CHARRUES ETRANGERES, LES MEILLEURES
Ce n'est pas en France que la charrue a recule plus anciennement les plus utiles perfectionnements. En Belgique, l'araire connue sous le nom de charme de Brabant, qu'on nomme vulgairement un brabant dans tout le nord de la France, est parvenue, depuis des siècles, au point de perfection où elle est aujourd'hui, et tel est l'empire de la coutume, que cette charrue, dont aucun cultivateur éclairé ne peut contester la supériorité, fonctionne à nos portes, dans un pays qui a fait longtemps partie de la France , sans avoir dépossédé les charrues défectueuses encore presque seules en usage sur une grande partie de notre frontière du Nord.
Les deux modèles les plus usités de la charrue de Brabant, sont la charrue de Malines, spécialement propre au labourage des terrains légers, et la charrue de Haine- Saint-Pierre, propre à la culture des terres fortes i^^). On a récemment adapté à cette dernière, qui est la charrue de Brabant aussi parfaite qu'elle peut l'être , le régulateur de la charrue Dombasle, avec sa chaîne et son point d'attache sous l'âge de la charrue, ce qui donne plus de facilité pour en régler l'entrure. Ce qui caractérise les
deux modèles de la charrue de Brabant, c'est le grand développement donné au soc qui ne fait qu'un avec le versoir, et qui est fixé au sep d'un côté, à l'âge, de l'autre, par deux tiges de fer remplissant l'office des étançons des autres charrues. Le manche des charrues de Brabant est simple; le laboureur les conduit d'une main: leur équilibre est si parfait, elles maintiennent si facilement leur entrure, que jamais le laboureur qui les dirige n a besoin d'appuyer sur le manche pour soulever le soc disposé à piquer trop avant dyns la terre, ou de le soulever pour combattre la tendance du soc à diminuer son entrure. La charrue de liaine-Saint-Pierre est pourvue en avnnt du contre d'une pièce particulière qu'on nomme en Belgique un avant-soc, et qui se rattache à l'âge par une tige plate comme celle du contre, retenue par une vis de pression.
Fi g. 1. — Charrue de Drabant.
L'avant-soc des charrues brabançonnes est utiie pour donner des labours profonds aux terres couvertes d'une
végétation abondante que le labour doit enfouir; il empêche cette végétation de s'amasser entre le contre et le soc et d'entraver la marche de la charrue.
Un fait remarquable dans l'histoire de la charrue de Brabant, c'est que c'est avec cette charrue, importée par les premiers émigrés hollandais qui ont commencé la colonisation des États-Unis , que les terres de cette partie du nouveau monde ont été défrichées. Elle est revenue en Europe sous le nom de charrue américaine : c'est tout simplement la charrue de Brabant renforcée dans toutes ses parties, comme elle devait l'être pour labourer une terre encombrée de racines. Le laboureur qui n'a jamais vu de charrue américaine, n'a qu'à se procurer une charrue de Brabant, en faire coastruire une toute semblable dans son agenceaient et la disposition de ses pièces, en donnant seulement un peu plus de force à l'âge, d'épaisseur au contre et au soc, et d'ampleur au versoir : il aura une charrue américaine.
Parmi les charrues anglaises, très-bien appropriées aux terres de la Grande-Bretagne, on cite de préférence celle de Howard et celle de Small, dite charrue écossaise. Ces deux charrues sont comme presque toutes les charrues en usage dans la Grande-Bretagne, construites entièrement en fer; elles ne sont pas pour cela beaucoup plus pesantes que les charrues dont l'âge, les étançons et le sep sont de bois dur; ces pièces sont plus minces en raison de la plus grande résistance du fer comparée à celle du bois ; le tirage de la charrue en est à peine augmenté , et les charrues construites tout en fer ont une durée indéfinie , sans exiger de réparations. A mesure que le prix du fer devient moins élevé, on
adopte peu à peu, en France comme en Angleterre, la substitution du fer au bois dans la construction des instruments aratoires; cette substitution ne peut être que trèsavantageuse à la pratique de l'agriculture.
La charrue Howard, grâce au prolongement de son versoir étroit par rapport à sa longueur, laboure très-bien les terres fortes et fertiles, mais peu profondes. La charrue de Small, en donnant un peu plus de largeur au versoir, peut labourer jusqu'à 23 centimètres de profondeur, avec un attelage de deux chevaux de moyenne force.