‹ Instruments et opérations d'océangraphie pratiqueChapitre 31 sur 37 · PPS NE" POSE NI © TRE · texte numérisé non relu

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la mer, ou bien sa couleur ou toute autre propriété. Mais, quels qu’ils soient, il faut que le problème, que la question soient nettement posés et que la réponse, conclusion formelle et évidente de la série des mesures prises sur ie terrain soit non moins nettement formulée, affirmative ou négative. En science, une négation justifiée possède autant de valeur qu'une affirmation justifiée : oui, dans tels et tels parages, la coloration de la mer dépend de la densité — non, la coloration de la mer ne dépend pas de la densité. Questions et réponses peuvent être ainsi mulüpliées à l'infini; elles ne risqueront rien à être restreintes, il n’est pas de petite découverte scientifique, pour humble qu’elle paraisse ; toute vérité appuyée sur des faits soigneusement et consciencieusement mesurés, représentés par des chiffres, est une conquête de l'esprit humain et, de la part de celui qui la découvre et l’énonce, un acte de bienfaisance à l'égard de l'humanité, car qui donc est en état de prévoir les conséquences qui résulteront soit d'elle-même, soit de sa comparaison avec d’autres vérités déjà établies. Chaque enquête ainsi menée à bien et, l’on ne saurait trop le répéter, positive ou négative, peu importe, mérite d'être connue et par conséquent publiée. Les sociétés scientifiques diverses ne manquent pas en France et il n’en est aucune qui ne consentirait à accueillir dans son bulletin, de quelque part qu'elle vienne, pareille communication, simplement, clairement et brièvement rédigée. Il en est particulièrement une dont la publication est répandue sur le monde savant entier, et qui de par l'esprit même de sa fondation, reçoit toute conclusion scientifique sérieuse. Il s’agit de l’Académie des Sciences dont les comptes rendus hebdomadaires sont ouverts à quiconque à fait accomplir un progrès, petit ou grand, aux Connaissances humaines. Que le marin ayant observé, mesuré et conclu, rédige son œuvre sous la forme d’une courte note, d’une ou deux pages au plus, et l'envoie au

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secrétaire perpétuel à Paris; elle paraïtra sous le nom de son auteur et constituera pour lui un titre scientifique désormais indiscutable, une consécration de ses droits de priorité, s’il a eu le bonheur de découvrir une loi naturelle nouvelle et insoupçonnée.

En résumé, que l'observateur suive l’admirable précepte de Mohr et commence par poser nettement sa question à la nature, qu'il se livre aux mesures afférentes à cette question, qu’il les mette ensuite, autant qu’il est possible, sous la forme matérielle de graphique ou de carte. Il n'aura plus alors qu’à lire la réponse de la nature qui toujours sera un oui, ou bien un non, ou bien le silence et, dans ce : cas, l'observateur sera averti qu’il a mal posé sa question; qu’il résume cette réponse en une phrase et, que sous son nom, prenant ainsi toute la responsabilité et aussi tout l'honneur, il la fasse connaître par une insertion dans une publication savante, en particulier dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Paris, ouverts à tous.

Les observations océanographiques seront faites à bord d’un navire auquel il arrivera. de demeurer momentanément immobile, volontairement ou involontairement, par calme plat, ou bien à bord d’un navire constamment en marche comme, par exemple, un paquebot effectuant des traversées régulières. Dans l’un et l’autre de ces cas, les observations seront quelque peu différentes.

À bord d’un bâtiment pouvant être arrêté, il est évident que toutes les observations océanographiques sont susceptibles d’être exécutées. Si la profondeur n’est pas excessive, on la déterminera avec une sonde manœuvrée à la main ; il suffira d’être pourvu de fil d'acier, la remontée seule est pénible, mais l'opération ne présente pas de réelles difficultés, par temps maniable, au moins jusqu’à 500 mètres de profondeur. Les recherches de zoologie profonde qu’on a le tort de confondre en France avec l’océa-

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nographie, exigent seules des appareils coûteux, encombrants, lourds, et nécessitant des installations spéciales à cause des difficultés de leur manœuvre. Du moment qu'on les laisse de côté, tout devient aisé et à la portée de tous. Sur un yacht de plaisance à vapeur où si souvent l’électricité est installée pour l'éclairage, les opérations seraient, très simplifiées et rien ne deviendrait alors plus facile que d'adapter une transmission à l'appareil sondeur et à remonter mécaniquement le plomb. Sur d'immenses espaces océaniques, on ignore la configuration du lit immergé et, dans ces régions, un seul et unique coup de sonde bien déterminé en position et en profondeur, prend une importance extrême et parfois, à lui seul, apporte la solution de quelque grave problème de topographie sous-marine. On se renseignera sur le modelé actuellement connu et l'on distinguera du premier coup d’œil quelles sont les régions encore inconnues en consultant les feuilles de l’atlas bathymétrique au 1/10 000 000 de la Commission de Wiesbaden. On tiendra pour bonnes et définitives les isobathes tracées sur ces cartes que l’on ne modifiera que d’après des découvertes postérieures à leur confection. De cette façon, les feuilles de l’atlas actuel aussi bien que leurs décuplements à des échelles de dix en dix fois plus grandes, iront en se perfectionnant de plus en plus.

Dans les mêmes conditions d’immobilité même momentanée, après s'être livré aux quelques mesures météorologiques précédemment indiquées et se ratiachant étroitement à l’'océanographie, on récoltera des échantillons d'eaux profondes avec leurs températures 2n situ, ne serait-ce que jusqu’à 100 ou 200 m — dans la plupart des mers, rien n a encore été fait dans cette direction — et on les rapportera pour les soumettre à un spécialiste, ou bien on en mesurera soi-même la densité à l’aréomètre. On évaluera aussi là transparence de la mer, opération impossible pendant ia marche du bâtiment et l’on cherchera à établir

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la relation existant entre cette propriété et la quantité ou la nature du plankton recueilli dans un filet en tissu de soie à bluter (1), avec la densité ou encore avec la température. Rien n’empêchera de mesurer les courants modérément profonds au moyen d’un flussomètre Makarow qu’on fabriquera par les moyens du bord, soit avec plusieurs couples de bouteilles Hautreux immergés en même temps.

Si le bâtiment n'a pas la possibilité de s’arrêter, il est évident que les observations susceptibles d’être exécutées à bord deviennent considérablement restreintes. En attendant qu'on ait inventé ou retrouvé le bathomètre, cet

instrument presque légendaire que Siemens avait cons-

truit et qui indiquait, dit-on, à simple lecture l'épaisseur de la nappe d’eau comprise entre la surface et le fond au-dessus duquel on le promenait, il ne saurait être question de mesures de profondeur de quelque genre qu'elles soient, pas plus que de mesures de transparence de la mer. On pourrait cependant mesurer des colorations, surtout s’il était permis d'ouvrir un peu au-dessous de la ligne de flottaison un hublot à travers lequel on apercevrait une

tranche d’eau horizontale dans des conditions analogues à

celles d’un miroir à 45°. Ce serait même un moyen aussi simple que rapide d'établir, pour le globe entier, des isochromes qui seraient de nature à rendre des services à la navigation si la loi résultant déjà d’un nombre restreint d'observations se généralisait, que la couleur de l’eau demeure constante dans certains parages et, dans d’autres, varie dans une relation déterminée avec certaines conditions météorologiques, physiques ou même biologiques faciles à déterminer. Durant les forts roulis, lorsque les hublots ordinaires plongent sous la lame, en saisissant le

(4) Dr J. Richard, Sur des instruments destinés à la récolte et à l'examen préliminaire du plankton microscopique, etc. Bull. du Musée océanographique de Monaco, n° 52, 15 nov. 1905.

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