‹ Instruments et musiciens;Chapitre 25 sur 28 · MÉHUL · texte numérisé non relu

MÉHUL

niière représentation. Ce morceau est resté classique.

Si l'on excepte une cantate officielle, les événements politiques ne vinrent plus troubler Méhul. H eutra dans la vie pratique de tous les hommes de talent. Il fut nommé membre de l'Institut et inspecteur du Conservatoire. Mais la plus belle part de ses œuvres n'était pas faite encore, et c'est celle-là qui nous reste à examiner.

Méhul, pendant deux ans, s'occupa activement des études du Conservatoire ; en 1799, il reprit possession de la scène de l'Opéra-Gomique avec Ariodant, qui est aussi une de ses meilleures compositions.

C'est dans cet ouvrage que se trouve l'air célèbre de Femme sensible.

Il mérite une mention spéciale, parce que c'est un des rares passages de l'œuvre de Méhul où se fasse encore sentir le charme de l'art du temps passé. Cette romance est encadrée dans une scène assez poétique: une fête de nuit dans les jardins d'un palais.

Après un chœur qui, perdu dans la pénombre, chante la miit favorable à V amour, la voix seule fait entendre la jolie mélodie :

Femme sensible, entends-tu le ramage De ces oiseaux qui célèbrent leurs feux?

Il y a dans cette romance comme un souvenir des grâces d'autrefois, tandis que le chœur l'entoure de

;ri.

ce charme vague et sensuel, emprunté aux séductions de la nature, et que la musique moderne a exploité si souvent avec bonheur.

Méhul réussit aussi dans la comédie musicale.

VIrato ou Y Emporté, qu'il composa pour se moquer de la musique italienne, eut beaucoup de succès.

Les compositeurs italiens étaient toujours en rivalité avec les Français. Le public ne voulait pas admettre que, dans la comédie surtout, les compositeurs français pussent les égaler.

Pour détruire cette prévention, on fit courir le bruit que la musique de Ylrato était d'un Italien nommé Fiorelli. La pièce réussit, et le public fut un peu mystifié en entendant nommer Méhul à la fin de la représentation. Cependant, malgré ses efforts pour imiter le style italien, Méhul est bien loin d'avoir donné au sien la légèreté et la vivacité d'allure qu'on trouve dans Paisiello ou Cimarosa.

On remarque aussi dans un petit opéra-comique, intitulé les Deux aveugles de Tolède, plusieurs morceaux très jolis, et entre autres un duo bouffe très gai des deux aveugles tenant chacun un bâton et cherchant s'il n'y a personne dans la chambre où ils se trouvent.

Bien que le comique de cette musique n'ait pas plus de prétention à la finesse qu'on n'en met aujourd'hui dans les opérettes, c'est encore de la gaieté de gens comme il faut, et la déformation du langage musical n'entre pour rien dans les spéculations du musicien.

Page 1