‹ Instruments agricoles, labours, semailles, fenaison, moisson;Chapitre 39 sur 42 · FANAGE · texte numérisé non relu

FANAGE

Le foin fauché dans la journée doit être mis le soir en andains, et y rester toute la journée du lendemain, pour peu que le temps soit incertain. L'herbe fraîche ne perd rien de sa qualité quand elle est mouillée par la pluie ; elle ne commence à se détériorer que quand elle vient à recevoir une ondée de pluie après avoir subi un commencement de dessiccation ; c'est ce qu'on ne peut pas toujours éviter quand on ne se sert pas de faneuse mécanique^ et qu'on ne dispose pas d'un nombre suffisant de bras pour enlever la fenaison pendant les intervalles de beau temps^ qui sont trop souvent rares et courts à l'époque du fanage. Ce qu'il y a de mieux à faire, dans ce cas, c'est de mettre en menions le foin à demi sec mouillé par la pluie, en ayant soin de tasser les meulons le moins possible, pour

que l'air circule dans leur intérieur. Au premier rayon de soleil, on se hâte de démonter les menions, on fane vivement, et on rentre le foin en graoge ou on le met en meule dès qu'on le juge assez sec.

Dans les pays où l'usage de botteler le foin est en vigueur, on sait à très-peu près, quand le foin est bottelé, ce qu'on en a récolté. Si le foin est mis en meule ou en grange sans être bottelé, il est de toute nécessité de le peser, non pas en totalité, mais tout au moins par approximation. On le dispose à cet effet en menions d'égal volume apparent, on pèse avec une romaine quelques tas pris ça et là, et l'on en conclut une moyenne assez rapprochée de la vérité. Le foin, dans les quinze jours qui suivent la fenaison, subit, même quand il est rentré bien sec, un mouvement de fermentation qui lui fait perdre environ 5 pour 100 de son poids; il en perd encore autant en complétant sa dessiccation pendant l'hivernage. Ainsi, pour 1,000 kilogrammes de foin sec mis en meule, on a, au bout d'un mois, 950 kilogrammes de foin, eî, à la fin de l'hiver, 900 kilogrammes seuleaient. C'est d'après cette base qu'il faut calculer le nombre de rations que la récolte de foin peut fournir, afin de ne pas se trouver dans l'embarras pour bien nourrir en hiver le bétail de l'exploitation.

On applique exactement les mêmes indications à la fenaison, lorsqu'au lieu d'être coupés à la faux, les foins le sont avec une machine à moissonner, changée instantanément en une machine à faucher, moyennant de légères modifications. Cette manière de faucher les foins n'est, jusqu'à présent, appliquée en France que par exception ; partout où elle peut l'être, la récolte des fourrages est complète,, car la machine à faucher prend l'herbe d'une façon parfai-

tement uniforme et aussi près de terre que possible. Si le fermier, assez aisé et assez éclairé pour adopter l'emploi d'une machine à faucher, est en même temps pourvu d'une bonne faneuse mécanique, quelques heures de soleil lui suffisent pour faire sa fenaison sans rien perdre de ses fourrages ni en quantité ni en qualité.

La récolte du fourrage des prairies artificielles, quoique soumise aux mêmes règles que celle du foin des prairies naturelles, exige un soin particulier pour la conservation des feuilles, partie la plus nourrissante de ce genre de fourrage. On ne doit pas craindre de faucher les trèfles et les luzernes un peu plus tôt que les autres fourrages, mieux au début qu'à la fin de leur floraison ; à ce moment de leur végétation , ces plantes retiennent mieux leurs feuilles en se desséchant, et leur fourrage conserve mieux la totalité de ses propriétés utiles.

MÉTHODE DE KLAPMAYER.

La méthode de Klapmayer, très-usitée en Allemagne, est spécialement applicable au trèfle. Sous le climat excessivement humide de quelques parties de l'Allemagne, il est souvent fort difficile d'obtenir la prompte et complète dessiccation du trèfle ; ce fourrage, fauché et mis en andains même de peu d'épaisseur, fermente et s'échauffe presque aussitôt qu'il est abattu, et, si le temps n'est pas favorable, le foin de trèfle se détériore sensiblement; c'est ce qui a suggéré l'idée de la méthode de Klapmayer. Au lieu de chercher à s'opposer à la fermentation, on la favorise en formant avec le trèfle tout fraîchement coupé de grosses meules qui ne tardent pas à s'échauffer intérieure-

ment, en exhalant une odeur vineuse très-prononcée. Quand la fermentation intérieure des meules est arrivée au plus haut degré, on démonte vivement les tas. On dresse alors, à côté de la place qu'ils viennent d'occuper, trois perches disposées comme des armes en faisceau, et reliées entre elles par deux ou trois autres perches attachées horizontalement. Tout le foin de trèfle est ramassé et rejeté sur cet échafaudage, de façon à figurer une meule nécessairement vide en dedans. Grâce à cet arrangement , la dessiccation du foin de trèfle est bientôt complète, et il a conservé toutes ses feuilles; mais c'est une matière brune, d'une odeur toute particulière, et qui ne ressemble plus guère à du fourrage. Les bestiaux mangent avidement 'le trèfle ainsi fermenté avant d'être desséché, et le trèfle fané par la méthode de Klapmayer se conserve aussi bien que les autres fourrages fanés par la méthode ordinaire.

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