages doivent à des ouvrières inconnues la civilisation chrétienne dans ce monde et le bonheur éternel dans l'autre.

S.iirjt Boniface est envoyé par le Saint-Siège pour christianiser l'Allemagne au viii® siècle. Nous voyons par ses lettres que ce grand apôtre du moyen âge, dans ses travaux apostoliques, n'a été secouru, aidé, encouragé et consolé que par des femmes religieuses de tous les pays catholiques. C'était sainte Bugga, abbesse de Franet et parente d'Egbert, roi d'Angleterre, qui Favait mis en rapport avec ce monarque, et qui lui faisait envoyer de généreux secours pour sa mission. C'étaiisainteEdburge,abbesse du monastère deWimburn, en Angleterre, qui fournissait au saint missionnaire des habits pour lui, pour ses collaborateurs et pour ses pauvres, et des exemplaires de la Bible copiés de sa main ou de la main de ses religieuses pour les répandre parmi ses néophytes.

Sainte Pudcnlienne et sainte Praxède se chargeaient de cacher les fidèles persécutés, de les visiter et de les nourrir dans leurs cachots, de les encourager au milieu de leurs tourments, de ramasser leurs reliques, de recueillir leur sang, d'enterrer leurs corps; et même c'étaient elles qui alimentaient les pauvres, qui soignaient les malades, qui veillaient et pourvoyaient à tous les besoins de l'Eglise.

Sainte Olympiade a soutenu courageusement saint Jean Chryso>lôtne dans ses combats pour la cause de Dieu et de son Eglise. Ses veilles étaient longues, son humilité extrême, sa charité sans bornes. Elle visitait les malades^ assistait les

orphelins, les veuves, les vieillards, protégeait les vierges; elle donnait aux églises, aux hôpitaux, aux prisonniers, aux exilés; elle affranchissait les captifs et répandait ses aumônes par toute la terre. Saint Chrysostôme trouva dans celte incomparable femme le dieciple le plus dévoué à sa personne, la vengeresse la plus intrépide de son orthodoxie, la coopératricc la plus active de son ministère en toute espèce de bonnes œuvres et la compagne la plus fidèle de ses succès. Ello l'avait déchargé du soin de sa nourriture, car le saint évêquc ne prenait rien des revenus de Téglise et recevait chaque jour d'elle ses aliments, afin d'être uniquement occupé du salut des autres, en môme temps que sainte Olympiade soutenait le courage, excitait le zèle du clergé, instruisait les infidèles, surveillait la marche des hérétiques, déjouait leurs intrigues, démasquait leurs erreurs et indiquait à son premier pasteur les endroits où il devait porter son attention et qu'il devait frapper de la puissance de sa parole et de la force de son autorité. Jamais apostolat de femmes ne fut plus fécond ni plus efficace. (P. Ventura.)

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