HOUE
On emploie très-utilement dans la petite culture, la houe à lame carrée adaptée à un manche court, ce qui force l'ouvrier qui s'en sert à travailler courbé, dans une position gênante qu'une longue habitude peut seule rendre supportable. Cet instrument sert principalement à la plan-
talion des pommes de terre et aux façons superficielles dont le sol peut avoir besoin entre deux cultures. La houe à deux dents pointues, ou bident, est très-usitée pour façonner les vignes. Le même instrument à deux dents plates, tranchantes par le bout porte le nom de bécharcL dans les vignobles du Midi de la France. C'est l'emploi prolongé du bident et du béchard qui fait qu'à un certain âge, les vieux vignerons, encore capables de travailler, ne peuvent plus se relever, et restent courbés jusqu'à la fin de leurs jours. Cette infirmité ne les atteindrait pas si, dès qu'ils commencent à la ressentir, ils renonçaient à travailler avec les houes à manche court, et ne travaillaient plus qu'avec la bêche et les autres outils munis d'un long manche , dont on peut se servir sans se courber.
La bêche et la hou-e sont les charrues de la petite culture; un ouvrier de force ordinaire peut, avec les deux interruptions en usage, l'une de 9 à 10 heures du matin, l'autre de 2 à 3 heures après midi, fournir sans excès de fatigue 8 à 10 heures par jour d'un bon labourage soit à la bêche, soit à la houe, dans un sol qui n'offre pas de résistance extraordinaire.
CHARRLE.
La charrue est, sans contredit, le premier et le plus utile de tous les instruments aratoires. Celui qui parcourt la France, dans le but de prendre un aperçu de l'état de son agriculture, est surpris du très-petit nombre de charrues réellement bonnes qu'il voit fonctionner, et du grand nombre de charrues défectueuses sous tous les rapports , qui labourent, ou pour mieux dire, égratignent des dépar-
lemeiits entiers, où les charrues perfectionnées sont compléteaient inconnues même de nom. Il y en a d'une simplicité tout à fait primitive, par exemple, le fourcas romain doit différer très-peu de la charrue avec laquelle Adam a labouré pour la première fois au sortir du paradis terrestre. C'est un morceau de fer grossièrement façonné, qui n'a ni contre, ni versoir, adapté tant bien que mal h une pièce de bois verticale. Sur cette pièce de bois, on ajuste un brancard formé d'un tronc d'arbre naturellement courbe, fendu dans le sens de sa longueur. Les deux parties de l'arbre figurent un brancard dans lequel on attèle un bœuf ou un mulet. On peut avec le fourcas entamer la superficie du sol à la profondeur de o à 6 centimètres; on ne peut pas labourer dans le vrai sens du mot : le fourcas est cependant en usage dans plusieurs de ik)s départements du 3iidi.
Uaramon, charrue importée dans la Gaule par les Phocéens, -plus de cinq siècles avant l'ère chrétienne, et Yarriau gaulois, en usage dans une partie de nos départements du centre, sont à peu près aussi simples que le fourcas. Depuis vingt siècles, il n'a été apporté aucun changement à ces trois instruments, qu'on mentionne ici comme des spécimens des charrues les plus imparfaites, et dont cependant l'usage n'a pas pu jusqu'à présent être déraciné.