‹ Instruments et musiciens;Chapitre 8 sur 28 · LES · texte numérisé non relu

LES

Les instruments de percussion représentent dans l'orchestre l'élément le plus simple de Tart musical, le rythme, qui est la mesure du mouvement, qui détermine de la manière la plus générale le caractère d'un morceau et sur lequel viennent s'échafauder les sons avec leurs hauteurs diverses et leurs timbres variés.

Cette famille d'instruments, très nombreuse, nous vient des pays orientaux ou méridionaux. Tout ce qui s'attaque avec le poing, qui résonne sous un tampon, qui se frappe avec un bâton, qui se heurte avec du bois ou du métal, timbales, tambours, cymbales, cloches, crotales, claque-bois, roulement, tintement, frappement, tout cela nous vient des contrées où la danse arrive au fanatisme et où le mouvement rythmé se termine par l'extase. L'Inde, l'Afrique sont le point de départ des instruments de percussion en usage en Europe. Les races noires ont surtout une étonnante variété de tambours.

L'orchestre moderne n'a retenu de tous ces instruments que les timbales, la grosse caisse et les cymbales, qui y restent à l'état permanent.

La timbale est le plus musical de tous. Son timbre est à la limite qui sépare le son du bruit. C'est, comme on le sait, une demi-sphère de cuivre creuse et sur laquelle est tendue une peau. Au moyen de vis qui la tendent, on peut lui faire parcourir une octave.

On a généralement à l'orchestre deux timbales de grandeurs inégales, accordées à la quarte l'une de l'autre.

Les sons les plus graves ne dépassent pas le fa grave du violoncelle et s'étendenten hauteur jusqu'au si bémol ou onzième.

On les accorde avec des vis qui tendent la peau et on les met ainsi dans le ton du morceau où elles ont une partie à faire.

La timbale était à l'origine un tambour de cavalerie qui s'accrochait de chaque côté de la selle. L'emploi le plus ancien qu'on en connaisse est celui qu'en faisaient les Parthes, dont l'armée n'était composée que de cavalerie. Les Grecs nommaient la timbale tadala. Quelques auteurs Font confondue avec le tymj^anos ; mais celui-ci était ce que nous appelons improprement tambour de basque. Il résonnait dans les bacchanales et aux fêtes de la déesse de Phrygie. On le voit souvent, sur les vases antiques, entre les mains des danseuses qui, la tête renversée, les cheveux épars, le frappent les deux bras élevés.

Le roulement sinistre de la timbale paraît avoir été employé à la guerre par les Parthes. Plutarque, dans la Vie de Crassus, en fait le récit :

« Ils ont de gros tambourins de cuivre, creux par dedans, à l'entour desquels ils attachent des sonnettes et autres quinquailleries de léton , puis sonnant avec pelade plusieurs costez tout ensemble, dont il en sort un bruit sourd qui semble proprement meslé du rugissement de quelque beste sauvage et du son effroyable du tonnerre. » (Trad. d'Amyot.)

Au moyen âge, les timbales prirent en français le nom. de nacaires, de l'arabe nakar, battre du tambour. Quand les croisés rencontrèrent les Sarrasins, ils furent extrêmement surpris du bruit de ces instruments dont ces peuples avaient conservé l'usage. « Il sembloit que foudre chest des ciex, au bruit que les nacaires, les tambours et les cors sarrasinois menoient. » (Joinville.)

La cavalerie européenne n'adopta pas les timbales avant le xv° ou le xvi"^ siècle ; cependant, dans une ambassade de Hongrie qui vint en Lorraine en 1459, on vit les timbales faire partie du cortège. « On n'avoit oncques veu des tabourins comme de gros chaudrons qu'ils faisoient porter sur des chevaux, » dit un auteur ancien.

Le Père Daniel , dans son Histoire de la milice française, publiée en 1721, ne croit pas les timbales antérieures au règne de Louis XIV.

Elles sont venues d'Allemagne, et Juste-Lipse,

TNSTRU3IENTS DE PERCUSSION. sa

mort en 1606, dit que les Allemands s'en servaient de son temps.

Au xvnr siècle, les timbales étaient un des luxes des régiments de cavalerie. Elles étaient ornées d'un tablier de satin qui portait les armes du colonel, et quelquefois le timbalier était un nègre magnifiquement habillé.

Dans les cérémonies de la cour, les timbaliers exécutaient des entrées. C'était une sorte de variation rythmique qui se jouait après l'ensemble des timbales et des trompettes. Plusieurs d'entre eux arrivèrent à une grande habileté, et on a conservé le nom des frères Philidor, qui exécutèrent un concerto pour quatre timbales au carrousel donné à Versailles en 1665.

Les timbales furent supprimées pendant les guerres de la République et de l'Empire. Quelques régiments les reprirent pendant la Restauration, mais par exception. Aujourd'hui, l'armée les a tout à fait abandonnées.

Ce reste des âges antiques a définitivement disparu devant la science inflexible de la guerre moderne , où tout ornement est superflu ; et d'ailleurs quel bruit de guerre peut se soutenir à côté du tonnerre de l'artillerie, où les coups de canon sont aussi nombreux que les coups de baguettes du tambour ?

L'orchestre de l'Opéra adopta les timbales dès sa formation, et elles figurent souvent dans l'instrumentation de LuUi.

C'est le seul instrument de percussion qui ait été

employé par les grands compositeurs du xvm° siècle. Beethoven, après eux, en a tiré d'admirables effets. Le second allégro de la Symphonie en ut mineur en offre un exemple saisissant. Le trait qui relie ce morceau au finale est accompagné par les timbales, qui font entendre un rythme de plus en plus précipité jusqu'au roulement qui amène l'éclat d'orchestre du finale. Les premiers battements, qui commencent dans \^ 'pianissimo, perdus dans la longue tenue des instruments à cordes, donnent la sensation de l'attente qui précède un coup de foudre.

Dans les grands théâtres, on use souvent de trois timbales.

Meyerbeer, dans Robert le Diahle, a écrit quatre parties de timbales au commencement du finale du deuxième acte, de façon à leur faire exécuter un passage mélodique.

La grosse caisse et les cymbales nous viennent de la musique turque.

Au xviii'^ siècle , les Russes s'éprirent de la musique des janissaires et en introduisirent des imitations dans leurs régiments. Elle se composait de quelques hautbois très criards, d'une paire de petites timbales, d'un gros tambour qu'on frappait d'un côté avec un tampon et de l'autre avec une verge de métal, de plusieurs cymbales et de triangles.

De la Russie, cette mode passa en Allemagne et en France.

Les précieuses archives de l'Opéra relatent que le gros tarnboicr et les cymbales firent leur apparition

pour la première fois à l'orchestre en 1789, dans Nej)Mé, opéra de Lemoyne. Si la grosse caisse est venue tard dans notre musique, en revanche elle a bien rattrapé le temps perdu.

Les Turcs ont conservé le secret de la fabrication des cymbales ; celles qu'on fabrique en France avec un alliage de métaux tout semblable ne donnent point un son aussi clair. On explique cette supériorité des cymbales turques par la façon dont le métal est battu et travaillé.

Le tam-tam parut à l'Opéra pour la première fois dans Ossian, de Lesueur, en 1804.

Le tambour, les cloches, les castagnettes, etc., ne se font entendre dans les orchestres que d'une façon transitoire et seulement quand la couleur du morceau exige l'emploi de leur timbre spécial.

En réalité, la timbale est le seul instrument de percussion qui soit tout à fait Ué à l'organisme sonore qu'on appelle un orchestre.

Cela tient à ce que c'est le seul dont les sons puissent s'accorder avec la tonaUté du morceau où on l'emploie.

Les cloches, les harmonicas de verre, de bois ou d'acier sont de véritables instruments de musique donnant un son musical très réguher, mais ayant une sonorité trop monotone pour être entendus longtemps et faire partie de toutes les combinaisons sonores.

Avec la timbale , nous avons terminé la série des éléments simples qui constituent l'orchestre; il nous

reste maintenant à examiner ceux qui, comme le piano et l'orgue, ont une individualité tellement complète qu'ils restent toujours à côté des ensembles d'instruments sans pouvoir s'y confondre.

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