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COMMENT LES SAIISTS CONSIDÈRENT LA MORT

Sainte Thérèse disait quand elle enlendait sonner l'horloge : « Courage ! nous voilà d'une heure plus près de la mort. » Sainte Catherine de Gênes l'invoquait continuellement; elle l'appelait douce, gracieuse, belle; elle lui donnait les noms les plus tendres pour l'inviter à venir à elle, et l'un des plus grands rafraîchissements qu'elle pût donner à son cœur au milieu de ses excessives ardeurs, c'était de voir des morts, d'entendre la messe ou Toflice qu'on disait pour eux. Le bienheureux Godefroy, comte de Capcnberg, cousin de l'empereur Henri IV, qui, après avoir persuadé à sa femme de se faire religieuse, embrassa l'institut de Saint-Norbert, dont il fut l'une des plus grandes lumières, avait un extrême désir de mourir pour aller jouir de notre Seigneur qu'il aimait avec toute l'ardeur de son cœur. Quelquefois, lorsqu'il allait prendre l'air avec les autres religieux et qu'il se reposait sous quelque ombrage, il s'étendait tout de son long, composait ses bras, ses mains et tous les autres membres de son corps, comme on a coutume de placer les morts, puis il disait avec un grand soupir : « Oh î si l'heure do mon trépas pouvait arriver! 0 mon Dieu, s'il vous plaisait do me dispo-

ser à celle heure si désirée! » Lorsqu'il fui alleintà la fleur de son âge de la maladie dont il mourul et qu'on déplorait la perte d'une si sainte vie qui eût procuré tant de biens à Tordre, il disait à ceux qui l'entouraient : « Pourquoi sommes-nous entrés dans Télat religieux, si ce n'est pour aller à Jésus-Christ le plus promptemenl que nous pourrons ? Plus le moment heureux oii je dois contempler cette divine face, à laquelle sont attachées toutes mes affections, sera proche, plus mon âme sera dans la joie. » Le P. Jean-Baptiste Sanchez brûlait d'un si grand amour de Dieu et d'un désir si violent de le posséder, qu'il disait que, s'il eût été assuré de ne pas mourir dans cette journée même, le seul regret eût élé suffisant pour le faire mourir.

Lorsque saint Louis de Gonzague et le très-pieux Jean Berkmans ont vu arriver la mort, ils ont chanté le Te Deum de tout leur cœur. Saint Laurent Justinien dit à ses amis et à ses domestiques qu'il voyait pleurer : « Séchez ces larmes; ce moment n'est point un moment de pleurs, mais d'allégresse. » Sainte Marie d'Oignies, remplie de jubilation de cœur et d'une allégresse extraordinaire, chanta dans sa dernière maladie, pendant trois jours et trois nuits, jusqu'à s'enrouer, des cantiques de louanges et d'actions de grâces; au moment de la mort elle entonna l'AZ/eZwm avec un visage serein et d'une voix douce et contente. Sainte Austreberte, vierge, d'une famille illustre, qui était sortie de la maison de son père pour conserver à Jésus-Christ sa virginité et l'amour qu'elle lui avait voué, s'écria, étant sur le point de mourir : <( Je viens à vous, ô mon amour ! Je me hâte d'aller à vous, ô l'objet de tous mes désirs; je brûle d'arriver vers vous, ô vous que j'ai toujours aimé avec tant d'ardeur ! J'ai mis en vous toute ma confiance, et je ne serai point confondue ; recevez mon esprit dans la paix et dans votre repos éternel ; brisez les traits de mes ennemis, afin qu'ils ne servent pas à ma ruine, w

Saint Edmond, illustre archevêque de Cantorbéry, rallia toutes ses forces en voyant notre Seigneur qu'on lui appor-

tait en viatique, et s'écria en tendant vers lui les bras ; « Vous êtes mon Seigneur, celui en qui j'ai cru, que j'ai prêché, que j'ai enseigné; vous m'êtes témoin que je n'ai jamais cherché sur la terre autre chose que vous ; vous savez que je ne veux que l'exécution de votre volonté, je vous supplie maintenant de l'accomplir en moi. » Après avoir reçu la sainte Eucharistie, il demeura avec un visage gai, serein et rayonnant de joie; de douces larmes d'amour coulaient de ses yeux; il attirait l'attendrissement et l'admiration de tous ceux qui étaient présents; enfm il mourut dans le calme le plus parfait.

Les anciens regardaient le souvenir de la mort comme l'école de la vraie philosophie. Eubule, homme très-savant, et qui avait été le maître de saint Bai^ile, lui demanda ce qu'il pensait de la philosophie et ce qu'il regardait comme son point fondamental ; le saint lui répondit : « C'est la sérieuse pensée de la mort. » Saint Basile paraît avoir appris ce secret de Platon, qui, dans le moment où il était regardé comme le plus grand philosophe de son temps, publiait hautement que la philosophie n'était autre chose que l'étude et la considération profonde de la mort; c'est pourquoi il avait choisi l'endroit le plus malsain de la ville d'Athènes pour y établir son académie, afin que ses disciples, ressentant les incommodités du lieu et atteints par quelques légères maladies, fussent plus disposés à penser à la mort, la voyant de plus près, et comprissent ainsi beaucoup mieux la maxime fondamentale de leur maître. Saint Jérôme fait l'éloge de cette doctrine de Platon. (P. Saint-Jure, Connaissance et Amour de notre Seigneur Jésus^Christ.)

Gloire des souiFrances.

Per patienliam cnrramus ad proposilum nobis certamen ; aspicientcs in auclorem fidei nostrœ el consummalorem Jcsum.

Courons par la patience au combat qui nous est proposé ; jeions les yeux sur Jésus, l'auteur et le consommateur de notre foi.

(Heb., XII, 2.)

J'ai la confiance, mes frères, que lorsqu'il y aura un malade, soit dans votre famille, soit ailleurs, vous ne manquerez pas de le visiter et de lui procurer tous les secours spirituels et temporels dont il pourrait avoir besoin. S'il appartient à une famille pauvre, vous ferez en sorte qu'il ne manque de rien. Vous lui donnerez et les choses nécessaires et même celles qui lui seront agréables. Vous lui porterez une douceur, un raisin, un fruit et tout ce qui pourra le réjouir. Vous saurez vous en priver pour lui. OU 1 que l'aumône est agréable à Dieu et méritoire pour le ciel, lorsqu'elle est le fruit de la mortification I Lorsque vous faites vos provisions, ayez soin d'y mettre la part du pauvre pour le temps où il sera malade. Portez-lui même quelque-

fois des fleurs et de la verdure, pourvu que l'odeur ne l'incommode pas.

Mais ce qu'il y a de plus important, c'est de lui apprendre à bien soufîVir. Il faut donc que vous sachiez vous-même ce grand art de la vie chrétienne; car nul maître ne peut enseigner ce qu'il ignore lui-même. Or, il n'y a qu'un seul maître capable de nous enseigner un art aussi précieux, et ce maître est Jésus-Christ, le Sauveur du monde. Examinez donc ce qu'il fait et ce qu'il nous enseigne.

Qu'est-ce que l'esprit de Jésus-Christ? C'est un esprit vigoureux, dit Bossuet, qui se nourrit de douleurs et qui fait ses délices des afllictions. Le prophète l'appelle l'Homme de douleur, qui sait ce que c'est que l'infirmité. On dirait même qu'en venant sur la terre, il ne veut savoir qu'une chose, les douleurs et la souffrance. N'est-ce pas pour cela qu'il ne s'appelle jamais le Fils de Dieu, mais le Fils de l'homme? Il n'a rien goûté de ce qui est doux; il a voulu savoir par expérience tout ce qui est amer et fâcheux ; il n'a laissé aucune partie de lui-même qui n'ait éprouvé la rigueur de quelque supplice. Suivez-le du berceau à la tombe, de la crèche au Calvaire, vous le voyez toujours souffrir. Il vient au monde dans une étable, dénué de tout, et dès qu'il a commencé à respirer, il a commencé à souffrir II endure la cérémonie si douloureuse de la circoncision ; il travaille comme un pauvre ouvrier et gagne sa vie à la sueur de son front.

Pendant sa vie publique, que de travaux, que de courses pour évangcliscr les villes et les campagnes I II souffre de la fatigue, de la faim et de la soif; il vit d'aumônes. Ses ennemis mettent tout en œuvre pour se défaire de lui : ils lui donnent les qualifications les plus odieuses ; ils le traitent de blasphémateur, de possédé du démon, de séducteur, d'insurgé, d'ivrogne et de gourmand, et il supporte ces infâmes calomnies.

Durant sa passion, que n'a-t-il pas souffert et dans son corps et dans son âme? Il est tellement accablé de crainte, d'ennui et de tristesse, qu'il sue une sueur de sang au jardin des Olives; son âme est mise sous le pressoir. Des bourreaux armés de verges déchirent tout son corps ; des soldats furieux lui donnent des soufflets, lui couvrent la figure de crachats et lui enfoncent une couronne d'épines sur la tête. Un de ses apôtres l'a vendu pour quelques pièces d'argent, un autre l'a renié ; tous le fuient et l'abandonnent. Ce peuple en fureur, qu'ii a comblé de tous les bienfaits, demande sa mort à grands cris ; on le compare à un voleur et à un assassin qui lui est préféré ; on le charge d'une pesante croix, et il gravit la montagne du Calvaire. Que de fois ne succombe-t-il pas sous le poids de l'instrument de son supplice I 11 est crucifié entre deux scélérats, on l'abreuve de fiel et de vinaigre, on lui jette à la face les moqueries les plus insultantes; il n'y a pas d'outrages qu'on ne lui prodigue. Il ne rend le dernier soupir que lorsqu'il a bu

— Tison calice jusqu'à la lie et qu'il a enduré tous les genres de tourment.

Fallait-il donc autant souffrir pour sauver le genre humain? Non, certes ; mais il fallait montrer à tous les hommes que les souffrances ne sont pas seulement nécessaires, mais encore utiles et glorieuses. Ne devait-il pas nous faire voir clairement par toute sa conduite qu'il n'y a pas d'autre chemin pour arriver à la grandeur et à la gloire que celui des mépris et des souffrances? Pourquoi est-il le plus glorieux dans le ciel? Parce qu'il a été le plus pauvre, le plus humilié et le plus souffrant sur la lerre. « Jésus-Christ, nous dit saint Paul, s'est rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix; c'est pourquoi Dieu lui a donné un nom qui est audessus de tous les noms, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers. » Ce sont donc les souffrances qui ont élevé son trône si haut dans le ciel et lui ont ouvert les portes de la gloire, et de quelle gloire?

Mais il y a trois croix sur le Calvaire ; de chaque côté de notre Sauveur se trouve un coupable, et ces deux coupables représentent le genre humain tout entier. Celui qui est à droite connaît Jésus- Christ, et il sait personnellement que ce divin Sauveur n'a rien fait pour mériter le supplice de la croix. Puis, jetant un regard sur sa propre vie, il reconnaît qu'il n'a que ce qu'il mérite; il avoue qu'il est un grand pécheur, et il accepte son supplice comme un moyen d'expier ses crimes. Celui

qui est à gauche, au contraire, blasphème le Sauveur et lui dit : « Si tu es le Christ, le Fils de Dieu, sauve toi et sauve-nous avec toi. » Mais l'autre le réprimande et lui dit : « Ni toi non plus lu ne crains pas Dieu, puisque tu es condamné au même supplice; et si nous sommes condamnés, c'est justement, car nous ne souffrons que ce que nous avons mérité; mais celui-ci, qu'a-t-ii fait? » Puis, s'adressant à Jésus, il lui dit : « Seigneur, souvenezvous de moi lorsque vous serez arrivé dans votre royaume. » Et Jésus lui répond : « Je vous le dis en vérité, vous serez avec moi aujourd'hui dans le paradis. »

C'est donc l'affliction et la souffrance qui nous font rentrer en nous-mêmes. Les frères do Joseph ont vendu leur frère et semblent n'éprouver aucun remords d'un si grand crime; mais voici l'adversité qui les visite, et ils s'écrient : « Nous avons mal agi, nous avons péché contre notre frère. » L'affliction les a fait réfléchir et rentrer en eux-mêmes, et ils se sont humiliés devant Dieu. Or, qu'y a-t-il de plus glorieux à l'homme que de réparer le mal qu'il a fait?

Considérez ce bon voleur : il s'étonne que son compagnon d'infortune n'ait pas reconnu ses torts. « Quoi donc I lui dit-il, ta condamnation ne t'a point appris à craindre Dieu I Tu ne veux donc pas voir que, si nous sommes punis si rigoureusement, nos crimes l'ont bien mérité? » Voyez comme il s'humilie, comme il baise la main qui. le frappe,

comme il reconnaît, comme il adore la justice qui le châtie, et il la change en miséricorde. C'est la fin que Dieu se propose, comme un père qui ne punit ses enfants qu'à regret et par bonté pour ne pas avoir à les traiter trop durement plus tard. Au moment de la correction, les enfants jettent de hauts cris et versent des larmes ; quelquefois même ils murmurent contre leur père; mais, arrivés à l'âge mûr, ils lui rendent justice. Ainsi, lorsque Dieu vous afflige, vous pleurez, vous vous lamentez, vous murmurez contre lui, parce que vous vous aveuglez sur vous-mêmes; vous ne voulez pas reconnaître que vous avez enfreint raille fois la loi de Dieu.

Lors donc que Dieu vous visite, mon frère, par les peines, les maladies et les afflictions, prosternez-vous devant lui et criez du fond de votre cœur : Si vous me punissez, ô mon Dieu, je ne l'ai que trop mérité. Hélas! je vous ai si souvent offensé! Mes péchés sont si nombreux et si graves I J'ai mérité l'enfer des milliers de fois, et cependant je n'ai rien fait pour désarmer votre justice irritée contre moi. Mais vous, Seigneur, vous voulez me remettre la peine éternelle que j'ai méritée, à la condition que je supporterai patiemment toutes les peines que vous m'enverrez. Je les accepte de grand cœur, ô mon Dieu! Que sont tous les tourments de ce monde à côté de l'enfer? Quand votre main paternelle me clouerait sur un lit de douleur et me ferait souffrir pendant des siècles, je vous remer-

cierais encore de voire infinie bonté pour moi. C'est ainsi que vous expierez vos péchés. Or, n'estil pas glorieux de payer ses dettes?

Imitez cet heureux voleur; comme lui, jetez les yeux sur Jésus et dites aussi : Celui-ci, quel mal a-t-il fait? Mais si le Sauveur Jésus, si le juste et l'innocent souffre avec tant de patience, puis-je me plaindre, moi, misérable pécheur? Jésus a soufl'ert infiniment plus que je ne souffrirai jamais, et j'oserais murmurer I II a souffert dans mon intérêt, pour me sauver et m'apprendre à me reconnaître coupable, et je ne souffrirais pas pour mon avantage personnel I Quand l'ouvrier travaille pour son maître durant les jours si longs et si fatigants de l'été, il trouve que c'est fort pénible; mais lorsqu'il règle ses comptes avec son maître, il s'en réjouit, parce que ce sont les jours les mieux payés. N'oubliez donc jamais qu'un seul jour de maladie ou de souffrance vous vaudra plus devant Dieu que des années entières pendant lesquelles vous n'aurez pas souffert.

Puisque Dieu doit vous accorder le ciel comme récompense, il faut de toute nécessité que votre vertu soit éprouvée comme l'or dans la fournaise. Or, le feu opère deux effets à l'égard de l'or : il l'éprouve et le fait reconnaître; si c'est de l'or véritable, il le purifie. C'est là ce que produisent les afflictions : elles font connaître si la vertu est une vertu fausse ou véritable. Un soldat peut-il se glorifier de sa bravoure, si jamais il ne s'est battu

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avec Tennemi? Saint Paul ne veut pas que la vertu espère, si elle n'a point passé par l'épreuve. « La patience, dit-il, produit l'épreuve, et l'épreuve produit l'espérance. » Votre vertu, en effet, ne peut rien espérer, si elle n'est pas digne de Dieu, et vous ne saurez si elle est digne de Dieu que quand elle aura passé par l'épreuve, c'est-à-dire par les maladies et les souffrances.

Si un soldat n'est jamais mis à l'épreuve par son capitaine, c'est honteux pour lui ; c'est une marque qu'il n'est pas considéré comme un homme de courage. Si, au contraire, il est souvent envoyé à des postes périlleux, où il faut déployer de la bravoure, c'est une preuve qu'il est considéré comme un vaillant guerrier; c'est une grande gloire. Vous remplissez assez exactement vos devoirs de chrétien, tant que vous ne rencontrez ni contrariété ni affliction, et vous vous croyez vertueux; mais que survienne une tempête, une perte de biens, une insulte, une maladie, la mort d'une personne bienaimée, et vous voilà dans le désespoir, vous murmurez contre Dieu, vous ne pouvez soutenir le coup. Votre vertu n'était qu'apparente, un simulacre de vertu, un faux or que le feu de l'affliction a fait fondre et disparaître. Pauvre vertu qui ne résiste pas au moindre choc !

La vertu se purifie par les afflictions. Vous êtes vertueux, je le veux bien; m^is n'y a-t-il pas dans votre vertu quelque chose d'humain, quelque intérêt personnel? Vous dites que vous êtes disposé à

faire à Dieu le sacrifice de tout ce que vous avez de plus cher au monde; mais pourtant quel déchirement de cœur au moment où vous perdez votre père, votre épouse ou votre enfant! Vous n'êtes pas insensible à une perte de biens, à un mépris, à une calomnie. Votre amour pour Dieu est-il tout à fait pur? Votre vertu n'est-elle pas un or rouillé? Qu'on le mette au feu pour le purifier et lui rendre son éclat.

Voyez à quel degré de perfection l'affliction porte l'âme qui souffre patiemment 1 Voyez comme cet heureux voleur y marche à pas de géant! Quelle foi vive! Il reconnaît Jésus pour le Sauveur du monde au moment même où ses disciples le trahissent et l'abandonnent. Il le voit mourant, et il lui demande la vie ; au moment où tous l'insultent, il prend sa défense; Jésus n'a plus qu'une croix, et il lui parle de son royaum.c. Quelle foi robuste ne lui fallait-il pas pour croire que cette croix deviendrait un trône? Quelle confiance et quelle ardente charité! « Souvenez-vous de moi, dit-il, lorsque vous serez arrivé dans votre royaume. » Et il a le bonheur d'entendre Jésus lui dire : « Vous serez avec moi aujourd'hui dans le paradis. » Voyez-vous quelle promptitude ? Aujourd'hui, et pas demain. Avec les afflictions on marche plus vite à la gloire qu'en chemin de fer. « Vous serez avec moi! » Quelle magnifique récompense ! la possession et la jouissance même de Dieu.

La honte est donc changée en gloire par la souf-

france; un infâme voleur devient tout à coup un glorieux élu.

Mais considérez l'autre voleur qui est à côté de Jésus. Au lieu d'accepter son supplice pour expier ses crimes, il blasphème : « Si lu es le Christ, ditil à Jésus, sauve-loi et sauve-nous avec loi. » Il doute si Jésus est le Sauveur, et il ne voit que la vie présente. Il meurt en désespéré : c'est l'image de tous ceux qui souffrent sans la résignation chrétienne. Ce voleur était un malheureux débiteur envers la justice divine; la Providence lui donne de quoi s'acquitter, et il ne veut pas payer ses dettes; il meurt banqueroutier : c'est l'infamie ajoutée à la honte.

L'auguste Marie a souffert plus que tous les saints ensemble ; l'Eglise l'appelle la Reine des martyrs et la Mère de douleur. Et pourtant elle n'a jamais offensé Dieu, même légèrement; elle est plus pure que les anges. Pourquoi Jésus-Christ, qui a aimé Marie plus que jamais le fils le plus généreux n'aima sa mère, a-t-il pris plaisir à la martyriser, à la crucifier avec lui? C'est qu'il voulait la combler d'honneur et de gloire.

Et les martyrs eux-mêmes, comment sont-ils devenus la plus riche couronne, la plus grande gloire de l'Eglise? N'est-ce pas aussi par les souffrances?

Du haut du ciel, Jésus-Christ s'adresse à chacun de nous et lui dit : Je me suis fait homme pour vous faire dieu, je veux que vous soyez mon frère

et que vous partagiez tous mes biens. J'ai conquis i le ciel par les souffrances ; c'est avec ma croix que j'en ai ouvert la porte. Vous n'y entrerez qu'à la même condition. Si vous voulez être mon disciple, il faut vous renoncer vous-même, porter voire croix et me suivre sur le Calvaire. N'est-ce pas une grande gloire pour vous que je détache une épine de ma couronne pour la planter sur votre tête? Et vous la refuseriez?

Ecoutez encore saint Paul : « Pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme? Pour devenir semblable à nous et nous rendre semblables à lui. Il a pris notre nature afin de nous rendre participants de la sienne ; il a pris notre chair pour nous donner son esprit. » Parce que les hommes étaient composés de chair et de sang, il a voulu participer à l'un et à l'autre. Jésus-Christ est donc pour nous une loi vivante, une loi animée. Voulez-vous être chrétien? Vivez comme Jésus-Christ. Si vous ne vivez pas comme lui, vous n'êtes plus chrétien que de nom. Quelle est donc la gloire d'un soldat, sinon de suivre son capitaine , de combattre et de vaincre avec lui?

Vous vous glorifiez avec raison d'être un ami généreux et dévoué. Mais comment vous assurezvous que votre ami vous est réellement dévoué ? Serait-ce parce qu'il vous fait fréquemment les plus belles protestations d'amitié? Qui vous a dit qu'il n'est pas un hypocrite? Les paroles ne coûtent rien. Mais il vous comble de bienfaits ? Est-ce une preuve

certaine qu'il vous aime véritablement? N'y a-t-il pas des bienfaits intéressés? Il faut donc que vous puissiez ajouter : Non seulement il est plein d'égards et de bienveillance pour moi, mais il s'impose d'énormes sacrifices pour m'être agréable et pour me servir. C'est une preuve sans réplique qu'il vous aime sincèrement.

Jésus-Christ ne s'est pas contenté de vous dire qu'il vous aime, ni de vous combler de bienfaits; il vous a donné une preuve plus forte de son amour, il a été crucifié pour vous. Les souffrances ont fait ses délices, parce qu'elles devaient vous sauver. Comme il vous aime infiniment, il a trouvé du bonheur à souffrir pour vous. Un ami souffre volontiers pour son ami, quand il sait que ses souffrances doivent lui procurer de grands avantages.

Tous les jours de votre vie vous avez récité des actes d'amour de Dieu ; vous avez même donné quelque peu de votre bien à Jésus-Christ dans la personne des pauvres. Ce n'est point assez : vous ne l'aimez pas encore comme il vous a aimé, et rien ne prouve que votre amour soit désintéressé et bienveillant. Mais s'il vous visite par des afflictions, et si vous les acceptez volontiers comme venant de sa main paternelle, réjouissez-vous : vous montrez aux hommes et aux anges que vous aimez Dieu sincèrement. Vous faites voir qu'il bat dans votre poitrine un cœur généreux qui sait souffrir par amour et par dévouement. N'est-ce pas là une grande gloire?

La veille de sa mort, Jésus dit à Dieu : « Mon Père, glorifiez-moi. » Et comment son Père l'a-t-il glorifié ? En permettant qu'il soit couvert de crachats, accablé de coups et attaché à la croix. C'est par là qu'il a triomphé du monde et de l'enfer. N'est-ce pas là une grande gloire? Dieu a créé cet univers comme un grand et vaste théâtre pour manifester sa sagesse, sa puissance, sa bonté et ses autres perfections. Il a placé l'homme au milieu pour lutter contre les douleurs, la pauvreté, les maladies et les autres afflictions du corps et de l'esprit; il le regarde du haut du ciel, et il prend plaisir à ses combats et à la gloire de sa valeur et de ses victoires, à peu près comme un père est heureux et fier de voir son fils se montrer invincible sur le champ de bataille. Le chrétien combattant courageusement contre l'adversité est un spectacle vraiment digne de Dieu.

Ecoutez le prince des apôtres : « Vous êtes bienheureux, dit-il, si vous souffrez des injures et des diffamations pour le nom de Jésus-Christ, parce que l'honneur, la gloire, la vertu de Dieu et son esprit reposent en vous. » « Il y a plus de gloire, s'écrie saint Jean Chrysostôme, de souffrir pour notre Seigneur, que d'être roi et d'être élevé au faîte des honneurs de la terre, que d'arrêter le soleil au milieu de sa course, que de chasser les démons, et même que d'être assis dans le ciel à la droite de Dieu, et de prendre place sur un des douze trônes qu'occupent les apôtres. » (Homil. 8 ia Epist. ad Eph.]

Rappelez-vous souvent, mes frères, ces considérations pour vous engager à souffrir. Vous aimez la gloire, et vous voulez l'acquérir à tout prix ; eh bien ! la plus grande gloire que vous puissiez obtenir icibas est la gloire des mépris et des humiliations, de la pauvreté et de la soufl'rance. Ecoutez Dieu qui vous dit du haut du ciel, comme à saint Polycarpe : Ayez bon courage et soyez fermes dans la douleur. C'est un combat que vous allez soutenir pour ma gloire. Vos souffrances sont un parfum que vous brûlez à ma louange. Amen.

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