‹ InsulaireChapitre 3 sur 5 · IÔ · texte numérisé non relu

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la main des jardiniers compétents et des imprudents faiseurs de bouquets. Les hommes qui lui ont voué leur amour se dérangent de leur route afin d'aller à sa recherche ; ils la découvrent parfois ; ils la contemplent, la respirent, s'en grisent ; ils ne la quittent qu'à regret, pour lui revenir le lendemain — et toujours. Quant aux indifférents, si jamais un hasard les conduit près d'elle : qu'ils se contentent de lui témoigner leur indifférence. Serait-il digne de la vie, celui qui se plairait à souiller ou à détruire une fleur?

— J'aime trop peu de gens et trop peu de choses pour ne pas les aimer avec passion.

— J'aime le présent, en dépit des embau-

meurs de passé et des bâtisseurs d'avenir. Le siècle, l'année, l'heure, la minute !

J'aime quelques individus épars sur la vaste terre. Hommes et femmes, mes amis. Les uns vivants, d'autres morts, d'autres imaginaires. Tous très réels pour moi, très présents. Tous vrais, quoique certains invraisemblables.

J'aime la force pacifique. Usines, paquebots, athlètes, moteurs, électricité, Rodin, Wagner, Edison, Cézanne, Verhaeren, Tolstoï, Ibsen...

J'aime la solitude, si riche, si peuplée !

J'aime le silence des hommes.

J'aime l'absinthe.

Bernard disait à Durand de ces choses, »ainsi. Et Durand écoutait, rêveur.

— ■ Ne rien faire est un art délicat, subtil, riche en surprises, mais complexe ; on le méconnaît parce qu'il n'est pas à la portée du premier venu. Il y faut un long apprentissage, et de V intelligence, et surtout des sens, tous! On ne se doute pas de ces choses ; et on travaille, on travaille l... Evidemment, c'est plus facile.

Ainsi parlait Barabbas. Et Zéphyrin ripostait :

— Votre « ne rien faire » m apparaît comme une utopie. Tout nous est effort, travail; nos plaisirs même. Le sommeil, peut-être... Mais, à Vétat de veille, Vinac-

tion totale que vous préconise^ est une anomalie, une monstruosité ; je ne la constate che^ aucun homme sain de corps et d'esprit. Vous-même, en dépit de vos dires, êtes loin de pratiquer cet art négatif. Si f admets que vous ignorent 'action, telle que la comprennent la plupart des gens, je suis obligé de reconnaître en vous une certaine activité spirituelle.

— Activité bien minime, répliqua Darabbas. QiCai-jc produit au long de ma vie? Quelques paroles vagues, un peu de vent. Et cela sans fatigue et sans but. Je ne me suis jamais voulu ni laborieux ni utile.

— Peu importe! Malgré vous, votre esprit travaille.

— Mais non, Zéphyr in, il se joue.

— Il peine au jeu, Barabbas. Vous en avci la preuve dans le besoin que vous éprouve^, à fréquents intervalles, de vous reposer, de dormir.

— Je 11 ai pas le pouvoir de me sous-

traire à cette nécessité : elle est animale. Mais Vhomme en moi n'est jamais fatigué.

— Vous ne reconnaisse^ donc aucune valeur à V exercice de la pensée!

— Qui vous parle de valeur? Je refuse seulement d' 'appliquer le vilain mot de « travail » à ce libre jeu qu'est V épanouissement au soleil de notre monde intérieur. L'art commence où l'effort disparaît. La pensée désintéressée ne peut impliquer le moindre travail ; elle est un loisir.

— Je travaille, moi ! proclama Zéphyriu.

— Vous n'avez aucun mérite, repartit Barabbas. Vous pratique^ le travail parce que vous y trouve^ du plaisir ; et -c'est l'ennui que vous fuye.^ en fuyant

V oisiveté. Je vous approuve de vivre ainsi, selon vous-même. Vous réussisse^ à vous rendre heureux, c'est l'essentiel. Il faut être heureux.

Après un silence, Zèphyrin reprit :

— Le loisir est un désert redoutable.

— Oui, mais quels oasis!

— Si l'on sait les trouver ! Vous excelle%, Barabbas, en ce genre de découvertes.

— Je ne les connais pas tous. On ne les connaît jamais tous.

— Quand je pense, s'écria Zéphyr in.

que la plus grande partie de V humanité ignore V existence de ces trésors dont elle pourrait jouir !

— Elle est aveugle, mur mur a Barabbas. Et il ajouta en riant :

— On a dit du cheval qu'il est la plus noble conquête de V homme ; j'en doute. Je parierais plutôt pour le loisir.

Alors, Bernard, qui avait écouté sans interrompre et qui pensait à Sonia, demanda :

— V amour est-il un loisir?

— Cela dépend, répondit Barabbas.

L'amour est ce que nous le faisons; comme toutes choses, comme la vie.

Mais deux gamines passaient en gambadant, que Bernai' d n'avait encore jamais vues. Il s'étonna.

— Comment! fit Barabbas, vous ne connaisse^ point Madeleine et Nénette, les deux inséparables ! Qu'elles vous soient un exemple de la diversité des types insulaires. Tout ici n'est pas que volupté. C'est vainement que vous en chercheriez en elles la moindre trace. Leurs sens dorment encore ; et je ne sais s'ils s' éveilleront jamais. Elles sont des chastes, des tendres, des rêveuses. Une amitié les lie, plus forte peut-être que tout amour. En venant se réfugier dans cette île, elles ont fui, l'une les rigueurs de son entourage, Vautre, la brutalité des mâles.

— Oui sont-elles?

— Madeleine, — si vous tene^ à lui appliquer une étiquette continentale, — est ce qu'ils appellent « une j eune fille du •meilleur monde ». Instruite, musicienne , vieille noblesse, milieu austère, famille

à décorum et à principes. Ils avaient soin de la sacrifier à tous les préjugés en cours. Sa jeune sensibilité se lassa, se révolta, s'échappa. Et la voici qui court sur les mousses, pieds nus, une chanson aux lèvres et des rires : ivre de liberté. Simplette, enjouée, virginale, Né net te est une petite fille publique, que les hasards de la me condamnèrent à ce dur métier de vendre sa peau. C'est en pleurant tout bas qu'elle subissait des cari dont elle n avait jamais ressenti le désir. Maintenant, elle court aussi sur les mousses, libre et joyeuse. Elle grimpe aux arbres, elle colle à ses oreilles les coquillages pour entendre des bruits amusants, elle joue avec l'ait, avec L'eau, elle reste assise pendant des heures devant Madeleine à l'écouter chanter. Madeleine adore en elle une sœur cadette qui lui aurait été soudain révélée. Quand Madeleine Verlibràsse avec sa tendresse quasi maternelle. Ncncttc dit seulement :

« C'est bon. Ça me change des hommes. »

— Mes filles adoptives, ajouta Zèphyrin.

Et comme il les voyait esquisser une partie de cache-cache, il partit à leur poursuite, léger et vif, souriant aux pieds de ne\ mutins qu'elles lui décochaient sous les arbres.

Barabbas et Bernard s'en furent de leur côté. Ils se séparèrent au bas de la colline, sur la plage, alors que le soleil couchant s étalait sur les eaux. Bernard disait :

— Quel spectacle ! J aime la mer .J'aime surtout ses couleurs innombrables...

— Pourquoi « surtout »? interrompit Barabbas. Pourquoi ne pas aimer avec tous les sens? J'apprécie volontiers le plaisir visuel. Mais il ne faut pas diminuer la mer. La mer est une invention charmante. Elle ne parle pas aux yeux seuls. Elle offre aussi des odeurs et des musiques ; et je lui en sais gré.

— Un tango, mademoiselle?

Hier, c'était chez la comtesse du Tilleul ; ce sera demain chez les Rigolard (le roi du cacao); cette fois, c'est chez Machin — Machin tout court : il est célèbre ! — Machin, l'élégant député opportuniste, actuellement ministre de cette brave République qui l'a enrichi.

Que fête-t-on ce soir ? Le succès de son vibrant discours sur « la France aux Français », sa candidature à l'Académie, sa nouvelle maîtresse, la quarantaine de sa femme ou les dix-huit ans de sa fille ? On ne saitpas au juste ; on ne s'en soucie guère ; on est

là parce qu'il faut « y être » : les salons sont luxueux, la Dame est jolie, le Monsieur influent.

Toutes les éminences dites « parisiennes» se coudoient. Chacun, voire le plus modeste, porte l'agréable fardeau d'une célébrité. Voici la femme de lettres « dont les chefsd'œuvre ne se comptent plus », le vaillant gentleman « qui détient le record de la course à plat ventre », le banquier « qui faillit être compromis dans le scandale des mines de cuivre », la dame âgée « qui vient de tuer sous elle son sixième amant », le charmant laideron « à dix millions de dot», le sénateur « qui couche avec son valet de chambre ». Voici encore le conférencier des familles « au port souverain, à l'organe sonore, au geste aventureux », l'innocente enfant « qui remporta le premier prix de Càlinette ». le délicat poète du « Rut Hyperbolique», le médecin spécialiste « qui débarrassa si discrètement la belle Mro'X... ». Ils sont trop ! On ne peut que citer pèle-

mêle ceux et celles dont l'originalité, par exemple, consiste à se griser d'opium ou de cocaïne, à divorcer et se remarier inlassablement, à entretenir un haras de huit cents bètes ou quelque Lucile nationale, à se promener en compagnie d'un hamadryas apprivoisé, à « lancer » le décolletage ombilical ou la perruque caca-d'ibis, à parier comme quatre, à boire comme six, à diriger un sept cent quatre-vingt-dix-huitième cotillon.

Je figurais avantageusement dans cette foule. J'étais « Georges Durand, le jeune monsieur spirituel qui possède un gros avenir ». J'évoluais à l'aise; j'avais l'habitude de ce genre de lupanar. Mais, à vrai dire, je ne m'y complaisais plus autant qu'autrefois. Il y avait en moi quelque chose de changé. J'éprouvais même, pour la première fois, une espèce de gêne.

Ce soir-là, Louise, souffrante peut-être, avait refusé de m'accompagner ; et si j'avais résolu de faire cavalier seul, c'était uniquement dans l'espoir de m'étourdir, de secouer

l'étrange malaise qui me pesait dans la tête.

J'étais arrivé comme le bal venait de commencer. J'errais de groupe en groupe, je serrais des mains, j'échangeais des compliments. Je m'ennuyais, hélas! sans savoir pourquoi.

Et soudain, devant moi : Bernard !

Mais un Bernard inconnu : fat, falot, fadasse, tout en monocle, avec un délicieux sourire de circonstance.

— Charmante soirée !

C'était dit sur un ton si mondain, Bernard avait le visage si épanoui, le geste si dégagé, que je restai cloué sur place, les bras ballants, stupide, sans rien trouver à répliquer. Mais il m'entraînait déjà vers les couples.

Je le suivis. Je ne le quittai pas de vue de toute la soirée. Il m'amusait. Je l'observais avec soin dans ce nouveau rôle auquel il ne m'avait jamais paru destiné et qu'il remplissait cependant avec tant de désinvolture. Je trouvais un malin plaisir à m'identifier

avec lui. Nous vécûmes ce bal l'un et l'autre avec les mêmes attitudes, les mêmes pensées, les mêmes réflexes, tout comme si nous n'avions été qu'un seul et même individu.

La danse tordait les corps et crispait les faces. Furieusement, ainsi que s'il s'était agi de représailles, nous en usâmes et abusâmes contre les ventres complaisants de jeunes pucelles très « comme il faut ».Dans tous les coins, c'était aménités de cuisses, offrandes de menus seins, frétillements de petites langues amusées. Tout ça vierge adorablement.

Bernard, en passant, résuma mon impression :

— Les femmes, dit-il, les mères de demain ! celles qu'il conviendra d'honorer.

Et les conversations ne chômaient pas.

Ces demoiselles savaient les conduire jusqu'aux extrêmes limites des impudeurs décentes. Et nous les suivions, dociles, à travers les pires turpitudes. Nous les mépri-

sions ouvertement ; mais elles tressaillaient d'aise sous ce mépris, qu'elles prenaient pour un hommage et dontelles nous étaient reconnaissantes. Le mâle les hantait, réduit pour elles à un joujou d'alcôve ; le peu qu'elles en avaient appris, on peut dire qu'elles le connaissaient sur le bout du doigt. Xous leur jetions au visage les plus grasses bêtises et les plus sales ordures, qu'elles n'évitaient ni même n'essuyaient, mais qu'elles laissaient couler sur leurs jolis minois et qu'elles reniflaient au passage, en connaisseuses, et dont elles se -'orcreaient ensuite avec délices. Xous les déflorions ainsi, tristement, sans même la beauté que revêt toujours un viol effectif.

Xous poussions aussi des pointes dans les vertus i peut-on dire plus entamées ?) des jeunes femmes, les quittant bientôt pour aller rôder en flâneurs autour du groupe assis des mères, des tantes et des aïeules.

à, on tenait des propos plus réservés et noins argotiques, mais qui, dépouillés de élégante réticence qu'on leur conférait, se eraient réduits à des :

— Vous comprenez, chère madame, que, ans notre situation, je ne peux absolument as « lâcher » ma fille pour moins de...

— Jim Blankett ? un vrai taureau. A la ixième reprise, figure-toi que Sam avait ne oreille décollée ; et le sang coulait, Dulait partout, si bien qu'ils en étaient couerts tous les deux. A la fin, si tu avais vu m se dresser victorieux, noir et rouge, était superbe, on hurlait.

— Ma petite, Hector a la fâcheuse habide de compromettre ses meilleures amies. as discret le moins du monde.

— Merci du renseignement.

— Moi, d'abord, « je vis ma vie ».

— Comment fais-tu?

— Ça dépend des jours.

Les intellectuelles se piquaient d'éclecme. On comparait (au poids) les mérites

de Nietzsche et d'Henri Bordeaux, de Bernstein et d'Ibsen. On citait Kant, Rockfeller, la Bible, M1UC Curie, Rostand, Jaurès...

Et nous passions au fumoir.

C'était les pères, les fils, les oncles, les cousins, les gendres. Ils buvaient, ils jouaient, ils causaient. Par endroits, on ne distinguait qu'un cliquetis de chiffres :

— Cinq cent mille ? Non, pas moins de six cents.

— Ecoutez : ayons plutôt l'air de faire un sacrifice en lui cédant l'affaire pour cinq cents ; il marchera à fond, nous rachèterons en sous-main et le tour sera joué.

Ailleurs, l'intérêt était concentré sur les qualités respectives de « Game Survivor »I chien de septième saison, et de « White Russet », excellent représentant du chenil Fondunoy.

Devant la cheminée, on formait cercle

mtour d'un grand gaillard, décoré et vérole, [ui racontait :

— Enterrer sa vie de garçon... Original, ce Lîner,.. Et puis, aux murs, des gravures ! 1 fallait voir... Japonaises, je crois... des nembres enchevêtrés, des poses ! . . . Enfin, lé ervice était fait par des femmes demi-nues. . '.

Et il décrivait avec complaisance les milites de ces dames. Le récit était vivant, uggestif , si bien que tous les yeux brillaient e convoitise. On s'était rapproché de la iorte du grand salon. Les regards glisaient dans cette direction, avides de conempler des gorges de femmes, des jambes e femmes, des ventres de femmes, et éshabillaient à la dérobée les jeunes filles, is jeunes épouses, les mères, les tantes, et îsqu'aux inoffensives douairières.

Tout à côté, une grave discussion s'éterisait depuis une heure sur « la morale lïque et les diverses méthodes de l'enseiner au peuple ».

Et nous retournions à nos petites amies Et de danser en rond.

Vers les trois heures du matin, Bernard parut pris de lassitude ; son aimable sou rire commençait même de s'estomper. Un suprême tango aux frottements précis, et i s'en fut déposer son masque au vestiaire. Je l'y avais suivi : je le vis redevenir soudair le Bernard insolite auquel il m'avait habi tué. Nous descendîmes ensemble. Un ins tant plus tard, nous étions dehors, sur le trottoir, seuls. Une fille passait et s'offrit Après que nous l'eûmes déclinée, Bernarc me dit :

— Cette fille est honnête : elle ne jou pas la comédie des sentiments. En se ven dant ainsi, crûment, elle ne prostitue en ell que la femme. Eux, là-haut, ils prostitue l'amour et la beauté. Les misérables !

Et nous gagnâmes les Champs-Elysées

C'était une nuit d'été, tiède, attardée e

novembre. Aucun souffle ne remuait l'air; les bruits de la ville se fondaient en un vague murmure ; des reflets de lune traînaient un peu partout. L'avenue, presque déserte, montait au loin, toute droite, entre la double rangée de ses lumières et de ses grands arbres, qui, dans un ciel pâle, ne dressaient plus que des bras nus et noirs. Au sommet et sur un fond d'étoiles, majestueuse sentinelle, l'Arc de Triomphe érigeait sa faction.

Nous marchions lentement, en vrais amateurs de promenade.

— Il est une île, commença Bernard...

Mais il ne continua point. Il préféra le silence.

J'avais tressailli. Le mot qu'il avait prononcé semblait évoquer tout un monde.

J'imaginais des océans et des tempêtes, des rivages de fleurs et de soleil, des vallées, des collines, des horizons.

Nous arrivions devant ma porte ; Bernard me quitta. J'entrai dans le sommeil. Et j'eus un rêve.

Je rêvai de quelque femelle, plus ou moins femme, qui faisait l'amour sans parole et sans pensée, ni pour se débaucher ni pour s'enrichir, mais bêtement et tout de go, comme on assouvit certain autre besoin, dit petit, de la nature.

On parlait intelligence . On était bête. On ergotait sur des mots. On s'amusait.

Bernard venait de déclarer à Barabbas :

— Vous êtes très intelligent.

Et Barabbas se défendait :

— Dites plutôt Imaginatif.

— Je dirai les deux!

■ — Non, non, ce 1Ï est pas la même chose. Et je me contente de la seconde exprèsnon.

— Ferie\-vous fi de la première?

— Du tout; elle contient une utilité.

Mais enfin, le mot « intelligence » nim-

pliquc qu'un choix ; un choix entre ce\ qu'on peut appelé?' nos réalités : les objets qui frappent nos sens. C'est une sorte de classement arbitraire des se?isatio?is,\ auquel se livrent les toujours incertaines logiques d'hommes graves, affirmât ifs et pleins d'autorité. Classement qui est sujet à d'interminables revisions ! On st transmet les archives d'époque en époque, de siècle en siècle ; et des armées d'employés dociles, comme dans une administration, passent leur temps à compulse?

des dossiers, à soupeser des chiffres, collationner des èpithètes. Parfois, u\ chef de burea?t doué d'initiative — plui « intelligent » que ses confrères — prent sur lui d'enrichir d'une fleur de rhétl r/que l'inscription tombale d'un systèmi d'une catégorie, ou encore, de jeter m or i peau du plus chatoyant modernismk sur la désuète parure de quelque veritt millénaire. On décore cet audacieux ; et tout est dit.

Le mot « imagination », lui, évoque de suite une création. Et c'est les créations les plus diverses : découverte, par hypothèses, de tous ces fameux objets stir lesquels s'exercent ensuite les classificaions intelligentes ; renouvellement fanttaisiste,par images, des réalités senties ; et surtout, invention del 'invraisemblable, de V irréel : de tout ce qui jamais ne passera sous les loupes et les microscopes de V intelligence.

— Soit! fit Bernard. Mais on aime pourtant comprendre.

— Je préfère sentir.

— Analyser est une ivresse.

— Peut-être, — mais créer !

Et Barabbas compléta :

— Recréer à sa façon tout ce qui vit; briser à mesure ses propres créations, pour continuer le jeu très longtemps, à travers toutes les possibilités.

— Vous n'êtes pas sérieux! s'écria Bernard.

— La pensée, dit Barabbas, est un jouet perfectionné, mais un jouet. Nous pouvons en user et abuser, a condition de ne pas la prendre au sérieux. Rien n'est sérieux, mon cher Bernard, hors la maladie et la bêtise. Cela, c] est grave parce que triste, parce que des armes contre la joie, contre la vie.

— Et le bien, le mal ! qu'en faites-vous?

— Je me garde de manier ces notions redoutables. Elles se ressemblent tant, que les erreurs sont fréquentes. On choisit l'une d'elles pour distribuer des caresses, et c'est Vautre qu'on agite sans le savoir et qui frappe et qui tue. Il faut se défier des mots ; surtout de ceux qui prétendent enclore un peu de vie. Si jamais vous vous atnuseq à construire de petites affirmations, hâte^-vous auprès de vos amis de les dénoncer chancelantes, pour éviter les catastrophes.

— Alors, rien n'est?

— Si : les apparences. Elles sont ai-

niables, vues d'un œil bienveillant. Et puis il y a V irréel.

— Que voulez-vous dire ? L'irréel n'existe pas !

— Il existe, puisque nous pouvons le concevoir. L'imagination ne connaît pas d'impossibilités ; elle est puissante. Elle est multiple aussi. D'innombrables variétés d'imaginations courent le monde. Ce que Vune ne soupçonne même pas, une autre en fait son évidence.

Bernard, songeur, s'étonnait :

— L'intelligence, somme toute, vous la méprise^?

— Non pas, fit Barabbas. L'intelligence est une honnête matrone que je vénère. Mais l'amour demande des corps plus jeunes et plus souples, de plus souriants visages. Et je suis un amoureux, Bernard ; et l'imagination : quelle maîtresse !

— Egoïste ! vous ne cherche^ que votre plaisir !

— Celui que je trouve est abondant :

f en fais profiter mes voisins.

— Mais vous ne possède^ aucune vérité !

— Je ne suis pas un philosophe.

— Quêtes-vous donc?

— Je ne sais pas. Un homme, tout simplement.

— Un poète !

— Vous croye^?... Ma foi non. Je n'ai jamais écrit le moindre vers, même de treize pieds.

Personne à Saint-Cloud, dans le parc.

3'était un jour froid d'automne, sans soleil. Un vent court et sec jetait au sol les dernières feuilles, en pluie muette, et cinglait les oreilles comme pour les abattre, elles aussi. Il faisait bon marcher à grands pas et parler à, grands cris. On pouvait emplir de soimême toutes les solitudes béantes au long les allées. Nul gêneur. Pas l'ombre d'un député, d'un danseur, d'une poétesse, d'un roi de quelque chose, d'un journaliste ou l'une putain. Personne.

Bernard m'avait amené là, je ne sais pourquoi. Il m'avait dit : « Allons à Saint-Cloud »,

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sur le ton décisif dont il eût prononcé :] « Montons au ciel. » Je n'avais élevé aucune] protestation, résigné que j'étais désormais à subir ses plus imprévus caprices, à le suivre n'importe où, fût-ce au bout du monde.

Xous discutions, touten cheminant, du problème social, de la question ouvrière, des rapports du capital et du travail, etc. . . J'étais pénétré de mon sujet, j'y apportais une sen-l sible animation. Bernard me laissait dis-j courir à l'aise. Il se contentait de hocher la tête, de temps en temps, et de me contredire par petites phrases incisives. Décidément, il n'était jamais de mon avis !

Je ne m'en sentais pas moins heureux.

L'air était vif, le ciel pur ; et le parc solitaire nous oflrait l'agrément d'un jardin privé dont nous eussions fait « le tour du propriétaire ». Je ne pus m'empêcher de marquei une pause et d'exhaler mon égoïste satisfaction :

— Quelle solitude autour de nous ! c'est délicieux.

Et j'allais reprendre mon argumentation quand Bernard y coupa court avec violence :

— Désert ! ce parc ?. . . Venez !

Et il m'entraîna dans une course folle, sous les arbres. Et je vis par ses yeux; et j'entendis par ses oreilles.

Le garde Adrien Benoît promène son uniforme et ses soucis dans l'allée centrale. En bon garde, il ne garde rien que sa belle attitude d'ancien soldat. Son honnête servage ne l'empêche pas de se rendre compte qu'il est vieux, seul, pauvre et triste. Il ressasse des souvenirs, toujours les mêmes. Le passé ? ah oui ! l'armée, les colonies, c'était loin ! on se battait pour la France. Depuis son retour au pays, que de fois l'a-t-il cherchée, cette France pour laquelle on mourait làbas! Et souvent il s'est demandé, en regardant la ville crapuleuse : « c'est donc ça ? »... Le passé ? ah oui ! la blessure, le retour,

plus de'parents, plus d'amis, aucun métier. Enfin, ce poste de gardien. Il se marie, fait des enfants (comme on se doit), sa femme meurt : à lui d'élever la marmaille. Pas facile. La fille a le diable au corps ; elle traîne dans les rues; elle devient... Mais le garçon, lui, par exemple : un gaillard intelligent. Le papa en est fier, il veut en faire un Monsieur, il se ruine à lui fourrer de l'instruction jusqu'à la gauche. Enfin, voilà : ingénieur. Et puis, un beau jour, à l'âge d'homme, le Monsieur file sans dire au revoir. Point de nouvelles depuis dix ans ; une fois, son nom lu dans un journal. Paraît qu'il" est quelque part en Amérique ; Panama qu'on dit. Il doit gagner des mille et des cents; il pourrait bien aider le père. Bah ! « jeunesse est oublieuse », pense Adrien ; c'est un proverbe, rien à faire contre ça; et le vieux se résigne : il n'en veut même pas au petit. N'empêche qu'il se sent vieux, seul, pauvre et triste. Oh ! il n'en parlera jamais ! Il sait que c'est banal, que c'est du « déjà vu », que

cela n'intéresserait personne. En parler ! et à qui ? Il sait aussi qu'il n'est qu'un objet sans nom, qu'il appartient au parc comme les bancs, comme les bassins, comme les statues. Les statues, encore, on les regarde ! des gens s'y arrêtent parfois. Mais lui!... Tout au plus sert-il à quelques-uns de poteau indicateur. Mourrait-il, qu'on le remplacerait aussitôt, comme on remplace un poteau hors d'usage. Un gardien neuf serait planté là; personne ne s'apercevrait du changement.

Mais Adrien en a tant et tant vu qu'il ne s'épate plus de rien. Une pipe suffira ce soir, ou un petit verre, à le consoler. Il se résigne. Il serait capable de se résigner à tout, l'animal ! à la maladie, à la crevaison, à la pourriture, au nationalisme.

Sur la terrasse, Louis Gentil (treize ans) rencontre la petite Mélie de chez les Vasseur (dix ans).

— Quéqu'tuficheslà, toute seule, àc't'heure?

— J'm'suis barrée dla tôle. L'père est r'venu saoul comme une vache ; y cogne su'tout c'qu'y voit ; maman gueule et Toto a sal'ment écopé . Alors, moi , j 'ai eu la frousse et j'me suis cavalée.

— Mince alors ! que sale baraque chez vous !

— Tu parles !

— Et tu vas rentrer ?

— Faut bien, pour bouffer.

— Ah ! si seulement j'étais plus grand et qu'j'aurais du pèze, va, j'sais bien c'que j ferais !

— Quéqu'tu frais ?

— J'te prendrais avec moi, t'aurais pas b'soin d'rentrer, on irait casser la croûte ensemble.

— Et pi après ?

— Après ? on s'collerait au pieu, comme l'grand Léon avec ma frangine.

— Tu peux pas m'prendre maintenant, dis?

— T'es pas marteau ! on est trop gosse !

— IQ7 —

— Alors, va falloir rappliquer là-bas.

— Pauv' loupiote.. . Tiens, v'ià un rond pour t'consoler.

— T'es rien bath ! Tu m'prendras, hein, quand on s'ra plus grand ?

— On verra ça.

— Au r'voir, Louis.

— Bonjour, la môme.

A l'écart, sur un banc, bavardent deux artistes — de génie naturellement. Très intéressant sans doute. Mais le vent s'acharne à éparpiller leurs phrases. On ne peut en saisir que des bribes :

« Les idées... tout un monde... abstraction... relativité... subjectivisme... le moi... « psycholo... cholo... lo... — nous sommes « supérieurs — l'amour... cœur humain... « champ d'expérience... arcanes... chologie... « logie... gie... — nous sommes supérieurs « — une élite... communier... ne pas « s'abaisser à... orgueil noble... — nous —

« éclectisme... sourires... raffinements... — « sommes — parc sympathique... nous « écoute... panthéisme... — supérieurs ».

Madeleine Lafont a quinze ans, les yeux bleu tendre, les cheveux blonds, le teint cireux, une bosse au milieu du dos, une jambe de moins et le bras droit ankylosé. C'est la fille à Jules Lafont, le charpentier du quai Carnot, le beau Julot comme l'appelaient les femmes quand il était garçon. Sacré bambocheur! On peut dire qu'il a conquis ses brevets de virilité, celui-là ! Arrivé à la trentaine, à bout de vadrouilles, il a épousé la jolie Marie Duteil. Un an plus tard, elle mettait bas la petite Madeleine, une horreur : difforme, rachitique, guettée par la paralysie. Des années passent : on la sauve en l'amputant d'une jambe. D'autres années: le bras droit s'immobilise. Qu'at-elle donc dans le sang? on ne s'explique pas. Mais elle vit! et c'est une honte pour

la famille. Et puis, à quoi sert-elle ? Jamais elle ne pourra travailler et pourtant, il faut bien la nourrir ! Madeleine grandit ; elle n'est pas sans intelligence. Sentant peser sur elle la raillerie, le mépris ou la haine, elle s'isole le plus qu'elle peut. Chaque jour, péniblement, elle monte au parc. La voici, assise au bord d'un sentier écarté, ses béquilles posées près d'elle. Elle reste là des heures. Mais elle n'a pas de passé à ressasser, elle ! Alors, les yeux mi-clos, elle se bâtit des tas d'avenirs plus beaux les uns que les autres, qu'elle sait chimériques, mais qui l'extasient. Elle a lu un peu ; elle se donne des vies de romans d'amour. Et, quand le songe est fini, elle pleure en pensant qu'elle n'aura jamais de galant, jamais de mari, jamais de bébé, jamais de bonheur. Elle se demande souvent : pourquoi suis-je si vilaine et si malade ? ce n'est pas ma faute. Elle ne peut pas comprendre. Des fois, elle soupire avec regret : mon Dieu, si je n'étais pas née !

Autour du grand bassin, M. Longuet, pion miteux et dolent...

Là-bas, Dupotoir, soldat de deuxième classe...

Joséphine Lartelle...

Un mendiant...

Mais Bernard m'arrachait à ces visions et s'écriait :

— Point parisien pour un sou, ce parc sans ironie !

Et s'écriait encore :

— Vous ne prétendrez plus, je pense, que ce parc est un désert !

— Certes non, répliquai-je, confus. Quelle

animation! Et des êtres si variés, si différents ! . . .

— Bah ! fit Bernard, tous ces gens-là, je les mets dans le même panier.

— Oh ! pourtant, les deux artistes...

— Esclaves comme les autres ; esclaves de leurs petites formules.

— Esclaves ! dites- vous. Mais alors, pourquoi vous intéresser à tous ces esclaves ? Que vous sont-ils ?

— Des prétextes.

— A quoi ?

— A vivre, à aimer la vie, à la magnifier.

— Ces esclaves sont légion. Je croyais que vous préfériez les individus aux foules ?

— Les foules sont indispensables aux individus . Fournir la glaise d'où certains hommes réussissent à dégager un peu de beauté humaine, voilà leur rôle.

— Vous êtes un égoïste !

— Oui, je n'échappe pas à la règle.

Chacun est confit dans son égoïsme. Mais il est des égoïsmes plus ou moins nobles, plus

ou moins accueillants, qui rayonnent plus ou moins.

Nous sortions du parc et descendions vers le Pavillon Bleu. Je réfléchissais ; j'arrivais à mettre en doute ce que j'avais vu par les yeux de Bernard. J'avouai ce doute. Mais Bernard riposta :

— Ces misères que je viens d'évoquer existent-elles vraiment, dans la réalité, telles que je les ai senties ? Je le crois ; mais je ne possède là-dessus aucune certitude. Je les veux ainsi ; et la volonté est toute-puissante. Tout ce qui nous est extérieur n'existe pour nous qu'à partir du moment où nous l'avons « pensé ». La vérité, c'est ce que nous voulons qui soit vrai.

Je me récriai :

— L'observation, commençai-je. . .

— Rien, fit Bernard, n'est plus incertain que les résultats d'une observation. Je laisse à d'autres le soin d'observer le monde à la loupe ! Il suffit, pour ce fastidieux travail, de posséder un peu d'intelligence... et une

loupe ! C'est peu. Quelle marque d'indigence créatrice! Je n'analyse pas le monde, moi; je le devine. Je ne le repoduis pas ; je l'interprète.

Nous montâmes dans un tramway. Le silence dura; je réfléchissais. Plus tard, au moment de nous séparer, je ne pus retenir cette exclamation :

— Vous m'effrayez, Bernard ! Vous me paraissez hanté par le souci constant de ce que vous appelez la beauté ; vous lui sacrifiez tout : les autres et vous-même, et jusqu'à la notion du bien et du mal.

— C'est exact, fit-il.

— Quel immoralisme!

— Non, Durand. Je suis moral, hélas, comme tout le monde! Mais pour moi, voyez-vous: la vertu, c'est la beauté.

Et il me laissa seul, inquiet, tourmenté. Je souffrais.

Brun, le corps se confondait avec la poussière brune, dans la chaleur de laquelle il roulait sa nudité. Il vivait ainsi dans V intimité de la terre; il semblait jailli de ses profondeurs. De loin, on ne Veut pas distingué, sans les mouvements insolites qu'il créait à fleur du sol; on n'apercevait qu'une forme ondulante. Il fallait s'approcher pour y voir une femme, et s'approcher encore pour reconnaître Sonia, belle et farouche.

Elle se balançait de droite et de gauche, étendue sur le dos, les bras croisés derrière la tête, les yeux au ciel, les seins

tendus; et ses cuisses s'ouvraient aux caresses du soleil et des brises. Elle rêvait là, 011 ne sait quel rêve, indifférente aux ctonnements des passants. Bernard avec Barabbas s'en vinrent à leur tour; et Bernard eut un bond vers elle, qu'elle repoussa. Il resta figé sur place, tant le glaçait la déconvenue. Barabbas eut pitié de lui :

— Vene%, dit-il, éloignons-nous. Vous êtes imprudent ; vous ne songe^ qu'àsatisfaire vos désirs, sans souci d'éveiller ceux de votre partenaire. Erreur de jeunesse, dont vous vous corrigerez à mesure que vous deviendrez un homme.

— Elle ne m'aime plus! soupirait Bernard.

— Qui sait! fit Barabbas. Peut-être commencc-t-cllc justement de vous aimer?

Il avait entraîné Bernard vers les rochers de la côte; il le fit asseoir devant la mer apaisante.

— Peut-être commence-t-elle de ne plus se contenter du seul désir ?

Mais Bernard ne comprenait pas et souffrait. Pour qu'il retrouvât un peu de quiétude, il fallut à Barabbas inventer bien des paroles.

— Peut-être n'a-t-elle encore éprouvé que la volupté et se sent-elle le besoin d'y ajouter une autre ivresse? Peut-être ne s' est-elle jamais que livrée?

Bernard eut un sursaut.

— Oui, même à vous! continua Barabbas, et rêve-t-elle de se donner, d'être fécondée, de créer de la vie? On ne sait jamais avec les femmes. Parfois, derrière la futilité de leurs paroles, il est de grands silences, qui contiennent V essentiel. Respectons-les en nous essayant à les comprendre. La rapidité, la brutalité de V homme le font souvent passer à côté de bonheurs qui s'offrent à lui dans l'ombre, tout bas, et dont il ne sait percevoir ni le coloris ni la musique.

Bernard souriait tristement.

— Hélas ! la femme est aussi polygame que nous-mêmes !

— La femme qui n'aime personne : oui, répliqua Barabbas.

— Ah! s'' écria Bernard, Sonia est trop libre, trop indépendante, de caractère et de mœurs t pour jamais s'attacher!

— Croyez-vous? fit Barabbas. Le jour qu'elle aimera quelqu'un, elle ne se donnera qu'à lui seul : tout naturellement et sans contrainte. Elle ne s'imposera pas ainsi un devoir ; elle ne fera qu'obéir à un instinct.

— Serai-je cet homme? s'inquiétait Bernard.

— Il ne tient qu'à vous. Jusqu'ici, vous n'ave^ sans doute que joui de Sonia en la méprisant un peu, selon la mode masculine ; jamais vous riave^ imaginé qu'elle pût être, elle aussi, un individu pensant. Apprenez donc à la connaître. Tâche; de découvrir en elle ce qu'elle vous cache;

elle appréciera votre effort; et si vous soulevé^ un coin du voile, elle fera le reste; vous aure^ conquis son amour.

Une belle âme de femme : quelle rareté ! mais ce doit être une merveille. Celles qui enpossèdent une veillent sur elle avec toutes les armes d'une pudeur qui est la vraie pudeur, la seule naturelle. Ces femmes-là peuvent aller le corps nu :

cest leur beauté charnelle que d'être fièrement animales. Elles peuvent aussi a faire V amour » : elles ne livrent à ce jeu rien de ce qui les distingue des femelles, leurs sœurs.

La confiance renaissait au cœur de Bernard. Il s'était caltné. Et Barabbas en profita pour aiguiller la conversation vers des sujets moins personnels. Bientôt, comme le soir tombait, ils se décidèrent au retour et se mirent en chemin. Ils bavardaient de tout un peu, mais ils pensaient à Sonia Vun et Vautre.

Ils la retrouvèrent à la même place où

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