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DES INSTRUMENTS, AU POINT DE VUE DE LA FABRICATION

Il faut en convenir, l’Angleterre a eu, pendant longtemps, pour ce qu’onnomme la coutellerie et pour la coutellerie en tous genres, une supériorité marquée sur la France et plus encore sur les autres nations de l’Europe. Soit que les ouvriers de cette nation employassent un acier plus pur, soit qu’ils excellassent dans la trempe , soit que leur travail fût dirigé par un génie plus parfait, ils savaient donner aux instruments qu’ils confectionnaient des formes gracieuses , un tranchant d’excellente qualité, et un poli qui en facilitait l’entretien et la conservation. Chacun connaît le renom des rasoirs anglais, que méritaient presque tous les autres instruments tranchants sortis des manufactures anglaises. Fendant combien de temps, en France, n’a-t-on pas désiré que l’usage du poli à l’anglaise fût plus répandu qu’il ne l’était; qu’il sortît du cercle des objets futiles et s’étendît à toutes choses en coutellerie fine ! C’est bien le cas aussi de faire remarquer que les Anglais ont été, dès longtemps, plus soigneux que nous dans l’art de réparer les instruments détériorés, et de faire d’excellents repassages. J’ose à peine dire que, pendant un certain nombre d’années, après le rétablissement de nos communications avec l’Angleterre, en i8i4, je me sentais, malgré moi, entraîné à n’employer d’autres instrumens tranchants que des instruments anglais, et que , par goût aussi, je faisais repasser mes bistouris à Londres.

Toutes ces qualités de la coutellerie anglaise, si remarquables et si recherchées dans les instruments de tous genres, mais plus précieuses encore dans les instruments destinés aux opérations chirurgicales, devaient se retrouver et se retrouvaient en effet dans les produits anglais à l’exposition de Londres. On ne voyait pas que les Savigny, les Coxeter, les

Weiss , les Philp et plusieurs autres fabricants des plus habiles, eussent perdu les bonnes traditions de leur art et fussent moins parfaits que leurs prédécesseurs.

Mais, depuis i8i4, et surtout depuis 1820, la France s’est engagée dans la voie du progrès; elle y a marché rapidement. Non contents d’emprunter à nos voisins d’outre -mer et de s’approprier tout ce qu’il y avait de bien dans la fabrication anglaise, non contents de créer des formes gracieuses, d’obtenir une trempe parfaite, en puisant l’acier aux meilleures sources, puis d’y joindre un poli d’une beauté remarquable; non contents enfin d’être parvenus à rivaliser sous ces premiers rapports avec ce que les Anglais peuvent offrir de plus parfait, les artistes français ont conquis d’autres avantages.

Un homme s’est trouvé surtout, et d’autres sont venus après lui qui marchent hardiment sur ses traces et sont devenus ses émules, un homme, dis-je, s’est trouvé en France qui, jeune, actif, impatient de produire, et doué d’une grande intelligence, a opéré, presque à lui seul, ces premières innovations dans la fabrication des instruments. Est-il besoin de nommer M. Charriere , qui bientôt devait se montrer si habile , si ingénieux, dans la construction d’instruments nouveaux, et sans l’assistance duquel certaines conceptions chirurgicales auraient pu être comme non avenues, ou, du moins, rester momentanément stériles.

Il faut le dire, toutefois, le plus difficile a été, pour nos constructeurs français, d’obtenir ces tranchants à la fois doux, fins et solides, qui font l’excellence des instruments destinés à diviser les parties molles de notre corps, dont le chirurgien a tant et si souvent besoin; et peut-être nous laissent-ils encore quelque chose à désirer sous ce rapport. Mais bientôt aussi, et surtout sous la main de M. Charrière, certains instruments d’un usage commun, et quelques-uns de ceux qui ont une destination spéciale, acquéraient une qualité générale qu’ils n’avaient possédée qu’imparfaitement jusqu’alors, et de laquelle dépend cependant, dans beaucoup de cas, leur puissance et la sûreté de leur action. Nous voulons parler de

Xe JURY. — IIIe SUBDIVISION.

leur force, de leur résistance, de leur inflexibilité, lorsqu’il faut, avec eux, vaincre de grands obstacles, surmonter une grande résistance, et alors même qu’on ne peut pas toujours leur donner un grand volume. C’est un élément de perfection qui résulte d’une trempe particulière de l’acier, qui éloigne la fragilité, et peut être utilisé, à des degrés différents, dans presque tous les instruments d’acier non tranchants, alors même que leur jeu, pour s’accomplir, n’exige pas de grands efforts. U y a lieu de croire qu’on ne verra plus que bien rarement les instruments de ce genre, se fausser ou se briser, comme cela arrivait assez fréquemment autrefois.

Combien , sous le moindre volume possible , les forceps et tous les instruments faisant pinces, ne sont-ils pas plus solides maintenant qu’ils ne l’étaient jadis? Comment, sans cet heureux perfectionnement de la trempe, aurait-on pu, et amoindrir sans danger le volume des tenettes destinées à l’extraction de calculs tant soit peu volumineux, dans l’opération de la taille, et confier à des instruments d’un assez petit volume le broiement de la pierre dans la vessie, en un mot, réaliser la pensée de la lithotritie, et faire avec confiance l’application du céphalotribe , etc., etc. Nous ne citons ici que quelques-uns des principaux résultats d’une sorte de révolution, ou tout au moins d’un grand progrès, dans la confection générale des instruments destinés aux opérations chirurgicales, révolution ou progrès qui, de la France, s’est introduit chez la nation qui nous avait si longtemps surpassés dans l’art de manier l’acier, et de l’affecter à tant d’usages en lui faisant subir les transformations les plus diverses.

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