CHARRUES A SOUS-SOL OU DEFONCEUSES
Il est souvent nécessaire, dans la pratique de la grande culture, de défoncer, les terres dont le sous-sol est de mauvaise qualité; il importe, dans ce cas, de ne pas mêler la terre du sous-sol avec celle de la couche superficielle, et de Tameublir sans la ramener vers la surface. On se sert à cet effet de charrues d'une forme spéciale, dépourvues de versoir, qui portent les noms de charrues à soussol, charrues fouilleuses et défonceuses. On en possède un assez grand nombre dont les deux meilleures, parmi les défonceuses françaises, sont celle de M. Bouthier de Latour et celle de M. Clamagéran.
La défonceuse de M. Bouthier de Latour est une des meilleures, et à coup sûr des moins chères et des plus faciles à manœuvrer. Elle consiste en un soc en fer de lance, adapté au bout d'un pied en bois garni de tôle, afin qu'il ne s'use pas trop promptement. Cette pièce est fixée au moyen d'une mortaise dans l'épaisseur de l'âge. Une
solide barre de fer allant en biais, de l'âge au pied de la défonceuse, empêche le soc de se déranger quand l'instrument fonctionne. La défonceuse est munie à l'arrière de deux mancherons pour la dhiger et a l'avant, d'un régulateur à chaîne, du système Dombasle, pour en régler l'entrure. Lorsqu'une forte charrue labourant à 20 centimètres de profondeur, est suivie dans la même raie, par la défonceuse de M. Boathier de Latour, qui remue le sous sol à 15 centimètres, on obtient aux moindres frais possibles, avec les deux instruments combinés , un excellent défoncement de 3o centimètres, exécuté dans les meilleures conditions, sans mélange de la terre du sous-sol avec celle de la surface. La défonceuse de M. Bouthier de Latour a fait ses preuves sur les terres de la ferme école de Montceau, dirigée par cet habile agronome; elle a obtenu une médaille au concours régional de Mâcon, en 1858.
La fouilleuse, ou charrue sous-sol de M. Clamngerau, est beaucoup plus forte ([ue la précédente; elle est construite en fer forgé, et terminée à sa partie antérieure par un timon auquel on attelle une paire de bœufs; on peut également, avec une légère modification adapter à l'avant de l'instrument un paionnier, et y atteler des chevaux. L'arrière est pourvu d'un manche unique, suffisant pour la diriger. La défonceuse Clamagéran n'a pas de régulateur; l'entrure est réglée en élevant ou en abaissant le soc, au moyen d'une vis de pression. Un contre puissant, vissé à ses deux extrémités, précède le soc et facilite son action. Une forte charrue prenant une bande de 20 centimètres sur autant de profondeur, précède la défonceuse Clamagéran qui agit sur une largeur égale à 35 centimètres de profondeur; on obtient ainsi un défoncement à
53 centimètres; la grande solidité de cet instrument permet de le faire agir dans le sous sol argileux de la plus grande ténacité.
Parmi les défonceuses étrangères, celle de Read, dite défonceiise anglaise à train ^ est une de celles dont Fusage est le plus commode. Les quatre roues sur lesquelles repose Fàge de cette charrue défonceuse permettent de régler k volonté Fentrure du soc, dont la tige est fixée à la hauteur voulue par une vis de pression ; elle a, en outre, un régulateur à chaîne à Fextrémité antérieure de Fàge. La défonceuse de Read ameublit le soussol à 20 ou 23 centimètres de profondeur, avec un seul cheval d'attelage.
On fait observer, que, depuis que Futilité du défoncement périodique est généralement reconnue, et que cette opération est de plus en plus admise dans la pratique, beaucoup de cultivateurs, pour s'épargner la dépense de l'achat d'une défonceuse, exécutent tout simplement leurs défoncements avec une charrue quelconque, dont ils enlèvent le versoir. Ils obtiennent ainsi un ameublissement tel quel du sous-sol; mais jamais ils n'arrivent à un résultat comparable à celui du travail d'une défonceuse bien construite, appropriée à cette destination spéciale.
CHARRUES POLYSSOCS.
On ne mentionne que pour mémoire les charrues dites bissocs et polyssocs, appareils armés de deux ou plusieurs socs accompagnés chacun de son versoir. On a cru longtemps que ces instruments ouvrant deux ou plusieurs raies à la fois, expédieraient plus rapidement que
la cliaiTiie à un seul soc rimportante besogne du labourage ; 'on a vu figurer aux grandes expositions agricoles, en France, en Belgique et en Angleterre, des charrues bissocs et Polyssocs; mais leur faveur n'a pas duré. On a reconnu dans la pratique rinfériorité réelle de tous les appareils de ce genre : ou bien ils sont trop faibles et se détraquent à chaque instant pendant le travail; ou bien ils sont suffisamment solides, mais alors ils sont si lourds, ils imposent aux attelages une telle fatigue, que leur emploi donne en dernière analyse, plus de perte que de profit; aussi l'agriculture les a-t-elle à peu près complètement abandonnés.
BUTTOIRS.
Les buttoirs sont de véritables charrues, construites d'après les mêmes principes que toutes les autres; ils en diffèrent seulement en un point : au lieu d'avoir un seul versoir, ils en ont deux, au milieu desquels le soc est placé. Il résulte de cette disposition qu'au lieu de verser la terre d'un seul côté, le buttoir la verse des deux côtés à la fois. Ainsi, un champ labouré avec le buttoir est sillonné, non pas de raies, mais de billons ou ados, formés par le passage de la charrue en allant ou en venant. (Voyez Labours,) Les buttoirs, dont les dimensions peuvent varier selon les usages auxquels on les destine, sont surtout usités pour butter avec promptitude et économie les pommes de terre, les betteraves et le maïs cultivés en lignes entre lesquelles le buttoir fonctionne vite et bien. Le buttoir est muni d'un régulateur à chaîne. En réglant l'entrure du soc, on peut à volonté butter les plantes en lignes à l'aide de cet excellent instrument , en amonce-
lant à leur pied depuis 10 jusqu'à 50 centimètres de terre ameublie. Les effets utiles d'un bon buttoir sont égaux ou supérieurs à ceux d'un buttage à la main; le buttoir fait cette besogne deux fois plus vite, et deux fois moins cher. Cet instrument, selon ses dimensions, fonctionne avec un attelage d'un ou de deux chevaux.