MAMÈRE DE RECOUVRIR LES SEMAILLES
On enterre les semailles à des profondeurs variables^ non-seulement selon les espèces, mais encore selon la nature du terrain ensemencé. Le plus souvent un trait de herse suffit; dans les terrains très-légers, où les jeunes plantes récemment levées se déchaussent facilement, on donne, pour recouvrir les semailles et enterrer le grain à la profondeur désirée, un trait d'extirpateur qui pulvérise la surface du sol et la mêle exactement au grain qui s'y trouve partout enterré à une profondeur uniforme. Cette manière d'enterrer les semailles est de beaucoup préférable au hersage; si elle n'est pas plus généralement suivie, c'est qu'il y a forcément des herses dans toutes les fermes, tandis que les fermiers ne font pas tous usage de l'extirpateur.
Toutes les semailles n'ont pas besoin d'être enterrées, plusieurs sont simplement répandues à la surface du sol, oii elles germent au bout de quelques jours, beaucoup mieux que si elles avaient été enfouies même à une faible profondeur. Telles sont, en particulier, les graines de trèlle et de sainfoin, qu'on répand au printemps dans une céréale, et qui convertissent le terrain en prairie artificielle, quand la moisson enlevée leur laisse le champ libre.
Quelques semences réclament des soins particuliers , faute desquels elles ne peuvent donner qu'un résuUat négatif. La graine de carotte, entre autres, quand on la
sème dans le but d'en obtenir une récolte dérobée, doit (Mre préalablement séchée, en l'exposant à la chaleur du Sf)leil, ou h celle d'un four presque refroidi, puis froissée entre les doigts pour briser les aspérités dont sa surface est recouverte. Si l'on répandait dans une céréale la graine de carotte sans lui avoir fait subir cette préparation, les crochets extérieurs de cette graine en retiendraient une partie suspendue aux plantes qui recouvrent le sol; les graines qui arriveraient jusqu'à terre ne seraient guère dans de meilleures conditions; ne touchant au sol que par leurs aspérités, le plus grand nombre ne lèverait pas, et la récolte dérobée serait manquée complètement. D'autres semences très-fines, entre autres celle du pavot-œillette, ne peuvent être convenablement semées ni à la volée, ni au semoir; on les renferme dans une bouteille dont le goulot est fermé d'un bouchon percé, et traversé par un tuyau de plume. En promenant la bouteille légèrement inclinée audessus des raies tracées d'avance, on sème avec très-peu de perte de graine. Si, malgré ces précautions, on craint encore de ne pas semer assez clair, la graine renfermée dans la bouteille est mêlée avec un volume égal au sien de sable fin, ce qui rend la semaille aussi claire qu'on peut le désirer.
Qui a foin a pain, dit le proverbe; plus on a de ressources en fourrages pour bien nourrir le bétail, plus on a de fumier et plus on récolte de grain. 11 faut donc ne rien négliger pour opérer la fenaison dans les meilleures conditions possibles, de manière à ne rien perdre du produit précieux des prairies naturelles et artificielles. Envisagée sous ce point de vue, la fenaison n'est guère moins importante que la moisson des céréales.
FALXHAGE.
Il y a , pour le fauchage des prairies, un moment qu'il faut savoir saisir : si l'on fauche l'herbe trop verte, il y a perte sur la quantité du fourrage récolté; si l'on fauche l'herbe trop mûre, il y a perte sur la qualité. Une fois que l'herbe a porté graine, ses tiges ressemblent plus à de la paille qu'à de vrai foin. Ce n'est pas tout : plusieurs des meilleures plantes fourragères, graminées et légumineuses qui composent le meilleur foin, meurent après avoir porté graine, et la prairie, fauchée un peu trop tard, se trouve l'année suivante à demi ruinée.
L'instant le plus favorable pour le fauchage est celui où la plus grande partie des graminées est en fleurs. C'est une mauvaise économie que d'employer, en les payant un peu moins cher, des faucheurs inexpérimentés, qui ne prennent pas l'herbe assez près de terre et en laissent une partie
sur pied; on doit, au contraire, en y mettant le prix, tâcher de se procurer les meilleurs faucheurs possible; on regagne bientôt, par la perfection du fauchage, plus qu'on n'a dépensé en les payant en proportion de leur habileté. Un bon faucheur donne son trait de faux à la même hauteur sur toute la portée de son instrument; un mauvais faucheur laisse l'extrémité de sa faux se relever à chaque trait, il trace sur le gazon fauché des demi-cercles visibles par l'inégalité de hauteur des chaumes restés sur pied. Si la prairie ainsi fauchée avec maladresse est irriguée, l'eau des irrigations, quand elle n'est pas parfaitement claire, forme des dépôts entre les chaumes les plus élevés; cela suffît pour rendre le nivellement imparfait et pour déranger toute l'harmonie des irrigations.