ÉPOQUE DES SE3IAILLES
Il ne faut, quant aux époques des semailles, soit d'automne, soit de printemps, ni s'en tenir avec une confiance illimitée aux usages locaux, ni les rejeter absolument, car ils ont leur raison d'être. Mais, sous le climat variable de
la France, adopter des époques invariables et semer a jour iixe, quelque temps qu'il fasse, comme on le fait dans beaucoup de cantons, c'est une pratique contraire au sens commun. En automne comme au printemps, on se repent rarement d'avoir semé trop tôt, on a souvent lieu de se repentir d'avoir semé trop tard. C'est une étude très-importante à faire pour le fermier que celle du résultat des semailles hâtives ou tardives de chacune des plantes cultivées sur son exploitation; d'après ses propres observations, son opinion étant fixée à cet égard, il agira en conséquence, en changeant l'époque de ses principales semailles selon la marche des saisons , variables d'une année à l'autre.
CHOIX DES GRAmS POUR LES SEMAILLES.
Si les cultivateurs pouvaient se former une juste idée de l'influence que le bon choix des semences peut exercer sur la production agricole, ils ne négligeraient aucun moyen en leur pouvoir pour se procurer les meilleures graines de chaque espèce, et ils ne sèmeraient que celles qui possèdent au plus haut degré les qualités qui leur sont propres.
Une récolte, quelle qu'elle soit, est compromise quand la graine employée aux semailles n'est point arrivée à parfaite maturité; il y a de fréquents exemples de céréales complètement manquées, uniquement parce qu'on avait employé pour les semailles du grain récolté un peu avant sa maturité. Le grain, dans ces conditions, est aussi bon et même meilleur qu'un autre, quant à son rendement en farine; il ne vaut rien comme grain de semence. Si toutes les terres à blé de la France étaient ensemencées en grains
des espèces et variétés qui conviennent le mieux au sol et au climat de chaque localité, tout le reste de Tagriculture restant tel qu'il est, le produit annuel en grain serait accru d'un quart, d'après les estimations les plus modérées. Mais c'est ce qui n'a presque jamais lieu ; chaque fermier sème les blés adoptés dans son canton, il ignore le plus souvent si l'on en possède ailleurs de variétés plus avantageuses. Il est cependant une loi que personne n'ignore à la campagne, c'est celle qui prescrit de changer périodiquement la semence et de ne pas semer continuellement dans la même terre le grain qu'elle a produit. Si la terre à ensemencer est argileuse, on doit chercher à se procurer, pour les semailles, du blé récolté sur un sol léger, et réciproquement.
Les céréales, particulièrement le froment, peuvent conserver très-longtemps leurs facultés germinatives ; mais, quand on sème de vieux blé, on peut compter que, quand même il lèverait aussi complètement que possible, il lèvera très-tard, ce qui, selon la manière dont se comporte l'automne, peut influer d'une manière fâcheuse sur la récolte; le grain nouveau, quelle qu'en soit l'espèce, lève rapidement, et cette considération seule doit le faire préférer pour les semailles.