‹ Instruments agricoles, labours, semailles, fenaison, moisson;Chapitre 35 sur 42 · CG · texte numérisé non relu

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DIVERS MODES d' ATTELAGE DE LA CHARRUE.

On croit utile de revenir sur les détails qui concernent l'attelage de la charrue, détails d'une grande importance pratique, car, lorsqu'une charrue est mal attelée, il est impossible au meilleur laboureur de faire un bon labour. Ainsi qu'on a déjà eu l'occasion de le faire observer, les bœufs, pour utiliser complètement leur force, doivent être attelés comme les chevaux, par le poitrail; la traction doit se faire, pour les chevaux comme pour les bœufs, par des palonniers attachés à Tàge de la charrue.

Quand l'attelage est de deux colliers, force suffisante pour la plupart des labours, les animaux étant attelés de front, celui de droite marche dans la raie, comme le laboureur ; son chemin étant tout tracé, c'est celui des deux qui peut le plus difficilement se déranger ; la marche de l'animal de gauche doit, en conséquence, être subordonuée à celle de l'animal de droite. A cet effet , un bâton de 80 centimètres de long est attaché d'un bout au bas du collier de l'animal de droite, de l'autre, à la tête de l'animal de gauche, ce qui oblige ce dernier à conserver exactement sa distance. S'il a plus d'ardeur que son compagnon et qu'il tende à le devancer, ce qui nuit à la régularité du labour, on le met entièrement dans la dépendance de l'animal de droite, en donnant à ses traits un peu moins de longueur, et en le rattachant aux traits de son compagnon au moyen d'une longe, un peu au-dessus du palonnier. L'emploi du bâton que les laboureurs nomment quenouille n'est usité que pour les attelages de chevaux. 11 y a des chevaux qui contractent l'habitude de la que-

nouille et semblent déroutés dès qu'on la supprime; d'autres, au contraire, comprennent en peu de temps leur besogne et maintiennent leur distance, sans avoir besoin d'être guidés et contenus ni par la quenouille ni par la longe. Pour les attelages de bœufs, la quenouille, lorsqu'il est nécessaire de régulariser la marche du bœuf de gauche, est remplacée par une forte lance de bois terminée en pointe émoussée, du côté du bœuf de gauche ; la gêne que le contact de cette pointe impose à ce bœuf, pour peu qu'il dévie de sa direction, lui fait promptement contracter l'habitude de marcher droit.

Lorsqu'une charrue est attelée de deux colliers, il vaut mieux, sous tous les rapports, que les deux animaux soient attelés de front, à côté l'un de l'autre, en prenant, s'il y a lieu, les précautions qui viennent d'être indiquées pour régulariser leurs efforts communs. Il peut néanmoins arriver que, dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, soit en raison de la configuration du terrain, soit parce qu'il y a nécessité de labourer une terre très-forte encore trop humide, qui serait trop comprimée par le piétinement de l'animal de gauche, on doit recourir à un autre mode d'attelage, et placer les deux animaux l'un devant l'autre. A la charrette, cette disposition n'entraîne aucune perte de force ; les traits de l'animal de devant sont attachés aux crochets du collier de l'aniiual de derrière;* ils tirent sur la même ligne, et la totalité de leur force est utilisée. A la charrue, le point d'attache du pa~ lonnier de l'animal de derrière étant plus bas que son collier, si l'animal de devant est attelé aux crochets de ce même collier, sa force est en partie perdue à agir par saccades sur son compagnon. On remédie, au moins en

pi)i1ie, à cet inconvénient en attachant les traits de l'anî mal de devant, non pas au collier de celui de derrière, mais à ses traits, vers la moitié de leur longueur. Le mode d'attelage des deux animaux l'un devant l'autre est toujours défectueux; mais, quand il y a lieu d'y recourir, il l'est moins, et il y a moins de force perdue en plaçant, comme on vient de l'indiquer, le point d'attache des traits de l'animal de devant.

L'attelage de deux colliers est insuffisant pour donner des labours profonds aux terres fortes argileuses; on attelle, dans ce cas, deux animaux de front et un troisième en tlèche, ou bien trois animaux de front. Quand les attelages sont très-bien, dressés, cette dernière disposition est la meilleure; mais si, pour atteler trois bétes de front, on se sert de trois palonoiers attachés à une seule balance, et que les animaux ne soient pas tous également dociles et bien dressés, rien n'est plus facile à celui du milieu que de laisser ses camarades supporter tout le travail, sans en prendre sa part, et de se borner à se promener, sans aider en rien au labour; en un mot, dans un attelage de trois bêtes de front sur une seule balance, celle du milieu ne tire que si cela lui convient, et il est naturel que cela ne lui convienne pas. C'est surtout pour cette raison que l'attelage de deux animaux de front, précédés d'un troisième en tlèche, est généralement préféré quand il y a lieu d'employer trois colliers sur une charrue. Dans ce cas, le palonnier de l'animal de devant est indépendant des deux autres; au moyen d'une chaîne de longueur suffisante, iî a son point d'attache sous l'âge de la charrue.

Un laboureur exercé conduit facilement une charrue attelée de trois colliers, quoique l'animal de devant ne soit

pas aussi bien sous la main que les deux autres ; mais c'est tout ce qu'il peut faire, et il ne faut pas lui en demander davantage. Quand , ponr un défrichement de bruyères ou pour rompre une vieille luzerne en terre forte, il y a lieu d'atteler quatre colliers h la charrue, le laboureur ne doit avoir à s'occuper que de sa charrue et des deux animaux placés sous sa main ; les deux de devant doivent être conduits par un guide marchant en avant, dans la raie, qui les empêche de dévier de la ligne droite, en même temps que, par la régularité de son propre pas, il maintient l'égaUté de locomotion de tout Fattelage, qu'il fait tourner sans aucun embarras au bout de chaque raie.

Les principes exposés ci-dessus s'appliquent de point en point à la direction et au mode d attelage du bultoir, de Textirpateur et de la houe à cheval. C'est surtout pour faire fonctionner ce dernier instrument, d'un emploi indispensable pour la culture en grand des plantes sarclées, qu'il faut un laboureur adroit, un attelage également do elle et bien dressé. En effet, quand la houe à cheval est mal dirigée, les plantes sarclées perdent plus, par le piéti- * nement de l'attelage et par la déviation des socs de l'instrument, qu'elles ne peuvent gagner par le sarclage luimême.

Le sol est labouré, dans les meilleurs conditions, défoncé si les circonstances le permettent : il s'agit de l'ensemencer. C'est surtout à l'époque des semailles que le cultivateur exempt de préjugés peut apprécier la différence du sol non drainé avec celui de même qualité qui a été assaini par le drainage. Pour ensemencer le sol non drainé , d'une part, on perd souvent un temps énorme si les pluies d'automne détrempent la terré et s'opposent aux façons qui doivent précéder les semailles; de l'antre, il faut façonner la surface des champs à ensemencer, soit en planches plus ou moins étroites et bombées, soit en billons élevés, séparés entre eux par de profondes rigoles : que de terrain perdu ! que de semence répandue en pure perte ! Les semailles en ligne au semoir sont mipossibles; les semailles à la volée à la main ne donnent un résultat possible que sur la crête des billons et sur la partie la plus bombée des planches; sur le reste de la surface du sol, qui a reçu autant de grain de semence, la végétation languit et le produit est presque nul.

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