‹ Instruments agricoles, labours, semailles, fenaison, moisson;Chapitre 6 sur 42 · PARTIES PRINCIPALES DE LA CHARRUE · texte numérisé non relu

PARTIES PRINCIPALES DE LA CHARRUE

Si de l'examen de ces instruments informes on passe à celui d'une charrue complète, capable d'effectuer un bon labour, le contraste est frappant. La charrue digne de ce

nom comprend quatre parties principales : Vâge; 2° le SOC] 3^ le versGir; 4« l'3 contre.

L'âge, le plus souvent en bois, plus rarement en fer, est le corps de la charrue, la pièce à laquelle sont attachées toutes les autres, et à Textrémité de laquelle est fixé le point d'attache pour l'attelage. La force de l'âge d'une charrue doit être en rapport avec le genre de labour qu'elle est destinée à exécuter. Ce serait une faute de construire avec un âge trop épais, par conséquent trop lourd, une charrue appropriée seulement à des labours superficiels dans les terres légères; on imposerait aux attelages un surcroît de fatigue, sans aucune utilité. De même, si l'on construisait avec un âge trop faible une charrue destinée à donner des labours profonds dans des terres fortes, cette partie de la charrue se romprait à chaque instant.

L'âge de la charrue, qu'on nomme dans quelques départements la haie, n'est pas toujours en ligne droite sur toute sa longueur ; l'âge est quelquefois droit depuis son extrémité postérieure jusqu'à l'attache du contre, et plus ou moins courbe à partir de ce point. Cette modification de la forme de l'âge est particulièrement utile quand la charrue doit fonctionner dans des terres couvertes de plantes, soit sauvages, soit cultivées, qui doivent être enterrées par le labour; dans ce cas, si l'âge est droit sur toute sa longueur, les plantes s'accumulent à l'angle formé par l'âge et le point d'attache du contre, et la marche régulière de la charrue se trouve entravée.

2° Le soc, dont la fonction spéciale est d'ouvrir en la soulevant, dans le sens horizontal, la bande de terre à déplacer par le labour, est celle des pièces de la charrue à laquelle toutes les autres sont subordonnées ; elles n'ont

en effet d'autre destination que celle de faciliter et de régulariser l'action du soc ; aussi, le bon agencement du soc est-il une des conditions les plus importantes d'une bonne charrue. Pour que le soc fonctionne bien, sa pointe ne doit pas coïncider exactement avec le milieu de l'âge; elle doit déborder un peu sur la gauche, de sorte qu'un fil à plomb étant suspendu au côté gauche de l'âge, la pointe du soc doit dépasser le plomb d'un ou deux centimètres du même côté. La forme du soc est celle d'un triangle de 23 à 30 centimètres de large sur 35 à 40 de hauteur. La pointe et les bords du soc ont plus ou moins d'épaisseur et de tranchant, selon la qualité du sol dans lequel la charrue doit agir. Dans une terre compacte, argileuse, mais exempte de pierres, le soc doit être bien pointu, avec un tranchant bien affilé; dans un sol pierreux, c'est le contraire, un soc dans ces conditions serait trop promptement hors de service; il vaut mieux lui donner plus d'épaisseur, une pointe émoussée et des bord moins tranchants. Il y a dans la construction des charrues de divers modèles, des manières différentes d'unir le soc au versoir ; mais, de quelque manière que ces deux pièces soient assemblées, elles doivent l'être assez nettement pour qu'au point de leur réunion, la surface du soc joint au versoir ne soit pas interrompue , et que l'un soit la continuation de l'autre, comme si les deux, une fois mis en place, ne formaient qu'une seule et même pièce.

3^ Le versoir, qui porte également le nom d'oreille, est une plaque de fer forgé ou de fonte de fer, qui doit représenter une portion de spirale, plus ou moins développée. Dans le travcûl du labour, le versoir a pour fonction, comme son nom l'indique, de soutenir la bande de terre

Il mesure qu'elle est entamée et soulevée par le soc, et de la verser dans la raie, sous un angle déterminé. Plus les labours doivent être profonds, plus il faut que le versoir soit large et élevé, pour que la bande de terre ne puisse passer par-dessus, ce qui dérangerait toute l'économie du labour. Les versoirs en fonte sont les plus usités ; ils prennent par l'usage un poli égal à celui des versoirs en fer forgé, et il coûtent beaucoup moins cher. Mais ils ne peuvent servir que dans les terres douces et exemptes de pierres; pour peu que le sol soit pierreux, les versoirs de fonte, qui se cassent comme du verre, doivent être si fréquemment renouvelés, qu'il n'y a, malgré leur bas prix, aucune économie à les préférer aux versoirs en fer forgé.

4^ Le contre, aussi nommé couteau, est une pièce détachée dont la forme rappelle celle d'une lame de couteau; il doit être épais, bien tranchant et d'une solidité à toute épreuve. La fonction spéciale du coutre est de faciliter l'action du soc, en coupant net, dans le sens vertical, la bande de terre que le soc doit soulever en agissant horizontalement; c'est pourquoi le coutre est toujours placé en avant du soc. Le coutre est fixé à la charrue, soit dans une mortaise pratiquée dans l'épaisseur de l'âge, soit sur le côté droit de l'âge, au moyen d'une vis de pression. Dans tous les cas, il doit être adapté assez solidement à l'âge pour qu'il ne puisse pas se déranger pendant le labour.

Quand la terre dans laquelle doit fonctionner la charrue est douce et exempte de pierres, il n'y a pas d'inconvénient à donner au coutre une position presque verticale; il estcependantpréférablede l'incliner un peu en avant, ce qui facilite son action sur les racines qui peuvent se trouver

m terre sur son passage. Pour les labours à donner dans un sol pierreux, il est nécessaire que le contre ait sa pointe très-inclinée en avant ; cette position double sa force pour déplacer les obstacles qui peuvent s'opposer à son passage. La largeur à donner au contre ne peut être fixée d'une manière générale ; plus le sol à labourer est résistant, plus il faut donner de largeur au contre, dont la partie tranchante doit être aciérée, si l'on veut en obtenir un bon service.

La forme particulière du contre en fait un instrument redoutable entre les mains des malfaiteurs, qui peuvent s'en servir pour soulever les portes et faire sauter les serrures. C'est pourquoi les règlements de police rurale obligent le laboureur qui laisse le soir sa charrue au bout d'un sillon, à détacher le coutre et à l'emporter avec lui, dans la crainte qu'il ne facilite l'exécution des mauvais desseins des malfaiteurs.

Page 1