CHARRUES A VAPEUR
Il n'y a pas à proprement parler de charrues à vapeur; chaque fois qu'on a tenté d'rppliquer la vapeur au labourage on s'est servi d'une ou de plusieurs charrues ordinaires, traînées en guise d'attelage par une chaîne sans fin, mise en jeu par une machine à vapeur, et roulant sur un arbre fixé à l'une des extrémités du champ à labourer. Le monde agricole s'est beaucoup occupé, il y a quelques années, des expériences d'un agronome anglais, M. Halkett, qui, ayant couvert de rails tous les champs de son exploitation, les faisait parcourir parmi immense appareil, de son invention, mû par deux machines à vapeur, et prétendait fcdre exécuter par cet appareil toutes les opérations de l'agriculture, sans exception. Pour les labours, il faisait agir, à la fois 12 charrues et prenait d'un trait environ trois mètres de largeur; son appareil était organisé pour faire successivement, après les labours, les semailles, les sarclages: et binages, les arrosages d'eau pure ou d'engrais liquides, la moisson, l'enlèvement des produits et le transport des fumiers sur le terrain pour les récoltes suivantes. C'était un beau programme, qui avait reçu un commencement de réalisation , et qui , comme beaucoup d'autres du même genre, n'a pas tenu ce qu'il promettait. Chaque année, de nouveaux essais se produisent, et il se trouve toujours des gens qui, malgré les frais énormes qu'exigent de pareilles tentatives, ne craignent pas de les renouveler. Peut-être
le labourage a la vapeur doit-il remporter un jour; jusqu'i) présent, son tour n'est pas venu.
La série des machines agricoles s'augmente de jour en jour d'appareils nouveaux ou perfectionnés , introduits à mesure que les progrès de Fagriculture en font sentir le besoin. Dans l'état actuel de l'industrie agricole, cette série comprend : 1° les semoirs ; 2« les machines servant à la fois à faucher et à moissonner; 3° les machines à battre les grains; 4^ les faneuses mécaniques; 5« les râteaux à cheval; 6^ les tarares à nettoyer les grains ; 7^ les trieurs mécaniques pour épurer les grains destinés aux semailles; 8"" les hache-paille ; 9° les coupe-racines; lO*' les concasseurs de grains; 11« les appareils pour la cuisson des aliments des bestiaux.
SEMOIRS.
Le préjugé contre l'emploi des semoirs est encore universel en France ; tout le monde vous dira dans nos pays de grande culture des céréales qu'en fait de semoir, rien ne vaut la main exercée d'un bon semeur. Ce préjugé est fondé principalement sur l'importance que prend naturellement celui qui a la réputation d'un bon semeur; il est l'ennemi naturel d'une machine qui fait sa besogne mieux que lui. Il ne faut pourtant que jeter les yeux sur deux pièces de terre ensemencées l'une à la volée, l'autre au
semoir, pour se convaincre de la supériorité des semailles au semoir. Le plus habile semeur ne peut prétendre qu'il a distribué le même nombre de grains de semence sur chaque mètre carré de terrain ensemencé par lui à la volée ; le semoir bien réglé ne peut pas en répandre un seul grain de plus sur un point que sur un autre. Le grain semé à la volée ne peut être recouvert que par l'action de la herse ; une partie des grains est trop enterrée, une autre ne Test pas assez; le grain lève inégalement, les plantes dans les meilleures conditions l'emportent bientôt sur leurs voisines et les étouffent. Le grain semé au semoir est déposé en terre partout à la même profondeur, à des distances partout égales ; chaque grain qui lève est dans les meilleures conditions pour donner une plante vigoureuse, qui ne gêne pas ses voisines, et que ses voisines ne gênent pas. Dans un champ de céréales ensemencé à la volée, les sarclages offrent de telles difficultés d'exécution que le plus! souvent on n'en donne aucun, quand même la mauvaise herbe devrait étouffer une partie de la récolte; dans un! champ de céréales ensemencé en lignes au semoir, les bi- ' nages et sarclages sont rendus également faciles à donner, soit à la main, soit avec la houe à cheval.
Les céréales semées en lignes au semoir sont moins sujettes à verser, parce que leur paille est plus forte; elles donnent un rendement en grains plus élevé, et leur grain est de qualité supérieure. En présence de tous ces avantages, que personne ne peut sérieusement contester, on se demande pourquoi toutes les céréales ne sont pas semées au semoir? La France y gagnerait un accroissement de production en céréales qui la dispenserait de recourir jamais à l'importation des grains étrangers. Mais, outre les
préjugés et l'empire absolu de Ui coutume, les semoirs ont contre eux leur prix, généralement très-élevé, et la complication de leur construction.
Beaucoup de fermiers éclairés , qui ne reculeraient pas devant la première de ces deux considérations, reculent devant la seconde. Si le semoir vient à se détraquer au moment du besoin , ce n'est pas le maréchal du vlilage voisin qui pourra le réparer; il faudra l'envoyer au loin pour le remettre eu état de fonctionner, et quand il reviendra a la ferme, le moment favorable pour les semailles, moment fugitif, qu'il importe de ne pas laisser échapper, sera passé. Telle est la véritable cause de la lenteur des progrès du semoir mécanique, lequel cependant, le temps aidant, fera son chemin, et reléguera les semailles à la volée au rang des souvenirs; le moment où cette révolution agricole s'accomplira est encore éloigné.
Les semoirs, quelle que soit leur construction, ne fonctionnent bien que sur un sol parfaitement uni, parfaitement ameubli par le travail successif de la charrue, de la herse et du rouleau, et labouré à plat, sans être coupé de rigoles d'égouttement séparant des planches plus ou moins bombées; c'est particulièrement sur les terres préalablement assainies par le drainage que les semailles en lignes à l'aide du semoir sont faciles et avantageuses,