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CHARRUES FRANÇAISES LES MEILLEURES

Il n'y a pas en France, non plus que dans les autres pays de l'Europe les mieux cultivés, de charrue qui soit bonne dans un sens absolu , c'est-à-dire qui convienne également bien pour donner un bon labour à toutes les qualités de sol cultivable. Cette réserve posée, on peut affirmer que ragriculture française possède un assortiment suffisant de bonnes charrues, bonnes relativement à la région agricole à laquelle elles sont appropriées. Celles qui réunissent le plus grand nombre de bonnes qualités et qui sont le plus complètement exemptes de défauts, sont, parmi les charrues françaises: 1^ La charrue de Grigiion;

2^ la charrue Dombasle, aussi connue sous le nom d'àraire de Roville; 3^ la charrue Grange; ¥ \ araire de Bollemont; 5*^ et h charrue Aycard. On pourrait en multiplier les exemples ; ceux qui précèdent suffisent pour donner une idée exacte des destinations diverses auxquelles peut être appropriée une bonne charrue.

Ufaut, en effet, à l'agriculture française des charrues capables de labourer profondément les terres fortes trèsrésistantes, dont la couche arable est d'une grande épaisseur; il lui faut des charrues de force moyenne, solides sans trop de tirage, pour les terres fortes mais peu épaisses, qui ne peuvent être labourées qu'à une faible profondeur; il lui en faut de légères pour les pays au sol siliceux, qui doivent être labourés avec des attelages relativement peu robustes. Enfin pour pouvoir entamer après de longues sécheresses les boulbènes de Provence, et les autres natures de sol dur et pierreux, qui ne sauraient être labourés avec les charrues ordinaires, il lui faut des araires d'une construction spéciale, afin que cette partie si importante de son outillage réponde complètement aux besoins de ses diverses régions agricoles.

La charrue de Grignon est essentiellement propre aux labours profonds, tels qu'ils doivent être donnés aux terres fortes et fertiles des pays de grande culture ; la forme du soc et la hauteur du versoir conviennent parfaitement à ce genre de labour. On remarque aussi , au premier aspect, la simplicité de cette charrue, qui, bien établie, peut fonctionner très-longtemps sans se déranger et sans avoir besoin de réparation. Dans les terres fortes et lourdes, la charrue de Grignon doit être attelée de trois chevaux de première force ; dans. les terres moins fortes, mais égale-

ment fertiles, elle fonctionne bien avec un attelage de deux chevaux ou de deux bœufs de force moyenne.

La charrue Dombasle, ou araire de Roville, aussi appréciée à l'étranger qu'en France même, n'a qu'un défaut, qui n'en est pas un pour la région agricole à laquelle elle est destinée ; son versoir manque d'ampleur et de hauteur, de sorte que , si l'on voulait avec une charrue Dombasle donner un labour dépassant la profondeur de 18 à 20 centimètres , Une partie de la bande de terre passerait pardessus le bord supérieur du versoir, et retomberait dans la raie; mais pour les labours au-dessous de cette profondeur, il n'y a pas de charrue supérieure a l'araire de Roville. On remarque tout d'abord, dans cette charrue, la position du contre, très-incliné et fort en-avant du soc, ensuite la bonne disposition du régulateur, dont la chaîne est fixée au crochet placé sous l'âge de la charrue, de sorte que le point d'attache de l'attelage est en réalité sur ce crochet. C'est surtout à cette particularité que la charrue Dombasle doit la qualité précieuse de garder parfaitement son entrure. Quand la surface du sol à labourer est unie et de niveau, la charrue Dombasle ouvre des raies d'une régularité irréprochable, presque sans l'intervention du laboureur. Dans la charrue Dombasle, l'écartement du versoir est maintenu par une petite barre de fer. Il est à remarquer que, contre les prévisions de l'inventeur, qui avait seulement voulu approprier sa charrue à la région agricole dont Roville fciit partie, l'usage delà charrue Dombasle ou araire de Roville s'est propagé dans toute la France jusque dans nos départements méridionaux, où l'on s'en sert pour façonner les vignes plantées sur deux rangs séparés par une bande de terre occupée par d'autres

cultures. C'est que la charrue Dombasle peut mieux que toute autre faire un bon labour sans exiger un talent exceptionnel chez le laboureur qui la fait fonctionner. Cette propriété seule justifierait la grande réputation acquise à l'araire de Roville en France et à l'étrangère La charrue Dombasle fonctionne très-bien dans toutes les terres qui n'offrent pas une résistance excessive, avec un attelage de deux bœufs ou de deux chevaux.

La charrue Grangé est une sorte d'intermédiaire entre la charrue Dombasle et la charrue de Grignon. On peut, comme de cette dernière, s'en servir pour donner aux terres fortes des labours profonds ; mais la forme de son versoir et la position du contre la rendent moins avantageuse que la charrue de Grignon pour labourer profondément les terres très-fortes, surtout quand il s'agit de retourner et d'enfouir après qu'ils ont fait leur temps, un trèfle, un sainfoin ou une luzerne. On a déjà signalé le mérite essentiel de la charrue Grangé , celui de bien garder son entrure. Elle fonctionne dans les terres très-résistantes, avec trois chevaux, ou, selon l'expression reçue, avec trois colliers, et dans les terres de consistance moyenne avec deux colliers seulement.

L'araire de Bollemont a pour principal avantage, celui de se passer de régulateur ; son soc et son versoir sont h très-peu près ceux de l'araire de Roville ; le contre est fixé à l'âge de façon à rendre sa pointe très-voisine de celle du soc. Les étançons, au lieu d'être attachés à l'âge d'une manière fixe, sont mobiles. Celui de devant, un peu plus court que l'autre, est maintenu par un boulon à charnière. Celui de derrière, un peu plus élevé, monte et descend à volonté dans une mortaise ; il est fixé à la hauteur voulue

par une vis de pression. On comprend que, par cette disposition, la partie postérieure de l'âge peut être abaissée et sa partie antérieure relevée, dans de certaines limites, de sorte que le point d'attache de l'attelage placé à l'extrémité antérieure de l'âge, s'élève ou s'abaisse, ce qui détermine une entrure plus ou moins profonde , en supprimant le régulateur : c'est une simplification qui a déjà eu pour résultat de faire adopter l'araire dans plusieurs départements où les laboureurs repoussaient avec obstination ce genre de charrue, parce qu'ils n'avaient connu que des araires à régulateur, dont ils ne savaient pas se servir. Le tirage de la charrue de Bollemont est le même que celui de la charrue Dombasle; elle convient, de même, à une très-grande variété de sols cultivables; elle laboure à la même profondeur.

La charrue Aycard, est d'une construction autre de celle des charrues précédentes, dont elle diffère surtout par le soc, terminé par une pointe aiguë et prolongée. Le soc delà charrue Aycard, laquelle est une araire, est composé de deux pièces, la pointe et Y aileron. Ce n'est qu'unemodification heureuse de la charrue Dombasle, qui rend cette charrue propre à bien fonctionner dans des terres caillouteuses devenues excessivement dure^ par l'action des sécheresses prolongées qui régnent habituellement en été dans le département du Yar, et dans nos départements les plus méridionaux. La pointe est fixée isolément au sep ; l'aileron est ensuite solidement attaché au versoir ainsi qu'à la pointe, de sorte que ces trois pièces semblent n'en former qu'une seule. Le contre est placé un peu plus en arrière que dans la charrue Dombasle; le régulateur à chaîne est facile à manœuvrer, et la charrue

Aycard garde bien son entrure , mais elle ne peut pas labourer d'une manière satisfaisante à une profondeur qui dépasse JS centimètres. La charrue Aycard fonctionne convenablement avec un attelage de deux colliers; c'est un instrument très-utile pour la région agricole du Midi , en vue de laquelle il a été perfectionné ; partout ailleurs, l'araire de Roville lui est préférable.

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